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-,wypip«u<winii'PH<iiwiiniiiiw «Il V •
-^^rif^r VtUoinoiccd
\.
TRESOR
DES MERVEILLES
I DE LA
MAISON ROYALE
FONTAINEBLEAV.
CONTENANT LA DESCRIPTION
DE SON ANTIQViTE', DE SA FONDATION, DE SES BASTIMENS,
de {es rares Peintures, Tableaux, Emblèmes, &; Deuifes :
de Tes lardinsjde les Fontaines,ôC autres lingularitez
qui s,'y voyent.
SNS EMBLE LES TRAICTEZ DE TA IX,
les jéjfemhlées , Us Conférences , les entrées Royales, les NaJjfances , ^ Cere-
mornes de Batte fme de qttelques Enfans de France ; les Mariages , les Tournojs^
Cir autres magnificences , qui s'y font failles iHfques à prefenr.
Par leR.P. F. Pierre Dan, Bachelier en Théologie de la Faculté de Paris l
Miniftre & Supérieur du Conuent de l'Ordre de la S . Trinicé,& Rédemption
des Captifs , fondé au Chafteau dudit Fontainebleau.
QskXthaCiBi
VïUenoux.
'M
A PARIS,
Chez Sebastien Cramoisy, Imprimeur ordinaire du Roy,
rue fain^ lacqucs, aux Cicognes.
M. DC. XLIL
JFEC PRIVILEGE DE SA MAIESTE^
A
ON S EIG NEVR
MONSEIGNEVR
DE NOYERS
BARON DE DANGV,
CONSEILLER DV ROY EN SES CONSEILS;
SECRETAIRE DES COMMANDEMENS DE SA MAIESTE',
Sur-Intendant bc Ordonnateur General des Baftimens,
Arts, &:Manufa6tures de France, Capitaine &c Concier-
ge du Chafteau de Fontainebleau.
Onseicnevr
Ie ne dois pas craindre qu'au point
ou %)ous cherîjjez^ tout ce qui regarde
la grandeur & la gloire de la Frjn-
CE , Hjom riayez^ agreaUe cette de/cri-
pt'wn que iay entrepris de la Maifon
R oyale de Fo ntaineb le av. La
cjualité que<vomj tenez^^& les foins
tres-vartkuliers , que %>ohs ne cef^ez^
de prendre tour Ion emmlijfement ,
m'inuitent d autant mm 'volontiers
à <vom offrir cet ouurage^ que te m'y
fens entièrement obligé par le deuoir ,
& par cette bonté, qui fait que <vous
daignez, m honorer denjofabienueil-
lance. V'vnique déplaijir qui me re-
fie^MoNSEicNEVR, efl que ne pou-
uant ijom en remercier ainji que te
de f rerois , à moins que de donner à
'voflre Vertu des louanges qui 'vous
font iujiement deues, & que la gran-
deur de yoflre courage tient impor-
tunes Jaurois afwehenfwnd'offenjer
njofire moaejlk, C'eH elle qui m'im-
■pofe fiîence lors que te "veux varier ,
& maàuertit que voflre Ame déta-
chée des choses matérielles, n'ajiire qu'-
au Ciel par le glorieux mépris quelle
fait des 'vanitez^ de la Terre. Bien
que la Cour femhleeflre leur Elément,
elles n'y ont point d'empire fur ^om :
& fiùarmj les Pafions les plus no-
bles il y en a quelqu<vne qui •vous a-
grée ; c'ejl indubitablement celle que
<vom têmoignez.auoirdeferuirT)iEv
& 'voftre Patrie, (tdinft, Monsei-
cNEv%^ ce nejlpas merueiHe fi <vom
appujez. toujours de 'voflre faueur,
ceux qui à iiojlre exemple ont <vn zje-
a
"J
le ardent pour le Ciel, & ^ne inulo-
lahle Fidélité vomie Roy. Cesfain-
tes , & riches aualités ne manquent
iamais de leur donner ^vn libre accez^
près de ^om , & to Ce bien ajfeurer que
par elles "vom ejleuez. à ^ojlre mé-
moire ^ne image perdurable fur le
modèle de ces braues Ifraelites ^ dont
les fdintes Lettres portent Çt haut les
mérites , quand elles difent que pour
rebaftir le Temple de S a lo mon , ils te-
noient ïefpee d^vne main,& la truel-
le de l autre. Vous en faites de mef-
. me-^ MoNsEiGi^Ev%^& il^ous Çied
bien de les tenir toutes deux enfem-
ble, (oit pour lauancement de la gloi-
re de DiEF , & la décoration de Jes
Temples , foit pour les ordres de la
Guerre y que njous diftrihuejz, fi iujle-
ment pour te feruice du Roy. o^i
des foins (i importans , & ficonue-
nams à voflre Pieté , iepourrois ad-
ioufter auec raifon ceux que ^ous a-
ueZi de tous les BaHimens de Fran-
ce , dont ^ous ejles tres-digne Sur"
Intendant y fi ce neîîoit ioindre inu-
tilement de muuelles lumières a des
njeritez,, qui font plus claires que le
Soleil. Il me doit fuffire dejçauoir^
que tout le monde les 'Voit ^ que les
marhret bien que muets en parlent
défia, nonfiulementàFoNTjiiNE-
SLEAF, & au JLoFFRE, maîs encore
dans les autres Mdifôns Royales ,'
& ûue la Renommée les doit publier
<=i>n tour à la PoBerité dans ces ou-
uraaes <vi6ioriettx au Temps , par-
ticulièrement en celuy-cy que njom
■pre fente , & hjous dédie Pour 'une
marque de fa reconnôijfance , & en-
tière foûmiÊon ,
jMoNSEICNEVR,
Voftre trcs-humble, &: tres-
obeyûÂnt fëruiteur Dan."
AV
AV LECTEVR
Oulant VOUS rendre compte des
motifs qui mbnc obligé de tra-
uailleràcetouurage, le vous di-
ray qu'après la gloire de Dieu ^ 8c
rvtilité publique, i'ay creu que le temps
qui ronge toutes chofes , 8>c qui bien fou-
uent des plus fuperbes Palais en fait des
mafures , que la feule Antiquité rend vé-
nérables, en pourroit vn iour faire de mef-
me desBaftimensde cetteMaifon,oudu
moins en changer l'ordre , Se deftruire la
beautéjCequidefroberoitàlapofteritéla
mémoire de tous ces ouurages, comme il
nousTaoUédeceux qui ont eftéiufques
au Roy François Premier.Il m'a donc fem-
blé raifonnable d'en faire la defcription,
afin d'en perpétuer la m emoire aux fîecles
àvenir^Aquoyiemefuis porté d'autant
plus volontiers ^ qu'ayant l'honneur de
demeurer en ce Chafteau Royal depuis
quelques années, i'ay recognu que c'eftoit
vn fujet duquel perfonne auant moy na
particulièrement traitté, Ain(î ie me fuis
eflForcé de le vous rendreagreable,& don-
ner la meilleure forme quel'on peut à vne
matière qui eft fî illuftre de foy. Et d'au-
tant que les principales fîngularitez dlce-
luy confident en plufieurs Baftimens,
Peintures , Tableaux ^ &c autres raretez,
î'ay iugé à propos d'en marquer à peu prés
toutes les din^enfions, pour fatisfaire plus
ponStuellementà lacuriofitédeceux qui
ne les peuuent contempler fur les lieux. Et
comme il n'y a rien en tous ces deffeins,
qui dans le corps de l'Hiftoire, oU fous
F ombre de la Fable, ne contienne des eue-
nemens finguliers ^ & propres à rinftru-
£tion de la veuë , i'auôis refolu du com-
mencement de vous donner le fens moral
detouscesTableaux,Emblemes^&:Deui-
fes,fi ie n'en euffe efté diuerty par la crain-
te de vous eftre ennuyeux _, ou pour n'ex-
t€der les bornes d 'vne fimple defcription;
Quant aux chofes mémorables qui de
temps en temps font arriuées en ce lieu^
i'ay creu les deuoir icy rapporter , comme
des mémoires qui peuuent le rendre plus
recommandable ^ puifque l'on pourra
voir par là que de cette folitude mainte-
nant deuenuë fi célèbre par le fréquent
fejour de nos Roys_, ils n'en ont pas fait
feulement vne demeu re delicieufe & pro-
pre à fe diuerrir dans les plaifirs delà chaf-
fe 5 mais encore vn lieu tres-commode
pour y refoudre les plus importances af-
faires de leur Eftac ^ ce que vous pourrez
recognoiftre par le reck de plufieurs
allions notables qui s'y font paffées let
quelles ie n'aurois déduites fî au long lîie
n'euffe efté confeillé de le faire ainfî fur ce
que ces euenemens font des principaux
de l'Hiftoire _, que les dodles pourront
auoir agréables pour s'en rafraichir la
mémoire^ &:que les moins verfez feront
poffibles bien aifes de voir ainfî ample»
ment defcrites.
CIJ
TABLE
DES CHAPITRES
ET DE LEVRS SOMMAIRES.
LIVRE PREMIER.
DE rANTIQVITE' ET FONDATION DV
Chafteau de Fontainebleau, où il eft fait mention des
Roys qui s'y font pleus, &: qui l'ont amplifié.
CHAPITRE PREMIER. pag.r.
II.
l 'Honneur rendu à l'Anùqtiite.
Le Roy Louys VIL Fondateur du Chafleau de Ton-
tainebl^eau.
ni. Lelio^ Philippe Au^ujie femme à Vontainehleau , re-
tourndnt de U guerre Satnâe.
IV. Sa'mèl; Louys feplatfoit fort aTontainebleau.
y. Thiltppe le "Bel y ^ autres Roys anciens ne s y font pas
moins pleus.
VI. Le Roy François Premier l'a beaucoup amplifié.
Vu. Henry IL François Second ^ ^ Charles JX. l'ont fort em-^
beUy.
VIII. Henry IIL tainnltt comme le lieu defana'tjfance.
I X. Henry le (^rand l augmenté, &y Benoit volontiers,
X. Louys le lufie a dorme le comble deperfeâion à cette Md^
fin Royale,
C llj
TABLE DES CHAPITRES.
ORIGINE DV NOM DE FONTAINEBLEAV,
CHAPITRE IL pag.8.
1. X T Ne recherche diligente fait qudquesfoiitrouuer des cho-
V fes incogneues à plu/ieurs Siècles.
IL Le nom de Fontainebleau dtuerfiment ejcritparlesAutheurs
anciens & modernes.
III. Tlufieurs de nos Rois ont fait km feiour ordinaire à Melun.
IV. Fontainebleau tire [on nom d'^jn chien de chajfe nommé
Blcau.
V. Quelques zAutheurs modernes fe mejjjrennent touchant f û-
rtgine du nom de Fontainebleau.
BV BON AIR ET TEMPERAMENT DE
Fontainebleau: Aucc fadefcnfc contre ceux qui
raccufcnt d'cxcczde chaleur en l'Ellé.
CHAPITRE III. pag.13.
ï. XJ len de comparable au tre for de la famé.
IL X^ Comparai/onde la Tuone dite Torrtde, ^ de Fontaine^
bleau.
III. Tefmolgnage autentique en faueurde Fontainebleau^
ÏV. Plufeurs chofes qui fournijfent du frais au fort de l'Efté à
Fontainebleau.
DV PLAN ET ASSIETTE DE LA MAISON
Royale de Fontaincbleaujauec les Eloges que luy donnent
quelques Authcurs , tant Eftrangers que François.
CHAPITRE IV. ^ pag.i/.
L T A JidaifonRoyale deFontamebleau enuironnéed'vne
\ I forejî , @/ de rochers en guife d'vne Couronne .
IL Comparai/on de Fontainebleau (f du Q^ont de Parnaffe.
TABLE DES CHAPITRES.
III. Fontainebleau agréable en toutes les faifons del'annéel
IV. Le circmt du Cha/îeau de Fontainebleau.
y. Témoignages ^ Eloges enfaueur de Fontainebleau.
DES BASTIMENS EN GROS, ET EN
gênerai du Chaftcau de Fontainebleau : De fcs aducnuës
&: entrées , ôc de fi^ Cours , qui font voir la face, l'or don^
nance , ôc la difpofition de ce Lieu Royal.
CHAPITRE V. pâg.27.
ï . T) Aifons qui ont meu ÏAutheur a drejfer ce (hapitrel
II. j[\^'Cinqaduenuès principales de ce (^hafieau.
III. La plus belle ^ confiderable efi celle de la Chaulée.
ly . Le plan de ce Chafieau efi drefé/url'aduemè de la Cotirdu
Qheual blanc.
DE LA COVR DV CHEVAL BLANC,
dite anciennement la Baffe Cour, ou la Grande Cour.
CHAPITRE VL pag.30. ^
ï. "T? Rançois /. a bafy la Cour du Cheual blancl
II. \^ xy ou cette Cour porte le nom»
III. Cinq pauillons en cette Cour.
IV. llyavn fort bel efcalieren cette Cour,
V. En cette Cour (ont les départements de Jdejîieurs les Sécrétai-^
res d'Etat.
VI. La font deux fontaines , ^ deux figures de marbre,
DE LA COVR DE LA FONTAINE
CHAPITRE VIL pag. 34;
ï. ÉTy Ette Cour efi baflie par François L
II. \^iyoù elle porte le nom,
III. Plufieurs Statues de marbre (^ de brmzji en cette Q)ur.
TABlE DES CHAPITRES.
\V. La ^"'èrrajje de cette Qourhaliie par Henry le Çrand,
V. Dîners Bujles de marbre & de bronz>e dans €ette Cour.
VLLà efi i)ne belle Vontame.
13 E LA COVR DV DO NI ON,
autrement dite de l'Ouale.
C H A P I T R E VIIÏ. ^ pag.40.
î. 1"^ Ffetde la Dignité, & M aie(lé Royale.
II. Il j Cet te (jour efi le lieu où ont e fié faites k cérémonies dis
quelques en fans de Vrance.
III. L'antiquité de cette Cour , qui efi la première de toutes ceUes de
ce Chafleau.
IV. D> ou elle porte le nom de Donion , ^ de l'Ouale»
V. Louys VII. fondateur de cette Cour.
VI. Ouurages de cette Cour, partie faits fous Vrançois /. partk
-,, fous Henry IV.^ partie fom Louys XI IL
DE LA COVR DES OFFICES.
GHAPÎTRE IX. pag.44:
ï. trt^ Ruits de lapaîx , & de la guerre bien differeris.
I I. X7 Tremiers bafiimens de tienry le Çrand faits à Fofi^
tainebleau-
III . La Cour des Offices baftie mil fie cens neuf
IV. Vne belle Fontaine fe 'void en cette Cour.
V. Cette Cour a vn fort beau Tortail.
VL \Dernter ouurage de Henry IV ^ en ce lieUo
DE
TABLE DES CHAPITRES.
DE LA CONCIERGERIE DV CHASTEAV:
de rHoftcld'Albret: De celuy du Chenil: De la Capitaine-
rie: Des Pauillons du Jardin du Roy : De celuy du Sur-In^
tendant des Finances: Et de la vieille Conciergerie.
CHAPITRE X. pag.47.
L T^ 'Efcrïpùon de la Conciergerie.
IL XjDel'HoJieU'Albret.
l\l.Le Pauiilon, oh Hofielda Sur-Intendant des Finances,
ÏV. Le Chenil.'
V. La Capitainerie,
y 1. 1)iuers ^amliem.
LIVRE SECOND.
OV IL EST TRAITTE'
DES XASTIMENS EN PARtlCVLIER
du (hameau de 'Fontainebleau,
ET PREMIEREMENT DE L'EGLISE
de la Vierge, Ôc de Saint Saturnin , dite
la Chapelle Bafle.
CHAPITRE PREMIER. pag.50:
I. T> Oids (^ mefure particulière ordonnée pour les chofes
Ml faintes.
IL La Chapelle Haute hajlie par Louys VI L ^ rehafiie fa?
Vranfois I.
IIL (^ette Chapelle dédiée par Saint Thomas de Cantorbery]
IV. Le Roy a fait fort embellir Corner cette Chapelle 16^ f,
V. oM^ontre d'horloge fort curieu/e.
VI. Fondation dupremier Chapelain de ce Chajîeau.
y M. Ancienne fondation confirmée ^ augmentée.
TABLE DES CHAPITRES.
BE LA CHAPELLE HAVTE, DITE
autrement la Chapelle du Roy .
CHAPITRE IL ^ag. s8.
1. T A Chapelle haute ba[iie fonsFrançois L
IL 1 j Sa longueur , largeur , ^ ordonnanse,
\\\. Ses enrichiffemeni, ■
IV. Son Balcon fait fous Henry IL
V . Lkeji vne belle Image du dejjein de Mkhel Ange
Yl.Henryle Çrandafort embetly cette Chapelle.
'DE L'EGLISE DE LA SAINTE TRINITE' EX DE
{ê% Peintures, Ôc autres fingularitcz qui s'y voycnc
CHAPITRE III. pàg.ô2.
ï. f^ Eue Eglife eji ancienne, ^moderne en quelque façon}
î I. V^ Deuife de la Duchejfe de Valentinoii.
ÎÎL Henry le Cjrand, çf Louys XI ! 1. ont fait orner cette Eglifel
IV. Les principaux Myfteres de la Religion Chrejiienne , peints
en cette Sglife.
V. Les aâions principales de la vie de le fus- Chrijt font kj dé^
peintes.
VI. Le grand &Autel de cette Eglijeefil'vn des ^lus riches, &des^
plm beaux quife vojent.
VIL Le pané y eji très- exquis.
.DV CONVENT DE L'ORDRE DE LA SAINTE
Trinité, 6c Rédemption des Captifs,fondé en ce Chaftcau
. de Fontainebleau par faint Louys.
CHAPITRE ÎV. pag.73.
rdre de la fah
fain^ Louys,
î. T 'Ordre de la fainte Trinité fort obligé à U mtmoïre dt
TABLE DES CHAPITRES.
IL Le temps de la fondation duâit Contient.
IIÎ. ^ons faiâs par faint Louys.
IV. Nomb^re des Relipeux defondatton.
V. Bulle touchant la Dédicace de l'Eglife de lafainte Trinité.
VI. Confirmations ^ oÛrois par plu/teurs Roys , & nommé-
ment par Henry le Grand.
VII. La Cure d'Auon çf Vontainehleau annexe dudit Contieti
VIII. Les faintes Reliques qm font en ce Qonuent.
DV PAVILLON DE SAINT LOVYS,
contenant fa Chambre , ôc le Cabinet des Curiofitez.
CHAPITRE V. pag.su
L A^ E Pauillon contient quatre ejîages.
II. \^ n Iliade d Homère dépeinte en la Chambre de fains
Louys.
III. T>H Cabinet des Curiofitez,.
IV. Hidre ou ferpenta fept telles.
V. Tortrait d'^unefiHe qui a ejiédixhmt mois fans boire nyman-
ger.
VI. Ima^e de la Vierge que porîoit Louys XL
DE LA GALLERIE DE FRANÇOIS L
autrement dite la petite Gallerie, auec la dcfcription de
fes Tableaux , & Emblèmes.
CHAPITRE VL pag. 86.
ï. f^\ Vatorz^e grands Tableaux auec de riches bordtires or-
\,J^ nent cette Gallerie.
TI. Emblème ,par lequel fe 'void le foin qu'a pris le Roy François
/. pour les Sciences ç^ les Arts.
III. Autre Emblème touchant encore le grand Roy Vrançoii.
TV. Pieté mémorable de Cleobis ^ de Bit on.
y. Lavie (^ faits mémorables de François /. reprefentez> (om
diuer/es hi^oires ^ fictions ,
TABLE DES CHAPITRES:
DES ESTVVES,DES BAINS, D E LA
Salle de la Conférence , ôc de la Librairie : où fe
voyent plufieurs Tableaux , contenans
diuerfcs fidions Poétiques.
CHAPITRE VIL pag.94:
L TT^ J^ers ^fmguUers ouurages de Yranpù I. rendent fa
\ J mémoire immortelle,
II. Fltifieurs ^ dmers Tableaux dont Us fuiets conuiennmP
anx lieux.
m . Salle de la Conférence enrichie fom Henry le Grand.
IV. La BiHiotheque , c^ la caufe de [on tranf^ortaVark^
DELA SALLE DVBAL. ET DE SES
rares Peintures,
CHAPITRE VI IL pag.99:
î. T Es Trinces fuiets aux ennuis comme les autres horn^
JLi mes.
IL Peinture figurant l'Automne.
ÏIL Vigure du Printemps.
I V . Emblème de l'Hjuer.
V. Vn autre reprefentant ÏEjlé. '
V I . Hijioire mémorable ^ ^ combat contre vn Loup Cermèo
VII. Autre combat remarquable.
VII L Tableaux figurans les gefles d' Alexandre le Grand,
DE LA GRANDE GALERIE, OV ES/^
dépeint l'Odiffée , ou Trauaux dVliffe.
CHAPITRE IX. pag.108.
l. X A longueur,krgeur, & enrichi femens de cette Çalerkl
ÎI. \^EIle a ejlé bafiie fous VrançoisL
TABLE DES CHAPITRES:
îîî. Ses Teint f^res faîtes foH^ plufiears "B^js.
IV. Tableaux de cette Galerie , oumage fmgulier àesfeurs de
faind Martin , ^ de Nicolo.
V. Cinquante huit Tabkatix , dont les fmets font tireZi au Fdéts
Homère.
DE. CtyELQVES TABLEAVX QVI
(ont à la voûte de la grande Galerie , ôc particulièrement de
ceux ou. fe void la reddition des Villes du Havre de GracC;,
ôc d'Amiens.
CHAPITRE X. pag. 116.
I. /^ Vatorz^e grands compartlmens compofent la ^oute de
V^ cette (j alerte , auec diuers ornemens.
II. Le bot nqueîdes Dieux ^ des Deejjes icy repre fente.
III. Les Anglais rendent le Havre à Charles IX.
IV. Table de marbre contenant le narré de la prifè ç^ reprife du^
dit Havre.
V . Henry le Grand reprend Amiens,
DES EMBLEMES, OV DEVISES, QVI
font en ladite grande Galerie.
CHAPITRE XI. pag.ii9.'
' I. T <E prefent Chapitre efl vne contint^ation d€s merueilies
\ j de la grande (j alerte.
II. Emblèmes au nombre de Sf.
III. Marque de generofné, que de pardonner à^lmfqîbkqHefoyl
IV. La vigilance tutrice des Royaumes.
V. Le péché traîne après foy le repentk,
VL Symbole de ta Fidélité.^
w4 m*S
l llj
TABLE DES CHAPITRES.
t>V PAVILLON ET DEPARTEMENT,
die des Poéfles , où font dépeints la vie , ôc
les Trauâux d'Hercule.
CHAPITRE XXL pag.127.
I. ^^ E Vamllon eH le logement des Reynes Mères , hafiyfota
X^ 'François L
II. Ouurage fous Henry IL
Wl.Ornemens faits fom diuers Roys.
ÎV. Vingt- fepTAhleaux dudeffe'mdufietirdu'Bnud,
V. Portrait excellent de Madame la 'Duchejfe de Beatifort.
y l. Ancienne Salie dsiConfetL
DV PAVILLON, ET CABINET DES
Peintures , & Tableaux particuliers de
ce Chafteau.
CHAPITRE XIII. pag.ï32.
ï. T E mérite de l'ejiime de l'Art de Peinture.
IL E .j Deux Tableaux anciens y ïvn achepté quarante huit
mille efcm , ^ ï autre foïxante mille.
III. QPamllonbaliy fom Charles IX.
IV. OuuragedeoJ^icheloAnge.
V. FlufieursTaHeaux de Raphaël d^Frbin. [
VI. Autres ouurages de Léonard da 'Vinci.
VIL zAutresd' André delSart.
Vlll.Oeuures desfieurs Rûujp,^ de fainâf Martin.
IX. Tableaux de Tetro Terugino , de frère S^bajiien delPiom^
bcy&du "Bordonono.
X. oAutres du Tif^ian , du Pontorno, de Uierofme de Brejfe^
de Bartelemy Vénitien , de Vignole , de MeJJere Nico-,
io^^delanet.
TABLE DES CHAPITRES:
DE LA SALLE DE LA BELLE
Cheminée, autrement dite de la Comédie.
CHAPITRE XIV. pag.139.
L f^ Eue Salle a àtuen noms.
II. V^ Dejcnpion de U Cheminée de cette Salle.
Tïl. Statué k chenal de Henry le Grand.
IV. E/cnt contenant fe s éloges^ ^ la/iruâ-ftre de cette chemi-
née.
DES DEPARTEMENS DV ROY, ET DE
la Reyne , où fc voyent plufieurs excellens Tableaux
de THiftoirc de Theagenes Ôc Cariclea , de Clorinde ôc
Tancrede, & autres.
CHAPITRE XV. pag.142.
i. T^ Eu fymhole de la Royauté.
1 1. Jl Chambre de l'OualeJieu de U naiffance de Louys XIÏL
\\\, ^iînz,e grands Tableaux du feu/ieurduBois Peintre fori
renommé.
IV. Du Département de la l^yne.
V. Le Cabinet dit des Empereurs.
VT. Huit Tableaux , dont lefuiet efltiréde Torquato Taffo.
DE LA GALERIE DE LA REYNE, OV
font plufieurs Tableaux j contciians, les vns les
Batailles, & Vidtoires de Henry le Grand 5 Ôc
les autres diuerfes fiârions Poétiques.
CHAPITRE XVL pag.147.
L T T Enry IV. a fait balîir , & orner cette (j alerte.
II. JL XTlufieurs Statues de marbre blanc ornent le dehors de
cette Galerie.
TABLE DES MATIERES,
ïlî. T>ipiers embell'tjfemens de cette Galerie.
IV. l^ableauoHfevoidlareddition desVtUes deOi^ante & de
Vernon.
V. Tableaux contenans les amours â'z/ipolion , ç^ ceux de
Diane.
VI. Cabinet j dit de la Volière,
DE LA GALERIE DES CERFS, OV SE
vojcnt les portraits des Forcfts , Ôc Maifons
Royales de France.
CHAPITRE XVIl pag.151.
ï. f^\ tarante trois teftes de Cerfs, auec diuers ornemens,
II. \J^erfafjlé , T>euife de Charles VL &p@urquoy,
lll.Cerfpris en cette Yorefi par Louys XI IL
IV. h4utre Cerf que tua t?» desZfeneurs du Roy.
V. QuinZte (partes en formes de Tableaux ^chacune detrelzi
pieds de hautj & nfingt cinq de large.
DE LÀ GALERIE DES CHEVREVILS;
ôc de la Volière.
CHAPITRE XVIIL pag. 155:
IJ Ç|^ Ept grands Tableaux auec diuers enrichiJfemenSi le tot^
v3 fait foMj Henry le Grand,
II . Sept fortes de ChaJJes icy reprefentées.
III. Vingt quatre teftes de Cheureuils dans cette Galerie^
IV. La Volière bafîiefous Henry IVi
V. SesEloges^
m
TABLE DES CHAPITRES,
DV lARDIN DV ROY ET DE
fcs Fontaines.
CHAPITRE XIX. pag.iôo.
î. T E Roy François L a fait dreprce lardini
1 1- 1 J Riche y ^ bette Statue de Qleopatre.
III. Henry le Çrand a embeJly ce lardin des Fontaines qui s y
'voyent.
IV. La première Vontame appelée ie Tybre, enrichie de dix hmê
ietsdeau.
V. La féconde Vontaine de ce lardin.
VI. La troiftefme 'Centaine,
VIL Laquatriefmeltontaine.
VIII. La cinquiefme Fontaine.
XI. La Jîxie^me Fontaine.
DV lARDIN DE LA REYNE, DE LA
Fontaine, & des Statues qui fc voyent
en ce lardin.
CHAPITRE XX. pag.173:
L '1' E lardin de U Reyne , autres fois appelle le lardin de\
JL^ Buys.
II . T>e la Fontaine de la Diane.
WLBelle Statue d'vn ieune homme [étirant vne épine d'vnpiedj
I V . oAutre riche Statué reprefentant Laocoon.
V. Vers exceUens en la recommandation de ces Statues.
VL Toutes ces Statttes çf figures faites fom laRegence de Ca^
therine deo^edicit' ^
O
TABLE DES CHAPITRES.
DV lARDIN DE L'ESlTANG, ET DE
celuj des Pins.
CHAPITRE XXI. pag.177.
I. T A longueur y& largeur de ce premit}rIard'm,drep(om
1 j Henry IV.
IL Statue d Hercule fa'tte "par Michel lAnge.
III. Autre lardïn drefépar VrançoU L
IVc AMe Royale sdH fa M aiejié touche les malades des écrouelles}
V. Petit PauïUon , où font quelques Taê>leaux du feur Roujfe.
VI. VEfiang^ çffoneftendue.
DV lARDIN, OV BOIS DES CANAVX,
Ôc de ccluy des Fruits 5 cnfemblc du Mail, & de la Fontai-'
ne, qui a caufé Icnom à ce Lieu de Fontainebleau.
CHAPITRE XXIL pag. iRo.
L Ér\T^re,^ fuite des lardins.
ï I . \^ Longuetir , g^ largeur du premier & fécond l4rdml
IW.LeMail
IV. Vontaine de VontaîneBeati.
DV PARC ET DE SON CANAL, ôcc
CHAPITRE XXI IL pag.183.;
L Y T Enry le Çrand a fait drejfer ce T^rc i âo/^
1 1. jn Pltt/ieurs allées (^ autres d'mer/itez,.
î IL Vne beUe ^grande Vontaine , où aboutiffent huit allées'^
IV, Canal yl 'vn des plm confderables quife 'uojent.
V. Deux Fontaines iailliffantes au milieu de ce Canal
VL Logis y dit les Hteromeres.
VIL Celuy diila Mi-voye.
V IIL Lieu où font diuerfes fortes ioj féaux.
TABLE DES CHAPITRES,
DES HOSTELS ET MAISONS QVI
font hors Tenclos de ce Chafteau,& qui en dépendent.
CHAPITRE XXIV. pag.187.
I. T ^ (Chancellerie bafiie fous le Cardinal ^ Chancelier
\ j dtiPratf& depuis augmentée.
IL L'HofieideVerrare.
III. La (joudre , autrement dite lavande Efcurie du Roy.
J V. Ejcurie de la Reyne Mère .
V . V Aqueduc , ou Referuoir des Fontaines.
VI. VHoM du grand Treuofi,
y IL Les Prejjoirsdu Roy.
DE CiYELQVES DEVISES ROYALES
qui fe vojcnt en ce Chafteau.
CHAPITRE XXV.
jpag.190.
\. "TN Euife de Vrançoli I.
IL \J Diuerfes explications de cette Deuife.
IIL Demfe de Henry IL
ÎV. ^roh explications de la T>euife précédente.
V. Deuife de Charles IX.
VI. Deuife de Henry le Çrand.
VIL Dem/e de Louys XI IL
VIII. DeuifedeAnnedeFrancCy (f de Pierre de Bourbon /on
mary. ^
DE LA MANIERE ORDINAIRE QJV"E
l'on void J ôc montre ce Chafteau.
CHAPITRE XX VL pag.194.
L TJ Aifonsquiontobligél'Autheuràdrej[erceChapi
ÎI. M\jParoHilfaut commencer avoir ce Chafteau.
^ ttre^
Chafte
O IJ
TABLE DES CHAPITRES,
ïïï. Lafmte des pièces ^li4é remarquables de ce Chafteaul
W , Apres Unji/ite dt^Chi^fieau , l'on ^oit le Parc, &ÏAcjUS'
dm.
LIVRE TROISIESME.
CONTENANT LES EVENEMENS,
& les chofes mémorables arriuées en ce Lieu.
D'VNE GRANDE MALADIE C^V'EVT
SaindLouys à Fontainebleau, ôc de l'exhortation
qu il fit alors à Louys Ton fils aifné.
CHAPITRE L pag.i97.
!• T Es dignite?:jdu Monde, proprement appelées des Charl
IL Sainâ^ Lony s fçamit dignement pratiquer la qualité de Roy^
III. BeUe pensée , ^ dit notable de Thilippe de Valois.
lY.Enfans de Sainà Louys,
iDE LA NAISSANCE, ET DE LA
mort du Roy Philippe IV , furnommé le
Bel, à Fontainebleau.
CHAPITRE IL pag.2oi:
ï. TJ Lufieurs moMmt inuité l'Autheur à drejfer ce Chà-
Jt pitre. ""
IL Elogesde Philippe le Bel.
III. Malice, ^[Hppôfitions de quelques Autheurs.
I V. %^ifons qui combattent les ^utheurs alléguez^,
V. autres fortes raifons,
VL Le cœur de "Philippe le Bel enterré en ÏEglife Parroipalè
iAuon,
TABLE DES CHAPITRES.
BV'LLE DV PAPE CLEMENT V.
touchant Fexemption de la Vîfite du Dioccfain , en faueur
des Religieux de l Ordre , 6c Conucnt de la Sainâre Trini-
té, Chapelains de ce Chafteau de Fontainebleau, obtenue
à la prière du lloj Philippe le Bel.
CHAPITRE IIL pag.2o^.
ï. T^ fffîcultê fàrtienué entre C Archeuef(jue de Sens , & les
MuJ Religieux Chapelains de ce Chafleau.
n. Les ChapeUemes Royales releuem tmmediasement du Satà
Siège.
IIL Le contenu deladite Butte.
I Y. ^ïââuBton en François de ladite ^tslle.
■v
■ï,S A B E A V DE FRANCE, R E Y N E
d' Angleterre , vient trouuer à Fontainebleau le Roy
Charles IV. fon Frère 5 Ôc le motif de (on voyage.
CHAPITRE ÏV. pag.2i2.
ï. *r\ ^uerfes opinions touchant le motif de ce voyage.
IL %JCe quen dtfent plufieurs ^utheurs Vrançois , &
ÎIL Ifaheau ménage la Paix entre la Vrance ç^ l'Angleterre,
l V. Pratiques des Sp enfers contre la Reyne ï(aheau.
V. P finition de s Spen fer s.
L'ENTREE DE C'EMPEREVR CHARLES
le Quint à Fontainebleau , ôc le bon accueil
queiuyfit le Roy François L
CHAPITRE V. pag.2î5:
A Loydel^imefivnfiamheau qui éclaire ala ^oyedt
Salut,
L
6 iii
TABLE DES chapitres:
îî. ÇL^Confâu voyage de Charles le Quint.
1 II. T>iuerfes raiforts qui luyfont appréhender [on ^ajfagel
■î V. îl promet , ^ ne tient pai^.
V. Le Roy enmye au deuant le receuôïr.
VI. // reçoit de grands honneurs par tout ou il paj[e.
VIL Sonarriuée à'Çontainebleau.
VIIL Le grand accueil qu ilj reçoit.
LA NAISSANCE DV ROY FRANÇOIS II:
à Fontainebleau ; auec i'ordrc ôc les cérémonies de fon
Baptefme , faites en ce mefmc Lieu dans l'Eglife de îa
Sain(5te Trinité.
CHAPITRE VL ,pag.22o.
I. 1 ^ Loges du Roy Vrançois IL
II . M ^ J\V le 2o. tour de lanuier.
ÎÎI. V ordre , ^ les Trinces , ^ Seigneurs qui Ce trouuennt a
ce Baptefme.
I V. hes noms des Princejjes , ^ Dames qui s'y trouuerenf,
V. Baptefme célébré par Q^on/eigneur k Cardinal de "Bottrl
bon.
V I . Parrains , & Maraine.
Vil . Les refiouyjjknces faites enfuitede ce Baptefme.
LES MAGNIFICENCES, ET CEREMONIES
faites à la naiflancc , & principalement au Baptefme de
Madame Elifabethd.eFrancc,fille aifnéeduRoy Henry IL
à Fontainebleau.
•
CHAPITRE VIL pag.224:
L T E bien arriué de cette naijfance.
1 1 . 1 j Eiiz^abeth furnommée de la Paix.
I î L Parrains de cette Princep.
IV. Théâtre i ^dtuersornemensdrejfezj pour ce Baptefme,
V. Appareildvntres-Ytche buffet»
TABLE DES CHAPITRES:
VI. L ordre , ^ cérémonies.
Vil. Les Q^ar Aines de cette Trincejfe.
VIII, Balj ^ T^oHrnoii faits en fuite.
DVNE ACTION ROYALE, ET
mémorable de Fmnçois I. faite à Fontainebleau
quelques mois auant Ton deceds , rclcuanc
dVne grande maladie,
CHAPITRE VIIL pag.229;
I . f\ ^^^^ ^fl t amitié de la plu/part des Counifans.
II. V^y^'J abandonnent le Roy malade , ^ fuinent le 'Dau-
phin.
ÎII. Le Roy releae de Maladie , & de l'inuention dont il v fa pour
rappeUer (es Counifans.
IV. L'Authorité Royale ne doit fouffrir eftre my-tartii.
DE LA NAISSANCE A FONTAINEBLEAV
du Roy Henry III. de Claude Duchefle de Lorraine, de
Viâ:oire,&de leanne, fils Ôc filles du Roy Henry II. ôc de
Catherine de Medicis.
> CHAPITRE IX.
jpâg.232.
I. T Jeux delà nai^ance des Princes recommandahlesl,
II. jLjHenry l IL nommé auparauant Edouard Alexan-,
dre.
ÏII. L'Auîheur rend rai/on pourijiuoy il nohferuepasen ce [hapi^
tre l'ordre Chronologique.
IV. Lf; treiz»e Cantons des Sutffes Parrains de Qaudede^ram
ce.
V. oMedailied^orpre/entéeau Roy Henry IL par les Suiffès]
y l.Fi(^oire,^ leanne fœursiumelles,
/
TABLE DES CHAPITRES.
DE L'ASSEMBLEE NOTABLE TENVE
auChafteau de Fontainebleau par l'ordonnance du Roy
François IL pour pacifier les premiers troubles émeuspaL'
les Religionnaires, aflfiftez de quelques Princes, ôc Sci*
gneurs de ce Royaume.
CHAPITRE X. pag.235.
L' X jfAladiedel'ElpritjeUeqHefi ï ambition, fort perlli
iVl leufé.
IL Les malheurs caufizpar thfere/ïe de ce fieck,
îf L Naijjance ç^progrez^deCHerefie,
IV. La confpiration d'Amboife éuentée.
V. Les noms des perfonnes de marque , qui compofoient cette
(lAffembUe.
VI. EUe dure quatre tour s,
VII. Requellesprefentées pari' Admirai,
VI II. Repartie à cette Requefie, parle Cardinal de Lorraine,
IX. Refolution de cette (iAJjemblee.
QVELQVES REIOVISSANCES, EX
Tournois faits à Fontainebleau, fous le Roy
Charles neufiéme.
CHAPITRE XL pag.241:
I. àT^Harles IX,aymoit ce Séjour Royal.
II. V-^ Fejlin du Connefiable de oJ^ontmorency,
III. Autre fait par le Cardinalde Bourbon,
IV. La Reyne Catherine de Medicis contribué a cette réjouyf,
fance.
V. Lefemkable fait par leT>uc d'Orléans.
VI. Le "R^y fe plaiji parmy ces réjouyfances,
VII. T>iuerfes inuentions pour le Teurnoy,
VIII . Les Compagnies de ce Toumoy,
LX. Le Roy regale les Grands de fa Cour M Tournoy efiat/nyl
X. yipres
TABLE DES CHAPITRES.
X. ^pres ^^. tours icy defejour le R oyfait voyage.
DE L'OPINION TOVCHANT LE
Spedrc , ou Grand Veneur de la Forcft
de Fontainebleau.
CHAPITRE XIL pag.244:
I. T ^ différence quilya , entre opinion , &fcience.
II. X-jCe que difent quelques <*Amheurs touchant ce Speârel
III. Paroles prétendues dites par ce Speâre.
IV. La vérité de cette Htfioire,
V. Pretmes qui mon/lrent phi/îeurs chofisfupposéesl
y I. Chajfe de SainB Hubert.
ARRIVEE DE CHARLES EMANVEL
Duc de Sauoye à Fontainebleau, ôc le
fujct de Ton voyage.
CHAPITRE XIIL pag.248;
I. T T Enry k Grand défend (on Efiat.
II. JL \.Le Duc de Sauoye furprend leQ^arquifat de Sa%
Uijfes.
III . Le Pape fait arbitre touchant ledit Marquifat.
IV. D eptiteZj à Rome, chacun defquels propofe fes raifonsl
V. Le Duc de Sauoye vient en Vrance.
V I . Son arrime a Fontainebleau.
VIL Le Roy luy fait voir les fmiulariteZide fa Cour ^ & de cette
Maifon.
VWl'Accordfait entre le Roy, ^fon oAltefe.
IX. Le T>uc manque àfaparole.
X. Le Roy prend la Sauoye, ^ CQmrâintleDHC à luy donner
cQntentemem.
u
TABLE DES CHAPITRES.
T^
A CONFERENCE MEMORABLE
tenue à Fontainebleau enprefcnce de Henry le Grand, en-
tre le Cardinal du Perron pour lors Eucfque d'Eureux,ôc
îe fieur du Pleffis Mornay.
CHAPITRE XIV. pag.254.
^Raitdé la Tromdencede Dm peur la defenfe de fin
EgUfe.
î I. Le Cardinal dti Perron , atétre Hercfôle qui dopte l'Hcrefe:
III. Le mQtïfde la Conférence .
IV. Zèle de Henry le Crandpour la caufe de Dieu.
V. L ordre de la Conférence , & les Commiffaires.
VI. Premyance da Cardinal du Perron.
VII. Le fleur au Tle(^is tafche d'empe/cherla Conférence] '
VIII. Les perfonnes de marque qui [etrouuerent à cette Qonferem^^
ce.
ÏX, Vanité du fieur du Pie fis.
X. Dix- neufpaffages cottez, à faux , & monjèreZi tels en la
prefenceduRoy.
XI. he Roy témoigne vne grande ioye par la defiouuertâ d^s
manquemens du du Plefsk.
XII. Plufieurs Religionaires conuertisenfuitte de atîe Qonferen^
ce.
NAISSANCE A FONT AINEBLE AV DE
Louys XIII. du nom, Roy de France,
ôc de Nauarre.
CHAPITRE XV. pag.265.
ï. ' I ^Emoignage de la hienueiHance de Dieu entiers fa
l France.
II. lour de cette natjfance.
ÎII. L^ Roy en témoigne vne extrême ioye.
î V. Ltf Pape enuoye vn Nonce exprés pour s en coniouyr^
TABLE DES CHAPITRES.
y. La Grande Duchejfe deVlorence 3 & les Frimes oAlIleZi
la Yrance députent a mefmefin.
•VI. (grande réjouyffance par toute la Vrance.
LE MARESCHAL DE BIRON ARRESTE'
.prifonniei à Fontainebleau , où fa conCpiration
cft de'couuerte.
CHAPITRE XVL pag.269:
î . T 'Autheur rend raifonpourquoj il fait ce Chapitre.
II. Â^ Lefieur la Vin vient icy , ou il décot4ure la confpiration
ai^H^y.
III. Le Marefchalde Biron, après plufteurs femomes &re fuites ^
vient icy trouuer fa Maie fié.
IV. T>ifcours notable du Roy au Marefchal, voyant la fiaîtièdâ
fa M aie fié, ^ la réponfe brufque qutl luyfit.
V. ^y^utres paroles remarquables.
VI. Le oJM^arefchalefiicyarreflé.
NAISSANCE A FONTAINEBLEAV DE
Madame Elizabcth Rcyne d'Efpagne , & de MclTeigneurs
les Ducs d'Orléans ôc d'Aniou, enfansde Henry le Grandi
&dc laReyne Marie de Medicis.
CHAPITRE XVn. pag.274.
I . M ; Liz^abeth née le vingt- deuxième de T^ouembrt.
II. mZjLc Duc à^ Orléans nélefeizâémed'AuriL
III. Signes ve^enuiron le temps de cette Naijanceir
IV.çyifCort: du Duc d'Orléans.
V. he Duc d'Anioum le vingt-cinquième d'Aùrilyà pareil ioUr
que S.'Louys.
VI. Tiltre ^ nom d'Aniou fort illujtre-.
TABLE DES CHAPITRES.
L'ORDRE, ET LES CEREMONIES
faites à Fontainebleau au Baptcfmc de Mbnfeigneur le
Dauphin,regnantauiourd'huy fous le nom deLouys XIII.
Koj de France, & de N auarr€,Ôc de Mefdames fes Sœurs;
CHAPITRE XVIIÏ. pag.277.
ï. ir? Nfans de France andoyeZi dés leur natffance, mm Us
JLli cérémonies différées.
IL Eloge de Louys XIII.
11 L L'appareil ^ magnificence de ce Baptefme.
IV, L'ordre qui fe tint marchant pour aller au lieu , où fefi k
Baptefme.
V. Les Seigneurs , ^ Dames qmfêruoient à la cérémonie de
la première fiHe. ^
V L Les autres qmfêruoient à la féconde fitte.
y II. 'Les Princes^ TrinceJJes qm fermient au Baptefifte dô
çj^onfeigneur le Dauphin.
VI ItParrain , &* Maraine de Monfeigneurle Dauphin.
IX. V n magnifique feflin fait de fmtte.
X. '^eu d'artifices , & autres refioujffances.
DE LA PREMIERE ACTION ROYALE
faite par le Rôy , cftant cncor Dauphin
à Fontainebleau,
CHAPITRE XIX. pag.284. '
1. f^ Eremonies de la Cène. '
I L V^ Monfeigneur le Dauphin feruy par les Officiers du
IIL L exhortation de la Cène faite par l'ArcheuelquedAmhrun»
IV. Monfeigneur le Dauphin laue les pieds aux Pauures.
y. Les Pauures fer uis par des f rinces, ^ par quelques Sei-
gneurs.
y L Treiz»e elcta dor donner à chaque Pauure delà Cène.
TABLE DES CHAPITRES.
âRHïVE'E DTN CHAOVX .DE LA PART
éc l'Empereur des Turcs vers Henry le Grand
à FontaineblcaUo
CHAPITRE XX. pag. 287.
1 X ^Eflimeqtiefatfoit t Empereur des Turcs de Henry
i_j k (jrandi
ÎL '/ Ures & Eloges doneZi aux ^is de France par les Turcs.
î IL Cff ChÀûux a atédimce du Roy, ^ ï ordre qui fut obfertié.
IV. La Reyne 'vott aùe recepîtoHo
y. Le Roy amiê defm recen vne pareille oArnhaffade,
AMBASSADE DE DOM PEDRO DE
Tolède, de la part de Philippe IILdunomRo/d'Efpagrîe
vers Henry le Grand, & la réception qui luy fut faite à
Fontainebleau.
CHAPITRE XXL pag,29o.
L T\ *^^ Veàro alBéde U Reyne Marie de Medicis,
ÏL jLJ Le Roy ertaoye au deuant le recemir,
IIL L ordre ^ cérémonie de ta ndience.
ï V. Sommaire du dtf cours de 'Dom Pedrù en (on Audlense,
V« // "Va iduer la. Reyne.
VL HfatîlefemyUbleeuHers Monfeigneurle Dauphin.
VIL En <vain il tanche de dtjfuader k Roy de la proteâion des
Eftats.
VIÎI. Ce que dit Dom Pedro 'voyant ce Chajieau^
ÎX, LarefiluùondetiJfuèdeceftêÂmlfaffade.^
u ilj
TABLE DES CHAPITRES:
MARIAGE DE CESAR DE BOVRBON
Duc de Vandofmc, auec Françoifede Lorraine
DuchcfTe de Mercœur , à Fontainebleau.
CHAPITRE XXIL pag.295.
L 'W'^Erniere aâ'ton mémorable faite kjfopu le règne àt
\ 3 Henry IV.
IL Le Roy agrée fonce mariage.
IIÎ. Le Roy , la Reyne, ^ toute la Cour tres-rkhement ve-
ftus.
IV. (e mariage célébré en la Chamelle haute,
V. Feftin où le Roy , ^ la Reyne aftfierent,
VL Bal fait en [uite.
ACTE NOTABLE FAIT A FONTAINEBLEAV,
en la prefencc du Roy , par le R. P. Arnoux Prédicateur,
ôcConfcircurdcfaMajefté, oppugnant la Confeflîondc
Foy de la Religion prétendue reformée 5 ôc les glorieux
effets qui s'en font enfuiuis à la gloire de Dieu, ôc à Tad-
uantage de la France.
CHAPITRE XXIIL pag.298.
ï. "11 A" Otifde cette aStion notable.
II. J^jLLe Reuerend Père Arnoux comtoinc de faux U Re^
ligion prétendue reformée.
lïï. Les Reltgionaires écriuent contre te Père Arnoîsx.
IV. // leur fait re/j?onfe , ^ plufieurs autres doâes ^erfonna^
ges.
V. Q^onfeigneur le Cardinal de Richelieu excella entre tous
en fa réponfe.
VL Les fruits aniueZi de cetaâe mémorable.
TABLE DES CHAPITRES.
ARRIVEE A FO NTAINEBLEAV DE
Monleigncur le Cardinal Barberm, Légat
de fa Sainctecé en Fiance.
• CHAPITRE XXIV, pag.'304.
ï. T £ Pspe Vrhain V IIÏ. enuoyefon Neuen Lcgat en
i. j France.
ÏI . Aiotîfdu voyage de <:rS^onfeîgneur le Légat en France.
III. Monietgneurle Légat célèbre fapremiere Mejje k Fontaine'
bleau,
IV. Le%oytraitte Monfeignetw le Légat en 'vn magnifique fe-^
jimàdifner.
y. Les ReynesfQntUfemblahle,
CEREMONIES FAITES A FONTAINEBLEAV.
pour le ferment de la Paix entre la France ,
ôc l'Angleterre.
CHAPITRE XXV. pag.so^
ï. "\ T A'ms efforts des Anghis contre la France.
IL V éAmbaffadeurs deputez^de part ^ d'autre,
ÏÏL Vayp.'ired dt/posé pour iurer cette Paix^ en l'Egh[e du Boîtrg
de Fontainebleau.
ÏV. Lg Roy trait te en vn fejlin exquk t Ambaffadeur i Ângtci
terre.
Y. Trinces & Seigneurs quiafiflerent à cette Cérémonie,
y L he Roy ime la Paix.
TABLE DES CHAPITRES:
RECIT D'VN FOVRBE CALABROIS,
fe difant Prince Géorgien , exécuté à mort
à FontaineblcaUc
CHAPITRE XXVI. fag.513:
ï. T E motif qm a imùtél' Aiithet4ràfaire ce récit.
II. 1. j Teinte de se Vourbe Cdabroîs , qui caufi 'vns grande
allarme.
III. Laquelle efldefcoumrte.
ÏV. Commijpiires qui informent de ce fait 0
V. Enquejies ^'informations.
VI. Il aduou'é fa fourberie.
PROMOTION DE QJ ARA N TE-NE VF,
Chcualiers de l'Ordre du S- Efprit, auecla ccremonic
faite à Fontainebleau.
CHAPITRE XXVIL pag.318.
L
'Ordre des Cheualiers du Sainà Efprit , dessins cele*^
bres qui furent iamais.
IL Plufieurs motifs ont^ortéle %gy Henry IlL a l'inffiitution
de cet Ordre.
IIL La Saille de la belle Cheminée dïJposéeenCha^elk,
ïV. Ordre des cérémonies.
V. (Zontinuation des cérémonies.
VI. Feflin drefsé en la Salle du BaL
W\,!J\Çomsdes (heualkrs.
TABLE DES CHAPITRES.
LIVRE QVATRIESME,
TRAITTANT
DF BOVRG, ET DE LA FOREST DE
Fontainebleau , auec leurs appartenances & dépendances.
DV BOVRG DE FONTAINEBLEAV.
C HAP ITRE I. , pag.5ij.
I. TT 'Vtilité qu apporte à cette Maifon Royale fin
f j Bourg:, wfa Forefi.
IL Quand ce Bourg a commencé de saccroïftre.
III. A ombre d'Hofiels baHis en ce Bourg.
i V . Ce Bourg beaucoup augmente fim Henry IV, ^ Louyi
XllL
V. Dejcrïption de la grande Sglifè de ce Bourg
VI. Premier Chapelain efiably en cette Eglife.
yil. Preuofiê 'B^ojale de ce Bourg , & Us lieux qui enrejfor^
tijjent.
yill. Acqmfitïon faite par Henry le Grand , départie de ce
Bourg y&de la Seigneurie de Monceau,
DES PRIVILEGES, ET IMMVNITEZ
données aux Habitans , & ParroifTe de
Fontainebleau.
Chapitre IL pag.331.
• »'« <
I. "1^ 4[ 0/i/}- ciui ont inuité plufieurs de nos %oys a fa-
XVA uonfer ce Bourg de Priuileges.
IL Tlufieurs Chartes touchant ce Bourg&TarroiJfe,
WLLe Roy Louys XI IL a particulièrement fauorisé ce
Bourgs f0fes Habitans,
aa
TABLE DES CHAPITRES.
IV. Deux Foires franches par an , o^rojées a ce Bourf.
y. Primlege -particulier durant lefeiour de la Cour.
t)E SAINCT PIERRE D'A VON,
ParroifTe de Fontainebleau.
Chapitre III. pag. 3)6.
I. A Von T^ar^oijfe de ce Bourg,
H. j[^^Uejiendu€ de cette Parrotfe.
III. Les Cœurs du Roy Philippes le Bel i& de laRejneJafem^
me, inhumeZo en l'EgliJe de cette Parroijfe.
IV. Vne Verrerie Royale icj efiahlie.
DE LA FOREST DE BIERE,
autrement dite de Fontainebleau.
Chapitre IV. pag. 539.
L T A'0« cette P oreïi prend fon nom,
II. i J Cette Forejt contient ^ingt- cinq mille arpents,
îll. ^iuerjes %outes en cette Forefi.
IV. Plufieur s Plaines,
V. Elle contient plufieurs petites Montagnes.
VI. Çrand nombre de Croix.
VII. Elle abonde en beftes Fauues & Ivoires,
Y\ll. Quantité de Tuits en cette Forefi.
IX. Plufieurs Communautez^O' !^eigneurs y ontleurChauf-
fage.
X. Le Capitaine & Concierge de ce Chafieau de Fontai-
nebleau y a trente Cordes pourfi)n Chauffage.
XI. Hommages rendus au Roy dans cette Forefi , par au^
cuns VCa^ers.
TABLE DES CHAPITRES.
DES OFFICIERS DES EAVX ET FOREST^
èc des ChafTes de Fontainebleau.
Chapitre V^ pag.346.
I. /^ Ardas des Forefls Royales fort anciens.
II. Vj"^^ Grand Forefiter de cette Fore fi j eftablj far
François I.
III. Maifirife particulière de cette Forefïr.
I V. Sous cette Maiftri/e tly a deux Sièges,
V. Officiers des Chajfes.
y I. Prmileges des Officiers des Eaux & Forefis ', & des
Chajfes.
DE QVELQVES PRIEVREZ, ET CHAPELLES
ficuées en la Forefl de Fontainebleau.
Chapitre VL pag.349.
î. TT A Chapelle de Sainéi Loujs , autrefois dite dé
1 j Sainci 'Vincent.
I I. JVlotifde la fondation de la Chapelle de S. Louys,
III. Elle eft a la collation du Roy.
W.Le Prieuré dit Noftre Dame de Franchard,
V. Le Trieuré de S. Nicolas des Baffe s- Loge s *
VI. LHermitage de la Adagdelene,
TABLE DES CHAPITRES:
DES VILLAGES ET HAMEAVX'
yfagers dek Foreft de Fontainebleau.
Chapitre VII. pag. 3;i.
I. ^^"TOwj des Villages & Hameaux 'vfagers,
I I. J[ ^^ Prmïkges défaits Vfagers,
III. Obltgezj en cas d'accident de feu en la 'Foreft delà fe^
courir,
IV. Ils doiuent au Roy le droit d'Auenage.
y. Ils font exempts de la Taille , &ne payent que le T-aillon^
LE
L E
TRESOR
DES MERVEILLES
DE LA MAISON ROYALE
DE FONTAINEBLEAV.
LIVRE PREMIER.
DE L'ANTIQVITE' ET FONDATION
du Chafteau Royal de Fontainebleau , où il eft
fait mention des Roys qui s'y font pleus ,
&C qui l'ont amplifié.
CHAPITRE I.
/. L'honneur rendu a l'An
tiqmté.
IL LeB.ojLoMysVIL Fon-
dateur du Chafleau de Fon-
tainebleau.
III. Le %oy Philippe Augufle
fewurne a Fontainebleau ,
retournant de la Guerre
SainBe.
IV. Sainâ: Loujs fe plaifolt
fort a Fontainebleau, m
V. Philippe le Bel , & autres
Rojs anciens ne s j font pas
moins pleus.
VL LeRoj François Premier
l'a beaucoup amplifié,
VIL Henrj II. François Se-
cond, & Charles IX^ l'ont
fort embeUj.
VI IL Henry III. laimoit
comme le lieu de fa naiffancé.
IX. HenrjleCrandl'aaug-
menté,f0y njenoit volontiers.
X. Loujs le lufle a donné le
comble deperfeâtion a cette
MaifonKojale,
A
Le Trésor des merveilles
L'honneur
rendu à
i'Antiquitc
Philoftrate
lin. ^. de la
vie d" A"
follontHs.
II.
Le Roy
Louys VII.
Fondateur
duCha-
fteau Roy-
al de Fon-
tainebleau
'A N T I QV ï T e' des chofes a tou-
jours efté en fî grande confidera-
tionparmy toute force de nations,
qu'auec grande raifon elles luy ont
donné le titre de Vénérable , com-
me voulans dire que la longue
fuitte d'années qu elles fubfîllent,
leur auoit acquis ie ne fçay quelle
obligation de refpeâ: & d'hon-
neur. Ce qui auoit autrefois inuité les Gades à luy ba-
ftir vn temple dans leur ville , pour monftrer qu ayant
en foy quelque chofe qui tenoit de la diuinité , auffi luy
eftoit-il deu vne grande reuerence. Et quoy qu'à dire
vray , cecy foit notament à l'égard des chofes animées,
fî eft-ce en quelque façon que cela fe doit eftendre au
refpe6l; mefme des inanimées , ôc fur tout des baftimens
anciens qui ont pour leurs Autheurs des perfonnes illu-
ftres en dignité &: en mérites. C'eft de laque Rome fe
vante d'auoir vn Remus & vn Romulus pour fonda-
teurs : que Carthage tire la gloire de fon origine de la
Reyne Didon : &: que tant d'autres empruntent des
auantages pour fe rendre recommandables à la pofte-^
rite. Vérité quieft fi cognue de tout le monde, qu'ay-
ant à décrire icy les merueilles qui publient haute-
ment par tout l'Vniuers la gloire Si la renommée de la
Maifon Royale de Fontainebleau , i'ay creu que ie ne.
le pouuois mieux qu'en commençant par fon antiqui-
té, qui eft de cinq cens ans,ÔC la perfonne qui première
en ietta les fondemens.
Et combien qu'à parler fmcerement l'on ne puiffe
pas alfeurer quel de nos Roys en eft le fondateur, par
ce qu'il ne s'en trouue rien d'écrit ,ny aucune marque
qui puilTe obliger d'en faire vn iugement certain.
Si eft-ce à tout le moins qu'il eft vray femblable,
que l'honneur de fa fondation eft deu à Louys Septiè-
me , furnommé le leune , à la diftindion de fon père
DE FONTAINEÈLEAV. LiVRE î. j
iauec lequel il régna. La preuue paroift affez euidante
en ce qu'il ne fe parle point de Maifon Royale à Fon-
tainebleau auparauant luy , &C qu'il ell confiant par
quelques Lettres ôc Titres en datte de l'an de (alut mil
cent foixante neuf , lefquels nous auons au trefor de Ï169*
nos Chartes , que ce fut ce Roy qui y fit édifier vne
Eglife en l'honneur de la Vierge , &: de Sain6l Satur-
nin, y eftablit &C dotta vn Chapelain à perpétuité, où
pour fon entretien ( après plufieurs autres dons) la Char-
te porte en termes exprés, ^ue quand le Roy , ou la Rey-
ne 3 ou fin fils Jeiourneront a Fontainebleau 3 ce Chapelain
aura fa liurée entière de quatre pams Par lour , dcmtfeptier
de mn , deux deniers four fa eu fine , c^ ijne toife de chan-
delle ^ qui efloit alors vn don affez conlîderable*
Et il y a apparence que la pieté de ce Prince auoit
fait baftir cette Eglife en fon Chafteau , afin que fa
Maiefté 6c toute fa Cour y peuffent faire leurs déno-
tions : car pour lors il n'y auoit point d'Eglife ny de
Chapelle plus proche que celle de la parroifTe de Sainét
Pierre d'Auon , éloignée d'vn demy quart de lieue.
Où pour marque immortelle , combien cet Illuflre
Monarque auoit aymé le Seiour de Fontainebleau, il
voulut en laiffer des témoignages après fa mort ^ ayant
choili le lieu de fa fepulture en l'Eglife de Noftre Da-
me de Barbeau àvne bonne lieue de ce Chafteau Roy al,
laquelle il auoit fait baftir au bord de la riuiere de Sei-
ne, *où Alix j ou Adelle fa femme luy fit éleuer vn tom- * ^'"•'(«^
1 ■ \ \y i> o 1 1 • i- • tnLudoutco
beau enrichy d or , cl argent , oC de diuerles pierres pre- Scftimo.
cieufes. Vn Autheur moderne a remarqué qu'en l'an Beiiefonfi
mil cinq cens foixante & fîx 3 le Roy Charles IX. eftant ^l'"'V^^*
en ce heu de rontamebleau on ouurit ce tombeau par Anndesdi
fon commandement, où le corps de noftre Louys Se- ^^'^""'
ptiéme fut treuué encore entier , auec fes veftemens
Royaux, quelques anneaux aux doigts , & vne Croix
d'or qui luy pendoit au coL
Philippe Augufte fon fils , autant héritier de î&s 1 1 1.
vertus comme il le fut iuftement de fon Sceptre ôc de phui^jp*
"^ A ij
4 Le Trésor des merveilles
Àugufte f^ Couronne , fucceda aux mefmes inclinations de fon
pallearon- ^,. --^ t-> 1it- -îI
tainehleau pcre, a clierir cette Demeure Koyale de Fontaniebieau™
ïJbrùie'r" ^^ ^^ treuue plufieurs Lettres données en ce lieu , qui
re Sainde. portent témoignage apparament qu'il y pafToit vne
bonne partie de l'année , où il prenoit vn grand diuer-
tiilement a la chafTe.
Et pour vne preuue fans reproche que cette Mai-
Rigordut fji-i eftoit dés lors en Gon(iderâtion , c'eil; que Rigord
phiii/fi Autheur, lequel a curieufement décrit les geftes de ce
^ugufti. -p^Qy ^ g^ q^j viuoit de fon temps , fait foy que ce Prin-
1 1 9 1. ce l'an mil cent nouante deux , retournant de la Guerre
Sainde contre les infidels de la Paleftine , vint pafTer
les felles de Noël à Fontainebleau , &; après quelque
ieiour prit fon chemin à SaindDenys en France, pour
rendre grâces à Dieu, &: à ce Saind: Martyr de fon heu-
reux retour , félon la pratique de nos Roys qui n'entre-
prenoient guère de longs voyages, qu'à leur départ, ôC
à leur retour , ils ne vinfTent taire hommage , èc fe re-
commander àcet Apoftre ÔC Proteéleur de la France.
"Tv! M A I S fi faut-il aduoUer que 11 ce Seiour Royal tire la
s. Louys p.[oii-e de fa fondation de Louys V 1 1. il n'eft pas moins
le plailou & , , V , • 1 f- • r\ T i
fort à Fon- obUgc a la memonx de iamct Louys, tant pour lepro-
«inebieau. /^ ^^ ç^^ baftimcus , quc pour le haut éclat de fa per-
fonne &; de fes vertus incomparables , qui l'honnoroit
fouuent de faprefence, en forte que non feukment les
plaifirs innocens qu'il y prenoit à courre le Cerf , ÔC
aux autres chalfes , le luy faifoient auoir en lînguliere
afïe6lion , plus que pas vn de £cs autres Palais : mais
encore fur tout les exercices de pieté qu'il y pratiquoit,
fe retirant là fouuent pour à l'écart du grand tracas du
monde s'adonner plus particulièrement à la médita-
tion des chofes celeftes , &: en recréant fon efprit en
la chaffe des beftes , éleuer fa penfée en la pourfuite 6c
en l'acquifition des vertus : ce qui par vn double auan-
tage luy reuenoit au profit du corps &; de l'ame j &;
d'où poffible il auroit pris fuiet d'appeller ce lieu Çts
Deferts , ( car c'eft ainfi que portent plufieurs de Ces.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I. y
Lettres , Donné en nos dejèrts de Fontamehleau,) non feu- propre " que
lement pour reprefenter la vafte eftenduë &: la ren- b'ert7'^:>°ic
contre dVn grand nombre de roches afpres &; fteriles chIp*î>eV^
oui font es enuirons de ce lieu: mais encore comme iî ^J^einf^
par là il eut voulu dire qu'à Timitation de ces anciens ZsZ'&l^^
Anachorètes , c'eftoit le defert èc le heu de fa retraite, J',"^'^' ll^_
pour ( fe dérobant quelquefois des foins & affaires do- f^'" ^^^^^
meftiques 6c de fon eftat ) fe donner entièrement aux f,"'^"^,^.
penfées de l'éternité &: aux exercices ferieux de l'amour J^J^p^J';!*
Ae Dif^n celcbr.rfe-
aC LJICU. Jonficou-
A ce propos ie ferois tort à fa pieté &: à la recom- '^"^j^"^^'*^'
mandation de ce Lieu Royal , iî ie pallois fous filence l^jjj^'l^^'
les ades de deuotion qu'il y pratiquoit en noftre Con- ^^^-^ij^^^,
uent , lequel il auoit fait ballir fous le titre de la très- y 7°''lf^^-
■^ i _ pe au McUc,
Sainde Trinité : car là fouuent il tenoit a honneur , & °^ =°'"«'.c
l'on diloïc
temoip-noit vn extrême contentement d'alïifter quel- ''''"»#^)^.
quefoisen chappe aux proceflions auec nos Relieieux, couricr qui
èC le treuuer au ieruice dium bc canonial , ou la il ie uciieauRoy.
plaçoit au chœur auec eux , pfalmodiant ÔC y prati- r lUcs'dTdV
quant d'autres œuures de deuotion 6c de Religion. * viiîedc^Mc-
Pour témoignage dequoy, nous gardons encore à pre- tombées pYr
fenc en ce lieu vne petite chappe de foye à fleurons , mcVme & à
lun cftoient
tombées pai
terre de lo/
m
auec vn chaperon duquel il fe feruoit alors , qui eft de &
la mefme forme que ceux que nous portons , dc tout rc'uicïc""
parfemé de rofes ÔC d'autres fleurs. Tolnurd
Philippe Quatrième furnoliimé le Bel petit fils '"f" ^" -
de ce faind Roy , a pareillement honoré ce Chafteau, Meim.
non feulement par fa naiffance , mais encore par vnc
alfez longue demeure qu'il y a fait , s'y exerçant fort ph,iipne le
au plailir de la chalTe ', où après vnreo-ne de vinet-neuf Bel, & au-
ans , la meime ou il eitoit ne au monde , par vne glo- anciens ne
rieufe renaiffance il naquit pour l'éternité dans le Ciel, ^fj^^"^^^
Fan de grâce mil trois cens quatorze. pieus.
Plufieurs autres de nos Roys,comme leail, Charles V.
& V I L n'ont pas moins chery cette Maifon de plai-
fance , que leurs deuanciers , defquels ie ferois volon-
tiers vne lifte èc vn bien ample récit , fi par vne trop
A iij
6 Le Trésor des merveilles
longue fuite de difcours , où le fujet me pourroir obli-
ger, ie ne craignois tenir ce Chapitre en longueur bc le
rendre ennuyeux : ie me contenteray doncques d'en
' rapporter quelques-vns des derniers Siècles 5 pour faire
vou" que fî Fontainebleau en fon commencement a ell:é
en eftime , il ne l'a pas efté moins depuis , ôc Tell encore
autant , & plus qu'il le fut iamais.
Comme la chafTe eft vn des plus honorables exer-
• cices &: gracieux diuertifTemens des Princes parmy le
poids de leurs affaires ferieufes , où ils fe déchargent de
plulîeurs ennuis , qui pour l'ordinaire accompagnent
leurs Sceptres > voila pourquoy Fontainebleau eftant le
41 plus agréable ôc le plus commode qui fe voye point
pour tel contentement, ce fut le motif qui inuita Fran-
çois I. d'en faire vne grande eltime bc vn choix tout
particuher , fuiuant les traces des Roys fes deuanciers,
& à ne laiffer périr la gloire de cette Maifon vrayemenc
Royale : bc fi nous ne luy donnons le titre de Rellau-
"^ rateur , au moins faut-il auouer qu'elle luy a de gran*
Le Roy Jes obligations des foins tous particuliers qu'il a pris
rr'beau- pour l'amplifier de plufieurs beaux édifices , ôC repa-
coup am, j^ej- ce qui rcftoit de l'Antiquité , n'ayant rien épargné
pour ce fujet i iufques à faire vne recherche curieufe
dans les pays eftrangers des plus excellens ouuriers,pour
les attirer en France, 6c les employer particulièrement
en ce lieu.
Auffi quand il parloit de cette Maifon, c'eftoit auec
des termes de tant d'affeétion , que combien qu'il eut
plufieurs autres Palais , il luy fembloit n'auoir de pro-
pre que celuy-cy 5 bc lors qu'il y venoit , il difoit , quil
allott chezj foy. Que fi l'on luy faifoit prefent , ou qu'il
pût recouurer quelque chofe rare , c'eftoit pour fon
Fontainebleau.
Henry II. Henry IL fonfilsayaiit recueilly la Couronne de
&^ch°adel ^^ ^°^^ pere,fuccedaà fes inclinations pour orner ce Lieu
1 X. l'ont de plaifance , lequel il a embelly de plufieurs rares pein-
foicembel • *
\y, tures qui s y voyent.
DE FONTAINEBLEAV» LIVRE I. 7
François 1 1. & Charles I X. Ces enfaiis ayaiis fuc-
cefTiuement porté le Sceptre & la Couronne de cette
Monarchie , ont femblablement fort contribué à i'em-
belliffement de cette Maifon:plufîeursbaftimens,&: en^
tr'autres diuerfes 6^ riches ftatuës de marbre ôc de bron-
ze , d>C quelques tableaux de haut prix qu'ils y ont fait
apporter d'Italie , font des témoignages qui publient
hautement combien ils ont aimé cette Demeure Roya-
le j &: le tout par les foins & fous la régence de Cathe-
rine de Medicis leur Mère,
Henry III. n'a pas moins rendu ce Lieu recom- " viii.~
mandable par fa naiffance , &c l'aimoit fort , comme le ^^"^y ni*
remarque vn fameux Poète de fon temps,quand il le fait comme le
parler de cette forte de Fontainebleau. naifr^nce^*
Lieux de moy tant aimez^ jjï doux a ma naiffance , dp
Rochers qm des faifins dédaignez^ l'inconjlancei
Francs de tout changement.
Effroyables deferts, & 'vous bois fiUtaires ^
Pour la dernière fois foyeza les Secrétaires
De mon demi ^véhément.
ISlymvhes de ces Forefts , mesfidelles nourrices^
T^oîit ainfl qu'en naiffanfvous mefutesùropices^
Ne m'abandonnes pas^
Quand ïacheue le cours de ma trifte auanture.
Vousfifies mon berceau , faite s mafèfulture.
Et pleurez^ mon trefpas.
Henry le Grand , dont la mémoire ne mourra ia^ i x.
mais en lapenféede tous les gens de bien, encheriffant Gr3i'a
fur tous les autres Roys fes deuanciers , a pris plailîr ^'gn^enté*
d'amplifier ce Chafteau Royal de plufieurs riches bafti- voionciersj
mens, de peintures, de fontaines , de canaux , y ayant
employé endix-huiâ: années, depuis mil cinq cens qua-
tre vingts treize, iufques àmilfixcensdix,lafommede
deux milhons quatre cens quarante mil hui6l cens cin-
quante liures. ,
Mais après tous ces illuftres Monarques j fi faut-il ^^^'^ j^
rendre ce témoignage à la gloire de noftre grand Roy lufteadgi»»
8 Le Trésor des merveilles
né le corn- Louys le luftc , auiourd'liuy heureufement régnant _,
feafon^r qu'il a comme donné le comble de perfedion à cette
cette Mai- Maïfon Royale par les enrichiffemens qu'il y a faits , ^
le." °^^' dans le deffein qu'il projette de la rendre l'abrégé de
toutes les merueilles qui fe voyent en tout l'Vniuers j
comme elle eft defia fans contredit , la plus grande , la
plus commode , la plus belle , èc la plus riche de tout le
monde. Et de tant de fîngulieres raretez ie me refer-
ue à décrire amplement cy-apres en détail chacune fé-
lon fon antiquité , félon fon ordre , ÔC la diipofîtion du
lieu.
ORIGINE DV NOM
de Fontainebleau.
CHAPITRE IL
/. F^ne recherche diligen-
te fait quelquefoù trouuer
deschojès mcogneu'és à f lu-
fleurs Siècles,
IL Le nom de Fontainebleau
dîuerfement écrit par les
Jiutheurs anciens & mo-
dernes.
111. Plu/leurs de nos Roy s ont
fait leur fe jour ordinaire à
J\delun.
IV. Fontainebleau tire fon
nom d'vn chien de chaffe
nommé Bleau.
V, ^luelc^ue s Autheur s mo-
dernes Je méprennent tou^
chant l'origine du nom de
Fontainebleau,
cicero de ^^^^^S ^ AncicH confîdcrant les difficultez qui
vmHerfo. ^\^y|^y^^ furuicnneut en la recherche de la vérité
des chofes,qu'vne longue fuitte de fîecles
tient cachées fous le voile de fes obfcuri-
tez , a dit hardiment , que c'eftoit tenter
rimpoffible d'en vouloir trouuer la fource bc le princi-
pe. Mais n'en déplaife à cet Ancien , li ie dis que c'eft
eftre trop feuere en ce poinétj&que comme ceux qui
trauaillent aux mines d'or ne rencontrent pas fouuent
la veine qui produit ce métail précieux , qu'après vn
grand
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE I. 9
gvand trauail qui leur fait en fin inoiffonner les fruits
de leur peine : ainfi bien qu'il foit difficile de donner
atteinte & d'entrer en la cçgnoifTance des chofes éloi- _ ^
Vne re-
in-
cognuës à
plufieurs
gnées des temps èc de la mémoire des hommes j fi eft- cherche ai-
ce que la pratique &c l'expérience nous font voir qu'y- ''^e^u/r""
ne recherche curieufe fait rencontrer aucune fois des fois cou-
chofes, dont les commencemensauoient eflié incognus "hofc ^
à plufieurs fiecles pafiez. Il me feroit facile d'en pro- «^^s
duire plufieurs exemples , fi celuy-cy touchant l'origi- ikcies.
ne &C le nom de Fontainebleau n'eftoit afiez fuffifant.
Où il eft vray de dire , que le temps èc le peu de foin
de nos Hifiioriens en alaiiféainfi lacognoiflance obfcu-
re y mais il eft vray auffi , que par des conie6tures afiez
probables , l'on en peut donner quelque iugement.
Et ce qui caufe en partie cette obfcure cognoifian- n-
ce , eft la diuerlité de ce nom de Fontainebleau , que Fonrame-
quelques Autheurs anciens , &C modernes écriuent dif- ^'^^" '^*-
feremment : les vus l'appellans bonite m- Eblaudt , Fon- écrit.
taine-Eblau; comme fait Rigord Autheur de cinq cens ^Jl°'''^' '"■
rr /^ r \ 1 1-' -11- Phihpfio
ans , &: aufli Calaubon : les autres Fontamebliaut &; AHgufto.
Fontaineblaudi j ainfi le nomme loinuille qui écriuoit JaZ"j'jy^,
il y a prés de quatre cens ans. Dans le Teftament de ^^oujs.
faind Louys , fait en Latin , il eft appelle Fons Bliaudt^ ul^", "^ni^
FontainebUau. Noftre Gaeuin qui viuoit il y a fept '«j^f''^^/^'«
vingts ans, 1 écrit Fontem-Bieaudi^ Fontainebleau. Pon- caf. 10.
tus Heuterus le nomme Fontenehlaum , Fontainebleau, rit'''!"'
Le Cardinal du Bellay qui viuoit fous François L ^nb-p.cap.y
Henry I L l'appelle Fontem-Bleaufum , en ces termes : pli '"^'
ranc.
Jsfympha qîi£ Fonti faciles Bleaujo ^""^"^
Suggérées lympha Jaltente curjus rmim sei-
Emicas 'v'mo Juferemmenîe ^udvnded-
Hercule fàxos, w^.
Papyrius Mafib luy donne le nom de Fons Blaudi , de ^j^Ip.'
Fontaine de Blau, en ladefcription qu'il faitdelaFran- Du BeUay
ce, là où il cite quelques Lettres d'Innocent III. dattées mes Latws,
de l'an mil cent nouante èc vn à Fontainebleau , ou au
Chafteau de Blau. ^pt^d Fontem Blaudi fme de Blaudiaco^
B
lo Le Trésor des merveilles
ce font Tes propres fermes : & toutes les Chartes an-
ciennes, èc Titres que i'ay veu, portent le nom de Blaié-
dij ou Bltaudt, &; quelquefois Bltanàï : car elles font tou-
tes en Latin , félon la pratique de ce temps-là.
Mais quelques Efcriuains modernes n'ayans pas la
cognoiffance de l'ancienne origine de ce nom , ô^: de ce
Lieu Royal, l'appellent Fontaine-belleau, Fomem hell&
aqua i FontemheUaqueum i Fontembelldum. C'eft ainfî que
le nomment Germanus Brixius ,Mercator, Merula,
cermanus Belleforeft, Rodolphus, Botereius, Golnitz , Remmius ;
flëZTtd" comme fait pareillement le Prefîdent de Thou, qui l'ap-
Menator pellc cucote de cc mot Grec Callirhoe,
*MendTin T^^Ua Calltrhoe fpeétacuU fr^butt oUm.
cofmogra- Qù àlavcrité il faut auouerqueces derniers Efcriuains
Beiiefereflr out cu taifon eu quelquc façon , puifque c'eft pour ren-
France'^'e' *^^^ P^^^ recommaudablc cette illuftre Maifon par la
en fa Cof bouté , ôc pat la beauté de fes eaux ; fi ce n'eft qu^ils
"cStin ayent crû polTible , que c'eftoit vn manque en l'ortho-
itinerario graphe dc ce nom , par ce peu de différence qu'il y a en-
Bdgic'o. tre ces deux manières de l'écrire , Fontainebleau , ou
De Thon Fontainebelleau.
^pitra- Et quoy que ce nom de Belleau foit bien donne en ce
fens à cette Demeure Royale , d'autant qu'il ne fe void
guère de plus belle eau j fî eft-ce que fî l'on s'arrefte à la
commune tradition , il faut croire que fon nom origi-
naire & ancien n'eft pas Fon famé belleau , veu que tous
les Autheurs anciens ne l'ont point appelle de cenomj
, mais bien Fontainebleau , ou bltau.
in. P o V R doncques en venir à ce qu'en raconte la tra-
àe nos dition du pays , 1 on en tire 1 origme d vn Chien nomme
Sr/ kT -S^^^^^ ou Bltau : &c de fait , c'eft vn nom qui a efté don-
fejoiir or- né auttcfois affez vulgairement aux Chiens de chaffe.
Mehn. * Auec cc quc l'on peut coniedurer que cela eft bien
vray-femblable, puifque tous les anciens n'vfent point
d'autre nom pour faire cognoiftre ce Lieu.
Où pour donner plus de iour à cette vérité , il eft à
remarquer que plufieurs denosRoys de lacroifiéme li^
ria
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I. it
gnée ont fait fouuent leur feiour, obtenu leur Cour en
la Ville, ôcChafleaude Melun 5 entre autres, les Rcys cuhir, é-
Robert , lequel mefine y mourut l'an mil trente deux ) rZIIô. "*
Louys VI. dit le Gros fonfîls; LouysVII. &: quelques
autres encore auparauant j foit pour raifon de Taffiette
de ce Chafleau, qui eftoit alors vneplace forte,à la poin-
te dVne Ifle au milieu de la riuiere de Seine j foit auiU à
caufedeladifpolition du lieu, qui a de belles & grandes
plaines pour lachafTe, tant vers la Brie, que ducoftéde
rVrepois , èc du Gaftinois j & particulièrement à caufe
de la foreft de Bierre , dite maintenant de Fontaine-
bleau, laquelle a Ton abord prefque ioignant cette Vil-
le, ôc ce Chafteau de Melun. ..
O R la tradition eft telle : qu vn denosRoyschafTant ^ ^'^'•
vn lour en cette rorelt , il arriua qu vn Chien appelle bieau tue
Bleati, ou -8//4«,s'eftant égaré de lachafTe, comme l'on J^/chucn
le cherchoit , parce que c'eftoit vn Chien que le Roy nommé
aimoit fort , il fut trouué auprès dVne fontaine au mi<^ *'***
lieu de cette foreft, où il fe rafraichiffoit ,lairé du trauail
de la chafTe j Ôcparce que cette fontaine n eftoit pas alors
cognue, ôc que ce Chien fembloit en auoir donné la co-
gnoifranGe,elle fut depuis appelléela Fontaine de BUau.
Et comme quelques-vns de ces grands Princes com-
mencèrent à le plaire en ce lieu,ils bâtirent certaines pe-
tites maifons &; retraittes es enuirons de cette fontaine,
d'où de lieu a pris ô^; porté depuis le nom de Fontaine-
bleau , comme qui diroit Fontaine de Bleau : &: qui queU
que temps après a efté royalement bâty, ôcpar fucce(^
(ion de temps changé &: augmenté.
D'alTeurer cecy pour indubitable, c'eft ce que ie ne
puis i non plus que de vouloir porter vn iugement cer-
tain quel, ôc comme fe nommoit ce Roy, & lî cefutRo- 'dulitZcdc
bert , ou Louys le Gros , ou Louys VII. defquels il a efté "^i^*^^
parlé cy-deftus j fondé fur la dodrine d'vn des plus fça- >m^'-« de
uans Pères de rEglife,qui m'apprend, Qj^tl 'vaur mieux '^''Juguft,-
ne rien déterminer des chofes cachées , que d'affirmer des ''^- ^^ «'*"'
chojes incertaines ^ douteufes. Touterois pour preuue „y.Tn^
B ii
A'îonet.
édition.^,
verbo Fons.
*' Gonlnitz.
vbi fitprà.
V.
Quelques
Aiuheurs
modernes
fc mépien-
nen: tou-
chant l'ori-
gine du
nom de
Foniaine-
bleau.
ri Le Trésor des merveilles
ïipparament vraye fembkble.
Il eft à remarquer, qu'auparauant que Henry le Grand
fift acommoder cette fontaine , qui porte le nom de
Fontainebleau, en la façon qu'elle fevoid auiourdliuy,
il y auoit au defTusvne petite voûte en forme de grotte,
où cette hiftoire eftoit dépeinte à frais.
C'eft l'origine 6c l'etymologie que femble auoir vou-
lu marquer Monet , en fon Parallèle de la langue Latme
&:Francoife, quand il appelle ce Chafteau Royal Fon-
tem Bellautmm,Bellauttj fontis ha/ilicam jVont^inchlcçiny
ou Fontaine deBellaut j comme faifant deriuer ce nom
de quelque chofe qui fe nommoit Bleau , ou BeUeauty
&: non pas de ce que ce lieu a de belle eau: Car, dit cet
Autheur, iadis cette Maifon Royale a efté appellée Fon-
tainebellaut.
Et quant à cette hiftoire touchant ce Chien, elle a
bien efté remarquée par vn * Efcriuain moderne 6C
eftranger j mais qui pour en auoir efté mal informé , la
raconte autrement que ie n'ay fait icy j difa-nr. Que le
Roy François I. eftant à la chafTe en ce lieu , vnde (es
chiens rencontra vne fontaine , en la prefence de Clau-
de fille de ce Roy, dont cette Princefî'e trouua les eaux
fi belles & fi agréables , qu elle pria fon père d'y bâtir
quelque maifon de plaifance: ce qu*il fit, & y édifia ce
Chafteau qui s'y void , où à l'occafion de ces belles eaux,
l'appellaFontainebelleau. En quoy cet Autheui^man-
que trop clairement, attendu qu'il a efté remarqué cy-
deffus comme cette Maifon Royale eftoit fondée plus
de quatre cens ans auparauant François I. 6c que defià
■elle eftoit nommée Fontainebleau j Ô^ mefiiic que ce
Roy dans tous les Titres que nous en auons , ne l'appelle
point autrement que Fontainebleau,&nonpasFontai-
nebelleau. Outre encore qu'il fe méprend, quand il dit
que cette fille de François I. fe nommoit Claude 3 car
de quatre filles que ce Roy a eues, pas vne n'a porté le
nom de Claude , ou il a pris poilible la mère pour
la fille , laquelle s'appelloit ainfi , &; eftoit fille de
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE I. 15
Louys XII. Il eft bien vray qu'il époufa en fécondes
nopces Eleonor , fœur aifhée de TÈmpereur Charles
Quint : mais il n'eut point d'enfans de cette féconde
fe mme.
Vn autre Autheur (c'eft André Fauin) rapporte bien ^,;^,./f^a
pareillement l'origine du nom de ce lieu à vn Lévrier '''"f'-/^'"*,
nomme Bleau ,c^i trouua cette rontanie : mais il man- Naua-Te
que en ce qu'il dit , que ce fut du temps de S. Louys , &; ^"*'" ^'
que ce Chien luy appartenoit j veu qu'il eft certain que
cent ans au moins auparauant S. Louys , cette Maiion
portoit deiîa le nom de Fontainebleau.
DV BON AIR ET TEMPERAMENT DE
Fontainebleau: Auec fa defenfe contre ceux qui
l'accufent d'excez de chaleur en l'Efté.
CHAPITRE IIL
/. Rien de comparable au m faueur de Fontaine-
trefor de la Jante.
II. Comparaifon de la Zone
dite T^ornde j c^ de Fon-
tainebleau.
III. Témoignage autentique
bleau,
IV^. Plujieurs cho/es qui four-
nijfent du frais au fort de
l'Ffié a Fontainebleau.
sPhi
O M M E il n'y a rien de fî précieux que la rkiU
fanté , témoiiî cet ancien Philofophe, qui ^"fipj'"^ ..
difoit hardiment , qu'il n'y auoit perfonne Sl/;/i.
d'heureux en ce monde , que celuy qui pof- '^^' '"
fedoit ce riche trefor : auffi il n'y a point l
de doute, que tout ce qui contribue à fa conferuation , Rien de
ne peut qu'il ne foit en finguUere jeftime. Or fi nous b?eTu"'e»
croyons au commiin fentiment des Médecins , le tem-?"^ ?^ ^*
,, /lu- n 1 • lantc.
perament oC la honte de 1 air en eft vne des pièces prin-
cipales , àc des plus requifes. Confideration qui n'eft
pas petite pour releuer la gloire de Fontainebleau > ôs
le rendre d'autant plus recommandable , qu'il fe peuE
B iij
II.
14 Le Trésor des merveilles
vanter d auoir vn air bien tempéré , èc auffi bon qu'il
en foit.
Où tout d'abord il me fembie entendre quelqu vn
qui veuille s'oppofer à cette vérité, fondé fur ce que les
lieux enuironnez de foreft (tel qu'eft Fontainebleau)
font d'ordinaire vn théâtre où les bruines, ôc les autres
iniures du Ciel font ioiier toute leur malice. Auecque
ce que Ces roches èc fes fables font que plulîeurs Fac^.
cufent d'excez de chaleur en l'Efté j ce qui tout enfem-
ble le pourroit ainfi faire croire intemperé.
A quoy pour répondre &c conuaincre de faux cette
Comparai- obiediou , ic mc feruiray de ce que les Géographes mo-
j>n de la Jemes remarquent , touchant ce que les anciens Philo-
Zonc Tor- /jirz -r J Uai/
ride & de lophcs out cctit de la Zone Tornde ou brulee j région
IZ'r" qu'ils ont crû n eftre point habitée , à caufe du Soleil
qui y darde (es rayons perpendiculairemeilt , &C qui
pour cela ne permet pas à leur dire, qu'aucune créature
y puilTe viure longuement pour raifon de fes chaleurs
exceffiues : mais l'expérience &C le rapport de ceux qui
depuis quelques fieeles ont fréquenté ce pays-là , alTeu-
rent le contraire , & racontent qu'il n'y a guère de Ré-
gion plus tempérée , àc plus fertile. Nc^n qu'à la vérité
fon climat , & l'éleuation du Soleil qui y bat à plomb,
n'obligeaffent à tel iugement, premier que l'expérien-
ce euft fait paroiftre ce qui en cftoit , &; que l'on y euft
remarqué des caufes qui corrigent l'excez^e ces cha-^
leurs , rendant ces contrées d'vn tempérament fain,gra*
cieux , & fertile ,par le moyen de certaines vapeurs que
le Soleil efleue en abondance , lefquelles parent contre
l'effort de (es rayons , ôCpuis fe refoluenc en rôfées èc en
pluyes.
Le mefme fe peut dire de Fontainebleau : il eft vérita-
ble que fi l'on s'arrefle feulement à confiderer que ce
lieu efl enuironné de bois , lefquels fourniffent d'ordi-
naire de matière à des bruines , àc à des brouillards, |
ioint qu'il eft dansvne valée j ces chofes femblent ainfi
accufer fon air d'eflre intemperé, groffier, &c mal fain.
t)E FONTAINEBLEAV. LiVRE L x^
Mais il eft vray aufli , que fî Ton remarque que fon
terroir n'eft point marefcageux , mais fec & chaud , dc
que fesboisfournifTentde fraicheur. Ton auraoccafîon
d'mferer delà alors , qu'il eft d Vu tempérament fain &C
gracieux, puifque ce font ces deux qualitezqui contri-
buent au maintien de la vie.
le laifTe d'autres raifons pour m'arrefter à ce que l'on
en peut apprendre de l'expérience, maiftrefle des cho-
Tes , qui fait voir que ce Lieu Royal n'eft point ftijet à
aucune maladie particulière , comme beaucoup d'au-
tres endroits de France 5 èc que pour les maladies ordi-
naires , elles femblent n'y auoir cours , fî i'ofe ainfî dire,
que parce que Dieu s'en fert quelquefois pour faire co-
gnoiftre aux créatures raifonnables , qu'elles font pai-
rtries d'vne matière qui les doit obliger àpenfer à leur
fin dernière ; ce qui en cette façon fe peut , ÔC fe doit
prendre pluftoft pour des faueurs , que pour des dif-
graces.
Et fans m'arrefter à de plus longues preuues, en voicy
vne digne de remarque , tirée d'vn ancien Regiftre de la
Chambre des Comptes , commencé à Bourges mil qua-
tre cens vingt deux , bc finiffant mil quatre cens trente
trois , fueillet cent vingt cinq , dans lequel il y a vne
Lettre du Roy Charles VIL de l'an mil quatre cens tren-
te ôcvn, par laquelle il raconte , Sa tres-chere Dame & s.Yoniiu.i:
Mère auoir employé les deniers du Domaine des aydes de ^ticie^ij"'
Alelun entre autres haftimens ^ala reedification d'vn très- ^" Ordon-
bel & notable Hofiely afU en laforefide Bierre , au lieu dit "zanx &
Fontainebleau, auquel fe s fredecejfeurs Roy s de France auoient ^'""'^'•
couflume euxfouuent ébatre au déduit de la chajfe, çf lequel mT*
fadite Dame & Mère auoit proposé faire reedifier tout de Témoigna»
/• lin- 1 rr 1 » r> i ge autena-
neuf i tant pour le bafltment dejjm dit » qu en confideration que «i fa=
de ce rapporté luj auoir efié les feu Roy lean , Charles fon Fontaine-
<tdyeuly &Jes Oncles d' Anjou yde Berïy,&deBourgongne, ^^^'^u-
y auoir efté prefèrueZj de la grande mortalité . auï au temps cette
J / ^ rr • n^ 1 T> ■* y' Iitéamu
de leur îeunejje auoit ejte grande par tout ce Royaume , jors laa ijjo
audit Fontainebleau, Ce qui n'eft pas vne petite preuue
ariiua en
i^ Le Trésor des merveilles
pour iuftifier ce qui a efté dit cy-defTus de la bonté &C pu-
reté de l'air, &: du tempérament de Fontainebleau : qui
eft confirmé par le témoignage de quelques Autheurs,
lefquels afTeurent que ce lieu eft fort fain &: tempéré.
Et quant à ceux qui Taccufent d'excez de chaleur en
l'Efté : le leur diray qu'ils fe .fondent bien fouuent plus
dans les apparences , que dans la vérité j iugeans que de
fes roches &: de fes fables, il ne fepeut qu'il n'enrelilTif-
fe de grandes chaleurs. Mais ils n'ont pas pris gar-
de aufli , que la foreft qui l'enuironne tempère ces ar-
deurs.
Non que quelquefois il ne s'y reflente quelques cha-
leurs extraordinaires, mais c'eft fi peu de temps, que ce-
la ne doit pas eftre confiderable j auec ce qu'elles ne font
pas tellement ordinaires , que l'on n'y ay t veu plufîeurs
Eftez autant &c plus tempérez qu'en aucun lieu qui foit
point: ÔC il n'y a perfonne qui ait fréquenté cette De-
meure illuftre 6c Royale , qui ne foit obligé d'auoiier
franchement , que pour ce peu de chaud qui s'y peut
reffentir quelquefois , la nature ne l'ait recompenfée
dVne Automne la plus agréable , &; la plus delicieufe
qui foit point ailleurs. Sans mettre en ligne de compte
fon Printemps, dont les charmes font fî puiffans , que
pour en parler fîncerement,il faut que tout le refte du
monde luy cède en ce poinét.
Et puis s'il y a quelques chaleurs , il y a auffi tant dC
tant de diuers &; amples logemens, tant de chambres,
— de falles ôcdegalleries , tant de iardins èc d'allées cou-
piufieurs uertes , tant de fontaines &c canaux qui fourniffent du
chofes qui frais , QU il cft vrav dc dire , QUC s'il y a du chaud, à peine
fourniflenc '^ . / ^ ~1 ^ , ,
du fiais au le peut-il ieiitit , OU pour le moins 1 on a moyen de s en
^""/foIi-' pouuoir facilement garantir.
tainebieau. Auffi lifoiis uous quc plufîeui's dc iios Roys ont pris
plailir d'y demeurer en toutes les faifons de l'année.
Ainfî nous auons remarqué , &; il fe trouue des Lettres
&: des Ordonnances deS. Louys,& de Philippe le Bel,
dattées à Fontainebleau es mois de luillet &C d'Aouft,
qui
IV.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I. vy
qui eft le temps où les chaleurs exercent leurs rigueurs:
ainfi pareillement il y en a de François I. d'Henry II.de
François IL de Charles IX. d'Henry III. d'Henry le
Grand , &; de fa Maiefté régnante , qui font autant de
témoignages que telles chaleurs prétendues excefllues
ne font pas telles que quelques-vns fe perfuadent,puif-
que tant de grands Princes n'ont pas laifTé de fréquen-
ter ce Lieu au fort de TEfté ; & comme il fe remarque
encore par plulîeurs adions célèbres qu'ils y ont faites,
defquelles ie parle ray cy- après au Liure troiliéme.
DV PLAN ET ASSIETE DE LA MAISON
Royale de Fontainebleau 5 auec les Eloges que
luy donnent quelques Autheurs , tant
Eftrangers que François.
CHAPITRE IV.
/. La Matfon Royale de
Fontainebleau enmronnée
d''vne forefi , & de rochers
engmje d'^vne Couronne.
II. Comparaijbn de Fontai-
nebleau & du Mont de
Parnajfe.
IIL Fontainebleau agréable
en toutes les faifons de l'an-
née.
IV. Le circuit du Chafieau
de Fontainebleau.
V. témoignages & Eloges
enfaueurde Fontainebleau.
'Est vne confîderation bien remarqua-
ble , quand ce qui femble ternir la gloire
de quelque chofe ,fert au contraire à re-
leuer dauantage l'honneur de fa grandeur.
Ainfî peut-on dire du Soleil , que d'autant
plus que l'on le void ofïufqué de brouillards qui pa-
roiffent luy vouloir rauir l'éclat de fa lumière , & plus
cela contribue par après à rehaulTer fon luilre &: fa
fplendeur. Ce qui auroit donné fuiet à vn des plus
fignalez Capitaines de noftre fiecle, ôc qui a honoré la
t8 Le Trésor des merveilles
France de Tes illuftres exploits, de prendre ce bel Aftre
pour deuife , enuironné d'vn nombre de nuages , auec
ces mots Latuis, Aàuerfa coronant : ipouï dire que les dif-
fîcultezquil auoit cprouuéesparmyles armes àrepouf-
fer les ennemis de cet Eftat, auoient couronné ics tra*
uauxpar l'honneur immortel qu'il en auoit acquis à dé-
fendre fon Roy bc fa Patrie.
Ceft cette confideration qui releue grandement
l'honneur de Fontainebleau , quand l'on vient à pren-
dre garde que ce qui pourroit raualer le luftre èc la ma-
iefté de cette Maifon Royale, eft ce qui luy donne de-
quoy l'admirer dauantage j i'entens le lieu de fon afTiet-
te &; de fa fituation , qui eft en vn terroir fabloneux ÔC
defert, auec vn grand nombre de roches ôcde bois qui
i'enuironnent.
Chofe dis-ie , autant plus remarquable que c'efl
vne merueille de voir fortir la lumière des ténèbres ,
èc l'abondance de la fterilitc : ie veux dire qu'en vn
lieu 11 fohtaire au fort d'vne foreft , l'on ait dequoy
admirer vn Palais , où l'art &c la nature ont fourny à
i'enuy l'vn de l'autre , pour baftir vn chef-d'œuure le
plus parfait qui foit en Europe , qui pour cela rem-
porte fans contredit l'honneur d'eftre le plus accom-
plyde toutes les belles maifons qui fe voyent au refte
du monde.
1. Son plan ôC fon afliette eft doncques au miheu dV-
Royaie' de ^^ torcft ,où l'oniie lepeut aborder qu'en paffant deux
Fontaine- Heuës de bois , prefque de tous coftez , &c là vne va-
ronnéedv léc de trois lieues ou enuiron de circonférence , s'eft
deroch^'^^ trouuée tout à propos pour l'afTiette de cette Maifon
en guife Royale.
ronnc. °"' ^^ ^^^^ ^'cu faut quc CCS bois&:cés roches qui l'en-
tourent de toutes parts jpuiffent raualer fa gloire, que
tout au contraire l'en tire Vn argument , &C le fuiet de
dire, qu'en guife d'vne Couronne , il femble que la na-
ture ait voulu faire paroiftre par là qu elle auoit deftinc
tout à deffein ce lieu , p<xtr^ftr« vn k>ur la Demeure
DE FONTAINEBLEAV. LiVRÈ L i^
Royale 6c delicieufe des plus grands Monarques de la
terre : pouuant doncques bien dire à ce propos , que ^d-
uerfa coronant : que ces chofes qui pouuoienc fembler
rabatre de fa grandeur ôc de fa beauté , concourent au
contraire à la rendre plus recommandable.
Outre qu'il eft vray de dire , que ces bois &: ces ro-
ches feruent , & lesvns&les autres, à la retraitte dVn
nombre prefque infiny debeftes faUues 6c noires, Ô<:de
toute forte de gibier , qui rendent ce lieu vtil , &; plai-
fantà toute manière de chalfe. -
Si bienqu'auec autant &:plus de raifonque ces An- i'-
j. > n. n rr ■ Comparai-
ciens , pouuons nous dn*e que c elt vn autre Farnalle, qui fon dePon-
entre les fontaines , enavne qui ne cède en rien à celle ^jJ^"JJ'
d'Helicon j où les Mufes &C toutes les Grâces que TAnti- àc Parnaf-
quité Payenne a reuerées fous les noms de Diuinicez
boccageres J font leur feiour ordinaire : les Naiades dans
le sazouUisde Ces belles eaux, &: de Ces rares tontaines:
èc lesDriades &:Amadriades,parmy fes bois dc Ces bo-
cages , où en toutes les faifons l'on y entend toute for-
te d'oifeaux , qui animent ces deferts délicieux par le
charme de leurs ramages. '
Adioutons à cecy , que fon terroir fabloneux rend ni.
ce lieu autant &;pluscon{îderable, que laplus riche af- bkau'grï-
iiette d'aucune autre maifon de plaifance qui foit point '^''^"^ ^,"
X X JL toutes les
en quelque terroir fertile &: abondant que l'onvoye: faifons de
veuquefi la nature a donné la fertilité à ceux-là en par- ^^""^^•
tage , ils ont cela auifi de défaut , qu'ils n'ont qu'vne
partie de l'année qui les rend gracieux j l'Automne àc
î'Hyuer eftans fî peu plaifans , qu'à peine les peut-on
aborder 5 Ôcque mefme la moindre pluye ne permet pas
l'entrée de leurs iardins & de leus promenades. Où Fon-
tainebleau en quelque faifon de l'année que ce foit , a
cela de particulier , qu'il eft fort agréable , fon terroir
ferme 6c fans marefcages , qui fait que la chafTe ôc fon
feiour y font à fouhait en toutes les faifons.
Or quant au plan de cette Maifon Royale, il eft irre-
gulier, prefque triangulaire, n'ayant point defymetrig
C ij
10 Le Trésor des merveilles
exactement gardée en la fuite de fes bâtimens , parce que
ce fontplufîeurs édifices conltruits en diuers temps, 6c
par pluiieurs Roys ; mais le tout neantmoins a vne 11 am-
ple &; fi belle entrefi-iite de Tes baftimens & de Tes iardins,
que l'on peut afieurer qu'il n'y a lieu de plailance au
monde , lequel ait vne fi grande quantité d'édifices , de
I V. galleries , de chambres , de cours , de iardins , de fontai-
du cha!* nés, 6^ de canaux , outre la quantité merueilleufe de fes
fteau de j-ares peintures ; le circuit de tout le Chafteau ayant
Fontaine- ^ ^ r \ o 11
bieau. mil quatre cens toiles de tour : oC toutes ces merueilles
faifans aduolier franchement à ceux qui les ont exade-
ment confiderées, qu'il n'y a aucune maifondepiaifan-
cequi égale celle-cy.
C'efh aulTi la gloire que luy donnent tous les Au-
theurs anciens &: modernes , tant eitrangers que Fran-
* Abraham çoïs. Aiiifi en parle * Abraham Golnitz, en ces termes:
ainitz. in fous BcHaquetu adtficium eft tîa hodie ad fajliç-mm dedu-
Beigico- Uum» 'Vt fulcberrimum , am^lijstmum , & magmjicenttjsi'^
GMco . ^piyyj, omnï'Am in G alita ^ Germama^ Belgio , Anglta , <^ Ipa-
lia ejfe dixerim»
Fontainebleau , dit cet Autheur , eft tellement ac-
comply , qu'il eft vray de dire qu'auiourd'huy c'eft la
V- maifon la plus belle, la plus ample , &; la plus magnifique
témoigna , ^ ,, ■> ^ ^ . ^ ^ Ali
& Elo- de toutes celles qui le voyent point en rrance,en Aile-
".^'^' magne , en Flandre bL es Pays-bas , en Angleterre, 6^
ges
gcs e
ueur de t !•
Fontaine Cil Italie.
bieau. Girard Mercator , &: Mcrula , luy donnent l'Eloge
in Geogra- fuiuaut. Fons BclU aquA Jecejjîis ejl "^R^gum Galîu amœ-
^Jtiamemi-^^p^^ i (|^/f/"/ apïfimus ^ 'VCTC ^datium , domicilium olim
"'"''• fanBi Ludouici , i^op Phthppi , po/lremo Francifci Valefij:
cofmogra- multa îbï fingulana. Fontainebleau , difent-ils , eft vn fe-
/tlCTii ^^^^' tres-agreable des Roys de France, très-propre pour
le repos , vrayement vn Palais , iadis la demeure de
S.Louys ,par après de Philippe, 6^ en fin du Roy Fran-
çois de Valois j là font plulîeurs chofes rares ôc fingu-
lieres.
Le Cardinal Bentiuoglio dans le recueil de fes Let-
J. C !!■
DE FONTAINEBLEAV. LiVRÈ I. ii
très en parle en cette forte : tlA Fontainebleo fin digiafla- ai cma-
/^ \ I- • V ^ > .,— . /■ ■ ,\ lier Aïa-
to 'vna voUa e dtmam "vt tornero. (^ran caja m 'vero , !?„•„,•.
degna d^'vn tanto Re ^ benche fono pià cafi infieme aggmnte
'vna aT altra m njarij tempi , fenz,a ordtne alcmw j onde di
tutîe tienne à formarfi vna vajta mole rndigefia e confufa^
ma quefia medefima confufwne e mena di grandeZjZ^a è di
maejra. Non vl mancan giardinï bellipmï j è oltre prima
fontana che diede il nomme alla cafa , ve nefino molto al-
treche l'abbellifcono grandement}.
Le mefme en François. Tay defîa efté vne fois à
Fontainebleau , &; demain \y retourne j c'eft vne grande
maifon en vérité , bc digne dVn tel Roy , bien que ce
foient plufieursmaifons iointes l'vneà l'autre endiuers
temps fans aucun ordre i d'où de toutes , vient à fe for-
mer vn amas &; affemblage vafte , indigefle &: confus j
mais il eft vray aue cette mefine confulîon eft pleine de
grandeur ôc de maiefté. Làne manquent point de très-
beaux iardins, & outre vne première fontaine qui don-
ne le nom à la Maifon , il y en a encore plulieurs autres
qui l'embelliffent grandement.
Apres les témoignages de ces Autheurs eftrangers ,
voicy ce qu'en rapportent quelques-vns des noftres.
Où ie commenceraypar yndenosHiftoriens&cCof-
mographes^c'eft Belleforeft, qui en parle ainfî.
uiu CafimoM ejt la Maifin magnifique, fàperbe Chafleaut^ J facif
Palaù R oyalde Fonraînebelleau, lefieo-c & déduit des Roys de mograph.
r II) 11 /^ • n / • 1 vmuerfell.e
trance , lequel s en allant prej que en ruine ^ a ejte remis Jus de du monde.
no^re temps par ce grand Roy François Premier du nom i qui
ayant recouuert les Aiafires Architectes les plfis excellens
de l'Europe , a fait aufii faire ce Chef-d'oeuure autant rare
qui fi voje guère en toute la Gaule, Aufii le lieu eft en fi
belle afiiette pour le platfir , les bois y epans foifionnans , la
proje afouhait, les ruiffeaux& eftangs Je gibier & le poifi
fin , f0 l'air j eftantfain & libre , qu'on nejçauroit trouuer
lieu en France plus propre pour la retraitte des Princes ^ &
far tout en temps d'Efté ; ayant outre ces commoditez^ vne
grande quantité de villes aux enuirons pour loger la fiuit€
de la Cour» C iij
21 Le Trésor des merveilles
Voicy ce qu'en dit le doâ:e &: curieux Papyrius Maf-
fon.
Papynui /„ fyiua a(rn Va(iinenfls , ad limpïài^ïmum fontem Blaa-
Majfon in JJ -^ r L U ■ r ' r ■ 1
Defcriptio- dmm, Regta jitaest ^nulla totms turoM mjerior: deeaemm
hi finit'' ^i^^or pcj^e dicere quod Poéta eximïus ait defolis Regia:
Deiphinu JS/Latcnam fr^crahat optis.
F/ic njero locus e^ , 'vbi olim Philippus Pulcher Francorum
l^ex ïmmortalï giorta dignij^imus^ annalium memoria natus
tradïtur,
Eiivne foreft duGaftinois , à la tres-claire ombelle fon-
taine de 5/<«^ , eft fîtuée vneMaifon Royale qui ne cède
en rien à toutes celles de l'Europe j car il eft iufte de di-
re d'elle , ce que l'excellent Poëte a dit autrefois du
Palais du Soleil, écriuant en cette forte,
L' œuHre furpaffoit la matière.
Or eft ce lieu où iadis Philippe le Bel Roy de France ,
bc très -digne d'vne immortelle gloire , eft néi comme
racontent nos Annales.
Vn autre Autheur célèbre par fes curieufes recher-
ches du monde , en dit ce qui s'enfuit.
Daidty es i^a Maifbn Royale de Fontainebleau eft en njne région
Empires &it}.r^r/^-^ ' i /
Eftats du belle & spacîeuje ajerame & tempérée , rare en beauté ^gr a-
monde, edi- ^^^^/^ ^^^ fèwur . f0 abondante en toute forte de délices : Ce fi
tion tn fc^ J J ' J
lio i6t^.& là que Je trouuent les pompes^ les magnificences F rançoïfe s ^
^Authelr & ^'^fi ^^ que fe 'void tout ce qu'il y a de plus beau en la
des Anti- Cour du plus grand Roy du monde.
viihs & Quelques-vns de nos Poètes ne fe font pas aufïi ou-
^editfjn"^' t)li^^ ^^^ la louange de cet Oeuure Royal, car voicy ce
qu'en dit vn des plus dodes ôc illuftres.
Le jîeur de Bcaux & grands bafttmens d'éternelle ftruBure ,
Superbes de matière , & d'ouurages diuers.
Ou le plus digne Roy qui f oit en l'VniuerSi
Aux miracles de l'art fait céder la nature.
Beau parc t0 beaux tardms , qui dans "vofire clofiure
eAueZi toufiours desfieurs , & des ombrages vers ,
Tslonfans quelque démon qui défend aux Hjuers,
^'en effacer iamais l'agréable peinture.
^3
Le P. le
Aioyne
Elégie I.
fur les
Triomphes
de Lbuys
XUI.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I.
Lieux qui donnez^ aux cœurs tant d'aimables de/lrs.
Bois ^fontaines ^ canaux, fi parmj vosplaifirs
JVlon humeur eli chagrine 3 ç^ mon ^ifaee tnfte.
Ce nefi fas quen effet 'vous n ayez, des avvas,
ècc.
Vn autre en parle ainfî :
Dans ces heureux fahlons y où loin du bruit des armes ^
La paix & les plaifirs ont étalé leurs charmes^
Efi baHyfar les mains de la félicité,
Q.4u repos de nos Roy s 'vn Palais enchanté.
La Deejje des eaux , d''vne éternelle fource ,
Fait dans ce beau feiour &fi)n lit &fa courfe,
Germanus Brixius Poète célèbre fous le reene de ^^f"'.'''"'^
François I. n'a pas oublié les loiianges &: les excellen- Ainfiodo-
ces de ce Palais Royal, l'introduifant qui parle ainlî par J^^J ^X
vne belle & riche Profopopée.
Fons ego Aqum, bella^lua circundatus alta»
lampridem ceruis tantummodo cultpu & apris
Vicma impuro rorabam prata liquore
^urhidns y & nuUos jperabam obfcurus honores»
^t me nunc magni heroes, magnique reliais
Vrbibus inuifunt proceres , gaudéntque Itquorem
£t guflare meum , c^ ripas habit are wentes,
Qujinetiam f0 cuit a per prata hortofi^ue Napea
Difi:urfant » ^iolafque & candida lilia carpunt.
Auratos pajfn per eburnea coUa capillos
ISlecnon & Charités adjunt, ^fioribus aureos
Exornant ^ariis crines 3 mifcéntque amarantho
Çramina ]Slarcifii,& Narcijfo gramina tymbra
Candida purpureo 'variantes colla Hyacintho,
Jpfk etiam Dryades properant, iterantque choreas,
LAtitta mgenti capts, é0 dulcedine nofiri
Néréides fontis /ponti 'vadafalfa relinquunt.
Et noftra adcurrunt antris ad rura reliéiis.
Adde quod & Sylua arridet ^quod blandior aér
Exhalât, Zephyris molles quodflantibus aura
Funduntur gratis , volucres quod cantibus aurai
matibm.
jifud, Ra'
fiKtium
Ghero in li-
bro , cMt no-
men Dcli-
tiae Poëta-
rumGalld-
rum.
Regia ton-
tis-hellei
delibatio
excerpta ex
Rodolphi
Boterei in
magno Fra-
cis Conjilio
^duocatl ,
in Foëmate,
cui titulns ,
Luteria.
*' Dium
Ludouictu
eo loci ad
priuatas
cum De
collocutio-
n-es fecede-
bat.
AbrahAm
RemmiHS
Poématum
feleFlioruin.
lib. 1.
5.4 Le Trésor des merveilles
Vfo\ue revient , te^ttu, nemorum 'Viridantihus <vmhris.
Hoc ego Francifco eut paret Callia Regt
'Deho, qm pmûmque loci vafiamque rmnam
( Nam me fi nejcis jyiuus Lodoicus & tpje
Rex oUm colmt) mïferatus , qualia cerms
Cœlo ereBafihi matrïc^ue palatiafecit.
SyluA ^mhra necnon ceruorum indagine captif
bïana Himulante nec indignante Gradiuo.
Voicy les louanges que luy donne encore vn de
nos Poètes Latins Rodolphus Botereius.
Occupet extremum formo/lor omnihus ijna
Regia, de Bello qn£ fonte vocata yfitl^bres
Clauja interjyluas t <^ inhofjjita thefqua ferar im
Hornda tremus erat ^ /urgent ibus ajperafaxis 3
Quo 'velut m nemus Elyfium ,fiiperumque recejfus
* 'Kex pius, effïtja dtuuifus ahtbat ah aula^
Non JSluma faljùs y ^t^geria cum'virginehahereP
<tAjfatus facros , fpedrum pietatis inane
lUdderet ^fitmmo 'Vota vt concepta Tonantl,
Crede^nec horrendafiatio aptior altéra eremo,
Decliuts locus efi, quem dejuper afpera cingunî
S axa y 'vel Alpimsjunt qualia montihm , alta
Quercuhus annofis JjIua , confinia opacis
'Tegmtmhi^s 'velant yfitientefiat aquor arena
Ni quod ah irriguis madefaéiumfontihus illud,
Decltm depnffa loco ftat Regia^ tollit
Jlla tamen fi^blime caput 3 quo njel iuga 'vincit
fiArdua , & annofiit frondofa cacumma Jjlua ,
Omnis liligeris te£iii concluditur hofpes
fiAula 3 Themis 'vel quos , ^uel Mars hahet enfe micantes.
Flurimus ohliquojlexu fons irrigat hortos ,
lUimémque lacum, multo quiptfce natatur
Efficity &:c.
Abraham Renimius ne chante pas moins les mer-
ueilles de ce Lieu.
Pandit e Bellaqueum Mufit mihi pandite fontem >
Et tôt diuitias ^ueHro referate FoètA,
Bic
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I. 15
H te domus ajfurgit 3 Begum fulcherrimafedes,
jim^la 3 augufia , ingens > placidù quam fUmmuf 'vndis
Fons ngat > O' iancio longumfacît amne canalem:
Delttu Henrici 3 dum res & fata finehant ,
(lAureaque A,ternam jj>ondshant fecla quiet em.
Hîc flatu£, immanes jjdlidoque ex Are colofi
Ordme fuHentant muros: hk Aula Ju^crha eH,
Intm opes "uaru, remmque inclufa fupeRex
Omnigenai hic 'vndans qukfefe m fydera fnmus
Euomtty & calidis erampit fiamma camink ,
JVLarmoream Henrici e^giem ifcuhtumque 'uïdehis
G^i^adr^pedem 3 & toto proflrata^ aquore turmas:
Quant us erat ^ cùm Famjlas intraret in arces
Vtdor , & attoniti fremerent Jî4h nomine Iberi.
Tarte aliâ tnfignem 'violis ^ Jlonhi4s hortum
Ajpicis 3 hic longA ambages, <variique receffus 3
Auiaqtie , jlexûjque3& fiagno aptifima teUus:
C loris vbt Nymphaqne habitant » diim gemmea mufc^
F ronde t humus 3 teneroque 'Virent frb gramme rit a,
Elkjpirant aurA tenues , & moUu odoro
' F lamine per Jjluamfiirgens fouet aéra 'ventus,
Hos Rex Ludotcus vernantt tempore faltus
Jncolit , &fuaues auium fonttfque fropinqui
Attenta bibit aurefonos: his vere fereno ,
tienricus gemtor 'vitam ducehat in oris.
Claudtte BeUaqueum M.ufA mihi claudite Fonîem.
En fuite de q.ç.s vers Latins vn autre de nos Poètes égayé ^« /«''
ainfî fa Mufe en l'honneur de cette Maifon Royale. " '^"'
Sacré F ère duiour3 beau Soleil , for s de l'onde y
Et 'Viens 'Voir auec moy le plus beau lieu du monde-,
C'efl du plus grand des Rojs le Juperbe Jeiour 3
Fontainebleau nommé, les délices d'amours
Cefijcy que la gloire établit (on empire ,
Que tout y luit d'honneur 3 ou que tout en refpirei
Et quiconque a pu 'voir ce Falaisjl charmant 3
2sle 'veut plus auoir d'yeux que pour luy feulement 0
T^arterres enrichis d'éternelle peinture ^
D
16 Le Trésor des merveilles
O^ les grâces de l'art ont fardé la nature:
Que 'vofire abord me flatît / que 'vos dtuerfitez^
M.e montrent al' enuy de natjjantes beautez^?
Ce fi auecme tlaifir que le Ciel 'vous éclaire ,
Il femble que l'Hjuer ait peur de vous déplaire ,
VEfté nofe ternir ^uofire aimable 'verdeur.
Et fa flamme pour "vous na que de la splendeur.
Vieux chefheSy & ^ous pins dont les pointes chenues
S'cjloignent de la terre & s'approchent des nues»
Bois où l'aHre du tour confondant fe s rayons
Fait naifire cent Soleils pour 'vn que nous soyons j
Beaux lieux dont la tranquille , & plafante demeure
JSle reçoit point d'ennuj quaufi. toH il ny meure i
Vous 'Voir y 'VOUS pojfeder e^ 'un bien le plus doux,
JSf'efi'Ce pas 'viure heureux que deviure chez^ ^ousf
^pres auoir paf^é dans *vne grande allée
D'aulnes & dy préaux artijtement 'voilée ,
>^Le fauorable Dieu qui prefide en ces lieux
Tait 'Voir d'vn grand canal ïobtet tout gracieux ,
Ou le chant des oi féaux , f0 le bruit des fontaines.
Font 'vn concert plus doux que celuyde Syremes:
Veft 'vn plaifîr de 'voir la JSlymphe de ces eaux
Couurirja nudité d'^vn crefpe de roz^eaux ,
FriZjcr l'azjur flottant de fes trejfes humides ,
Se couronner le front de fes perles liquides,
Ternir defon éclat les Nymphes d'alentour.
Et paroifre 'vne Reyne au milieu de fa Cour,
Ceft 'vn plaifir de 'voir l'ombre de fes feuillages
Emailler ce crifal de leurs 'vertes images.
Errer au gré du 'vent , au fi bien que fes foîs »
Et tous ces mouuemens nous donner du repos.
Sur quelque 'vérité que la fable fe fonde ,
Venus ne prit iamais fa naiffance de l'onde , .
Car 'Voyant 'vn lit d'or fous ce flot de criflal
Tofe bien ajfeurerque ceft f on lieu natal:
Il femble que ces bords gardent encore fes traces,
Slue le tem de ces fleurs fbit celuy de fès grâces.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE I. 17
Qjie ce Dédale fombre , ^fès confus détours
Seruent d'amufement a ces petits oAmours »
Et que l'air de ce lieu qui termine leur cour je 3
Infptre des douceurs , dont Us furent lafeurce.
DES BASTIMENS EN GROS ET EN
gênerai du Chafteau de Fontainebleau : De fes ad-
uenuës àc entrées , ÔC de fes Cours , qui font voir
la face , l'ordonnance , àc la difpofition de ce Lieu
Royal.
CHAPITRE V.
/. Rai/ons qui ont meu l' Au-
theur à drejfer ce Chapitre.
II. Cinq aduenué s principa-
les de ce Chafleau.
III. La plus belle fà confide-
rable efi celle de la Chauf-
fée.
IV^» Le plan de ce Chafteau
eft drefé fur l'aduenué de
la Cour du Cheual blanc.
YaNT remarqué cy-deuant le plan&l'af- f
fîette de cette Maiibn Royale , Tordre re- quî °ont
quiert de parler maintenant de (es bafti- [J^eu/à "^
mens , ÔC de tout lerefte de l'accompagne- ^^^^^^^ ce
ment , &: de l'embellilTement de cet Oeu- ^^""^^^
ure Royal. Mais parce qu vn fî grand ô£ fî parfait ou-
urage fe void premier d'abord en gros ôc en gênerai,
qu'en détail &; en particulier j d'ailleurs que de tous
ces ouurages, lesvns font anciens, & les autres moder-
nes &: nouueaux , la plufpart entremeflez dans la fuite de
tout ce corps d'édifices j &; l'ordre 6c mon deffein eftant
de traitter des vns &; des autres , autant qu'il fe pourra,
félon leur ancienneté , & le temps qu'ils ont eil:é faits :
c'eft pourquoy i'ay iugé à propos d'en parler première-
ment en gênerai , &: commencer par (es entrées &: ad-
uenuës , ôcpar fes Cours , qui font voir la face , l'ordon-
nance ôc la difpofition de ce Lieu3me referuant par après
à décrire le tout en détail.
Dij
iL8 Le Trésor des merveilles
n7~" Cette Maifon a quatre aduenuës principales , ou
Sues '^ cinq , fi l'on compte celle de la Conciergerie qui regarde
principales j.'Orient.
ftca'iu ^^'^ La première , qui a Ton afped au Midy , Sc eft en vne
grande plaine où font plantez quantité de pins , &; fe
termine par les bois de la foreft &: par quelques roches j
où à fon abord l'on découure tous les édifices de ce
Chafteau , qui font ôc paroiffent en fi grand nombre,
qu'ils femblentpluftoft compoferyne grande ville qu v-
ne maifon particulière.
"Tl L'O N y entre par vne Chauirée,à l'abord de laquelle eft
k & cont vn pauillon , èc eft cette Chauffée entre l'Eftang &c le
deiabie eft grand lardiu du Roy , laquelle a fîx rangées d'arbres
chaufTce/ qui fout vnc grande allée Royale , &;a de long cent
foixante èc quatre toifes, ô^ dix de larges elle aboutie à
la Cour du Donjon.
La féconde aduenuë* , 6^ comme la porte principale
du Chafteau , eft du cofté du Bourg qui regarde le So-
leil couchant , par laquelle l'on entre dans la Cour du
Cheual blanc.
La troifiéme eft celle qui vient du Bourg pareille-
ment , laquelle eft au Septentrion , èc qui donne entrée
au milieu de ladite Cour.
Et la quatrième eft Taduenue du cofté encore du
Bourg j le long de la rue appellée la rue Baffe, laquelle
eft aulU au Septentrion & à l'aduenuë de Paris : au dé-
liant eft vne belle place fort fpacieufe,par laquelle Ton
aborde en cette Maifon vrayement Royale, où eft vn
grand & magnifique portail qui y donne entrée par la
Cour des Offices,
m. ^ Mais parce que la Cour du Cheual blanc eft IVne
cecLïeau ^^^ principales , Se que fur fon aduenue eft dreffé le
r^ v^f'^ plan, l'affiette, Se l'éleuation de ce Chafteau , telle qu'el-
nue de la Ic fc void icy ; outre que de cette Cour l'on paffe faci-
cheuaf "^ lemcut par tout le refte des édifices de ce Chafteau : ce-
blanc, la femble obliger à commencer par icelle.
PORT^MT DBLkHMSOVi ^oyKLLEVE FOKTAIME BELLE/W
A La fontoirif de Yast
B La fmUmc le la Diane
C \ a fonU^nt LTibre
D E FG les auatrc {onïames luGranl Jarlm
H I Islcu-^UamslclaB^sseCcuriL
cil mol Blanc
KlaUa.m le la Court L Ojfucr
"fh
'f
rancmi
c..ejc
30
Le Trésor des merveilles
DE LA COVR DV CHEVAL BLANC,
dite ancietthemenc la BafTe Cour , ou
. la Grande Cour.
CHAPITRE VL
/. François L a haftj U Com
du Cheual blanc.
IL 'Jj'oti cette Cour ^or te le
nom.
IiJ. Cinq patiillons en cette
Cour.
IV. il j a 'vnfort bel Efca-
lier en cette Cour,
V, En cette Cour font les de-
fartemens de M (peurs les
Secrétaires d'Efiat.
VI. La font deux fontaines»
& deux figures de marore.
I.
François I.
a b;ilty la
Cour du
Cheual
bUnC'
E T T E Cour doit Thonneur de fa fonda-
tion au Roy François L qui la fit édifier
l'an IJ19. telle qu'elle eft en fes baftimens
auiourd'huy , comme il fe void par vn Ti-
tre que nous en auons , duquel nous par-
lerons cy-apres.
Elle a 80. toifes de long, & jS. de large , laquelle eft
diuifée en quatre compartimens par le moyen de fon
paué , qui (ont comme quatre parterres de gazons ou
prez , dVne petite herbe qui donne ie ne fçay quoy
de gracieux àTafpeâ: de cette Cour.
C^and ce Roy l'eut édifiée , il ne luy donna point
d'autre nom que de Baffe Cour , ou la Grande Cour, par-
ce qu'elle eft la plus grande de toutes celles de ce Cha-
fteau , & qui fe voyent point ailleurs j nom qu'elle a
porté mfques à Charles IX. que Catherine de Medicis
fa Mère eftant Régente de ce Royaume durant la mi-
norité de ce Prince , y fit mettre la figure d'vn grand
Cheual blanc, où eftoit vn dôme au dclfusfouftenude
quatre piUiers : lequel Cheual eftoit moulé fur celuy
de Marc Aurele , l'yne des rares pièces qui foient re-
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE L 31
II.
D'où cette
{lées derAntiquité,laquelleeftàRomedeuantlapor ^^^, ^^^^^
te du Capitule , &C du depuis cette Cour a touiiourscoirpocte
porté le nom de ce Cheual blanc , qui en fut ollé l'an '^ -"^•
i6i6. parce que n'eftant que déplâtre il auoit elle rom-
pit de nuid en partie par la malice de quelques foldats,
comme l'on a conieduré fur ce que plufieurs d'entre
eux ont dit , que ce Cheual eftant au milieu de cette
Cour il les incommodoit y entrans en garde quand fa
Maiefté eft en ce lieu. le le reprefente encore en cette
ficrure afin que l'on voye comme il eftoit autretois , èC
combien qu'il n'y foit plus , cette Cour ne lailTe pas
toutefois d'en porter encore auiourd'huy le nom.
Elle eft de moillon ôcde brique en la plufpart de fon
baftiment,oupour le moinsenfonenrichiffement&en
fes amortiffemens , laquelle eft compofée de trois pa-
uillons du cofté de fon entrée principale au Soleil cou-
chant , èC d'vn quatrième qui eft fur la féconde porte
au Septentrion. , —
Av bout de cette Cour qui regarde l entrée lont ^^^^ p^.
cinq hauts & grands pamf ons tous de pierre de grés , uUions^..
qui font feparez de cette Cour par vn fofle que Ion
palfe fur vn pont de pierre.
Le premier eft appelle lePauillon des Armes, parce
que là François L y aUoit drefle deux grandes cham-
bres àC cabinets , où il auoit ramaffé tout ce qu'il auoic
pu trouuer d'armes dont vfoient les Anciens tant a
pied qu'à cheual , auec d'autres curiofitez qu'il y auoit
mifes , dont il s'en void encore quelque marque.
Auprès de ce Pauillon font deux Tripots , l'vn cou»
uert des plus beaux 6c des plus grands qui fe voyent
point , lequel a efté bafty par Henry le Grand , èc l'autre
qui n'eft pas couuert. ^ , r ■ 1
Le fécond Pauillon eft à huid toifes de fuite de ce
premier, ,
Le troifiéme tient le milieu , à pareille diftance du
fécond 3 vulgairement l'on l'appelle la Chambre &:Ca*
binet des Peintures ; dont nous parlerons amplement
cy-apres.
31 Le Trésor des merveilles
Le quatrième fuit les autres èc de mefme ordre , àc à
femblable diftance que le premier & le fécond.
Et le cinquième eft tout de mefme que l'on nomme
lePauillondesPoëfles, tous lefquels fe communiquent
par le moyen d Vne grande terralfe bien voûtée &:gar-^
nie de balluftrades.
IV E N T R E ces Pauillons & au milieu eft vn grand Ef-
fjt "beÏEf ^^^^^^ ^^ pierre ôc hors d'œuure : il eft à deux rampans
cahcr en à viffc , cnricHy de balluftres , chacun rampant de tren-
our. ^^ çQJfg^ jg long, &: deux&demy de large ; il eft dVne
très-belle ordonnance &C architedure , par lequel l'on
entre dans la petite Gallerie,&: de là au département du
Roy, & autres HeuxdeceChafteau. SaMaiefté l'a fait
édifier 1634. en la place dVn autre qui eftoit plus petit
que celuy-cy , quoy que d'vne fort belle ordonnance,
lequel les iniures du temps auoient ruiné : celuy-cy eft
autant commode que l'autre eftoit délicat , parce que
les carofTes palTent facilement fous celuy-cy entre les
deux' rampans pour entrer ou fortir de la Cour de la
Fontaine , &; de là au refte du Chafteau 5 ce qui eftoit
empefché par celuy quieftoit auparauant. De plus que
par le moyen de celuy-cy il y a vne grande aduenuë
pour entrer en l'Eglife de la Sainde Trinité , qui eft la
principale de cette Maifon j fomme que la ftrudure de
cet EfcaHer renient à cent mille francs.
Il yauoit autrefois dans cette Cour vn grand portic
de pierre , auec de belles colomnes Tofcanes ruftiques,
& vn pont de bois fur lequel Ton paffoit à la Cour de la
Fontaine, & eftoit vis avis de la grande porte par où l'on
y entre maintenant j le feu Roy le fit ofter auec ce pont,
parce que cela n'auoit pas de fymetrie auec le refte.
V. Au cofté droit de cette Cour eft la grande Gallerie,
Courront ^^^^ l^s ^^^^^ peintures &:''fingularitez requièrent plu-
ies départe, fieurs Chapitres cy-apres.
mens de T-'irV-rit i ,-
Meirieurs il N la mclme Cour lont les departemens de Mef-
mtfs'TÊ- ^^^^^^ ^^^ Secrétaires d'Eftat , S>C de plufieurs èc princi-
ftat. paux Officiers de faMaiefté.
Là
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I. 35
Là eft aulïi eftably leBureaudelaPofte durant le fe-
iour du Roy.
L'on y marque encore le logement de plufieurs Che~
ualiers & autres Seigneurs , tant cette Cour contient
quantité de baftimens,'&: de logemens»
Et pour plus grand témoignage de la beauté &c de
l'étendue de cette Cour j ie diray que c'eft le lieu où fe
font les magnificences des Tournois , où l'on court la
Bague , où l'on rompt à la Lance ôc au Faquin , vne
grande lice &C barrière y eftant drefTée exprez le long
de la o-rande Gallerie.
Entre autres embellifTemens de cette Cour , font vi.
deux grandes Fontaines aux deux bouts fur le bord du deux°fon-.
foffé , que Henry le Grand y a fait mettre : elles verfent "^"" > ^
l'eau par deux mafques de bronze j de fur chacune de figures de
ces Fontaines eft vne Statue antique de marbre blanc '""'''^*^'
grande comme le naturel , pofée fur vn piedeftal.
La première figure représente Bacchus fous le vifage ccr »m
d'vne femme, auec vn Léopard à fon cofté, &:vn pan- c"ns'",ft""^
nier de raifins. 4 Tg^!TiTc.
L'autre Statue qui eft fur la féconde Fontaine eft la ?.« VK
figure d'vn Cha(reur,que l'on prend pour Cephale aucc î^ud'ulV
fon chien Lelape. Zl^^^ti
Quand le Roy eft icy, il y a en cette Cour deux Com- "J'i^! " «
pagnies de Suiftes du Régiment, qui font aux deux por- g°flej«vns
tes auec leur Corps de Garde. Et voila pour ce qui eft lageiV, &**'
de la première Cour de cette Maifon Royale, meîe,L*eoI
Où premier que finir ce Chapitre , il ne fera point \"tcif£k'
hors de propos de remarquer , que cette Cour, & tous t'ibaurâs*
les autres édifices qui fe voyent icy de François L font [°^"* **"
du deffein de Sebaftien Cerlio ArehiteiSte fort célèbre -^'«^c»»».
de Ion temps. çaf.iy
È
34 Le Trésor des merveilles
DE LA COVR DE LA FONTAINE.
Chapitre VIL
/. Cette Cour efi baftie par
François L
IL Uoù elle forte le nom.
III. Plu/leurs Statues de mar-
bre & de bronzée en cette
Cour,
I V. La ^errajfe de cette Cour
bafiie par Henry le Grand,
V. Diuers Bufies de marbre
■(0 de bronzée dans cette
Cour,
VI. Là efi 'une belle Fon^
tame.
I.
O VR pader dignement de cette Cour, il
faut dire que tout ce qui peut rendre re-
commandable vn édifice , foit en fon ar-
chitecture &; fon ordonnance , foit en fon
a{pe6t,foit en îç,s diuers ornemens , fe ren-
contre en cet Ouurage Royal , dont nous en verrons
en détail les fingularitez , après auoir montré quand
elle fut bâtie, par qui, OC pourquoy elle eft appellée la
Cour de la Fontaine.
C E fut doncques François I. qui la fît édifier Tan
CetteCour j^iil cinq cens vingt huid , comme il fe void par quel-
Françiisi. qucs Mcmoircs de ce temps-là \ non pas en l'eftat qu'el-
le fe void auiourd'huy auec {zs> enrichilTemens , mais
feulement en l'ordonnance du plan & de ^q,s bâtimens,
qui n'eftoient alors que de moilon , lefquels Charles
IX. fit reueftir de belles pierres de taille, comme ils
font auiourd'huy.
CetteCour eft ioignant celle du Cheual blanc , &
par laquelle l'on y entre paflant le pont du foffé &: le
grand Efcalier j dont la face d'vn des coftez de ^ç,s bâ-
çimens, appelle le Pauillon des Poèlles, regarde partie
fur IVne , partie fur l'autre Cour.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE L 35
Elle porte le nom de Cour de la Fontaine dés fon ii-
commencement, parce qu elle a touiiours eu vne belle pone ce
fontaine au dedans. "°'"'
Sa longueur eft de trente toifes , &: fa laro-eui' de
vingt-hui6b.
L'on peut dire auec vérité , que fon aiped eft IVn
des plus gracieux qui foit point j car comme cette Cour
n'a des baftimens que de trois coftez , elle a veuë vers
TEftang , &: fon latdin , qui eft vn beau parterre \ la-
quelle eft fort agréable, Ôc fe termine partie par la bel-
le &: grande allée &;aduenuë de la Chauifée au Leuant,
partie par celle du Chenil auMidy , ô^ partie par l'allée
Royale au Soleil couchant.
Là du cofté de la Salle &; de la belle Cheminée, eft
vn grand Efcaliejf tout de pierre & hors d'œuure , le-
quel a deux rampans , l'vn qui va à la Salle des Gardes
du Corps , &; de là au département du Roy, & à la Salle
du Bal j l'autre qui conduit à la Salle de la belle Chemi-
née, dite anciennement la Grande Salle. Ces deux ram-
pans font entre deux Pauillons auec vne grande face de
baftiment d'vne belle Architeéture , comme tout le re-
ft:e de cette Cour. Sa Maiefté les a fait refaire tout à
neuf, les autres eftans en ruine par la malice du temps:
lefquels oiit chacun neuf toifes &; demy de long , ôc
deux de large.
Entre ces deux rampans d'Efcalier , eft vne porte qui
donne entrée fur la Chauffée, &; dans la Cour du Don-
ion.
De ce cofté là font quelques figures de relief pofées
fur les amortiftemens de part 6c d'autre de ces deux Pa-
uillons , 6c deux autres dans le frontifpice , qui font du
fîeur Pilon* ...^ .
Mais ftir tout ce qu il y a de remarquable , ce font piufieui-s
deux grandes Statues de bronze dans deux niches au Stamés
eofté de cette porte j l'vne qui reprefente vn Apollon, çom,
5c l'autre vn Gommodus,
È ij
5(5 Le Trésor des merveilles
Et quant à cette figure d'Apollon , c'cft vne des plus
rares pièces que Ton fçauroit voir , 6c qui donne iuiet
d'admiration à tous les plus fçauans qui ont excellé en
l'art de Sculpture. Il eft grand comme le naturel , ayant
vn carquois fur le dos &; vnarc en main.
Et pour ce qui eft de l'autre Statue , elle eft de
pareille grandeur que la précédente , reueftue d'vne
grande peau de lyon en guife d'vn Hercule , auec vn
enfant ftirvnbras j qui eft la manière dont l'Empereur
Commodus fe faifoit volontiers dépeindre àc repre-
fenter.
Au delTus de la porte entre ces deux figures eft vn bu-
fte de marbre blanc , que l'on dit eftre le portrait du
Philofophe Socrate.
Deux grandes Statues de bronze fi,guràns deux Là-
mies ou Sphinx , font pofées chacune ftir vn pied d'é-
tail au bas &; entrée des rampans de cétEfcaHer.
Et de rnefme cofté font deux autres figures encore
de bronze dans des niches , l'vne qui reprefcnte Mer-
cure , èc l'autre la Venus de Praxitèle , ce fameux Ou-
urier de l'Antiquité , ce font pièces fort eftiaiées. Tou-
tes lefquelles figures èc enrichiffsmens font des témoi-
gnages 3 qui font voir les foins que Charles IX. èc Ca-
therine de Medicis fa mère , ont eu d'embellir cette
Maifon Royale.
LaT^' ir Vne belle TerraïTe de trente toifes de long & qua-
de cette totzc picds dc large auec fes baluftrades , èc laquelle eft
ftie^'^a^^" bien voûtée &:toutepauée de pierres , ayant fept arca-
Hemy le dcs , douue VU richc ornement à cette Cour. Henry le
Grand l'a fait édifier , comme il paroift par fes chiffres
èc par fes deuifes qui fe voyent entre les tremeaux de
ces arcades j là où auffi entre de grands pilaftres font des
niches , &c quelques Statues de marbre blanc. Aupara-
uant cette Terraffe François L y auoit fait dreffer vn
grand pont de bois ; mais parce qu'il n'enrichiffoit pas
affez ce Lieu , le feu Roy le fit ofler , &: y baftir ladite
taine.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE I. 37
TerralTe , qui fut l'an mil cinq cens quatre vingts qua-
torze , &C eft des premiers ouurages qui foient icy de
luyj comme il fe iuftifîe par Teftat que i'en ay veu ren-
du à la Chambre des Comptes.
Av defTus de cette TerralTe entre les feneflres de v.
la petite GalleriCjfont fept buftes antiques de marbre itesdlma"^
blanc , qui marquent les portraits de quelques Empe- ^J^ "^^ "^
reurs Romains , èc de leurs femmes. dans cette
Il y en a encore quelques-vns en diuers endroits de ^°"'^'
cette Cour , entre autres celuy de l'Empereur Marc Au-
rele , qui eft de bronze , & pofé au delTus de laporte qui
va à la Cour du Cheual blanc.
Et après tous ces beaux ouurages il nous refte à , . X,^'
O La cit vnc
parler de la Fontaine de cette Cour , laquelle en fa belle Foa
beauté publie encore la magnificence d'Henry le
Grand qui l'a fait drelTer , auec les baluftrades qui
font tout le long ioignant cette Fontaine , &c qui par
vn petit canal tout reueflu de pierre de grés bien
taillée , fepare l'vn &; l'autre d'auec le ïardni de l'E-
ftang.
Cette Fontaine eft à l'vn des bouts , ôc a vn beau
baffm quatre de dix fept pieds de diamètre , d'où aux
quatre coins fortent quatre Dauphins de bronze qui
iettent l'eau par la bouche.
Au milieu de ce balfm eft vn rocher ruftique ,6caux
quatre coins font autant de iets d'eau.
Il y a au deffus de ce rocher vne Statue antique
grande comme nature , qui eft de marbre blanc , d>C re-
prefente Perfée le cafque en tefte , & aux pieds les ta-
lonieres des Mufes , le coutelas en main , & le bouclier
de Minerue auec vn dragon au deffus , qui eft la façon
que les Anciens reprefentoient ce Héros.
Où premier que finir ce Chapitre , ie n'oublieray
pas à dire, que le Grand Roy François baftiffant cette
Cour y auoit fait édifier vne autre belle Fontaine , la-
quelle auoit aux quatre coins quatre grands termes
£ iij
38 Le Trésor des merv. de Font. Livre L^
tout de grés , qui portoient comme vn berceau de
mefme matière. Henry le Grand la fit ofter, parce que
eftant au milieu de cette Cour elle incommodoit au
pafTage , ÔC y fit conflruire celle dont nous venons de
parler.
U ■ de ji-Mictnt ■ Jn
C c f y C"! ta J-pnlame Au Lcr.'cc «wi eA c.ani lAi\u^son i^pyaile diftnliine rtle
ioMuellc ce Ycii au heu liarcjue.,^' au Perirail de fonïamebtleai
leau
J Luasivi S'ct^Xh
40
Le Trésor é»es merveilles
DE LA COVR DV DONION,
autrement dite de l'Ouale.
Chapitre VIIL
/. Effet de la Dignité , &
J\daiejf^ Royale,
II. Cette Cour efi le lien ou
ont ejté faites les cérémo-
nies de quelques enfans de
France,
II L L'antiquité de cette Cour y
qui efi la première de tou-
tes celles de ce Chafieau.
IV. D'où elle porte le nom de
Domon, & de l'Ouale.
V. Loujs VIL Fondateur
de cette Cour.
VL Ouurages de cette Cour^
partie faits fous François I.
partie fous Henry IV» &
partie fous Loujs XI il.
I.
Effet de la
Dignité &
Maiefté
Royale.
A Dignité de Roy reiïferme tant de ti-
tres d'honneur , de reiped , & de ma-
lellé , qu'il n'eft pas iufques aux chofes
inanimées , tels que font les Palais & les
Maifons Royales , qui ne fe refTentent de
l'éclat de ce Soleil rayonnant j qui fait que comme les
perfonnes des Roys font facrées &: auguftes , leurs Pa-
lais auffi empruntent iuftement par quelque participa-
tion, & par refped de leurs Maieftez , des titres illu-
ftres 6c glorieux.
Quahd ce Seiour Royal de Fontainebleau n'auroit
pas vn recueil des merueilles &;des plus belles {îngula-
ritez qui fe falTent admirer en tout le refte de l'Vni-
uers jperfonne ne peut douter que ce ne fuil affezpour
publier la renommée de fa grandeur , de dire que c'eft
la Demeure plus delicieufe & coniiderable de tous les
plus grands Roys de la Terre.
Or il en ce facré Palais il y a lieu aucun que Tondoi-
ue particulièrement reuereï , ( après ceux qui font de-
jftinez pour le culte ô<: le feruice de Dieu ) c'eft nom-
mément
DE FONTAINEBLÉAV. LiVRE L 41
mément la Cour dont nous traiccons en ce Chapitre ,
qui porte le nom de Cour du Donion , ou de l'Ouale 5
veu que c eft làqueparoift quelque refte des baftimens
de Saind Louys , le patron &c le modèle de perfedion
de tous les Roys du monde , 6c l'honneur du Sceptre
François j ôcque làmefme font les departemensduRoy
& de la Reyne : où pendant le feiour de leurs Maieftez
l'onvoid dequoyadmirer tous les iours l'éclat des Prin-
ces , 6c des Seigneurs , &; vn grand concours d'Officiers
èc de peuple , qui font attendans l'ordre , èc les eom-
mandemens de leurs Maieftez.
Dauantage , c'eft en cette Cour que le Roy tient le
Thrône de la luftice en fon Confeil d'Eftat , dans vne
Salle qui eft ioignant la Chapelle balïè.
A quoy l'on peut adioufter,que c'eft en ce lieu que n.
qu^elques-vns de nos Roys , &C autres Enfans de France, eft^ fe iieu*^
ont eu le bien de receuoir les Grâces du Ciel en leur Ba- °" ont efté
ptefme:ainlî qu*il fe verra cy-apres auLiure croiftéme. Ceremo-
M A I S pour venir à la defcription de cette Cour , il eft "'", "^^
^1 r ' quelques
a remarquer qu'elle eft la plus ancienne de toutes , &;le Enfans de
propre lieu où a efté commencé ce Chafteau : comme il
fe mftifie par des anciens Mémoires j àc ainfî qu'il eft "7i r. ~
aifé de iuger , en ce que là eft vn Pauillon qui porte en- ^^""quite
core le nom de Sainâ: Louys. Cour,qui
Sa longueur eft de quarante toifes , & vingt de large, ^e^e^jç'
El L E eft appellée la Cour du Donion , nom qu elle fo^^tes cel-
porte de toute ancienneté , pour montrer que c'a toû- chaftea"
jours efté le lieu fort &:particulier deftmé pour les per- ~~[^ —
fonnesduRoy ôcdelaReyne, Aulfi ie trouue qu'aupa- d'où elle
rauant que François L y fift trauailler, elle eftoit enui- noî^de
ronnée de foffez. Donion,&
L'on l'appelle encore la Cour de l'Ouale , parce uaie. °
que autrefois elle tenoit beaucoup de cette forme j
& en a encore quelque chofe du cofté du Pauillon de
Saind Louys. ^
L'honnevR de fa fondation eft deu à Louys VI i. v.
fi ( comme il eft aifez vray-femblable ) c'a efté luy qui foniate«r
F
Cou
4^ Le Trésor des merveilles
de cette a commeiicé à baftir cette Maifon Royale , non à la
vérité en la façon qu'elle eft auiourd'huy , puis qu'il
y a encore quelque marque de iain(Sl: Louys , com-
me nous venons de dire , que François I. l'a prefque
toute changée , èc que Henry le Grand l'a aufTi am-
plifiée , èc aggrandie de beaucoup : de forte que l'on
peut dire d'elle , comme du Nauire d'Argo , qui a du-
ré des fiecles , &C feruy à mille exploits héroïques,
que pour cela les Poètes. anciens ont placé au nom-
bre des Aftres j pour en conferuer la mémoire autant
que le Ciel durera : quoy que ce Nauire eut efté tant
de fois changé &; radubé > qu'il ne reftoit plus rien de
fon antiquité.
Le mefme , dif-ie , fe peut alTeurer de cette Cour an-
cienne , laquelle a receu tant de changement en Ces
baftimens &c en fon ordonnance , qu'il n'y refte plus de
fon antiquité , que le plan , TalTiete , ôc le nomj
Deux grandes Portes donnent l'entrée en cette
Gour.
La première Sc principale , eft celle qui vient de la
Ghauflée , ôc de la Cour de la Fontaine , que l'on ap-
pelle la Porte dorée, parce que fous fon entrée eft vne
voûte où font diuerfes peintures , dorures , &: tableaux
faits à frefque , du deffein du fîeur de Sainét Martin :
auec deux Anges qui portent vne Salamandre ^ accom-
pagnée de ces mots Latins , Nutrifio & extïnguo , qui
eftoit la Deuife du grand Roy François.
Et pourparticularifer dauantage cette entrée, il faut
remarquer qu'elle eft compofée d Vn fort haut Pauillon
à fept eftages , dans le milieu duquel font trois voû-
tes ô^ arcades , l'vne fur l'autre, fouftenuës chacune de
quatre colomnes , auec leurs bafes Ôi leurs chapiteaux j
le tout d'vn ordre compofé.
L'autre entrée eft du cofté de la Cour des Ojfïîces,
fur laquelle il y a vn fort beau ôi grand dôme percé à
iour , auec quelques figures qui portent les Armes de
France, ôc autres enrichiffemens qui sy voyent.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE I. 4J
Là font deux buftes de bronze fort antiques du co^
fté de la Cour j 6c de l'autre cofté qui regarde la Cour
des Offices , eft vn grand Portail fouftenu de quatre
grolTes colomnes Tofcanes ruftiques , auec d'autres
ornemens,& deux grandes telles oumafques antiques
de marbre blanc. L'honneur de tout cet ouurage eft
deu à Henry le Grand.
L'on appelle cette entrée la Porte des Dauphins, par-
ce qu'elle eft ornée de plulîeurs Dauphins de bronze,
auec les Chiffres de ce Prince incomparable qui l'a fait
conftruire : autrement l'on la nomme la Porte du Don-
ion.
Et pour enrichir, 6c donner plus de grâce à cette en-
trée , le Roy auiourd'huy heureufement régnant , y a
fait drefter vne petite Chauffée qui pafle dans le foffé,
où il yavneauant porte à ramages &;baluftradesde fer
bien peints &: dorez, 6c deux Termes de grelferie , qui
ont chacun dix-huid pieds de haut 5 le tout qui em*
bellit merueilleufement cette entrée. ^
av AN T à fes édifices y nous auons defîa dit qu'ils ^ ^^•
_^ 111 Ouurages
font de François L &; de Henry le Grand. De François de cecce
tous les departemens du Roy èc de la Reyne , auec le tic° S""
grand Efcalier àrepos &:à deux rampans , fouftenu de <ous Gran-
de grands pilaftres &C de colomnes. La Salle du Bal eft ne fous
aufîi de luy ; comme il apparoiftpar Ces Chiffres dC par ^^"^jj'
fes Deuifes qui font en diuers endroits de cette Cour 3 fous Louys
&: particulièrement fur l'entrée de la montée à viffe, qui '
conduit en ladite Salle ; où au deffus de la porte , ce Roy
eft en figure de relief à demy-corps , accompagné de
quelque Architedure , bc de deux autres figures entiè-
res i l'vne reprefentantPallas,ôcrautreIunon:lefquel-
les figures font fouftenuëspar de petits enfans de relief.
Le refte de fes édifices font du feu Roy , qui a fait
aggrandir cette Cour depuis la Chapelle baffe d'vn
cofté , &C de l'autre depuis ledit Efcalier par où l'on va
au département de la Reyne : cet ouurage conlîftanc
en vne continuation de bâtimens demefme ordonnan-
F.j
44 Le Trésor des merveilles
ce, lefquels fe terminent par deux grands Pauillons de
part &:d autre i l'vn qui finit le département de laRey-
ne, ordinairement afFedé à quelque Prince du Tang.
Et l'autre appelle le Pauillon de Monfeigneur le Dau-
phin , qui tient à la Chapelle haute èC balTe , compofé
de diuers eftages : lequel eft ainfi appelle à caufe que
c'eft le département deftiné pour le Dauphin , &c pre-
mier enfant de France. Henry le Grand l'ayant à ce
deffein fait orner de figures de Dauphins en bofle , au
dehors de fon Architedure en fuite de la Salle du Bal.
Et pour plus grande commodité, afin que l'on puif-
fe communiquer à tous ces departemens fans defcen-
dre en la Cour , il y a vn Parapet de pierre, auec des bar-
rières de fer peintes 6c dorées j letoutfouftenu de qua-
rante cinq colomnes de grefferie , auec leurs bafes 6C
leurs chapiteaux : ce qui donne vn bel ornement à cet-
te Cour.
DE LA COVR DES OFFICES.
Chapitre IX.
/. Fruits de la paix , & de
la guerre bien dtjferens,
II. 'Premiers baftimens de
Henry le Grand faits à
Fontainebleau.
III. La Cour des Offices ba-
fiie milflx cens neuf.
IV. Vne belle Fontaine fè
'void en cette Cour.
V. Cette Cour a 'unfort beau
Portail.
VI. Dernier ouurage de Hen-*
rj IV.en ce lieu*
T. ^^^^^Sf O M M E les fruits de la Guerre font aigres
guel"e'&* f^S^ëm ^ ^"^^^^ ^^ polfible 3 aulTi font gracieux
de la paix S ^m^^^^ ^ doux ccux dc la Concorde : & comme
cens. ' &fc^^^^B c^^x-là femblent ne confpirer qu'au rcn-
^Sm^mi-vi^é^ uerfement des Eftats j de mefme ceux-cy
ne tendent qu'à leur reftabliffement , &C accroiffement.
DE FONTAINEBLEAV. LïVRE î. 45
La France ayant goulté de ces premiers par les guerres
Ciuiles , fe veid alors fi malade qu'elle elloit en danger
eminenc , fi Dieu prenant pitié de cette première Mo*
narchie du monde , &: tres-Chreftienne , n'euft fufcité
Henry le Grand pour luy apporter le remède requis , èl
pour fa fanté , &c pour fon reftabliiTement.
Ce fut cette vérité qui parut bien dés le commen-
cement de fon règne: &c fans m'arrefter aux belles Or-
donnances qu'il fit alors, lefquelles ne font à mon pro-^
pos j ie me contenteray de faire paroilkx le foin qu'il
prit ( comme vn bon Père, & Rellaurateur de la Patrie) 1 1
Premiers
de reftablir Ces Maifons Royales , où Fontaine bleau fut baftimens
des premières qu'il confidera, ayant commencé à lere- f^ "^"7
, / 1, -j . . le Grand
parer des 1 an mil cinq cens quatre vmgts treize ^aupa- (ms àFon-
rauant mefme qu'il fuft entier &: paifible pofleflfeur de.;j;"^^^""-
cet Eftat , comme nous auons défia remarqué cy-def- j. , . .
fus* Lieu qu'il prit en telle afFeâ:ion , qu'il ne s'eft pas HeJlcl '"
contenté de le reftablir & releuer de fes cheUtes, mais^^"
encore l'a augmenté de beaucoup. ,
Cette Cour , de laquelle nous parlons , en effc vne iii-
preuue afieurée , laquelle il fit entièrement édifier mil des offi.
îix cens neuf, tant pour l'embellilTement de ce Seiour "^ °^^'^
Royal , que pour l'vtilité &: neceflité de Ces Officiets,
qui eftans en grand nombre , y ont quelques-vns &c
leurs logemensôc leurs Offices j d'où depuis elle a pris le
nom de Cour des Offices : où auparauant il y auoit en
la place de cette Cour quelques maifons appartenantes
à des particuliers , àc vne vieille cour auec ie logement
d'vn Concierge.
Quant à la longueur de cette Cour elle a quarante
cinq toifes j & quarante de large.
Pour ce qui eft de Ces Edifices, elle eftcompofée de
dixfept Pauillons , diuers en hauteur , mais pareils en or-»
donnance j qui en leur diuerfité rendent vn afpe^ très-
gracieux.
Là au deuant d'vn beau Pauillon, qui répond au Por- i v.
tail , eft vn grand baffin rond enrichy d'vne Fontaine, JoncaSc
F iij
4é Le Trésor des merveilles
voidcncet- qui ruilTclle par trois grands mafques de bronze.
Deux belles Portes &C fpatieufes donnent entrées a
cette Cour.
La première qui vient de la Cour du Donion. Et la
, féconde &c principale , eft celle par où l'on y entre du
Bourg, laquelle a vne belle &: grande place au deuant:
CetteCour où à cct abord il fait beau voir vn grand Portail , qui
a vn fort enj-^chit iTierueilleufement la face de cette entrée , à la-
beau l'oi'- _ .
taii. quelle y a vn Corps des Gardes François du Régiment,
quand faMaiefté eft en ce lieu.
Et pour mémoire éternelle de la magnificence de ce
grand Prince enuers cette Maifon , il y a vne table de
marbre au delTus du grand Portail , où font ces paroles
écrites en lettres d'or , qui parlent en gênerai du refta-
.bliffement , & augmentation de ce Chafteau.
HenncHf QuartHs , Franc'u & Nauarra Rex Chri-
Hiamfimm, Bellator forttftmus j Vtéior clementi^imw , n-
hm ad Jidaieftatisj & ^ublicA Jalutis jirmaimentum comfofi-
tis , hanc Regiam aujpicato reflaurauït , immenjum auxit,
magmjicentïus exomamt, Ànno M. DC. IX.
En voicy la tradudion.
Henry Quatrième , "B^y tres-Chreflien de France &d€
JSfauarreyGuerrier tres-forr, VtBorieux très- clément y ayant
compoje&mù en bon ejtat les cho/èsqui regardent l'efiablif-
fement de la Maiefié Royale , & dufalut public , à la bon-
ne heure a reflably cette Maifin Royale , l'a augmentée de
beaucoup , & l*a ornée plus magmjiquement quelle nauoit
efié. L'an mil fix cens neuf.
vlT Cette Cour eft le dernier ouurage qu'il a fait en
Dernier ^^ Y\ç.\x , Qui doït à lauiais deplotcr auec toute la Fran-
ouurage de ' i A _ . , .
Henry IV. ce , la mort d'vn n grand Roy, qui auoit proiette de ren-
ence Lieu. ^^^ cette Dcmcure la plus accomplie du refte du Mon-
de j comme tout ce Royaume le faire aufti fleurifTantô.:
heureux , qu'il porte dignement le titre de tres-Chre-
ftien.
DE FONTAINEBLEAV. LlViRE I. "47
DE LA CONCIERGERIE DV CHASTEAVî
De l'Hoftel d'Albrec ; De celuy du Chenil : De la
Capitainerie : Des Pauillons du lardin du Roy : De
celuy du Sur-Intendant des Finances : Et de la vieille
Conciergerie.
Chapitre X.
/. Dejcriftion de la Con-
ciergerie.
IL De l'Ho/hl d' JlbreP,
lil. Le Famllon , ou Hofiel du
Sur-Intendant des Finances.
IV. Le Chenil.
V, La Capitainerie,
VL Dîners Famllons.
O VR acheuer de traittcr en grc>s des ba-
ftimens de ce Challeau , il refte à dire
quelque chofe des Hoftels fuiuans , parce
qu'ils font partie de cette Maifon Royale.
La Conciergerie eft vn ouuraee mo- ^•
• o '^ Dcfcri-
derne en Teftat qu'il eft auiôurd^huy , que Henry le pnon de la
Grand a fait édifier pour le logement du Capitaine ôc Concierge
Concierge de ce Chafteau. Elle tient d'vne part à lâ^*
Galerie de la Reyne j de l'autre à la Cour du Donion, &
à celle des Offices : & Ton principal baftiment regarde
fur le fofTé vers le Bourg , lequel confifte en vne belle
&: grande Salle , en plulieurs Chambres , Cabinets , ôC
en àcs Offices par bas , où il y a quelques Fontaines
pour la commodité de ces lieux.
Ce qu'il y a entre autres de remarquable en cet édi-
fice , eft le département du Roy qui confifte en vne
Chambre , Garderobe, Antichanvbre & Cabinet , en-
tichis d'vn lambris peint &: doré , àc de plufieurs grands
tableaux de payfage , auec vn lugement de Paris fur la
Cheminée ,qui eftdufieurduBois,
Le feu Roy logeoit volontiers en ce département^
quand il venoit enceLieupour ï^cs petites ChalTes auec
48 Le Trésor des merveilles
peu de monde. Sa Maiefté auiourd'huy régnante , y a
pris aufTi fon département quelquefois qu'elle eft ve-
nue icy pour peu de temps , principalement l'Hyuer.
Au haut de ce baftiment eft le département pour le
Garde des meubles du Chafteau.
La Cour de cette Conciergerie a fon lardin en par-
terre, lequel n'eft feparé de cette Cour que par des ba-
luftres de fer , fouftenus de quelques pilaftres de pierre,
auec autant de vafes au deflus.
,11- L'HOSTEL d'Albret eft encore vne dépendance du
d'Albret. Chafteau , lequel conftfte en vn grand corps de bafti-
ment , accompagné de deux Pauillons auec vn beau lar-
din , dans lequel font deux Fontaines ialliffantes. La
porte de cétHoftel,ô^laCour regardent la Concierge-
rie &c la grande place , qui eft au deuant du Chafteau
du cofté de la Cour des Offices.
Cet Hoftel porte le nom d'Albret , parce que de
long-temps il y auoit vn vieil baftiment appartenant à
ceux de cette Maifon , que Monfieur Zamet ( fous le
feu Roy ) fit raccommoder pour la décharge de la Con-
ciergerie j &c fut vn temps que cet Hoftel portoit le
nom de Zamet , iufques à ce que Henry le Grand l'au-
gmenta des deux Pauillons qui s'y voyent , OC en fit vn
, des departemens du Chafteau.
Le piuii Entre cet Hoftel ôclaCour des Oifices,eftvn grand
Ion ou Ho- Pauillon regardant fur le lardin du Roy , auec des Oifi-
int'etdan: ^^^ ' ^ ^^^ Cour , quc le Roy y a fait édifier depuis
desFinan- quclqucs aunécs , pour le département , &c le logement
du Sur-Intendant des Finances»
IV. I E mets en fuite l'Hoftel du Chenil , non qu'il ne foit
plus ancien que les trois precedens , puifque c'eft de
François L mais afin de fie point rompre l'ordre Ôc la
fuite du Chafteau,
Cet Hoftel eft à l'aduenue principale de cette Mai-
fon Royale , qui regarde la foreft au Midy , èc eft le dé-
partement du Grand Veneur , dc des Officiers de la Vé-
nerie , comme auffi de la petite Efcurie de fa Maiefté.
Il
LeChenil.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE I. 49
îl eft fort bien placé, parce que de là l'on va immédia-
tement à la foreft , àc conlîlîe en quatre grands corps
de baftimens , qui régnent autour d Vne Cour de vingt
toifes de long , & autant de large , auec quatre Gale-
ries par bas, Sautant en haut, pour communiquer aux
Chambres , &C aux Offices des vnes aux autres. Là elt
vne Chapelle haute , au delTus de la grande porte.
Ce lieu porte le nom de Chenil , parce que là autre-
fois eftoit le logement pour les Chiens de chafTe j qui
ayant efté abbatu a efté tranfporté au bout dVn grand
Pré qui regarde cet Hoftel, lequel a efté pareillement
édifié par François I. Et auparauant ce lieu s'appelloit
le Breau , &C ce qui eftoit aux enuirons. .
La Capitainerie eft deTaudre cofté duCheniljàl'ex- v.
tremité duIardinduRoy, qui a efté baftie fous Henry tamerk."
le Grand , eftant auparauant où eft auiourd'huy la Cour
desOfiices.
AVX angles du lardin du Roy font quatre Pauillons, ""^^
qui portent les noms indifféremment des Princes > & Diuers Fa-
des Seigneurs, à qui il plaift au Roy d'en gratifier pour "^ *"*'
leur département , ou pour leur fuite. L Vn porte au-
iourd'huy le nom de Monfeigneur le Prince , de fait vn
angle de ce lardin au Soleil leuanti où toutioignant eft
vn Hoftel, autrefois dit de Rofny , appartenant de pre-
fent àmondit Seigneur le Prince. L'autre eft appelle le
Pauillon de Monfeigneur de Cheureufe , vis à vis la Por-
te du Parc. Le troifiéme eft à l'entrée de la Chauffée.
Et le quatrième , celuy de la Porte dorée. Le tout de
François L
loignant la Fontaine , qui donne le nom à cette De-
meure Royale , eft vn ancien baftiment , lequel l'on
nommoit autrefois la vieille Conciergerie j&: eft main-
tenant le département du premier Efeuyer de la Rcyne^
de fes Pages , ôc Officiers des Efcuries de fa Maiefté.
F I N D V L L I V R E.
Le Trésor des^ merveilles
TRÉSOR
DES MERVEILLES
DE LA MAISON ROYALE
DE FONTAINEBLEAV.
LIVRE SECOND.
OV IL EST TRAITTE'
DES BASriMENS EN PJRTîCVLIER
du ChafleaH de Fontainebleau,
ET PREMIEREMENT DE L'EGLISE
de la Vierge , bc de Saint Saturnin , dite
la Chapelle BafTe.
Chapitre I.
/. Poids & mejurè tarticu- '
hère , ordonnée pour les
cho/es faintes.
IL La Chapelle Haute haftie
parLouys VIL &rebafiie
par François L
II L Cette Chapelle dédiée par
Saint T^homas de Cantor-
bery.
IV. Le Roy a fait fort em-
bellir & orner cette Cha-
pelle là'^p.
V. Contre d'horloge fort
curieufe,
VL Fondation du premier
Chapelain de ce Chafteau.
VIL Ancienne fondation con-*
firmée & augmentée.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II.
SI
O N fans raifon Dieu auoic ordon-
né autrefois vue meiure particu-
lière , &C vn poids plus pelant que
l'ordinaire pour les chofes fain-
tes , bc qui effcoient deftinées pour
fon Sanctuaire j puifque c'elloit
pour nous apprendre myftique-
ment l'honneur (ingulier que Ton
doit déférer à ce qui le regarde ,
èC en faire vne eftime préférable à toute autre chofe.
Ayant à décrire.icy en détail des édifices , èc depar-
temens anciens 6c modernes du Chafteau de Fontaine-
bleau , cette fainte inûrudion m'eft venue auffi toft en
la penfée , qui me faifant prendre la mefure dc le poids
du Sanctuaire ; ie veux dire confiderer le prix incom-
parable des chofes faintes , à l'égard de celles qui ne
font faites que pour l'vfage des hommes : cela m'a donc-
ques obligé à donner la préférence , bc à commencer
par les édifices deftinez au cuite de Dieu , qui font les
Temples & Eglifes.
O R il y en a trois dans ce Chafteau , dont il s'agit
maintenant de traitter. La première , c'eft celle de la
Vierge, &: de Saint Saturnin, laquelle combien qu'elle
paroilTe , èc foit vn ouurage en effet moderne , elle eft
neantmoins la plus ancienne de toutes en fon origine ,
ayant efté baftie par Louys VII. l'an mil cent foixan-
te èc neuf, comme il a efté remarqué cy-deffus.
Il eft vray que il l'on la confidere en l'eftat , & dans
les ordres d'Architedure qu'elle fe void auiourd'huy ,
elle eft moderne, fon édifice eftant de François I. com-
me fait foy la Salamandre j 6c les Chiffres qui font au
dehors de ce baftiment. Mais cela n'empefche pas auffi
qu'il ne ioit vray de dire , que c'eft celle qu'auoit fait
édifier Louys VII. laquelle François I. auroit fait re-
edifier de nouueau , au mefme lieu , ou tout proche.
Et de fait qu'elle porte encore le nom de Saint Satur-
G ij
Exodi joT
Cr Leaitici
5- Cr 27-
î.
Poids &
meiure par-
ticulière
ordonnée
pour ies
chofes
(ainccs.
II.
La Chapel-
le haute ba.
ftie par
Louys VII.
& rebaftie
par Fran-
çois I.
5^ Le Trésor des merveilles
nin j &; que mefme par vne tradition du pays eontinuéé
iufques à ce iourd'huy , plufîeurs perfonnes (iir cette
créance y viennent faire leurs dénotions , & implorer
raififtance de ce bien-heureux Martyr.
Saint Louys en la Charte &: donation qu'il fit à nos
Religieux de cette Chapelle , dattée à Fontainebleau
au mois de luillet , Tan mil deux cens cinquante neuf,
remarque que famt Thomas Archeuefque de Cantor^
bery l'a dédiée ô^ confacrée à Dieu fous l'inuocation
de la Vierge, 6c de faint Saturnin.
îiï- Et de fait enuiron le temps que Louys VIL la fit
Cette Cha i i ^
peliededicc baftit , ce bicu-heureux Archeuefque s'eftoit réfugie
Thoma"d ^^^ France,fuyant la perfecution de Henry ILRoy d' An-
Cantorbe- gletetrc j ôc nollrcLouys faifoit traitter royalement ce
^^' faint Prélat en l'Abbaye de Sainte Colombe lez Sens,
comme remarque lean de Sarizbery , Autheur de ce
temps-là , es Lpiftres cent nouante cinq, &; deux cens
trois : où ce bien-heureux Martyr ayant demeuré quel-
que temps, &; n'eftant éloigné de ce lieu que d'vne pe-
tite iournée , il y vint dédier cette Eglife à la prière du-
dit Roy , qui l'honoroit extrêmement pour Çqs méri-
tes, bc fainteté de vie.
Cette Chapelle eft au milieu du Chafteau , &: dans
la Cour principale -■, fçauoir eft dans la Cour du Don-^
ion.
Et c'eft en ce lieu où nous célèbrent maintenant tous
les iours le Seruice Diuin & Canonial , depuis qu'en
l'an mil fix cens huit nous quittafmes noftre ancienne
Eglife de la fainte Trinité , pour donner place aux Pein-
tres, Sculpteurs, &: autres Ouuriers.
Elle eft extrêmement commode pour les deuotions
de la Cour , quand le Roy bc la Reync font en cette
Maifon, à caufe qu'elle eft proche des departemens de
leurs M aieftez, des Princes, &: Seigneurs 5 6l que là dés
le grand matin, iufques bien tard, l'on y célèbre con-
• tinuellement le faint Sacrifice de la Melle.
Le Roy a E L L E a cfté long-tcmps fans aucun enrichiftement,
DE FONTAINEBLËAV. LîVRE II. jj
iufques en l'an mil fix cens trente neuf , que le Roy, fm fore
par les foins de Monfeigneur de Noyers , l'a fait orner ^^^J^ '^^^
en l'eftat qu elle eil auiourd'huy. chapelle
Sa voûte èc Ces parois font richement peints 6c do-
rez, auec diuers ornemens de quelques telles de Ché-
rubins , de fleurons d'or , des Chiffres de leurs Ma-
ieftez , èc fur tout des noms fàcrez de lESVS , &: de
Marie.
Où pour mémoire imrnortelîe de Fheureufe nâif-
fance de Monfeigneur le Dauphin , l'on y a exprez en-
tremeflé pluiieurs figures de Dauphins en or , qui ne
donnent pas peu d'ornement à celieu , èc que l'on n'y
fçauroit voir , fans fe remettre auffi toft en la penfée
cette heureufe naiffance , tant 6c tant dcfirée de la Fran-
ce j &: qui au mefme temps oblige vn chacun d'en ren-
dre mille 6c mille adions de grâces à Dieu, pour eftre
vn don fi précieux de fa Bonté éternelle.
Son lambry peint ôC doré,kquel règne tout autour
de cette Chapelle , eft bien vn des mieux trauaillez qui
fe falTent point.
Aux deux codez de cette Chapelle , font huit arca-
des , deftinées à de petites Oratoires , &c Autels , auec
leurs tableaux,dans la mefme ordonnance de ce lambry.
Et quant au grand &c principal Autel , il eft doré &C
enrichy comme le refte , auec vn tableau de la Vifita-
tion de la Vierge. En cet Autel eft la Deuife èc le Chif-
fre de Henry II. par où il apert que c'a efté de fon temps
qu'il a efté fait.
Sur l'entrée de la Porte font les Armes du Roy, aued
d'autres enrichiffemens de Dauphins , èc de fleurons
d'or.
Au dehors de cette Chapelle à l'entrée de fon Portic _^^_
du cofté de la Cour du Donion , font deux Tours ron- v.
Mont
des , qui ne paroifTent que par le haut de cette Chapel- dhodoge
le , dans lefquelles François I. auoit fait conftruire vne fortcurkuj
Montre d'Horloge , des plus belles , ôc des plus indu-
ftrieufes qui fut point.
G iij
j4 Le Trésor des merveilles
Dans IVne , tout au haut fe voyoient les fept iours
de la Stmaine , reprefentez par figures d'hommes plus
grands que le naturel , qui par refforts ingénieux fai-
ibient paroiftre particulièrement la figure du iour qu'il
eftoit en la Semaine , chaque iour ayant fon fymbole ,
èc fa marque.
En l'autre Tour il y auoit la Statué' du Soleil , qui
tenoit vn Sceptre , duquel il montroit les heures qui
fonnoient par le moyen de certaines grandes Statues ,
reprefentans des Cyclopesôd Forgerons , qui frapoient
fiir vne enclume autant de coups qu'il eftoit d'heures.
Là font encore quelques-vnes de ces figures , 6c les
montres , qui font iuger delà beauté, & rareté de cette
Horloge.
Or c'eft en cette Chapelle que Louys VII. fonda, Se
dota à perpétuité vn Chapelain pour la defferuir, dont
le premier fut vn nommé Bartelemy , duquel il a elle
parlé au commencement. Et pour plus ample témoi-
gnage de cette vérité , i'ay iugé à propos de tranfcrirc
icy la Charte , telle que nous l'auons en fon original.
IN NOMINE SANCTiE ET INDIVIDViE
Trinitatis. Amen.
E
Go LVDOVICVS Dei gratiaFrancorum'Rex.Notum
^facimui omnïhm futuris fient & pr^fintibii<f , qmd in
. honore Dei , & Beat a Virginis JMariA , & gloriofi Marty-
Fondation ^^ Satumim , a^uàFontcm Bleaudi conftruximti^ Ecdefiam,
du picmier qu^m dotauimm hoc modo. Domino BartholomAO amm pri^
Chapelain J , , /r •/ r • • / • /i i. ri
de ceCha- mum dotauimiis , ft) juccejjoribus juis qm mpofr Bartholo-
t^^^'/j- ^^^^f^ defermermt 3 apgnauimus très modios frumenti aà
Bouy<r ^p. menfiiram de Cafimois tnfejlo Beati Remigij annuatim re-
{'dhîaReZ c^f^^^^os, in Grangta noHra apud Cafellam * , & fix mo-
ne , efloigné dtos 'vim tu nojtro claufo de Hericy ad menfuram de Samois,
iLueT/oti fi^tltter annuatim recimendos. Qmd fi vmea altqua occa-
enuiron , de Hq^ç ^^ perficicndos Cex modios defecerit.de cenfu vmi noitri
Fontaine- "^ , ^ ■ r r i i l ■
ùieau. de ùamois perpciantur. Et apm Adoretum quatuor Ubras m
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. jj
âenarïù de cenfu terr& arahilù , (^uam afcenjuimus Gil~
berto de Braia , & micumque pofi wjum terram tllam ha-
huer t , Sacerdoti qui thi deferuierit quatuor Ithras annua-
tim perfoluet m prafatofeHo. Si auiem fojfcjfhr terra Capel-
lanodteflatutonon per/oiuerit cenfum iUmn^nobis emetidabit.
Capellanus njero in lumlnarihus Ecclefu promdebit. Quid-
qmd autem à Capellano ^zdificatum fuerit apud FontemBieau-
ât^fme tn domihus^fme tn arbonbus ,/lue m njiua.no & pra-
to i excepta mohïli ^ m perpetuum EcclefiApermaneat ^fÈ) tHi
qm tccUfu deferutent. Infuper Capellanus "vfuarium juum
m nemore habehit ad ardendum. Et quotiens nos ,Jlue ^Regi-
na , Jlae films nofier ibt ajfi4ermt , Capellanus habehit libratw-
ne?n juam integram ^ jcilictt quatuor panes , & dimidium
fextanum 'uim ^ f0 pro quoqmna duos di^narios ^ & tejam
candella. Çlmd njt ratum inpoïlcrum habeatur^figtUt nofri
imprcj^wne y ç^ nommis noHri caractère muniri & conjî-
gnan prdcept?nus. Acium publiée apud Fomem Bleaudt an-
no ab Incarnatione ^JJommt miUefimo centejïmo fexagefimo
nono: aftantibus m Palatto noflro, quorum nomma ft) figna
fiibficriptafunt. Signum Comttts T'eobaudï çArmiferi no-
fin. Stgnum Guidonis Bt^ticulartj. Stgnum JMathAi Ca-
merarij. Stgnum Radulphi ConBabulartj Data ter ma-
num Hugonis Cancellarij, LVDOVICVS.
Le mefine en François.
V
LO V Y s par la grâce de Dieu Roy de France. Fai-
fons fçauoir à tous, tant prefens qu'à venir 3 Que
nous auons conftruit vne Fglife à Fontainebleau en
l'honneur de Dieu , ôc de la Vierge Marie , & du glo-
rieux Martyr faint Saturnin : laquelle nous auons doté
en cette forte au (leur Bartelemy , lequel nous auons
eftably , & doté le premier , &; à Tes fucceffeurs , qui
après ledit Bartelemy defTeruiront cette Eglife , nous
auons afligné trois muids de froment , mefure du Gafti-
nois , à prendre &C receuoir tous les ans à la Felte de
faint Remy en noftre Ferme & Grange de la Chapelle >
j6 Le Trésor des Merveilles
{ c'eft le Bourg appelle la Chapelle la Reyne , éloigné
de deux lieues 6c demie , ou enuiron , de ce lieu de Fon-
tainebleau ) & lix muids de vin , meiure de Samois , à
prendre pareillement chacun an en noitre clos d'Heri-
cy. Que li noftre vigne par quelque occalion , ou au-
trem.ent , manque de pouuoir parfaire les lix muids ,
nous voulons qu'ils foient ]f>ris de noilre vin de Samois.
Et à Moret , quatre liures en deniers de cens de terre la-
bourable , que nous auons affermé à Gilbert de Braia :
&C quiconque après luy aura cette Ferme , payera an-
nuellement à ladite Fefte , quatre liures au Preftre ôc
Chapelain qui la defleruira. Que fi le pofTefTeur de la
terre manque au iour afTigné à payer au Chapelain la-
dite cenime,il fera mis à l'amande. Le Chapelain four-
nira le luminaire de l'Eglife. Or tout ce qui aura efté
bafly à Fontainebleau par le Chapelain , foit en mai-
fons , foit en arbres , foit en viuier , de pré , ( excepté
le meuble) demeurera à perpétuité à l'Eglife ,& àceluy
qui la deiïeruira. De plus , le Chapelain aura en la fo-
reft Ion vfage de bois à brûler. Et toutes &; quantefois
que nous,ouiaReyne,ounoflre fils, ferons en ce Lieu,
le Chapelain aura fa liurée entière j à fçauoir qua->
tre pains , demy feptier de vin , deux deniers pour fa
dépenfe de cuifine , OC vne toife de chandelle. Et afin
que cet ade demeure fiable ôc permanent à Taduenir,
nous auons commandé qu'il foit fcellé , ôc muny de
noftre Sceau , & feing manuel. Fait par acfte public à
Fontainebleau, l'an de l'Incarnation de nofire Seigneur
mil cent foixante neuf: prefens en nollre Palais , ceux
defquels font icy les noms, &: les feings foufcrits. Seing
du Comte Tibaud , nofire Porte Armes. Seing de Guy,
nofire Boutillier. Seing de Matthieu^ nofire Chambel-
lan. Seing de Raoul, nofire Conneflable. Donné par
les mains de Hugues nofire Chancelier. L O V Y S.
Ayant fait voir la fondation de cette Eglife& Cha-
pelle par Louys VII. refient quelques particularitez
touchant icelle ,qui ne feront pas hors de propos de re-
marquer icy. L'vne
VII.
nciennc
DE FONTAÏNEBLEAV. LiVRE II. 57
L Vne , que cette fondation 6c dotation a eilé am-
plement ratifiée , 6c confirmée par Philippe Augufte
fils dudit Louys VII. ainfi qu'il appert par Tes Lettres 6c •
Chartes , données à Fontainebleau Tan mil deux cens a
fept, le vingt neufiéme de fon règne : defquelles nous fondation
auons l'original en noftre trefor, 6c que ie n'ay pas in- ôcaugmeal
feré icy , parce que c'efl: prefque la mefine chofe que ^""^
la précédente.
Il appert en fécond lieu, que ledit Roy Philippe a non
feulement confirmé ladite dotation, ôcfondation, mais
encore l'a amplifiée , donnant audit Bartelemy &c à fes
fucceffeurs , Chapelains en ladite Chapelle, la dixme de
vin qui luy appartenoit au Village de Reclofes.La Char-
*te eft donnée à Fontainebleau en fon Palais, l'an de la-
lut mil cent quatre vingts quatre , le cinquième de fon
règne j &c en auons encore l'original.
De plus , par vne autre Charte ledit Philippe au-
gmente cette fondation de vingt fols parifis par cha-
cun an pour le luminaire de ladite Chapelle. La Char-
te cfl donnée à Fontainebleau, en datte de l'an mil cent
quatre vingts neuf, le onzième de fon règne : nous ert
auons femblablement l'original.
H
58
Le Trésor des merveilles
DE LA CHAPELLE HAVTE,DITE
autrement la Chapelle du Roy.
Chapitre IL
I. La Chamelle haute bafiie
fotis François I.
II, Sa longueur 3 largeur i&
ordonnance.
m. Ses enrichijfemens.
IV' Son Balcon fait fom
Henrj IL
V, La efl ^vne heUe Image du
dejfem de M.ichel fténge.
VI. Henry le Grand a fort
emhelly cette Chapelle,
î.
Là Chapel-
le haute ba-
ftie fous
François I.
ii.
Sa lon-
gueur, lar-
geur, hau
E Roy François L qu'à bon droit plu-
fîeurs qualifient du titre deGrand,puifque
en toutes ks adions ôc entreprifes , il n'a
rien fait paroiftre que de grand bc de ma-
gnifique , principalement en la ftrudure
dVne infinité de baftimens qui fe voyent de luy en ce
Royaume 3 ne fe contentant pas dauoir reedifié ôccon-
ftruit de nouueau la Chapelle bafTe , dont nous venons
de parler, y fit encore édifier au deflus la Chapelle hau-
te , dont nous traittons en ce Chapitre, afin qu'à cou-
uert, &;d'vn plainpied de fon département il pût auec
commodité y aller faire fes deuotions : laquelle aulfi du
depuis a toufiours porté le titre de Chapelle du Roy.
Il y a vn petit Portic audeuant , par lequel l'on y en-
tre de deux coftez, l'vn par la Salle du Bal, qui aboutit
au département du Roy 5 &; l'autre par vne Salle qui
tient à vn grand Pauillon, lequel efl au bout de la Cour
du Donion. Il y a encore vne autre Porte , qui vient di-
redement d'vn bout à ladite Salle du Bal , par laquelle
l'on entre en cette Chapelle.
E LLE a neuf toifes de long , quatre de large, 6c fix
de hauteur.
Sa forme eft belle 6^ gracieufe , & femble vne gon-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE ÎI. 59
dole 5 parce qu'elle eft en ouale par les deux bouts. teur,&or-
^^ 11 oi> • 1 donrunce.
Quatre arcades de part oC a autre , qui ont chacune
neuf pieds de long , quatre de profondeur , ôC huit &C
demy de haut , y font très-bien ordonnées pour des
Oratoires , ou pour y dreifer des Autels.
Son Architedure eft de deux ordres , Dorique àc
Compofé , lefquels y font parfaitement bien entendus
èc ordonnez.
D ouze pilaftres de dix pieds 6c demy de hauteur,auec
leurs bafes &; chapiteaux dVne ordonnance Dorique,
fouftiennent douze colomnes compotites de quinze
pieds de haut auec leurs chapiteaux, architraueSjfrifes, _____
& corniches j le tout qui porte les principaux cintres ^'^•^.
de la voûte de cette Chapelle artiftement trauaillée j chifTcmcns.
laquelle a fa voûte en berceau , compofée d'vn grand
nombre de petits quadres auec leurs moulures , èc car-
drons : qui eft vn œuure aulTi délicat ôc hardy en l'Ar-
chitedure qu'il s'en voye point , &C qui donne dequoy
admirer aux plus entendus en cet Art.
Et entre autres , fon dôme , qui eft au milieu de cette
Chapelle, lequel a douze pieds de diamètre, fait à huit
pans , percé de huit feneftres au premier ordre &; efta-
ge , &; de huit autres au fécond , ÔC au plus haut de fa
coupe , le tout de pierre de grés , fans autre comble que
ladite voûte, qui eft fouftenuë par le dehors de certains
pilaftres & colomnes de mefme ordre bc architecture
que le dedans.
O R parmy plufîeurs diuers ornemens de cette Cha- "77
pelle, il y a fur l'entrée de la Porte vn Balcon ouPulpi-^°"^^'^°"
te, bien peint àc doré , porté de deux riches colomnes HemyiL
Ioniques de marbre gris tacheté , auec leurs bafes &;
chapiteaux , chacune de dix pieds èc demy de haujt.
Henry II. a fait fane ce Balcon , comme ilparoift par
fes Chiffres , ^par diuers croifTans qui s'y voyent, &C où
font CCS mots Latins , écrits en lettres d'or , Henricus
Secunàm Dct gratta Francorum Rex Chnfttamjitmui. Sa
Maiefté auiourd'huy régnante l'a fait redorer & enri-
H ij
6o Le Trésor des merveilles
x:hir , ainli qu'il eft , auec quelques peintures àc tableaux
de plufieurs Anges , qui compofent vn concert de mu-
lique.
Ce Balcon èc Pulpite, eft le lieu où fe mettent les Mu-
ficiens ôc Chantres de la Chapelle du Roy, quand la Ma-
iefté y entend la MeiTe , &c diuin feruice.
V. Dans vne arcade à main droite de l'Autel, il yavne
K V^ "^"^ grande Image de Noftre Dame de Pitié, qui eft moulée
faitJ pai^^ iur celle de Michel Ange, laquelle eft à Saint Pierre de
Michel Rome en la Chapelle , àc au deffus de l'Autel , où les
Chanoines de cette Eglife célèbrent l'Oflice Diuin.
VI. Et pour ce qui eft des enrichiftemens de cette Cha-
GrTnd a pcHe Royalc , elle a demeuré fans aucun autre que
fortembei- ^e fon Arcliitcdure ôc de fon Pulpite , iufques en l'an
Chapelle, mil fîx ccus huit , que Henry le Grand faifant paroiftre
fa pieté , fit peindre &; dorer les parois ,& orner la voû-
te de quantité de teftes de Chérubins , auec les chif-
fres de fon nom dans les quadres qui y font, & de ro-
faces auec diuers fleurons, morefques,& autres embelr
liftemens , où lor , àc tout ce que la peinture y peuc
contribuer de beau, n'y eft point épargné.
Là font fix grands tableaux de onze pieds de haut
chacun , èc huit de large , trois de chaque cofté j IVn
reprefentant laNatiuité de noftre Seigneur 3 l'autre, vn
Crucifix j le troifiéme,laRefurre6lion triomphante du
■ Fils de Dieu j le quatrième , eft vne defcente du Saint
Elprit fur le Cénacle 6c facré Collège des Apoftres j le
cinquième , eft l'Affomption de la Vierge i &c le fixié-
me , vne reprefentation de l'Eghfe militante &C triom-
phante , figurée par les quatre principaux Doéteurs de
i'Eglife , & autres faints Pères qui adorent bc reuerenc
le iaint Sacrement de. l'Autel j &c pour lequel eftans en
pofture d'Efcriuains facrez , ils témoignent employer
leurs plumes & leurs écrits. Les tableaux de la Refiiri-
reâiion & de la Pentecofte , ont efté faits du temps de
Henry le Grand par le feu fieur du Bois , Peintre excel-
lent éc renommé. L'Affomption , &c celuy qui repre-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 6i
fente TEglife , font du fîeur Dehoey Peintre du Roy ;
& la Natiuité 6c le Crucifix , du lîeur du Bois fils. Il y a
encore le tableau du grand Autel, qui eft vne copie de
la Noftre Dame de Raphaël , dont l'original eft en ce
lieu au Cabniet & Chambre particulière des Peintures,
&; Tableaux du Roy.
Et afin que lamemoiredeHenryle Grand, quiapris
tant de foin àrembellifTement decelieufacré,ydemeu-
raft à iamais pour vn témoignage de la pieté , ces trois
vers Latins font écrits en lettres d'or au defTus de la
Porte de cette Chapelle.
Im^erio , natifque fotenSi & coniuge fœlix ,
^Ita face ^Jacram décorât Rex mclyfus adem,
j^ternum ^utpetas augufia refplendeat aula.
Lefquels vers i'ay ainfi traduits.
Aiche en biens ^ en enfans, en'Royaumei^ en femme ^
Au mdieu de la paix ce JHonarque indompte
Décore ce lieu/aint, dans l'ardeur qui l'enflamme ,
Tour faire dans fa Cour régner la pieté.
H
6x
Le Trésor des merveilles
DE UEGLISEDE LA SAINTE TRINITE:
ôc de its Peintures , &: autres fingularitez
qui s'y voyent.
Chapitre III.
/. Cette Eglife efi ancienne^ \
çy moderne en quelque fa-^
çon,
IL Deuife de la Duchejfe de
Vaientmoif.
III. Henry le Grand^t^ Louys
XIII. ont fait orner cette
Eghfe.
IV. Les principaux Mjfieres
de la Religion Chrefiien-
ne, peints en cette Egltfe.
V, Les actions principales de
la ^ie de IeSVS-ChRIST
fent tcy dépeintes.
V L Le grand Autel de cette
cheSit^ des plus beaux qui
Je 'voyent.
VIL Le paué j eFl tres-ex-
quis.
JfaU c. 8.
A N S la fuite &: la defcription de cette
Maifon Royale , ayant à traitter mainte-
nant de la troifîéme Eglife &: Chapelle de
ce Chafteau 5 i'y trouue vn facré Ternaire,
' qui femble m'obliger au mefme deuoir que
les Séraphins d'Ifaye : ie veux dire, à chanter leur diuin
Trifagion en commençant ce Chapitre , pour y décrire
les merueilles bc fîngulieres raretez de cette Eglife, la-
quelle eft dédiée particulièrement à la tres-lainte , ÔC
tres-augufte Trinité. Apres auoir doncques humble-
ment fatisfait ace deuoir, &: à la fcmoncede ces elprits
celeftes , ie viens à ce qui eft de fon ancienneté , de fon
fondateur ,&; de fes ouurages , &: enrichiftemens.
CetteEdi- O V à vray dire , elle ell en quelque façon ancien-
fe cft an- ne ^ g^ modcmc tout enfemble , fi l'on s'arrefte à fon
mode ne origiuc , ôc à fou rcftablilTement. Et pour donner
focor^'^"^ plus de iour à cette vérité , il faut remarquer que
îaint Louys eftabliflant nos Religieux en ce Chafteau,
DE FONTAINEBLEAV. LIVUE II. 65
kur fît baftir vue Eglife en l'honneur de la fainte Tri-
nité , ainfî qu'il appert par fa Charte ( dont il fera parlé
au Chapitre fuiuant ) ôc eftoit cette Eglife édifiée en
partie où efl auiourd'huy l'entrée de celle-cy j comme
il apparoift encore par vne vieille arcade d'vn ordre
Gothique , qui fe void au fond de la Nef en la dernière
Chapelle à main droite en entrant, qu'il femble que
l'on y ait laiflé à deffein pour montrer le lieu où auoit
efté baftie cette ancienne Eglife , & pour y faire voir
encore quelques marques de fon antiquité en mémoi-
re de faint Louys fon fondateur.
L'autre partie de cette Eglife eftoit à l'endroit où fe
void auiourd'huy le grand Efcalier en la Cour du Che-
ual blanc. Et défait quand l'on en ietta les fondemens
i'eftois preTent , lors qu'il s'y trouua plufîeurs offemens
de trépaffez, auec des petits pots de terre oùfemettoit
de l'encens que l'on ybruloit^fèlon la pratique ancien-
ne , &; que l'on iettoit dans les foffes ôc fepultures des
défunts.
Or le grand Roy François defîrant amplifier ce Cha-
fteau fit abbatre cette Eglife ancienne delà fainte Tri-
nité , èc y baftir fous le mefme nom celle qui y eft , de
laquelle ie traitte àprefent : de forte qu'il eft vray dédi-
re , que celle-cy eft ancienne & moderne tout enfem-
ble , fi l'on a égard à fon origine , qui eft de quatre cens
ans, & à fon reftabHffement , ou pluftoft nouuelle fon-
dation , l'an mil cinq cens vingt neuf.
Quant à fa fituation , elle eft entre la Cour du Che-
ual blanc , 6c le lardin de la Reyne , ayant fon entrée
principale au Midy, ioignant ledit Efcalier.
Sa longueur eft de vingt toifes , quatre de large , Sc
huit de haut.
Elle eft compofée de feize Chapelles voûtées , huit
de chaque cofté, fans y comprendre le grandes princi-
pal Autel.
Diane de Valentinois eftant en faueur fous le Roy'
Henry 1 1. fit orner vne de ces Chapelles , qui eft la qua-
64 Le Trésor des merveilles
triéme à main gauche entrant dans cette Eglife ; & là
y fit dreffer vne table d'Autel d'argent, ÔCvn beau ôc ri-
che lambry , auec vne grande cloifon à baluftres qui la
fermoir j où fe voyoient plufieurs chiffres de cette Da-
me , &; des flèches j vne entre autres qui eftoit fa Deui-
fe , enuironnée d'vn écriteau , contenant ces mots La-
II. uns : Confequitur quodcumque fetit. C'efl ainfi que i'ay
bDichefl'e veu ccttc Chapelle il n'y a pas encore longtemps , au-
deVaienci- patauaut que le Roy y fit trauailler. L'on a ofté main-
tenant cette cioilon pour y en remettre vne autre de
mefme ordre que celles qui font de nouueau aux au«
très Chapelles. Et pour ce qui eft de l'Autel , c'efl le
mefme , &: aulfi le lambry , horfmis que l'vn & l'autre
font peints , ô^ dorez depuis peu.
C'eft en cette Eglife , où en fuite de là première
& ancienne nous auons toufiours célébré le diuin
feruice , iufques en l'an mil fîx cens huit , quand Ton
commença d'y trauailler pour l'orner ainfî qu'elle eft à
prefent.
177 L' H O N N E V R de fon embelliflement , & des mer-
Gra"nd & ^^ï^l^^ ^^ peintutcs , ôc d'autrcs ouurages fînguliers qui
Louysxiii. s'y voyent, en eft deu à Henry le Grand, ôc au Roy fon
ner ««r ^^^ > auiourd'huy heureufement régnant ; dont IVn a
%''^«- fait commencer ^ts peintures & fculptures , bc l'autre
les a continuées. Mais pour parler comme il faut de ces
ouurages , il eft à propos de dire vn mot de chacun en
particulier , félon l'ordre , &: le temps qu'ils ont eftc
faits.
La voûte eft le premier ouurage où Ton a commen-
cé 5 laquelle eft vn cintre en berceau compofé d'vn
grand compartiment, qui règne depuis vn bout iufques
à l'autre de cette Eglife, auec fon arrachement ou gran-»
de corniche, qui foufticnt la voûte.
Ce compartiment eft diftingué particulièrement en
trois grands quadres , ou bordures de tableaux, qui font
au milieu de cette voûte , bc de deux autres bordures
en forme de cartouches ou de cuirs , qui font aux deux
cxtre-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 6j
extremitez de cette voûte , auec deux Ang-es de relief
plus grands que le naturel ,qui fouftiennent les Armes
de France, &: deNauarre.
Vingt deux grandes autres bordures ouales , &c feize
quadres , embelliifent merueilleufement ce comparti-
ment , qui eft de {lue dVn pied ou enuiron de relief,
enrichy de moulures, cardrons , oues, aùec diuerfcs mo-
refques 6c fleurons d'or , lequel n'y eft point épargné
non plus qu'en tout le refte de la voûte & de fon com-
partiment, qui eft tout remply,auec lefdits quadres &;
bordures , d'autant de riches tableaux.
Le lambry de cette Chapelle bien peint & doré, eft
vn des plus beaux qui fe voyent point, lequel a dixfept
pieds 6c demy de haut , d'vn ordre de Corinthe , &c eft
compofé de vingt pilaftres auec leurs bafes, chapiteaux,
corniches , frifes , 6c de diuers autres enrichiifemens j
comme des noms facrez de lESVS 6c de MARIE , de
teftes de Chérubins , de feftons , de fleurs de Lys , ôc des
Chiffres du Roy ô^ de la Reyne j le tout en baffe taille.
Outre les cloftures en baluftres defdites Chapelles , de
mefme ordonnance que le refte.
Sur la grande corniche de ce lambry au bas des tre-
meaux des feneftres , font pofez vingt huit Anges de
reUef , qui tiennent d'vne main vn Sceptre , èc de l'au-
tre les Chiffres de leurs Maieftez.
Et entre les tremeaux au deffus de ces Anges , font
quatorze, ouales , fept de chaque cofté , toutes remplies
de tableaux , auec feize teftes de Chérubins au delfus,
accompagnez de feftons.
Au bas de la Nef au deffus de la porte eft vn grand
Balcon , fouftenu de dix groffes colomnes Corinthes ca-
iiclées, chacune de quinze pieds de haut, de pareil or-
dre 6c enrichiffement de dorure que le lambry.
le viens maintenant à la defcription de fes Tableaux
qui rempliffent tout ce compartiment , pour parler en
fuite du grand Autel, ôcdupaué rare ÔC exquis de cette
Eglife.
I
66 Le Trésor des merveilles
Henry le Grand ayant appris les mérites du fieur
Freminet Peintre célèbre , en fit choix pour trauailler
aux Tableaux qui enrichllfent cette Eg-life. Luy donc-
ques après auoir ordonné èc defliné tout le comparti-
ment delà voûte de cette Eglife , lequel eft bien vn des
mieux entendus, &C des plus beaux qui fe rencontrent
ailleurs , deiireux de contenter fa Maiefté , chercha vn
fuiet releué & myfterieux qui fût conuenable au lieu
où il auoit à trauailler 3 dc fur ce conliderant que rien
n'y pouuoit eilre mieux approprié que Les principaux
myfteres de la ReUgion Chreftienne , cela l'obhgea à
exécuter ce delTein en la forte qui fuit , où bien fou-
uent la difpolition du lieu a contraint ôc oblige l'Art
ôC la Peinture.
IV. Le premier Tableau commençant la teftedelavou-
paux'^My- te , qui eft au deffus de la porte de l'Eglife , reprefente
fteres de la Dieu, Qui voulaut puuit î'iniquité des hommes , félon
Religion • 11 • o r 1 1 i
chrcftien- tcxccz de kurs cruTies , ôC lauuer les bons , commanda
1» ^!>?" au iufte Noé de dreffer vne Arche pour flotter fur les
vil vCtLv ^
Eglise- eaux , S>C qu'il prît auec luy fa femme, fes trois enfans,
Sem , Cham , 6c laphet , èc vne couple d'animaux de
chacune efpece j ce que l'Art àc le pinceau ont ex-
cellamment exprimé en ce Tableau , &c riche pein-
ture.
Or comme par ce premier Tableau l'on recognoift
le courroux &c la iufticc de Dieu fur la terre , par le
fécond ell: aufli reprefente vn autre çhaftiment dans
le Ciel contre Lucifer &C fcs complices , iulTiement
précipitez dans les abyfiTies de l'Enfer par l'Archan-
ge Michel , affilié des Anges Raphaël , &; Vriel , fé-
lon le commandement qu'ils en auoient receu de
Dieu.
Au troifîéme Tableau pofé dans le milieu de la voûte,
fe void l'Image de Dieu enuironné des Puiffances cele-
ftes , qui félon les degrez de la Hiérarchie viennent fe
prefenter auec des geitesdiuers,témoignans leur obeyf-
fance 3 accompagnées de la Iufl:ice,&; de laMifericorde,
DE FONTAINEBLEAVJ LiVRE II. "Gj
x][ui femblent intercéder pour la conferuation du Gen-
re Humain 3 ôc ces deux fe trouuent plus bas dedans
vn Temple ouuert, lequel eft fuperbemenc enrichyde
colomnes , portics , architraues , frifes , corniches , ôc
les entrecolomnes remplis de plufîeurs figures peintes
en couleur de bronze, qui reprefentent des Vertus. Et
parce que les effets de tout ce qui arriue au monde font
arreftez par laProuidence diuine, qui eft Tordre qu'el-
le a prefcrit par vne loy éternelle aux chofes humai-
nes, lefquelles après font produites ôc découuertespar
le Temps félon la volonté diuine j la figure du Deftin
eft reprefentée dans ce Temple, auec celle du Temps,
&; le bon & mauuais Génie qui l'accompagnent.
Làaufti eft donnée place aux Heures,qui font les filles
du Temps , ôc les Portières du Ciel , dans lequel eft ce
Temple : &; toutes ces figures font fi bien colorées,qu'el-
les expriment parfaitement le fuiet qu'elles marquent.
Le quatrième Tableau , eft comme l'Ange Gabriel
s'incline deuancDieupour receuoir le commandement
de l'ambaffade pour la réparation du Genre Humain j ce
qui eft reprefenté par vn rayon , qui partant des yeux
de faDiumité , reluit fur la face de ce celefte Ambaffa-
deur, lequel eft accompagné d'vn nombre infiny d'An-
ges qui paroifTent defireux de leferuir, femblans s'offrir
à luy , 6<: s'enquérir de ce Myftere : il part du Ciel empi-
ré &: trauerfe le Firmament, pour de là venir en Terre.
Au cinquième Tableau , qui regarde en face la pre-
mière tefte de la voûte , & eft au dèlfus du grand Au-
tel, fe void comme les Anciens Pères retenus au Lim>
be,reçoiuent auec d'extrêmes. allegreffes les nouuelles
du Myftere de l'Incarnation du Fils de Dieu, d'où leurs
ténèbres femblent fe changer en des clartez ôC des lu-
mières j Ô<: eft ce Tableau le dernier qui lie&enchaine
l'ornement de ladite voûte.
Le refte de ce delfein fe termine par vn Tableau de
l'Annonciation de la Vierge , qui eft en la paroy der-
rière le grand Autel.
68 Le Trésor des Merveilles
Gr parce que dans le fond de la voûte il refte quatre
grandes Ouales feparées > àc trois petites , pour conue-
nablement receuoir les Tableaux qui font de la fuite de
ce deffeni j là font reprefentez les quatre Elemens qui
peuuent bien eftre du corps de ce fuiet,puifquecefont
les premières & principales parties dont le monde efl
compofé , {impies comme la Diuinité , par qui toutes
chofes commencent , &C en qui elles fe refoluent.
En la première Ouale ell reprefenté l'Elément
du Feu j qu'à bon droit l'on préfère à tous les autres
pour fon adiuité viue , continuelle , 6c tendante toû-
iours en haut j il eft deligné fous le fymboled'vne fem-
me , qui porte fur fa telle vn Phénix fe confumant fur
vn bûcher , ôc d'vne main elle tient vrte foudre flam-
boyante.
La féconde Ouale porte la figure de l'Air , exprimé
encore parvne femme, laquelle eft enuironnée de l'Are
en Ciel j 6c a fur fa tefte vne Calandre les ailles eften-
dues &C le bec ouuert , &; fous les pieds de cette fem-
me eft vn Caméléon j par qui cet Elément eft naïfue»
ment bien déclaré fous le fymbole de ces animaux qui
ne viuent que d'air.
A la troiliéme Ouale , eft reprefentée l'Eau par vne
femme qui tient vn Nauire , &C eft affife fur vn Dau-
phin.
La Terre remplit la quatrième Ouale , ôc eft pareille-
ment exprimée par vne femme , qui porte vn Chafteau
fur fa tefte, Retient en main diuerfes fortes déplantes,
de fleurs , &C de fruits.
Les autres figures ôc Tableaux de cette voûte , font
fuiets détachez qui ne dépendent pas exprelTément de
ce delTein, &: qui neantmoins l'ornent àc l'embellilfent
fort : ce font quelques Roys d'Ifraël & de luda , com-
me Saul , Dauid , Salomon , Roboam , Abia , Afar , lofà-
phat j èc loram , &• ces huit Roys occupent les huit'
places qui portent fur les tremeaux de cofté ôc d'autre,
&C donnent nailfance aux quatre cintres qui font le
compartiment de cette voûte.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IL 69
Ces huit Roys regardent fous eux de chaque cofté
dix Patriarches , &; dix Prophètes , èc ce font les Ta-
bleaux qui portent tous furleiour des feneftres,&; font
ces derniers monocoomes &: camaieux, tous les autres
eftans bien colorez , & le tout à huile , & peint fur le
fond de ladite voûte.
Là font encore dix Ouales , dont il y en a quatre qui
font les angles de la voûte , où efl; reprefentée la Reli-
gion , la Foy , l'Efperance , & la Charité , qui font les
Vertus qui femblent appartenir fîmplement à l'ame.
hes autres, comme la Preuoyance ,1a Patience, la Dili-
gence , la Clémence , àc la Paix , qui regardent la vie
humame, & nous conduifent à l'immortalité : lefquel-
les ainh reprefentées rempliffent les dix Ouales qui font
de la fuite.
Il y a encore huit petites places au defTus des Roys,
(& entre celles des Elemens , où font des embelhlfe-
mens de fantailîe , &: des ornemens de caprice ô^ d'ima-
gination , conformes à la matière de ce fuiet. Et voila
pour ce qui eft de la voûte &; du lambry.
le viens maint:enant à la defcription du reftedesTa-
. bleaux de cette Eglife , de fon grand Autel , & de fon
parterre èc paué.
Il y a quatorze Tableaux outre les precedens , fepc
de part &: d'autre, entre l'arrachement &C grande cor-
niche de la voûte ôc du lambry , tous en Ouale , ornez
de leurs bordures de ftuc bien dorées : dans lefquels
Tableaux Ouales font reprefentez les merueilles dC
prmcipaux Myfteres de la Vie de noftre Seigneur lE-
S V S-C H R I S T 5 œuure coniîderable , où ledit fîeur
Fremineta fait paroifkre, comme en tout le relie de Ces
ouurages , combien il excelloic en fon Art , 6c qu'il
y eftoit aufTi fçauant que iudicieux.
Quant à l'ordre &; à la fuite de ces Tableaux, le pre-
mier commence proche du grand Autel au premier
tremeau du cofté du lardin de la Reyne , où eil repre-
fente la SybilleCumée, auec l'Empereur Augufte Ce-
I iij
70 Le Trésor des merveilles
^ far , auquel elle fait voir , & montre dans le Ciel vue
^- vierge tenant vn enfant entre fes bras , qu'elle prédit
principales deuoir vn iour naiftre pour le falut du monde j par où
I E^! v\-^ ^^ reprefenté la naifTance temporelle du Fils de Dieu.
Christ, Les autres vont de fuite , dont
P^eîmeJ. ^" Le fecond, eft comme l'Ange s'apparoift à faint lo-
fephjluy annonçant que la Vierge fa femme eftoit en-
ceinte par l'opération du faint Efprit.
Le trôifiçme , eft la Prefentation que fait la Vierge
de fon Fils dans le Temple.
Le quatrième , comme IeSVS-ChrisT eft entre
les Doàeurs au Temple.
Le cinquième fait voir fon Baptefme au fleuue du
lourdain.
Le fixiéme reprefenté les nopces de Cana en Galilée.
Le feptiéme , comme IESVS-ChRIST fut tenté au
Defert par le diable.
Le huitième , qui commence prés du Balcon du co-
ftédelaCourduCheual blanc, figure l'entretien qu'eut
le Fils de Dieu auec la Samaritaine , èc la conuerfion de
cette femme.
Le neufiéme , comme il écrit en terre , &: pardonne
à la femme trouuée en adultère.
Le dixième, eft la Transfiguration.
Le onzième , la guarifon du Paralytique.
Le douzième , comme il chaiTe du Temple les ven-
deurs , èc les acheteurs.
Le treizième , eft le c'ommandement que fait I E-
S V S-C H R I S T de payer le tribut à Cefar.
Et le quatorzième &: dernier, reprefenté le banquet
que luy fit Simon le Lépreux , où la Magdelene luy
laua les pieds de fes larmes , &c luy efTuya de Ces cheueux.
Mais après toutes ces merueilles , il faut encore
pnnci ^ai mettre au rang des plus belles &L rares pièces qui fe
de cène voyeut poiut , le grand &C principal Autel , &; le pa-
vfn de's^ ué de cette EgUfe. Tout cet Autel eft entièrement de
piiiî ri- niarbre blanc , de cinq toifes de haut , èc quatre àc de-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 71
my de iar^e , dont l'ouuraee & fabrique ell du fieur ^'^" ^
y • i 1 1 -1 beaux qu:
Bourdoni. Il y a quatre grandes colomnes Corinthes revoyem.
dVn marbre tauelé fort rare &: exquis , auec leurs ba-
fes de chapiteaux de bronze dorée à feu 3 elles ont cha-
cune leur piedeftal enrichy des Chiffres du Roy , 6c de
palmes de bronze dorée 5 comme aulîl aux frifes de la
corniche qui eft fouftenuë de petites confoles^ font des
palmes &C des chiffres, le tout de bronze, ôc doré à feu
comme le relie : ce qui rend cet ouurage d Vnmerueil-
leux Ôc gracieux afpedt.
Entre ces colomnes , au miheu de T Autel, eflvn Ta-
bleau de treize pieds de haut , &; fept de large , repre-
fentant la tres-fainte Trinité ', la bordure efl richement
embellie de diuers petits compartimens de marbre ,
fort rares &C précieux. Auec ce que la table d'Autel eft
dVne grande pierre de marbre blanc , dont le deuant
eft orné dVn grand Soleil , au milieu duquel eft vn nom
de IesvS , le tout de bronze dorée à feu , & pofé fur
vn marbre gris , ayant à chaque cofté deux autres peti-
tes tables de mefme marbre toutes parfemées de fleurs
de Lys de bronze , &C dorées comme le refte.
Il y a de plus , de part èc d'autre , deux grandes ni-
ches , où en Tvne eft l'Image de faint Charles-Magne,
6c en l'autre celle de faint Louys j elles font de marbre
blanc , àc chacune d'enuiron fept pieds de haut.
Il fait fort beau voir au deffus de ces colomnes qua-
tre Anges de bronze, chacun de fîx pieds de hauteur.
Le premier tient vne efpée d'vne main, & vue balance
de l'autre. Le deuxième , &c troifîéme , tiennent cha-
cun vn encenfoir. Et le quatrième porte de la main
droite vne couronne d'efpine , & de la gauche vne
palme.
Au deffus de ces Anges dans l'amortiffement de l'Au-
tel font quatre grands vafes d'où fortent des flammes,
qui embelliffent fort cet ouurage , parce qu'ils font de
bronze dorée j comme font aufli les Armes duRoypo-
fées au deffus du Tableau, ôc accompagnées de feftons.
71 Le Trésor dés merveilles
Et plus haut Vn autre grand fefton de mefme ma-
tière , auec vne table de marbre noir , ou font écrites
en lettres d'or les paroles fuiuantes , qui font foy de
l'année que le Roy a fait drelfer cet Autel.
In honorem fanBifimA t0 indimdu^, Trinitatisj
Luàomcm luftus X 1 1 L Francomm , t0 Na-
uarrA Rex Chnflianifimm , âeàïcaun. Anno
Bomïm M. D C. XXXIII.
VII." I L refte à parler maintenant du parterre &: du paué de
Le paué eft cette Eglifc , où plufîeurs Chapitres ne fuifiroient pas
pour en décrire dignement la beauté oC la richelle , que
toutefois ie deduiray fommairement. Il effc tout de
marbre blanc , fur lequel font plufîeurs grands &; di-
ucrs conipartimens , compofez d'vne infinité de diuer-
ïç,s pièces de marbres differens , des plus rares & des
plus beaux qui fe voyent point : dont l'afped ell fi gra-
cieux , &: en la diuerfité de fes ouurages , &: en fa ma-
tière , qu'il faut aduoUer que c'eft bien le plus confide-
rable qui foit , non feulement en ce Royaume , mais
encore en quelque part que ce foit ailleurs 5 & qui eft
de l'ouurage Ôc du deffein dudit fieur Bourdoni.
"ù^
DE FONTAÏNEBLEAV. LIVRE II.
73
DV CONVENT DE L'ORDRE DE LA
fainte Trinité , &C Rédemption des Captifs ,
fondé en ce Chafteau de Fontainebleau
par faint Louys.
Chapitre IV.
/. L'Ordre de l a fainte Tri-
ntté fort obligé à la mé-
moire de faint Louys.
IL Le ternes de la fondation
dudit Contient.
lîL Dons faits par fkint
LOHJS.
IK. Nombre des Religieux
de fondation.
V. Bulle touchant la Dédi-
cace de l'Eglîfe delà fain-
te Trinité,
VI. Confirmations & oéiroys
far flufieurs Rojs , &
nommément far Henry le
Grand.
VIL La Cure d^Auon &
Fontainebleau annexe du^
dit Conuent.
VI II. Les faintes Reliques
qui font en ce Conuent.
N T R E les Ordres de Religieux quVn
nombre de bien-faits remarquables ren-
dent infiniment obligez à la mémoire de
faint Louys , celuy de la fainte Trinité &
Rédemption des Captifs n'eft pas des der-
niers. Car fans mettre icy en ligne de compte beaucoup
de grandes charitez que ce faint Roy a faites à pluiieurs
Conuents de cet Ordrejcomme à celuy de Verberi^ prés
de Compiegne j de Montagne au Perche } &: de Paris^dit
les Mathurins : ce Conuent de Fontainebleau qu il a
fondé &; doté , ell vn témoignage tout affeuré de cet-
te bonté libérale en fon endroit.
Plufieurs motifs peuuent auoir inuité ce deuot ÔC
illuftre Prince à cette fondation , comme feroit TafFe-
dion qu'il portoit à l'eftat Religieux , & autres pa-
reilles confiderations : mais il n'en faut point cher-
cher d'autre que celuy de la Rédemption des Chre-
K
I.
L'Ordre
de la Sainte
Triniré
fort obligé
à la mémoi-
re de fiint
Louys.
74 Le Trésor des merveilles
ftiens Captifs , où il auoit plufîeurs fois recogneu
les foins que les Religieux de cet Ordre prenoient &C
auoient pris en cet œuure de Charité , dans les ar-
mées d'outremer contre les Infidèles ; ce qui inuita
depuis ce faint Roy à fauorifer particulièrement cet
Ordre. Et de fait que loinuille, Autheur de ce temps-
là, remarque, comme témoin oculaire, les grands fer-
mées &: l'alTiftance que nos Religieux rendoient alors
aux armées de ce Prince ; &C que mefme quand il fut
HiFtoirede arrefté Captif par ces Barbares , le Reuerendiffime Pe-
BMe Nicolas Sixième General de noilre Ordre eftoit
Ljiiire 0.
chaf. 4.. auec luy : comme i'ay remarqué plus amplement en
"^"^ l'Hiftoire de Barbarie.
II. Or la Charte de fondation de ce Conuent de Fon-
dî^V^fonî tainebleau eft en datte du mois de luillet , mille deux
dation du- ^ens cinquante neuf: par laquelle il appert que faine
uenr. '^°' Louys a foudé , non feulement vne Eglife &: Conuent
en ce Chafteau aux Religieux dudit Ordre , auec le
confentement du Diocefain Guillaume de BrofTe Ar-
cheuefque de Sens , & du Curé d'Auon, qui eftoit, &
• en eft encore la Parroilfe 3 mais auffi qu'à la prière ôC
refignation dVn nommé Nicolas , alors Chapelain de
ce Chafteau , il donna à perpétuité audit Conuent ôC
Religieux , la Chapelle de la Vierge 6c de faint Satur-
nin de cette Maifon Royale , auec le pourpris , loge-
ment, rentes, droits, priuileges , Ôcreuenus appartenans
à ladite Chapelle \ lefquels tous il fpecifie en ^ç,s Lettres
de donation , ôc^dit auoir efté donnez par fon Bifayeui
Louys VII. &: Philippe Augufte fon Ayeul , dont les
Chartes ont efté rapportées cy-delfus : par lefquelles
l'on peut voir en détail les reuenus & droits apparte-
nans alors à ladite Chapelle &: Chapellenie.
Et quant à la fondation de ce Conuent Royal ,
en voicy les conditions ô£ obligations : Qu'il y aura
fept Religieux Clercs , dont cinq au moins doiuenc
eftre Preftres , du nombre defquels vn ou deux cé-
lébreront tous les iours durant fon viuant audit Con-
DE FONTAINEBLEAV. LîVRE II. yj
uent , ou en ladite Chapelle de la Vierge , &C de faint
Saturnin deux MelTes , vne au moins du faint Eiprit ou
de la Vierge ; &C après Ton deceds vne tous les iours
pour lesTrépaflez, exceptez certains ioursque l'Eglife
ne célèbre point pour les morts. Comme aufli vn Anni-
uerfaire pour le feu Roy Louys fon père , la Reyne
Blanche fa mère y Robert Comte d'Artois fon frère;
pour la Reyne Marguerite fa femme; 6c pour luy après
fon trépas. C'eft le fommaire des Lettres ôi Chartes
de ladite fondation par faint Louys.
Et pour cet effet conlîderant par après que le reue-
nu n'eftoit pas fuffifant pour les charges portées en fa
fondation , il confirme , ôc donne aufdits Religieux ÔC
Conuentla fomme de foixante fols parifis à prendre fur
fa Preuofté de Moret , dont ledit Nicolas Chapelain
iouylToit par chacun an pour luyauoir vne robe. ■
De plus , il donne annuellement douze muids de ^^^- .
bled froment mefure de Sens , &C huit muids d'auoine par faint
fur fon Domaine dudit Sens , & quarante liures parilîs ^°"y^'
de reuenu annuel fur ladite Preuofté de Moret.
Auec cette claufe remarquable : Que fi les Fermiers
ÔC Receueurs de ces Domaines manquent à payer aux
iours deusjfçauoir moitié àlaFeftede la Toulfaints , &C
l'autre à l' Afcenfion de noftre Seigneur , en partie ou en
total; les Receueurs èc Fermiers feront tenus de payer
par amande audit Conuent ÔC Religieux cinq fols pari-
lîs , autant de iours qu'ils auront tardé à fatisfaire auf-
dits droits ôc reuenus.
Dauantage , il fait don à ce Conuent de fon Preflbir
de Reclofes , auec tous les droits à luy appartenans.
Outre plus , il donne aufdits Religieux leur vfage de
bois pour baftir ôc chauffer, à prendre dans fa foreftde
Bierre.
Item , le droit &: pouuoir par chacun an de mettre
cent porcs en la glantée &:paiffon en fadite foreft.
Il déclare de furplus , que quand il fera en ce Cha-
fteaude Fontainebleau^ ou la Reyne fa femme , ou fes
K ij
-jG Le Trésor des merveilles
eiifans , ledit Conuent ôc Religieux auront les obla-
tions de la Chapelle de la Vierge & faint Saturnin \
comme aufli la liurée ôc ordinaire de pain , de vin ôC
de cuifine, mentionnée cy-defTus en la Charte de Louys
VII. fon bifayeul.
Et d'autant que ces reuenus fembloient ne pas bien
eftre encore fuflifans pour cette fondation &: charges}
par vne autre Charte, donnée àMelun au mois de Dé-
cembre , mil deux cens foixante , il augmente le fufdit
reuenu de ce Conuent de foixante arpans de terre
fîtuez à Fontainebleau , &; de cent quatorze fciz à Sa-
mois,&; Corbiffon: de huit cens feptante fept,au ter-
roir deBoi{leroy,Sermefe&Brofles : vnarpant auFay:
&: àBarbifon , à faint M ar tin ,&; à Mâcher in, deux cens
cinquante quatre arpans : à Erbonne vingt-cinq ar-
pans : à Franchart dix arpans : à Meun, Achere ôcBu-
ry , cent foixante arpans : àReclofes Ô.:Cumieres,cent
quatorze arpans : àBourron&Gormeuial, dix-fept ar-
pans : à Montfalcon, huit arpans : &de plus toutes les
terres à luy appartenantes fcizes au lieu dit Mont-Cha-
ton , pour eftre ejGfartées , cultiuées , ôcmifes en labour,
iufques au nombre de deux cens cinquante arpans.
Se referuant ^^2i{^s> fucceffeurs Roys, la luftice hau-
te ÔC balfe fur lefdits héritages.
Auec cette permiffion hc priuilege toutefois , que
lefdits Religieux &: Conuent pourront gager des luges
particuliers pour leur faire rendre luftice, touchant les
cens , ventes , &: reuenus qui ne leur auront pas efté
payez.
"IV. De plus , il {pecifïe en cette mefme Charte , que ou-
des'adt *^^^ ^^^ f^P^ Religieux de fondation , il a permis , &; vou-
lu eftre receu en ce Conuent deux Religieux de cet Or-
dre jfçauoir Frère Pierre, ôc Frère lean , lefquels il dé-
clare auoir auprès de luy en fà Cour : après le deceds
defquels ledit Conuent ne feroit obligé d'auoir que
fept Religieux , li ce n'eft que le reuenu en augmente.
Voicy les mefmes termes de la Charte , laquelle eft en
gieux de
fondation.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 77
Latin félon la pratique èc couftume de ce temps-là-
Prêter numeram amemfe^tem Fratrtimfu^erius annotatum^
de nojira ^oluntate ganter & ajfenfu , receMifitnt in eadem
domo duoFratres eiufdem Ordrnii j Petrm fciltcet , & loan-
nés, cire a nos commorantes , &:c.
De cette fondation Royale l'on peut inférer , que ce
Conuent ainli édifié dans ceChafteau, deuoit eftre vn
baftiment qui témoignât la grandeur ôc magnificence
de. faint Louys fon fondateur*
Et pour preuue encore combien il Tauoit en affe-
ction, & du foin qu'il prit pour en faire dédier & bénir
l'Eglife nouuelle qu'il auoit fait baftirj la Bulle du Pape
Alexandre I V. en efl vn témoignage euident : où ce
Souuerain Pontife déclare par cette Bulle , donnée le
iîxiéme des Ides d'Odobre jl'an fixiéme de fon Ponti-
ficat j comme à la prière de ce grand Roy il o6troyoit
au iour qu'elle deuoit eftre dédiée &: confacrée,& du-
rant trois mois immédiatement fuiuans , à tous vrais
penitens bc confeffez qui vifiteroient ladite Eglife,
trois années, &: autant de quarantaine , de Pardons &
d'Indulgences. Comme auffi à ceux qui en TAnniuer-
faire de cette Dédicace , hc huit iours après vifiteroient
ladite Eglife , vn an &: quarante iours d'Indulgences.
Voicy les termes de ladite Bulle que i'ay iugé à propos
de rapporter icy , parce qu'elle eft fort briefue : m'e-
ftant contenté cy-delTus de faire feulement vn extrai6t
des Lettres &; Chartes de faint Louys touchant ladite
fondation , parce qu'elles font extrêmement longues j
de plus qu'eftans en Latin elles pourroient ennuyer le
Leàeur.
Alexander Epfco^Hs feruus fertiorum Dei,carifimo ""IT.
in Chrifto Filio Régi F ranci a iUufiri ^piliitem& Afoftolicam fhilVL'^'"'
benedi^ionem. LtceP is yde cuitis mttnere 'uenit 'vtfthiafide- Dédicace
Itbus fnis^digne ac lauàMiter feruiatur , de abundantia pie- aek li'ncc
tafis/ua qua mérita fiippltcum excedit t&vota bene feruien- Trinité.
tibus multo maiora rétribuât quam valeantfromereri: nihi-
lominus tamen defiderantes reddere JDomino populum accf'
K iij
ji Le Trésor des Merveilles
ftahilem j fidèles Chrifli ad com^lacendum & quajî quihuf-
dam ille^tmismunenbiiSjlndulgentiis fciiïcet &temtfitonïhus
inuîtantur, vt exïnde reddantur diuma gratU aptiores. Cum
igitur ificut ex farte tua fuit prof o fit um coram nohis ^tu Ec-
cleflam domus de Fonte Bltaudï OrdinU fanàA'Trïnïtatts
& Captiuorum , de nouo fundaueris , & dotaris j intendafque
ipfam in proximo facere dedtcari : Nos cupientes vt Eccle-
fia ipfa congrue honoribus frequentetur y omnibus 'vere pœni-
tentibus & confie fis iUuc die Dedicationù tpfims , & per très
menfes immédiate fie qumte s accedentibus ^tres annos& toti-
dem quadragenoâ : illis autem qui m emfidem Dedtcationis
Annmerfiano , & infira oào dtes pofi idem Anniuerfiarium
immédiate fiequentes ad Ecclefiam ipfam accefierint annua-
tim s annum <vnum & quadraginta dies , de omnipotent/s Del
mifiertcordia y & beatorum Pétri &Pauli Apoftolorum eius
authontate confifi , de inianHa pœnitentta mifiericorditer re^
laxamus. Datis uinagniafièxto Idus Oéfobris, Tontificatus
nofiri annofiexto.
Et quant à la confirmation de cette fondation & do-
nation faites par Louys VII. par Philippe Augufte , &
par faint Louys , plufîeurs Roys leurs iuccefleurs les
ont ratifiées. Entre autres Philippe le Bel , par (qs Let-
tres &; Chartes données à Paris j IVne au mois de Mars
VI. mil trois cens j &: l'autre au mois de lanuier mil trois
Confirma- ^^j^^ quatre : & depuis par François I. Henry 1 1. Char-
o6iro'y par ks IX. Henry III. bc Henry IV. en datte du mois
Roys^'!'^& d'Odobre mil fix cens quatre j où il confirme non feu-
nommé- lement ce que les Roys fes predecefTeurs ont donné au-
Henry^'L dit Couuent & Rcligicux, mais encore luy fait don de
Grand, yiugt atpaus de terre fciz derrière THoftel du grand
Ferrare, auec les droits de lots & ventes j portans tou-
tes droit d'amortiflement.
Ce Conuent iouyt de plufieUrs beaux priuileges,
comme eftant de fondation Royale : & entr^ autres
par vne Bulle particulière du Pape Clément V. donnée
à la requefte ôc prière de Philippe le Bel , outre les in-
duits 6c priuileges de noftrc Ordre , odroyez par plu-
DE F'ONTAiNEBLEAV. LiVRE ÎI. 79
fieùrs Souuerains Pontifes , fur la décharge èc exem-
ption de lavifîte desEuefques Diocefains j celuy-cyen
cft particulièrement exempt : ainfî qu'il fe verra plus
amplement cy-aprcsauLiure troilîéme Chapitre 3.
Les droits Seigneuriaux de lots & ventes de ce lieu
de Fontainebleau appartiennent audit Conuent , qui
luy ont efté donnez par faint Louys , èc confirmez par
les Roys fes fuccefleurs , dont il a toufiours iouy , d>C
&C iouyt encore à prefent.
La Cure &; droits de laParroiffed'Auonj&dece lieu vu.
La Cure
d'Auon &
de Fontainebleau, eft encore de ce Conuent, par anne-
xe &vnion qui en a efté faite il y a cent ans &;plusî ôc Fontainc-
quiconque en eftMiniftre &c Supérieur, fe met enmef- nex? audit
me temps en polTefTion de ladite Cure. Conucm.
Plufieurs faintes Reliques rendent encore ce Con-
uent recommandable. Entre autres il y a vne Croix
d'argent doré d'vn pied &: demy de haut , dans laquelle
font les Reliques fuiuantes : fçauoir, au milieu vn mor-
ceau de lavraye Croix, & aux autres endroits vne épi-
ne de la Couronne de noftre Seigneur, vn morceau du
faint Suaire , àc linceul , duquel le Fils de Dieu fut enfe-
uely. —
P VIS eft vn autre ReHquaire d'argent doré dVn pied Leifaintcs
de haut , reprefentant l'Image de laint Bonauenture, Reliques
laquelle tient entre fes mains vn criftal, où eft enchaf- œ'con-*"
fée la mandibule auec les dents de ce faint ôc célèbre "^"'^•
Doâ:eur de l'Eghfe.
Là eft encore vn Reliquaire d'argent doré d'vn pied
de haut , où font trois olfemens -, IVn de faint Lucian,
l'autre de faint luUen, Ôcle troifîéme de faint Maximin,
tous trois Martyrs.
De plusj il y avn manteau, ou chappe de S. Louys.
Outre ces faintes Reliques il y a vn coffre , lequel eft
tout d'iuoire , dc où font taillées diuerfes hiftoires de la
Vie 6c PaiTion de noftre Seigneur ; il eft auffi orné &C
fort enrichy d'argent doré au lieu de ferremens. Et
dans ce coffre font les Reliques , dont voicy les noms.
8o Le Trésor des merveilles
Des Cheueux de Noftre Dame : des Reliques de faiiue
Anne: de la Robe de la Vierge ,& de fonCouure-chef:
du Tombeau èc Sépulcre de noftre Seigneur : de faint
lacques ; vue tefte de l'vn des faints Innocens : de faint
Paul: de S. Clément : de S. Benoift : des faintes Marte
&C Magdelene : de faint Sebaftien : de faint Didier : de
faint Maurice : de fainte Sapience : de la haire de faint
Yues: de l'habit de faint Bernardin: de fainte Geraline,
Reyne de Sicile : de fainte Emerentianne : de fainte
Chriftine : de faint Gilles Abbé : de faint Théodore,
Roy : de faint Amand , Duc 6c Martyr : &; de quelques
autres Saints , dont ie ne fçay les noms.
Ce coifre &c Reliques ont elle apportez d'Angleter-
xcf^ furent icy prefentez au Roy Henry IL par vn Euef-
que, fuyant la perfecution des Hérétiques dudit Roy-
aume : le Roy alors en fit prefent èc don à noftre Egli-
fe. Et pour preuue que ce Reliquaire vient d'Angle-
terre, c'eft que les noms 6c écriteaux defdites Reliques
font écrits en langue Angloife.
Or quant audit Conuent , il n'eft plus en Feftat que
faint Louys Tauoit édifié, le Roy François L l'ayant fait
démolir pour y baftir la Cour du Cheual blanc , telle
qu'elle fe void auiourd'huy , auec deffein de nous en
faire conftruire vn autre plus magnifique tout proche.
Et de fait, il commença écacheua bien vne autre Egli-
fe , qui eft celle de la fainte Trinité de ce Chafteau j mais
les grandes guerres qu'il eut à fiipporter , & la mort
qui preuint les faintes intentions, le détournèrent, dc
empêchèrent ce bon deffein. Où par fes Lettres paten-
tes , données en ce lieu de Fontainebleau au mois de
Décembre, l'an mille cinq cens vingt neuf, il apparoift
que ledit Conuent eftoit d'vn grand pourpris ëceften-
duë : car voicy comme il en parle ef dites Lettres,
Qu^at tendu qutlfe vlatfoit en ce Lteu pour le déduit de la
Chajfe, ^ c^ue four cela il efioit délibéré d'y faire la plu/part
du temps Ja demeure s fê que fiant en volonté d'amplifier &
augmenter ce Chafieau ^ pourtant il luj aurait conuenu pren-
dre.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 8i
dre & recouHrer des Mintfire & Religieux de l'Ordre de la
faïnte Termite de ce Lieu de Fontainebleau y leur Logis, leur
Jardin , leur grand Clos Je ur Pré , leur Bftang & Viuters,
auec la maijon du Châtelain i donnant tour recompenfe def-
dites héritages deux cens Hures de rente annuelle & perpé-
tuelle, À prendre & receuoirfur.fon Domaine & Seigneurie
deMoret. Et depuis noftre demeure ôcConuentacoû-
iours efté en vn grand logis où nous fommes encore ,
ioignanc dVn colté le fofTé du ChafteaUj& de l'autre te-
nant à la Cour duCheual blanc, par laquelle eft noftre
entrée auChafteau, eftant noftre logis vne dépendan-
ce de cette Maifon Royale, &: fous Ton entretien ordi-
naire.
DV PAVILLON DE SAINT LOVYS,
contenant fa Chambre , 6^ le Cabinet
des Curiofitez.
Chapitre V.
L Ce Tauillon contient o^ua- IV. Hidre ou ferpent à fepî
tre eltages.
IL L'Iliade d'Homère dépein-
te en la Chambre de Jamt
Loujs.
IIL Du Cabinet des Curio-
fitez^.
teftes.
V. 'Portrait d! 'une fille qui a
efté dixhuit mois fans boi-
re ny manger,
VL image de la Vierge que
port oit Loujs X L
Près auoir traitté en gios cy-defTus
au Liure premier des édifices de cette
Maifon Royale, i'ay en fuitte commencé
ce fécond par vne defcription en détail de
ces mefmes lieux, donnant place premiè-
rement aux baftimens deftinez pour le culte ôc feruice
de Dieu 5 après quoy l'ordre de l'antiquité m'oblige
maintenant à parler de celuy-cy.
Ce Pauillon porte le nom de faint Louys, parce que
L
Ce Pauil
Ion con-
8i Le Trésor des merveilles
c'a efté cet illuftre Monarque qui l'a bafty. Il eft bien
vray que fi l'on le conlidere en l'eftat qu'il eft auiour-
d'huy, il n'a plus rien de Ton antiquité que le nom , ayant
efté refait 6c rebafty par le grand Roy François fur les
fondemens de ce premier, à raifon dequoyil en a toû-
iours porté , &C porte encore auiourd'huy le nom. Et
pour plus grand témoignage de cette vérité , c'eft quâ
ledit Roy François reftablillant ce Pauillon y a fait met-
tre , bu laifTer exprés le Chiffre de S. Louys , fçauôir eft
vue grande L. qui paroift encore par le dehors dans la
Cour de la Fontaine en vne cheminée de ce Pauillon.
ï~ Ce corps de baftiment confifte en quatre eftages. Le
premier en bas , où eft la Gardcrobc du Roy. Le fécond
tient qua- au dcffus , qui cft vuc grande Chambre qui porte le nom
^ges- jg fain<5t Louys. Le troifiéme plus haut, &:eft le loge-
ment du premier Gentilhomme delà Chambre du Roy
qui eft en année. Et le quatrième compofe vn Cabinet
où font diuerfes curiofitez 5 mais parce que cette Cham-
bre & ce Cabinet font les pièces plus remarquables de ce
Pauillon , ie me contenteray de traitter icy particuliè-
rement de l'vn àc de l'autre.
Quant à cette Chambre de S. Louys elle eft fort belle,
&;bien ordonnée j ayant deux feneftres qui fe regardent
d'vn bout àl'autre. Vn lambry doré ôifon platfond ré-
gnent tout autour,dont les Salamandres qui s'y voyent
taillées deffus, montrent affezles foins que François L
a pris d'embellir ce lieu.
Mais ce qu'il y a de plus conliderable font les peintures,
qui confiftent en huit grands Tableaux ornez de leurs
bordures, accompagnées de grandes figures termes de
relief &: de ftuc , poiées fur vn fond d'or, èc enrichies de
dorures , auec des petits enfans de mefme matière , lef^
quels tiennent chacun vne cartouche , où en l'vne font
écrits ces mots : Tartara qmd cejfanp. En l'autre ceux-cy;
Agîturfiirs ténia mundi, La troifiéme porte ces paroles:
Non po/es muiu Cerem gêner ejfe. Et la quatriéme,ôc der-
nière : ^Uganda non rapendafuït.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL 83
Q R en ces huit Tableaux font reprefentées quelques }i-
hiftoires , 6c principales adions de ce grand Héros de dHomeîe
l'Antiquité Vlifle, que le Prince des Poètes Grecs a très- d'^FJ^'^t'^'-n
bien décrites en Ton Iliade , dont les argumens &:fuiets biedefaint
en font tirez j &C que le fleur de faint Martin a icypar- ^''^"^''
faitement exprimez dans ces ouurages de fon delfein,
peints à frais par Meifere Nicolo.
Le premier reprefente comme Paris aborde Hélène,
&C les grandes fubmilllons qu'il luy fait.
Le fécond Tableau , eft le rauiffement de cette Prin-
ce ffe par ce ieune Prince,
Le troifîéme exprime les regrets 6^ les pleurs de Me=-
nelas, ayant appris l'enleuement d'Helene fa femme.
Dans le quatrième fe void comme Vlille engagé
dans les amours de fa Pénélope , feint d'auoir perdu le
fens & l'efprit , labourant &C femant du fel au lieu de
bled , pour n'ellre obligé d'aller au fîege deTroye.
Le cinquième eft vne affemblée des Princes Grecs ,
qui ayans éleu Agamemnon pour Chef de leur armée
luy prefentent vn Sceptre , témoignans par là qu'ils le
reconnoiflent pour tel.
Dans le fîxiéme, qui eft à l'entrée de la porte , eft vn
Sacrifice qu' Vlifle, &C les autres Princes Grecs , prefen-
tent aux Dieux, pour les auoir propices en leur voyage
&C entreprife.
Sur la cheminée où eft le feptiéme Tableau, fe void
Thetis,qui par l'ordre de lupiter commande àVulcan
de forger des armes pour Achille fon fils.
Le huitième & dernier Tableau , reprefente com- Caichas
me Achille caché par fa mère au Palais de Lycomede 2
ayant fre'
ijue
auec les filles de ceRoy,eftdécouuert par la rufe d'V- T-'">y\»s
\- n- \ I -ri » yr 1 11 -rC poUHOtt ■
lifle deguile en Marchand, le reconnoiilant au moyen ejire pnfe
des armes, qu'il préféra à tout le refte de cette mar-{^'''^/¥"
chandife. four^myU
Ces Tableaux fe reffentent vn peu des iniures du ^-J^ff^ênt
temps, où l'hiftoire ne femble pas bien entrefuiuie : ce cherché par
qui peut auoir efté ainfi ordonné pour accommoder les
L ij
S4 Le Trésor des merveilles
fuiets félon le lieu & les places 5 parce que de ces Ta-
bleaux les vns font plus grands que les autres, félon la
difpofîtion de cette Chambre.
III.
D F CABINET
Curïofiuz^,
DES
FRANÇOIS I. eft celuy qui adreffé & commencé
ce Cabinet , y ayant ramafïé tout ce qu'il auoit pu
trouuer de petites pièces curieufès , comme médailles
antiques , argenterie , vafes , figures , animaux , vefte-
mens , & ouurages des Indes ÔC Pays eftrangers , 6c vne
infinité de petites gentilleifes , afin qu'en cette Maifbn
Royale il yeuftde tout ce qui fe pouuoit defirer de cu-
rieux : comme i'ay défia parlé du Cabinet des Armes^
ÔC que cy-apres ie traitteray du Cabinet ou Chambre
des Peintures particulières , des Antiques , àc de la Li-
brairie.
Or ce Cabinet eft par dedans en forme d'vn dôme
quarré , où aux quatre coins par le haut font quatre
grands Tableaux de payfages , qui embellilTent fort ce
lieu, & que l'on tient eftre du fieur de faint Martin.
Tout autour eft vne forme d'armoires garnies de
veloux verd , qui,ne fe ferment par deuant qu'auec de
grands rideaux de taffetas de melme couleur: où voyant
le déchet de ce lieu , en comparaifon de ce qu'il a efté
autrefois , il faut en accufer en partie les guerres ciui-
les , qui ayans apporté du defordre par tout , ont efté la
caufe que l'on a diffipé tout ce qu'il y auoit de plus ra-
re, &: de plus curieux.
Il s'y void encore quelques vafes , &vaiffelles depor-
celaineôc de criftal fort curieufement trauaillées , auec
vne infinité de petites gentilleffes , dont l'on auoit fait
prefent à ce Roy, & à Henry II. auec quelques ouura-
ges des Indes , de la Chine , &; de Turquie , &: autres
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE II. igj
curiofitez de Cabinet, qui ne fe peuuenc pas décrire.
Entre autres chofes de remarque, il y a vn Hidre du ,^ Y*
ferpent a iept teftes que i ayveuôc manie pluneurs fois, feipenc à
lequel a enuiron vn pied & demy de long : c'eft celuy ^""^^ ^^^"'
dont parle Gonradus Lycoftenes en Ton Traitté des
Prodiges, rapporté par Pierre Boaiftuan dit Launay,en
fes Hiftoires Prodigieufes Chapitre trente tr-ôiliéme j
où ledit Lycoftenes écrit, que cet animal monftrueux
fut apporté de Turquie embaumé aux Vénitiens, & ap-
précié à fix mille ducats , duquel pour fa rareté , ils fi-
rent prefent au grand Roy François de Valois: mais le
malheur du temps , ou le peu de curiofîté que l'on en a
eu depuis , eft caufe^qUe les rats en oiit mangé les te-
ftes , n'y reftant plus que le corps &: les bouts des cols
qui fe reconnoiffent fort bien encore , &; que i'ay cu-
rieufement conftderé j parce que plufieurs croyent que
ce foient fables ce que les Anciens ont écrit des Hi-
dres , à raifon de ce que les Poètes ont feint touchant
celuy , ou ferpent à fept teftes , qu'ils difent auoir efté
terraffé &; dompté par Hercule , dont il renaiffoit vne
nouuelle tefte autant que ce Héros de l'antiquité en
coupoit.
E N ce mefme Cabinet eft le portrait d'vne fille qui v.
fut dix-huit mois fans boire ny manger , dont les vers dvne fiTk
fuiuans font la defcription. ' ^"^ ^ «^^
Ora , manm^ hahitum c émis fi forte labores^ mois fans
Nofie folum patrU , Spïrica 'ViUa Rodum. ^^'^ ^J
Forte meumfi quis percontabitur Auum ,
In curfu mejfem ter quater ejfe fcias ,
Vicenos menfes^ mirumj necpafla , nec illa
T empare deme duosfota Uquorefm,
I'ay mémoire qu'il y a enuiron vingt ans que l'on m'y vi.
montra vne petite Image de plomb reprefentant laîf^j^rgc
Vierse , que l'on tenoit eftre la mefine que Louys XL queportoic
&. ' ^,. . s r I 11 11 LouysXI,
portoit ordmauement a Ion chapeau, de laquelle pat-
4e Philippe de Commines au Liure fécond de fes Mé-
moires Chapitre 8. ÔC de fait i ay ouy dire à plufieUrs
L iij
86 Le Trésor des Merveilles
Anciens de ce lieu, qu'ils auoient appris que c'eftoit la
mefme :mais retournant voir ce Cabinet depuis peu ie
l'y ay cherché , ôc ne Tay pu trouuer 5 ce qui me fait
croire que comme elle eftoit petite enuiron la lon-
gueur d'vn doigt , elle peut eftre égarée : elle eftoit
alors attachée au veloux de ces Armoires. Il fe peut
faire aufTi que depuis ceux qui ne fçauoient ce que c'e-
ftoit, la voyans de plomb & de peu de prix en fa matiè-
re, ne layent oftécjnelacroyans pas de coniideration.
DE LA GALLERIE DE FRANÇOIS h
autrement dite la petite Gailerie , atiec la
defcription de (^cs Tableaux , èc
Emblèmes.
Chapitre VL
/. Qmtorz^e grands ta-
bleaux auec de riches bor-
dures ornent cette GaUerie.
IL Emblème > far leqml Je
'uoid le foin qua fris le
Roy François J. four les
Sciences & les Arts.
lîl. Autre Emblème touchant
encore le grand Roy Fran*
pis.
IV. Pieté mémorable de de 6^
bis & deRiton.
V. La 'vie & faits memora'
blés de François I. repre"
fentez^fom diuerfes hifoi-
res & fictions.
O VT le corps de cet édifice confifte en
trois eftages. Lepremierpar bas , qui con-
tient les Bains , les Eftuues , diuerfes Sal-
les , & entre autres celle dite de la Con-
férence. Le fécond eft cette GaUerie de
laquelle il eft parlé icy. Et le troifîéme , eft le Heu où
eftoit autrefois la Librairie ; tout lequel baftiment a efté
fait par le grandRoy François. Il faut traitter premiè-
rement de cette GaUerie, parce que c'eftvne des pièces
plus remarquables de ce Chafteau , pour dire quelque-
chofe en fuitte des deux autres eftages.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IL 87
Cette Gallerie porte le nom de François L ou parce
qu'il Ta fait édifier &c orner, ou bien d'autant que là en
plufieurs endroits paroit fbn portrait en relief à demy
corps fur laportedupetit Cabinet, bailleurs; &:quelà
encore par tout fe voyent fa Deuife &: fon Chiffre : &:
pour autres raifons que ie toucherayà lafinde ce Cha-
pitre. L'on l'appelle auffi la petite Gallerie à la dillin-
(Stion de la grande , qu'il fit bafliir le long de la Cour du
Cheual blanc.
Quant àcelle-cy, elle tient dVne part à ladite Cour
où eft fa principale entrée par le grand EfcaHer 5 & de
l'autre bout elle fe termine au département du Roy,la-
quelle a trente toifes de long, 6c trois de large j &; re-
garde d'vn collé auMidy fur la Cour de la Fontaine ^ ôc
de l'autre dans le lardin de la Reyne au Septentrion.
C'eft vn des premiers ouurages de François L princi-
palement quant aux peintures qui s'y voyent, lefquel-
les font du fieur Rouife Peintre fort renommé de fon
temps.
Les ornemens &enrichiffemens de cette Gallerie,con-
fiftent en vn beau èc grand platfond dore , compofé de
plufieurs compartimens, dVn parterre fait à parquets,
èc d'vn lambry orné de cartouches , où font les armes
de France èc des Salamandres^ auec des trophées diuers,
des ba(fes tailles , & ces mots Latins : Franctjcus Fran-
corum Rex.
L A entre les tremeaux des feUeftres , où pofent les i.
poutres ôc le platfond, font quatorze Tableaux de huit 3^x1-
pieds de haut , d>C dix-huit de large , y comprenant les bieauxaueo
bordures &:ornemens, lefquels reprefentent diuers fu- bordure?
iets d'hiiloires , d'emblèmes , dc de fixions poétiques ; °'""" "^*
r -T- 1 1 • 1 • 1 1 II , te Gallerie.
& lont tous ces Tableaux enrichis de leurs bordures de
ftuc,auec diuerfes figures de relief & de baffe taille, qui
ornent merueilleufement ce lieu:& parce que comme
i'ay défia dit, ce font fiiiets differensqui n'ont point de
fuite , c'eft pourquoy i'ay creu eftre à propos de com-
mencer la defcription de ces Tableaux par celuyqui eft
88 Le Trésor des merveilles
le premier ciucofté de la Cour de la Fontaine ^ à rentrée
aui vient du grand Efcalier.
IL En celuy-cy , qui eft vn Emblème , font plufieurs
pineTuei hoi^'iiT-^cs &c femmes qui ont les yeux bandez , 6c dont
levoid le quelques-vns fe conduifent auec vn ballon comme des
pn" Fràn- aueugles , & femblent aller vers vn Temple , à Tentrée
çoisi.poiu (i^q^<;l eil; le grand Roy François, ayant vne couronne
ces & ks de laurier fur la tefte , vn liure fous vn bras, & vne épée
^."^' en main , témoignant vouloir ouurir la porte de ce
Temple pour y conduire , & faire entrer ces aueugles.
Où par cet Emblème l'on peut voir le foin qu'a pris cet
illuiîre Monarque à chafler l'aueuglement de l'igno-
rance qui eiloit de fontemps,&C donner entrée au Tem-
ple desivlufes pour cultiuer les Sciences èc les Arts.
Et de vray c'ell luy qu'à bon droit plufieurs célèbres
Efcriuains appellent le Père &:Rellaurateur des Scien-
ces d>C des bonnes Lettres , ayant exprés fait venir en
France de tous les endroits du monde, les plus fçauans
hommes en toute forte d'Arts dc de Sciences qu'il y eut
pour lors , aufquels il donna des gages dc de riches ap-
profeffetm pointemens : dont nous font foy les Chaires Royales &:
Roymx, publiqucs , qu'il a fondées l'an 15-30. en la célèbre Vni-
{'n^-ime^ h uerfîté de Paris , pour la Philofophie , pour la Medeci-
Gncbrar° ^^^ > P^^^ Ics Mathcmatiqucs , &:pour des Profefleurs es
in chro- Langues faintes , Hébraïque, Chaldaïque, ô^ Arabique,
no.og. ^ pour les Grecque &:Latine.
l'eftois en volonté de ne faire qu'vne defcription gé-
nérale de toutes les bordures & enrichilfemens de cts
Tableaux, mais i'ay efté confeilié de traitter de celles-cy
en particulier, fur ce que elles font toutes diuerfes, &;
accompagnées de fort rares , & des plus beaux orne-
mens qui fe puillent voir j le tout de ifuc &; de relief;
qui ont vn grand rapport aux luiets contenus en ces
Tableaux. Et quant à celles du premier Tableau , elle
ell compofée d'vne Salamandre d'or , qui eft au haut
dans vne petite architeélure j au bas eft vn cuir, où eft
vne balfe taille accompagnée de feftonsj &; aux coftez
dé
i>
III.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL 89
de cette bordure font deux grandes figures de Satyres
en relief auec des petits enfans : le tout fur vn fond
d'or, où font quelques autres figures de femmes, &C d'a-
nimaux.
Au fécond Tableau eft encore reprefente le mefme
Roy armé , ÔC tout de bout au milieu d'vne Salle, te-
nant vne grenade en main que luy prefente vn enfant
à genoux à fes pieds 3 ôc eft ce Prince accompagné de
quantité de perfonnes,les vns vieillards, & comme des
Sénateurs , les autres reprefentans des Capitaines d>C
Soldats* Ce qui eft pareillement vn Emblème en fuite » ^
1 r Autre Em-
du précèdent , par lequel l'on peut entendre que fi toft bieme tou-
que ce Roy fut éleué à la Couronne, & eut pris le ma- cor^ie"'
niement des affaires de cet Eftat.fon delfein ne fut pas P'"^ ^°y
y- , 1 1 Y' 15 1 1 13- 1 François.
leulement de chailer i aueuglement de 1 ignorance de
fon Royaume , mais encore y eftablit vn bon ordre èC
police , foit aux chofes ciuiles , ou foit au gouuerne-
ment de la guerre : voulant fignifier de plus par cette
grenade , que tandis que tous fes fuiets demeureroienc
bien vnis enfemble , & auec fa Maiefté , comme les
grains de ce fruit , tout ce Royaume iroit fleuriffant.
Sa bordure eft comme la précédente , & toutes les
autres qui fuiuent , auec leurs ornemens , pofez fiir vix
grand fond d'or j où à fes deux coftez font deux gran-
des ouales remplies de peintures , ôi ornées de figures
de relief, auec des teftes de Lions qui fouftiennent de
grands feftons , & vne Salamandre d'or qui eft tout au
deffus de la bordure , àc quelques autres petits enrichif» ,
femens.
Dans le troifiéme Tableau qui fuit les precedens> ly.
fe voyentCleobis, &Biton,deux frères, qui traifnent morabkîo
dans vn chariot leur mère , vieille à l'extrémité , allant 9^°.^'^ ^
facrifier au Temple de Iunon,pour caufe d'vne grande
mortalité qui eftoit au pays 5 & en reconnoiffance de la P^tf^'^q^e
pieté de fes deux enfans , elle prie laDeefte de leur don- soUn.
ner la meilleure chofe & plus fouhaittable qui foit au
monde j laquelle aufti toft ieur enuôya la mort.
M
9Ô Le Trésor des merveilles
La bordure de ce Tableau eft pofée fiir vne grande
ouale accompagnée de deux chiens de relief, dans la-
quelle eft vne balTe taille reprefentant la pieté Ro-
maine ', autrement cette *Dame qui allaita de Tes ma-
melles fon père détenu en prironj&: condamné à mou-
rir de faim. Aux deux collez de la bordure font deux
grands ronds , &C des figures en termes y le tout de re-
lief auec les Chiffres , àc la Deuife du Roy*
Le quatrième Tableau figure Danaé auec vne pluye
d'or.
Sa bordure eft vne grande ouale , où à chaque cofté
font trois femmes en terme de reUef , qui fouftiennent
vn grand pannier de fruits , &C autour font des enfans
^ peints fur vn fond d'or , qui tiennent des Hures , èc des
inftrumens de Mufique , dont ils femblent compofer
vn concert harmonieux.
Se void au cinquième Tableau Adonis mourant ,
affifté des Grâces , de petits Amours , &C de Venus qui
paroit au deffus dans fon chariot tiré par deux colom-
bes , laquelle femble defefperée , fe tirant les cheuéUx,
ôc fondant en larmes de regret de cette mort.
En la bordure de ce Tableau font deux quadres de
part de d'autre , auec quatre enfans de relief -, èc au
deffus font des figures grandes comme le naturel pein-
tes fur vn fond d'or ; d>C plus bas des enfans auec plu-
fieurs chariots en baffe taille , reprcfentans les ieux
Olympiques.
Pour ce qui eft du fixiéme Tableau, l'on le prend or-
dinairement pour la Fontaine de îuuance, parce que là
font peints diuers vieillards d'vn aage décrépite, hom-
mes &: femmes, fe conduifans auec des bâtons ,&: d'au-
tres qui s'eftans plongez dans cette Fontaine , repren-
nent nouuelles forces , &C femblent recouurer la grâce
àc l'embonpoint de leur première ieuneffe. Où par le
ferpent qui s'eflcue de cette Fontaine , peut bien eftre
reprefenté Efculape Dieu de la Médecine , que les An-
ciens ont alfez fouuent figuré par vn ferpent.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 91
La bordure de ce Tableau eft fouilenuë de deux
chiens , auec deux grands ronds ornez de fêlions &: de
mafques , &C fouftenus par deux enfans 5 le tout de re-
lief ,&: diuers petits enfans au dejGTus fur vn fond d'or.
Le feptiéme reprefente le combat entre les Lapi-
thés èc les Centaures , quand ceux-cy épris de vin au
banquet èc nopces de Pirythous auec Hipodame , ils
voulurent rauir &c forcer cette Dame.
Les enrichiffemens de la bordure de ce Tableau font
tels : il y a deux enfans au defîus , qui tiennent dans vn
linge vne Salamandre d'or : au bas eil vne cartouche
auec des mafques j& aux deux coftez font deux termes,
qui portent laDeuife ô^ le Chiffre du Roy François : &;
font ces termes fouftenus par deux enfans aillez , auec
diuers autres enrichiffemens.
Le huitième enfuiuant commence du cofté du lar-
dinde laReyne, c'eft vne Venus chaftiant l'Amour d'a-
uoir abandonné Pfiché.
Sa bordure eft ornée comme les autres 3 au bas eftvn
quadre d'vnpied de diamètre , dans lequel ceChafteau
de Fontainebleau fe void dépeint en petit. Aux deux
coftez de cette bordure font deux fort grandes figures
de boffe,d'homme ôc de femme affifes, qui fouitiennent
deux cuirs où font diuers ornemens, accompagnez de
quatre enfans : & fous ces deux grandes figures font
deux cartouches , où fe voyent peints deux combats -,
IVn par terre , èc l'autre par mer 3 &C tout au deffus eft
vne Salamandre , Sc quelques petits mafques peints à
fonds d'or.
Le neufiéme Tableau eft Chiron le Centaure qui in-
ftruit Achille en diuers exercices , comme à tirer èc fai-
re des armes, à courre èc rompre au faquin, & à nager.
Aux deux coftez de la bordure font peints deux fi-
gures d'hommes grands comme nature , lefquels font
attachez à deux arbres. Là font auffi de petits enfans,
èc diuerlîté de crotefques.
Le dixième reprefente vn naufrage dans vne nuit
^ M ij
9z Le Trésor des Merveilles
fombre , où font diuerfes perfomies en adion de defef"
pelées ; &: eft ce Tableau fort eftimé entre les autres.
Sa bordure eft enrichie de part & d'autre déniches,
accompagnées de quatre petits enfans aidez de reUef ,
&C d'autres peints à fond d'or , auec vne Salamandre
dans vne cartouche : en l'amortifTement ÔC tout au bas
eft vn Neptune &C vneNaiade.
Au milieu de cette Gallerie eft vn petit Cabinet de
mefme cofté du lardin, où eft vn Tableau, qui fait l'on-
zième , dans lequel fe void la fable de Semelle brullée
du feu de lupiter , pour l'auoir voulu voir en l'éclat de
fa Maiefté celefte.
La bordure de ce Tableau eft en ouale , au bas font
des figures de femmes couchées, accompagnées de p^
tits enfans j ÔC tout au haut de cette bordure il y en a
d'autres tenans vn F couronnée , le tout de relief.
En ce mefme Cabinet eft vne cheminée fort enri-
chie de figures , les vnes de relief, les autres en baffe
taille , auec diuerfes morefques &c crotefqueSé
Et tout au deffus de l'entrée de ce Cabinet eft vn
grand bufte de relief, reprefentant le portrait à dcmy
corps du grand Roy François porté par diuerfes teftes
de Chérubins j ôc aux coftez il y a deux Anges qui tien-
nent chacun laDeuife de ce Prince. Outre que de part
&; d'autre font deux grandes figures peintes fur vn fond
d'or,rvne reprefentantlaViâ:oire,&: l'autre la Renom-
mée , auec pareils embelliffemens.
Au douzième Tableau fuiuant , eft figuré la ruine &C
embrafementde Troye la grande, oùparoitEnée porr
tant fon pcre Anchife fur fes épaules , &; vn autre (a
mère , auec le petit Afcagne qui emporte vn chien, ôc
d'autres enfans chargez de petites bagatelles puériles,
qu'ils tafchent de fauuer de cet incendie.
Aux deux coftez delà bordure font deux niches rem-
plies de deux grandes figures , auec deux termes de part
6c d'autre j où au deffus de chacune niche font quatre
enfans pofez fur des feftons , dont les vns tiennent vne
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL 95
cartouche où eft vne Salamandre dor auec des FF
couronnées j&: tout au defTus de la bordure eft vne au-
tre cartouche appuyée de deux grands mafques de re-
lief, &; là eft dépeint vne ruine de baftiment.
Se void au treizième Tableau comme vn triomphe
reprefenté par V4i Eléphant auec vne Cicogne à fes
pieds : ce que plulieurs eftiment eftre vn Emblème, re-
prefentant quelques vidoires de François I.
Les ornemens de la bordure de ce Tableau confî-
ftent en deux grandes figures peintes à fond d'or de
chaque cofté , IVne reprefentant le rauiftement d'Eu-
rope par lupiter fous la figure d'vn Taureau , &c l'autre
vn Neptune fous la forme d'vn cheual marin qui enle-
ue Amphitrite j il y a au defTus deux figures de rehef,
qui tiennent d'vne main des feftons où font attachez
les Chiffres du Roy : &; entre ces figures eft vne Sala-
mandre auec quelques autres embelliffemens.
Dans le quatorzième & dernier Tableau fe void l'ap-
. pareil d'vn célèbre Sacrifice , dont la bordure eft enri-
chie de part &: d'autre de grandes figures de relief po-
fées entre deux colomnes, qui forment encore vne ma-
nière de Sacrifice , l'vn d Vn taureau , &c l'autre d'vn
mouton : où au deffous font des enfans qui tiennent
des cornets , dont ils fonnent vne danfe de Nimphes
qui paroiflent plus bas : èc tout au defTus eft vne Sala-
mandre dans vne cartouche.
Il y a de l'apparence , &C c'eft l'opinion de plufieurs,
que le fîeur RoufTe qui a deftiné èc ordonne tous les
Tableaux &; ornemens de cette Gallerie j comme il
eftoit non feulement fçauant èc intelligent en l'Art de
Peinture , mais aufil bien verfé es Sciences humaines, v.
a voulu reprefenter par les diuerfes hiftoires , &c fuiets ^ttJ mc-^
de ces Tableaux , les a6tions principales de la vie du morabies
grand Roy François, telle qu eftoit fon inclination aux çoisL^y
Sciences ôcaux Arts , fa pieté , fon courage, fon adref- ^«^=""2
fe , fes amours , fes victoires 5 notamment la bataille de fes hifto:-
Cerifoles exprimée par le combat des Lapithes, Com- ^f ' ^
M iij
tjons-
94 Le Trésor des merveilles
me auffi l'on croit eftre reprefentées fes difgraces par ce
Tableau où eft figuré vn naufrage j & le tout bien à
propos &C par modeftie , figuré par emblèmes , Ôc fous
ces fidions des anciens Poètes,
DES ESTVVES , DES BAINS, DE LA
Salle de la Conférence , &; de la Librairie : où fe
voyent plufieurs Tableaux , contenans
diuerfes fidions Poétiques.
Chapitre VIL
L Dïuers & fmgulïers ou- 1 uiennent aux lieux,
urages de François 1. ren-Vlll.SaUede la Conférence en^
dent ja mémoire immor-
telle,
IL Plufieurs & diuers Ta^
bleaux dont les fiiiets con-
rkhiefous Henry le Grand,
IV. La Bibliothèque ^ & U
caufè de Jon tranfport à
Paru.
I les Maufolces & les Pyramides baftiès
en l'honneur des Princes combattent en
leur faueur contre l'oubly pour perpétuer
à iamais la gloire de leur nom , il faut
aduoUer que celle de François I. durera
autant que le monde, puis qu'vn bon nombre de Mau-
folées ôc de Pyramides , ie veux dire de marques glo^
t. rieufes de (es magnificences , rendent fa loUange im-
mortelle*. Nous en auons défia veucy-deuant des preu-
ues fignalées , 6c ce Chapitre nous en fournira encore
çois7^1cn- de mémorables. Ce grand Roy , qu vne gentilleffe d'ef-
deacfame- pj-.j- animoit auffî bien aux chofes curieufes , comme
moire im- i. i • i
mortelle, lon cœdr gcnercux le portoit aux exploits héroïques,
recherchant les moyens de rendre accomphe cette Mai-
fon Royale, n'oublia rien de tout ce qui iapouuoit fai-
re 6c plaifante , &: vtile. Confîderant donc que des
Eftuues , des Bains , ôi vne Librairie , n'y feroient pas
Diuets &
finguliers
ouuiagcs
de Fraii
DE FONTAÎNEBLEAV. LIVRE ÎI. 9|
moins agréables que neceflaires , ce fut ce qui l'incita
à drelTer magnifiquement toutes ces chofes en ce Lieu
Royal.
Et pour ce qui eft de ces Efluues &c de ces Bains , el-
les conliflent en plufîeurs Salles baffes , lefquelles font
au dcllous de la petite Gallerie , dont la difpolîtion eft
telle. Il y avn Cabinet voûté enrichy de plufieurs baf-
fes tailles , &c de peintures j &; fert ce Cabinet d'Eftuues
chaudes , que l'on échauffe au moyen d'vn grand four-
neau fort bien pratiqué , qui exhale fa chaleur par cer-
tains petits fouipiraux qui font au paué.
Tout ioignant eft vne Salle voûtée qui fert encore d'E-
ftuues ,&: là par l'inuention d'vne grande cuue d'airain
qui eft cachée à cofté où eft le fourneau j l'on tire de
l'eau chaude ou tiède , telle qu'il en eft befoin. Cette
Salle eft fort enrichie de diuerfes peintures , de moref^
ques, crotefques, ôc arabefques, &de plufîeurs baffes
tailles , qui rendent ce lieu fort délicieux , & agréable*
Suit vne autre Salle où eft le Bain au milieu, qui eft
vn baffn'i de trois pieds ôc demy de profondeur , qua-
torze de longueur , & dix de large , enuironné d'vne
baluftrade , où l'eau defcend par vn tuyau de bronze
qui vient de ladite Cuue. La Salle de ce Bain eft belle "^
&; bien peinte , où fe voyent en fa voûte plufîeurs fi- Diuers Ta-
gures, reprefentans diuerfes fîdionsdes Anciens. Au- dondesfu^
tour de cette Salle font cinq erands Tableaux, dont les ^"^ ^°"-
^ . . I- • r uiennent
luiets conuiennent au lieu j car au premier font repre- auxiieux.
fentez les Dieux des eaux , Neptune, Triton , &; plu-
fîeurs Nimphes èc Diuinitez , que les Poètes feignent
prcfîder fur cet Elément. Aux autres fe voyent les
amours de lupiter àc de Califto -, dc font ces peintures
du fîeur duPerat Peintre François , qui a efté autrefois
en eftime»
Il y a en après de fuite vne troifîéme Salle, ornée de
quatre grands Tableaux, qui figurent des ruines de ba-
iîimens j où fur la cheminée eft vn autre Tableau re-
prefentanc Leda accompagnée de lupitcr , fous la figure udA^l^
^6 Le Trésor des merveilles
uem cygno ^y^ Cyenc. Puis fur vne des portes eft vn Tableau
renttm! d'Hcrculc , doiit la bordure elt enrichie de vafes , de fe-
^""t'à^ ftoiis, &: de mafques jle tout de ftuc &: de relief.
lenaeadiv Et lur iautte eft vnMercurele coutelas en vne main,
n em. < ^ j^ tz^ç, d' Atgus en l'autre. Sa bordure eft pareille-
ment embellie d'ouales , de feftons , & de mafques de
mefme matière , ôc de relief comme la précédente : ôC
au deifus de ce Tableau font écrits ces mots', Henricus
Quartus GaÏÏiarum Cajar Auguftipmus reftaurauit. Par
où. il appert que c'a efté Henry le Grand , lequel a or-
né bc reparé cette Salle', comme il apparoit encore par
^cs ChiftVeôiDeuife qui s'yvoyent.
En la quatrième Salle fuiuante eft vne cheminée en-
richie de marbre , & de quelques mafques , feftons , 6^:
autres femblables ornemens, où eft vn Tableau qui re-
prefente Cephale ôC l'Aurore. Plus font quatre autres
Tableaux de payfages. Là encore ftir l'vne des portes
eft vn Tableau de ludith , dont la bordure eft accom-
pagnée de plufieurs figures de relief : & fur l'autre eft
vn Portrait de S. lean Baptifte au Defcrt , où eft vne
bordure ornée pareillement de petits enfans , de car-
couches, 6c des Chiffres d'Henry le Grand.
1 1 L Vne cinquième Salle finit ce département , laquel-
hïlnfe- ^^ ^^ plein pied fuit les précédentes , èc qui porte main-
lence fort tenant le nom de Salle de la Conférence , depuis celle
fousHimy ^^ Y ^ut tcnuë par l'ordre du feu Roy , entre Mon-
k Grand, lieur le Cardinal du Perron , pour lors Euefque d'E-
ureux, & le fieur du Pleffis Mornay. Cette Salie aplu-
■fleurs pièces remarquables , entre autres vne Table de
porphire de fix pieds de long , bc enuiron trois de lar-
ge. Puis s Y void vn lambry qui règne tout autour de
cette Salle , lequel eft curieufement trauaillé , &: fon
platfond jle tout par parquets de plufieurs bois de mar-
queterie , les vns en onde , les autres d'vne autre façon,
ou font vne infinité de pièces rapportées de petits mor-
ceaux de bois artiftement appliquez , 6c qui eft d'vn
long trauail ^ ôc tres-curieux.
Outre
DE FONTAINEBEEAV. LlV^E II. 97
; Outre ces chafes il y a encore douze Tableaux qui
cmbellillenc fort cette Salle. Le pxeniier eilie rauilîe-^
ment de Proferpine. ,.'.•/. j
Le deuxième reprefente la guerre de's <jeans contre
les Dieux, lorsque ces téméraires entreprenans d'efca-
lader le Ciel en amoncelant montagne fur montagne .
ils'fe veirent foudroyez par lupiter. Où entre chacun
de ces Tableaux & leurs bordures , font de petits en-
fans de relief de deux pieds de haut, qui foulHennent
des quadres &: des ouales j &; au deffus des figures de
Sphinx &c de Harpies , le tout de Ifuc 3 6c dont l'hon-
neur en eft deu à. Henry le Grand , pour ce qui eft de
ces Tableaux , 6c de leurs enrichilTemens , comme. il le
reconnoit là par fes Chiffres &Deuife.
Suit en après vn troiliéme Tableau, où paroit Apol-
lon qui écorche le Satyre Marlîas , pour auoir efte fi
prefoiPxptueux que de le défier à qui iouëroit mieux
delafluife.
Au quatrième Tableau eft Ixion attaché à vue
roue , qu'il tourne aux Enfers pour vn fupplice éter-
nel de fon crime.
Le cinquième reprefente la cheute dePhaëton.
Se void au fixième la fable de Tantale, que les Poè-
tes feignent eftre en perpétuel tourment aux Enfers ,
tantoil appréhendant la cheute d'vn rocher , tantoft
affligé de malle rage de faim 6C de foif , parmy l'abon-
dance des fruits , &c des eaux.
Sur la cheminée en fuite eft vn beau 6c grand Ta-
bleau j qui fait le feptiéme , dans lequel eft dépeinte
vne Charité, telle que l'on la reprefente ordinairement,
accompagnée de plufieurs petits enfans. Cette chemi-
née eft enrichie de marbre , 6c ornée de figures de re-
lief de plufieurs enfans , auec des feftons j 6c autres pa-
reils embellilfemens.
L'hiftoîre ou fable de Promethée compofe le huitiè-
me Tableau.
Le neufiéme reprefente la naiflance 6c la more des
N
Le Trésor des Merveilles
enfaiis de Niobé , fçauoir fept fils tuez à coups de flè-
ches par Apollon , ô^ fept filles par Diane, en vengean-
ce de ce que Niobé enflée d'orgueil &c de fiiperbe defe
voir vne lî belle 6c grande lignée , fe vantoic eftre la
plus heureufe , àc mieux mériter des Autels , que Lato-
ne mère d'Apollon , &C de Diane.
Au dixième Tableau eft dépeint le iugement de Mi-
daSj en faueur de Pan contre Apollon.
Dans le onzième fe void Lycaon metamorphofé en
Loup , 6c quelques-vns de fes enfans.
Le douzième femble efl;re encore vne hiflioire de
Phaëton*
Le treizième exprime la metamorphofé de Bacchus
déguifé en Acete, lors que embarqué fe voyant trom-
pé par Medon , Licabas , Libys , &; autres Mariniers , il
les changea tous alors en Dauphins.
Et pour ne rien obmettrede tous ces Tableaux, il y
en a encore vn fiir la porte qui va à l'efcalier de la petite
Gallerie, dC efl: le portrait de Gafton de Foix.
Apres ladefcriptionde ces Bains &: de cesEftuucs,ie
viens au dernier efliage de ce département , qui efl; la
Gallerie où a efté autrefois la Librairie , que le grand
Roy François auoit drefle en cette Maifon Royale, auee
^ vn grand foin èc curiofité , dont il en donna la charge
la Eibiio- au dode Pierre Gillius : &C tout ce qui s'en peut dire de
thcqne,& prefeut , eft que le malheur de nos suerres ciuilesaefté
fon tranf- la cautc , que pour ne la voir diilipee 1 on en tranlpor-
porcaPa- les Liures alors à Paris , où. ils font encore. C'elloit
bien vne des chofes plus confiderables de ce Lieu j où ce
Prince n'auoit rien épargné pour recouurer tous les
Liures , èc tous les manuicrits les plus rares èc les plus
curieux qui fuflent point ailleurs, ayant pour cet effet
enuoyé ledit Gillius 3 &C plufieurs autres perfonnages,
en Afie , en Grèce , &c en diuerfes parties du monde
pour en chercher j &; où l'on ne pouuoit auoir les pro-
Setieforefl pj-g^ mauufcrits , il fit en forte par fa faueur de les fai-
fh.fo).y^y re tranicrire. Il le lit que quelques Pruices &: Sei-
DE FONTAÎNEBLEAV. LIVRE IL 99
gneurs eftrangers venans en France , ont infiniment
plus defiré de venir icy vifiter ce trefor deLiures , que
toute autre chofe que l'on pût admirer ailleurs. Le Do-
(SteGenebrard en fa Chronologie remarque que cefutà
l'inftance&fufcitationdelanus Lafcart, èc de Guillau-
me Budée , deux des plus fçauans perfonnages de leur
fiecle, que ledit Roy François drefTa cette Bibliothèque.
DE LA SALLE DV BAL, ET DE SES
rares Peintures.
Chapitre VII L
Lafcart dr
Bndeo an-
thorihus
FrancifcM
PriniHs Bi-
èliothecam
ForJtena-
bUam in-
fini xit.
Genebrar.
inChtond-
log.
/. Les Princes fuïets aux en-
nuis comme les autres hom-
mes.
IL Peinture figurant l'Au-
tomne,
II L Figure du Printemps,
JV, tmbleme de l'Hjuer.
V. Vn autre re^refentant
l'Efie.
VL Hijioire mémorable » &
combat contre ^n Loup
Ceruié.
VIL Autre combat remar-
quable.
VI IL Tableaux figurans les
geftes di Alexandre U
Grande
Es Monarques &Souuerains de la Terre
I pour riches ô^puiffans qu'ils foient^ne font
! point pour cela garentis des accidens de la
. condition des humains 5 leur Sceptre pour
eftre d'or eft auiTi bien tributaire aux dif-
graces de la vie , comme les houlettes des Bergers 5 ÔC
leurs Palais magnifiques &fuperbement enrichis, n'ont
pas bien fouuent plus de priuileges contre les ennuis,
que les eabannes de ceux-là rc'eftpourquoy ils ont au-
tant befoin de recourir aux remèdes de leurs maux,
comme eux j où à proportion de quahté & de condi-
tion , il eft loifible aux vns &; aux autres de chercher
les hcites moyens qui peuuent les foulager : hC comme
ceux-là ont droit de bannir le chagrin &: l'ennuy païf
N ij
I.
Les Prin-
ces fuiecs
aux en-
nuis com-
me les au=
rres hom-
mes.
^
ïoô Le Trésor des merveilles
les charmes de leur mufette j aufTi ceux-cy n'ont pas
moins de raifonôc depriuilege,d'auoir recours àmefme
fin aux e{bats,&aux honneftes diuercilTemens confor-
mes à leur grandeur j tels que font les Bals &; les Balets,
quand ils ne tendent qu'à mettre les elprits dans le cal-
me ôcdans le repos , pour par après les rendre plus ca-
pables des allions héroïques , bc royales. C'eft ce que
le Roy François I. ayant confîderé , cela l'obligea d'é-
difier cette Salle , de laquelle ie traitte icy , qui pour
auoir efté deftince , ôc eftre fort commode ÔC bien dif-
pofée pour cette forte de récréation , en porte auffi le
nom de Salle du Bal.
Sa longueur eft de quinze toifes , & fa largeur de
cinq.
Cinq grandes arcades de chaque cofté , qui feruenc
comme de feneftres , y donnent vn beau iour , èc ren-
dent ce lieu fort propre & commode pour y placer vu
grand nombre de peuple , àc lailfer fi l'on veut tout le
parterre libre pour les Bals 6c les Balets , èc machines.
Le corps de ce baftiment eft bien du grand Roy Fran»
cois j mais toutes les peintures & enrichiffemens font
de Henry 1 1. fon fils , comme il apparoir par fes Chif-
fres &c Deuife.
Là eft vn riche platfond de menuiferie compofé de
vingt-fept quadres octogones , embellis de leurs con-
cauitez , d'architraues , de frifes, & de corniches j oùfiir
le fond de ces quadres fe voyent de refief j aux vns les
Chiffres d'Henry II. aux autres des rofaces , Se des
CroifTans entrelaifez, auec deux grandes cartouches,
où fe lifent ces paroles en lettres d'or , Donec totum im'
pleat orbem , qui eft l'ame de la Deuife de ce Prince , com-
me le Croiffant en eft le corps j & le tout bien doré bL
enuironné d'vne grande corniche au pourtour fèruanc
d'arrachement qui termine ce platfond , vn des plus
grandsjôcdes mieux entendus qui foient point ailleurs.
Dans cette Salle eft vne huit cheminée de deux or-
dres Dorique &: Ionique , lefquels font fupport^z de
m
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IL loi
part & d'autre de deux Satyres de bronze, chacun de
huit pieds de hautjlefquels ont fur leurs teftesvn grand
pannier de fruits au Heu de chapiteaux, & font aufTi de
bronze : &; là fe voyent diuers CroifTans , auee les ar-
mes de France bc des palmes èc des lauriers , qui mon-
trent encore que cet ouurage eft du mefme Henry I L
Vn beau lambryorné des mefmes armes ôc de Croil^
(ans , enuironne fix contreforts ou tremeaux , lefquels
Ibuftiennent lefdites arcades Se platfond , &C qui règne
tout autour de cette Salle , auec pareil enrichiffement
que deffus.
Sur l'entrée de cette Salle eft vn Balcon ou Pulpite
de menuiferie à parquets dorez & enrichis des mefmes
ornemens que deifus , èc fert pour mettre la MufiquCi
Pour ce qui eft des Peintures, c'eft bien vne desbeL
les chofes qui fe voyent , elles font du deffein du fleur
de faint Martin , faites à frais par le fieur Nicolo , &c
compofent diuers fuiets & fictions des Anciens , n'y
ayant point de fuite d'hiftoirc. Entre autres Tableaux
plus remarquables j il y en a huit grands , quatre de
part ôc d'autre.
Le premier à commencer du eofté de la Coui: du
Donion vers le Balcon , reprefente Bacchus affifté de
Faunes & de Satyres > auec laDeefTe de leuneffe Hebé^
èc quelques Lions &C Léopards , qui tous enfemble fi-
eurent les effets du vin. Quelques-vns prennent cette ^ ï^-
^ • r^- • 1 1> A 1 Peinture
Peinture pour vne reprelentation de 1 Automne , la- figurant
quelle eft fur le premier tremeau entre les deux pre- ^ -^"^°"^-
micres arcades de cette Salle , 6c fe lie auec les autres
par vne cartouche, où font les Chiffres de Henry II. dc
de Diane de Valentinois, que fouftiennent deux enfans
pofez parmydes feftons j ôc au bas de ce Tableau, com-
me à tous les autres , eft vn trophée d'armes dans VQ
quadre ou bordure de ftuc.
Le fécond Tableau , àc tous les fuiuans y font de mef-
me ordre Ôc de pareille grandeur , où fe void en celuy-
éy le Mont de Parnaffe auec Apollon ,&: les neuf Mufeso
N iij
ne.
ïox Le Trésor des merveilles
Le troifîéme eft vne afTemblée de Dieux ôcde Deef-
fes'joù danfent lunon jMinerue, dc Venus.
Au quatrième paroit le Banquet des nopces deThe-
tis ôcdePeleus, où font aflemblez les Dieux 6c lesDe-
elTes , &: le petit Momus boufFon de lupiter qui y ré-
iouyt la compagnie , que laDeefTe Difcorde tafche de
troubler par vne pomme d'or qu'elle y apporte, fâchée
de n'auoir pas efté conuiée à ce feftin.
Le cinquième , qui commence vndes codez de cette
Salle vers le lardin du Roy , eft vn autre Banquet de lu-
piter &c de Mercure déguifeZjôc traittez par Philemon
&c Baucis fa femme , au refus des habitans d'vn Bourg
de Phrygie , dont leur cabane &; chaumière , pour re-
compenlè de ce bienfait , fut changée en vn Temple,
èc ce Bourg èc (es habitans furent à l'inflant fub-
mergez.
III. A V fixiéme eft reprefenté le cours du Soleil en
Pnmemps. ^^^"^ zodiaque , alTifté du Printemps &C des autres fai-
fons , auec les heures fous figures de femmes ; &c Phaè-
ton au pied du Soleil qui le fupplie de luy donner la
conduite de fon Char , afin de fe faire reconnoiftre
pour fon fils. Il y en a qui croyent que ce Tableau fi-
_ guïc le Printemps.
IV. Se void au leptiéme Vulcan , à qui Venus com^
dei'Hyuei. maiide de forger des traits &C des armes pour fon fils
Amour. Ce qui eft pris par quelques-vns pour figni-
. fierl'Hyuer. ,
V. A V huitième & dernier eft Cerés , auec quelques
lepiefen- moilTouneurs ; où par cette Peinture peut bien eftre
tant 1 Elle, feprefenté l'Efté ; fi tant eft que par les precedens Ta-
bleaux foient figurées les autres faifons de l'année.
Il y a encore de fuitte au delTus du Balcon vne gran-
de Peinture qui contient toute la muraille , où fe void
vn concert de Mufique d'inftrumens.
Dans les dix arcades de part ô^: d'autre de cette Salle
font encore diuers Tableaux , auec leurs bordures de
ftuc, cinq à chacune arcade.
DE FONTAINEBLEAV. LiV.RE II. 103
;: , • PREMIERE ARCADE.
Elle commence du cofté de la Cour du Donion ^ donc
le premier Tableau reprefente Neptune.
Au fécond ell; vne figure nue , auec des enfans qui
portent des fruits , que quelques-vns eftimenc eftrc la
Deeffe Pomone,
Le troifiéme qui fait le haut de la vouce &: arcade,
eft vn enfant qui s'cgaye dans l'air.
Au quatrième fe voyentdes Naiadesparmyles eaux.
Et le cinquième eft la figure deThetis.
DEVXIESME ARCADE.
Le premier Tableau reprefente lupiter couché , te-
nant vn foudre en main.
Au deffus èft le fécond Tableau , où fe void Charon
accompagné dVn autre Nautonnier.
Le troifiéme qui compofe le haut de l'arcade , repre-
fente Mars.
Au quatrième font des vieillards affis auec vn ieu-
ne homme.
Et le cinquième eft vne figure de lunon*
TROISIESME ARCADE.
Au premier Tableau fe void le Satyre PaUi
Le fécond reprefente Comus Dieu desdanfeSj& des
feftins nodurnes , que les Anciens figuroient auec vn
flambeau en main.
Au troifiéme dans le haut de l'arcade, paroit la De-
effe d'Abondance.
Se void au quatrième la figure d'Efculape,a,yant fous
[es pieds vn ferpent autour d'vne baguette.
Et dans le cinquième eft laDeelfe Cerés couronnée
d'éfpics , èc tenant en main vne corne d'abondance.
QVATRIESME ARCADE.
Hercule couché ayant fa maffuë auprès de luy , com-
pofe le premier Tableau.
Au fécond paroit Charon, ayant à Ces pieds Cerbè-
re fon chien à trois teftes.
Geluy du haut de l'arcade , qui eft le troifiéme Ta-
î'o4 Le Trésor des merveilles.
bieau, reprefente k Sommeil fous la figure dVn vieil-
lard dormant.
Au quatrième font figurez Saturne &; Mercure.
Et le cinquième reprefente Deianire femme d'Hei^-
culé , tenant la ehemife empoifonnée de cet Héros de;
l'Antiquité.
C I N Q_y ï E S M E ARCADE.
Au premier Tableau fe void Adonis couché*-' ^' v
Le fécond reprefente deux vieillards qui fôil^ cou-
chez.
Dans le troifième , au haut de l'arcade , eft vn petit
enfant.
Le quatrième eft vne figure feule , laquelle a vn coq
a fes pieds , que l'on prend pout la Vigilance.
Et au cinquième fe void vne reprefentation de Mi-
nerue,
SIXIESME ARCADE.
Elle commence près la cheminée du cofté du grand
Iardin,dont le premier Tableau reprefente Venus auec
Cupidon.
Plus haut au fécond Tableau , paroit Narcilfe qui fe
mire dans vne Fontaine.
Au troifième 5 qui fait le fond de l'arcade ^ eft ïupiter
fous la forme d'vn Aigle qui enleue Ganimede.
Suit le quatrième , où fe void la Deeffe Bellonne.
Et le cinquième eft vne figure de Mars couch^ , &)
dormant.
SEPTIESME ARCADE.
Au premier Tableau eft dépeinte vne Naiade parmy
les eaux.
Le fécond reprefente Amphion.
Dans le troifième eft vn vieillard tenant vn rets.
Au quatrième font deux autres figures , l'vne d'vn
vieillard, & l'autre d'vn ieune homme, tous deux cou-
chez fur vn Lion ; que l'on peut prendre pour vn em-
blème reprefentant î'Afleurance.
Et le cinquième eft Neptune appuyé fur vn Dauphin,
H VI-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. ioj
HVITIE^ME ARCADE.
Dans le premier Tableau eft reprefencé Hebé De-
e([c de la ieuneffe , laquelle tient vne coupe en main,
ayant plufieurs vafes auprès d'elle , ainfi figurée par les
Poètes , qui feignent que c'efl elle qui verfe à boire
aux Dieux dans leurs feftins.
Au fécond font deux vieillards affis.
Le troiiiéme ell la figure de lanus tenant vn flam-
beau en main.
Puis au quatrième fe voyent quelques Nymphes èC
Naiades.
Et le cinquième eft Bacchus , auprès duquel eft vn
grand pannier de raifins , èc plufieurs vafes»
N E V F tE S M E ARCADE.
Le premier Tableau reprefenteCy belle, ou la Terre*
fous la figure dVne femme qui porte vn Chafteau fur
fa tefte.
Dans vn autre audeffus fe voyent Mars ôc Venus.
Au troifîème , qui compofe le fond de Tarcade , eft
vne figure tenant vn flambeau en main , reprefentanc
Hymen , ou Hymenèe Dieu d^s nopces , ôc des ma-
riages.
Se void en après vn quatrième Tableau ^ où font
deux Cupidons couchez , èc vne Nymphe toute de-
folèe.
Le cinquième eft vne figure de Saturne couche*
DIXIESME ARCADE.
Au premier Tableau eft reprefentè la.DeefTe Flore
tenant des fleurs en main -, aucuns eftiment que cette
peinture lignifie le Printemps.
Le fécond eft la figure de Morphèe Dieu des fon-
ges , ayant le Sommeil couché auprès de luy enuiron-
nè de pauots.
Suit en après au troifième Tableau vne figure de lu-
piter alfis dans vn Trône.
Au quatrième font deux vieillards afTis ayans auprès
d'eux vn vafe plein de feu , que quelques-vns pren-
O
VI.
Hiftoiie
/io6 Le Trésor des Merveilles
lient pour vne peinture qui reprefente l'Hyuer.
Et le cinquième Ô£ dernier eft Vukan couché au-
près de la fournaife.
Auant que finir ce Chapitre, ie m'arrefteray vn peu
fur le narré de deux Tableaux qui font en haut au co-
dé de la cheminée de cette Salle. Où en IVn à main
droite eft reprefente le combat d'vn homme auec vn
mcmotz- Loup Cetuié , que l'on tient eftre vne hiftoire verita-
b« comre ^^^ ^'^^^ Gentilhomme , lequel condamné à mort pour
vn Loup crime , fut receu en TofFre qu'il fit de combattre cette
furieufe belle qui couroit la campagne es enuirons de
cette foreft , 6c auoit défia deuoré plufieurs perfonnes,
&C caulé de grands maux : ce Gentilhomme ayant eu
affeurance de fa grâce dés auffi toft qu'il auroit garen-
ty le pays , èc tué ce dangereux animal , exécuta heu-
reufement fon entreprife. Or ce qui fait croire ce com-
bat véritable , outre le commun bruit , c'eft que cet
homme eft reueftu , non à l'antique , èc d Vne manière
qui relfente la fable , mais en habit tel que l'onportoit
il y a enuiron cent ou fix Vingts ans , auec vne efcou-*
pette fous vn bras ôc vne épée en la main , de laquelle
il tue cette monftrueufe befte.
Et ie ne fçay fi ce n'eft point de là quVn Autheur
moderne ait pris occafion de vouloir faire pajfifer vn
conte fabuleux pour vne vérité , qu'il décrit en cette
'rf/yj" forte , difant j Que le grand Roy François ayant ap-
^Hitez. du pris qu'il y auoit dans cetre foreft de Fontainebleau
aj tmu. ^^^ monftrueufe befte , qui eftoit vn ferpent de dix-
huit pieds de long, qui fe cachoit dans les rochers , ôi
auoit défait plufieurs perfonnes , laquelle ne paroiffoit
point que quand elle n'en voyoit qu'vne feule: ce qui
ayant efté rapporté au Roy , il voulut auoir le plaifir
de combattre luyfeul ce ferpent j&: que pour cet eifet il
auoit exprés fait fabriquer des armes complettes qui fe
fermoient à reftbrt fur les brairars,taiîetes,cuiftars,&; ha-
billement de tefte jlefquelles, dit cet Autheur,fe voyent
emore à prefent parmy les armes du Roy : mais qu'vn
DE FÔNTAINÈBLEAV. LiVRE IL ik>f
Gentilhomme l'en ayant accommode d'autres toutes
couuertes de rafoirs en plulîeurs endroits , ce ferpent
l'eftant venu attaquer, &c entortiller de fa queue &: re-
plis 5 il fe trancha en pièces. Difcours èc narré fabu-
leux s'il en fut iamais mis en auant, auec aufli peu d'ap-
parence de veritc , que peu de iugement : outre qu'il
n'eft pas vray ce qu'il dit , que ces armes font icy gar-
dées pour marque de ce combat j non plus ce qu'il ad-
ioute encore parlant de ce Lieu , que le Roy a vn Cabi-
net dans cette forelt où font les ftatuës èc figures d'A-
lexandre le Grand , de Iules Cefar , de Demollhene , &C
de Ciceron , toutes au naïf, oC faites de leur temps.
Ce que i'ay crû élire à propos de rapporter icy , afin
que la pofterité ne s'arrelle point en la croyance de tels
difcours fabuleux.
L'autre èc dernier Tableau de cette Salle , eft enco- vTE
r^ vn combat d'vn homme contre vn fanglier d'vne 1^"^^°^'
monflrueufe &: furieufe grandeur, que l'on reconnoift quablé
affez n'ellre qu'vne hiftoire àplaifir j veu que celuyqui
attaque cet animal eft veftu à l'antique, ôcplus grand
que le naturel , 6c qu'il y a apparence auoir efté dépein-
te en ce lieu , pour répondre 6c accompagner ce pre-
mier 'y &c que ie crois figurer vn Hercule qui terraffe
d'vn épieu le fanglier d'Erymanthe.
Sortant de cette Salle pour aller en celle des Gardes
du Corps , l'on trauerfe vne Chambre , qui fert main-
tenant de paffage , laquelle a efté autrefois vne des plus
belles qu'il y eut point icy. Là font encore quelques
Tableaux peints à frais par le fieur Nicolo , du delîein
du fieur de faind Martin : ils font tous ornez de bor-
repiar-
dures de ftuc ^ auec plufieurs figures de femmes grandes viii.
comme le naturel j où en ces Tableaux font reprefentées hgurans L
quelques actions mémorables d'Alexandre le Grand, g^^" <i'A-
En l'vn fe void comme il dompte fon cheual Buce-
phale j en l'autre comme il fe dompte luy mefme, don-
nant en mariage au Peintre Apelles Compafpé,vne de
(es Dames plus fauories.
Oij
luFlinm
lib. 2.
in u4lcxan-
dro , &
Qjtintus
Citrtifu lib-
59. de rébus
^lexan-
dri.
108 Le Trésor des merveilles
Puis en yn autre qui ell fur la cheminée, eft dépein-
te l'hiftoire de Thaleftris Reync des Amazones , qui
vient trouuer Alexandre fur le grand récit qu'elle auoit
appris des faits tous héroïques de ce Prince.
Là fe void encore l'eftime qu'il faifoit du Poète Ho-
mère , lors que pour tout butin de plufîeurs richelTes
qu'il fe pouuoit promettre de toutes Çts conqueftes , il
fe contenta des œuures ôc poèfîes de ce Prince des Poè-
tes Grecs , lefquelles au mefme temps il renferma dans
vn Cabinet ou petit coffre trouué parmy les meubles
de Darius , eftimé cent quatre vingts mille talens.
Relient encore en cette Chambre quelques autres
Tableaux , dont les iniures du temps en oftent prefque
entièrement la connoilfance , tant ils font gaflez.
DE LA GRANDE GALERIE , OV EST
dépeint l'Odiffce , ou Trauaux d'Vlilfe.
Chapitre IX.
/. La longueur i largeur y &
enrichîjfemens de cette Ga-
lerie,
IL Elle a efié bafiiefim Fran-
çois L
IIL Ses Peintures faites fous
plujïeurs Rojs.
IV. Tableaux de cette Gale-
rie , ouurage fmgulier des
fieurs defamt Martin y &
de Ntcolo.
V. Cinquante huit Ta^
hleaux, dont les Juiets font
tirez^ du Poète Homère,
N continuant l'ordre que i'ay propofé,
&: gardé iufques icy , de traitter des ou-
urages de cette Maifon Royale félon leur
ancienneté , &; non pas feloji la fuite
jj^v. ^v^\&M qu'elles ont dans le total de ce Chafteau: ,
il eft queftion maintenant de parler de la grande Ga-
lerie , laquelle eft bien fans contredit vne des plus rares
pièces de l'Europe , tant pour la richeffe de fcs Pein-
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE II. 109
tures , aue des autres diuerfes chofes qu'elle contient.
Et il Ton a admiré autrefois l'art d>C l'induftrie de cet
Ancien , qui fur lefcorce èc l'eftenduë d'vne petite
noix y fceut comprendre ô^ décrire l'Iliade d'Homère j
ou il l'on a fait aufli grand cas de cet autre ouurier,
qui drelTa vn nauire auec fes mats , fcs antenes j Ces voi-
les , fes gumenes , &: le refte de fon équipage , le tout fî
artiftement trauaillé ,qu'vne mouche à miel le couuroit
facilement de fes aifles : il faut franchement aduoiier
que cette Galerie mérite autant &: infiniment plus
d'eftre conlîderée èc admirée que ces vains petits ou»
urages , puifque celuy-cy eft autant vtile èc agréable
dans fa vafte eftenduë , que ceux-là fembloient inutils
pour leur petitcfTe. ^
O R la longueur de cette Galerie eft de feptante lîx , {•
O . i La lon-
toifes , èc la largeur de trois. gueur, hi-
Elle eft voûtée en berceau , d>C en fa voûte font plu- Sfl?ma
{leurs 6c diuers compartimens de ftuc , enfemble quan- de cette
tité de bordures dorées , &c autres enriehifTemens de re-
lief, auec quelques figures 3 le tout qui accompagne di-
uers Tableaux j outre vne infinité de morefques, cro-
tefques &C arabefques. , ^ — —
Le corps de ce baftiment eft entièrement du Roy ^J^^' ^^^
François I. lequel il édifia l'an mille cinq cens vingt- lene baftie
huit 5 mais la plufpart des ornemens ne font pas de luy. ço'isi.^^""
Il paroift qu'il a bien commencé l'ordre des comparti-
mens de la voûte iufques après de la moitié j ce qui fe
reconnoiftpar lesSalamandres,&:par les Chiffres de fon
nom qui s'y voyent : mais il eft euident aufti que c'a
efté Henry 1 1. fon fils qui a continué le refte , ainfî qu'il
fe vérifie par les Croiflans &C par fes Chiffres , &: de la
Ducheffe de Valentinois fafauorie. Où Charles Neuf-
iéme y a contribué auffi quelque chofe , comme il y a
apparence , en ce que tout à l'extrémité de cette voû-
te 6c Galerie le Chiffre de fon nom y paroift , fçauoir
vnK.
Mais Henry le Grand l'a merucilleufement em-s^s p
O iij
ein*
no Le Trésor des merveilles
turcs faites belly , ÔC s'en peut dire leReftaurateur , puifque ray-
foin plu- ' / •*• n^ . . , *^ . •■■
fieursRoys. aiit u'ouuce eii VU Citât qui menaçoit de ruine cette
œuure incomparable , que les mouuemens des trou-
bles 6c des guerres ciuiles auoieiit lailTée comme à l'a-
bandon , il a reparé ces défauts ; &:de plus l'a orné d'vn
lambry peint auec plufieurs Camaieux , ainlî qu'il fe
vérifie par les lettres fuiuantes de fou nom H. IV. D.
G. F. R. Il a pareillement fait orner cette Galerie de
tous les Emblèmes ou Deuifes qui fe voyent à cha-
cun cofté des feneftres , dont ie me referue à parler cy-
après en vn Chapitre exprés , pour traitter maintenant
de fes rares Tableaux, plus admirables en l'art &: dans
leur delTein , que dans l'apparence du colori , que les in-
iures du temps ont de beaucoup terni.
Tv. E T pour en fçauoir le prix éc le mérite , il fuflît de
de^cettT ^^^^ 4^^ ^'^^ vn des plus beaux 6c des plus excellens
Galène, ouutagcs qui foiciit fortis du deffein dufieur de faint
finguS Martin , que le fieur Nicolo a parfaitement bien peints
des fleurs ^ fj-^j^ . contenant cinquante fept Tableaux de fix pieds
Martin & &c dciiiy de haut , &C huit de large , auec chacun leur
de Nicoio. J3ordure de lluc, èc plufieurs beaux ô^diuers ornemens
dorez.
En ces Tableaux eftartiftement reprefentée l'hiftoi-
re desTrauaux d'Vliffe àfon retour du fiege deTroye,
dont le fuiet eft tiré de l'Odiffée d'Homère : où au iu-
gement de tous les plus intelligens en l'art de Peintu-
re, il n'y a Tableau qui ne foit vne merueilleô^vnriche
trefor , qui fert aufïi tous les iours à pluiîeurs d'vne
efcole trcs-parfaite , pour rendre ôcfçauans &C bien in-
ftruits non feulement en cet Art tous ceux qui y eftu-
dient , mais encore qui porte coup &: enfeigne doéle-
ment tous ceux Icfquels en conliderent l'hiftoire , è>C le
fens moral qui s'en peut tirer.
Et 11 cette hiftoire eft plus fabuleufc que véritable,
( comme plufîeurs eftiment ) à tout le moins eft-il affeu-
ré , que le Poète qui l'a fi parfaitement décrite , a eu in-
tention de reprefenter par là les mœurs 6c les nobles
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. m
qualitez d Vn grand Prince, ôc dVn Héros illuftre , tel
qu'il fait voir VlifTe , pour feruir de patron ôc d'inftru-
âion à tous les autres. *
I. Le premier Tableau commence à l'entrée de cet- cinquante
te Galerie du cofté dulardin des Pins, où paroift l'em- huit Ta-
brafement de la ville de Troye par les Grecs , en fuite ies^rme'ts°^
«dequoy ils remontent en leurs vaiffeaux tous vi6lo~ ^?"^ "'"
. ^ , du Poète
rieux pour retourner en leur pays. Homère,
1 1. Au fécond eft Vliife qui facrifîe aux Dieux , tant
pour l'hcureufe iffuë de fon entreprife , que pour les
inuoquer de luy eftre fauorables à fon retour.
III. Le troiiiéme reprefente le mauuais traittement
que receut VlifTe efhant embarqué auec fes compa-
gnons , où la mer leur fut fi contraire , que leur vaif^ '
lèaii agité des vents ôcdes flots par Neptune, lespenfa
tous perdre.
IV. VlifTe defcendu à terre prend la ville des Cyco-
niens qu'il met au pillage , où font tuez plufîeurs de fes
compagnons î qui eft le fuiet du quatrième Tableau.
Les autres fuiuent félon la defeription , l'ordre & les
chiffres mis cy-apres.
V. L'orage de la mer ayant ietté VlifTe en la cofle des
Lotophages , il y enuoye quelques-vns de Ces compa-
gnons , que la douceur des fruits qu'ils y mangent char-
me de telle forte, qu'ils en oublient leur patrie j mais
qu'il range fi bien à la raifon , qu'il les contraint de re-
tourner en fes vaiffeaux.
VI. L'Ifle des Cyclopes où aborde VlifTe , & où il
boit en vne belle fontaine , tandis que Ces gens vont à
la chafTe aux cheures fauuages , efl l'argument du fixic-
m£ Tableau.
VII. En celuy-cy Agamemnon arriuant en fon pays
en baife la terre, tout ioyeuxde s'y voir heureufement
de retour.
VIII. Vn banquet funefte où Agamemnon eft tué
par Egifthe , èc CafTandre par Clytemneftre , eft le fuiet
du huitième Tableau*
tu Le Trésor des merveilles
IX. VlilTe auec quelques-vns de Tes compagnons pa~
roift au neufiéme , ayant pris terre en la demeure du
Géant Polypheme, pour y apprendre les mœurs ,&; le
gouuernement de ceux du pays.
X. Icy fe void comme VlifTe crcue l'œil à Polyphe-
me après l'auoir enyuré.
XI. VlifTe auec Tes compagnons trouue Tinuention
de fuir la rage de Polypheme , &; fe fauuer de fes mains,
s'eftans liezïous fes moutons.
XII. Polypheme dépité de ce que VlifTe, èc(ès gens
s'eftoient enfuis , les maudit , &C iette vn rocher après
eux.
XIII. VlifTe s'eflant rafiraichy en Eolie pendant quel-
ques iours remonte en fes vaifTeaux, ayant receud'Eo-
lus Roy de cette contrée vne peau de bœuf, oùefloienc
enfermez les vents.
XIV. Paroift en ce Tableau le vent Zéphyr e qui fouf-
fle fauorablement les vaifTeaux d'VlifTe.
XV. Icy les vents continuent leur faueur enuers Vlif^
fe , èc fes compagnons.
XVI. Les gens d'VHffe ayans ouuert par indifcretion
la peau où elloient enfermez les vents, de là s'en enfuie
vne furieufe tempefle^
XVII. VlifTe à fon grand regret void deux de fes com-
pagnons mangez par le Roy des Loftrigons.
XVIII. VlifTe après s'eflre fauué du pays des Loftri-
gons , arriue &: prend terre au pays des JEicns, qui eftoic-
la demeure de Circé.
XIX. Quoy que les enchantemens de Circé foient
grands , VlifTe toutefois fçait s'en garentir par le moyen
de la racine deMoni,dont il vfe par le confeil de Mer-
cure 5 qui eflle fuiet du dix-neufiéme Tableau.
XX. Apres qu VlifTe eut long-temps demeuré chez
Circé , il prend congé d'elle , en ayant receu des boucs
noirs, pour en faire boire le fang aux Efprits &: Mânes
dans les Enfers.
XXI. VlifTe nauige OC puis prend terre , d'où par le
confeil
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IL 113
confeil de Circé il defcend aux Enfers.
XXII. En ce Tableau le void comme VlilTe fait tuer
des boucs noirs pour les facrifier à Pluton.
XXIII. Apres que le Deuin Tyreiias a beu du fang
des boucs noirs , il confeille Vliiîe ce qu'il doit faire
pour fon heureux retour.
XXIV. VlilTe void Hercules aux Enfers, auec lequel il
s'entretient quelque temps 3 6^ là eft touché de pitié fur
les trilles obiers de plulieurs chofes quily rencontre.
XXV. Vliife à fon retour des Enfers vareuoir Circé,
&C luy difant adieu , brufle chez elle à fon départ le corps
d'Elpenor.
X XVI. Vhifepairant le deftroit de Scylle,ôcdeCha~
rybde , lix de fes gens y font mis à mort par de furieux
Dragons j en fuitte dequoy il fait rencontre des Syre-
nes jdont il éuite les charmes, fe faifant lier au mats de
fon vailfeau.
XXVI L Les compagnons d'Vliffe tandis qu'il dor-
moit , preffez de la faim ayans dérobé les boeufs du So-
leil, ils furent tous fubmergez, luy feul excepté.
XXVlIi* Ce Tableau reprefentecomrne VlilTe ayant
cuite le naufrage où périrent fes compagnons , il fut
ietté en l'iHe d'Ogigie , où il feiourna huit ans chez la
Nymphe Calipfo charmé de fon amour i mais enfin a
l'inftance de Minerue ,/Iupiter enuoya Mercure faire
commandement à cette Nymphe de ne plus retenir da-
uantage ce Prince Grec -, à quoy fe voyant contrainte
elle prend le foin de luy faire drelTer vn vailTeau pour
fon départ,
XXIX. Apres quelque feiour qu'VlifTe eut fait chez
le Roy Alcinous , il prend congé de luy , puis s'embar^
que pour aller à Ithaque.
XXX. VlilTe endormy eft mis en fon pays par les
Phraciennes.
X XX I. Icy paroift Minerue , qui alTeure VUfTe qu'il eft
arriué en fa Patrie, en reconnoilTance dequoy il enbai=
fe la terre,
P
îi4 jLe ITresor des merveilles
XXXIL Se void encore icy Minerue, qui apparoift
derechef à ce Prince Grec, mais fous la forme de fon
fils Telemachus.
XXXI IL VliiTe ayant fceu laffedion de fon Porcher
Eumécjfe domie enfin àconnoiftre à luyw
XXXÏV. Le fiiiet du trente quatrième Tableau, eft
comme VlifTe reueftu en gueux accompagné d'Euméé
fon Porcher, s'achemine en fon logis , où il eft recon-
nu par fon Chien Argus*
XXXV. Vlifle eftant à la porte de famaifon y reçoit
l'aumofiie d'vne feruante.
XXXVI. L'on void en ce trente fixiéme Tableau
comme VlifTe eft traitté en gueux par ceux qui recher-
choient fa femme Pénélope.
XXXVII. Vn certain gueux nommé Irus s'eftant vou-
lu ioUerà Vliffe deuant fa maifon, eft par luy terrafré,ÔC
chaftié comme il meritoit.
XXX'viil. Paroift en ce Tableau Minerue , qui donne
confeil à VlilTe de bander l'arc que fa femme Pénélope
deuoit prefenter à ceux qui la recherchoient.
XXXIX. L'adreffe d'Vlilfe fe fait icy afîez connoiftre,
tirant auec vne grande iufteffe au trauers de certaines
boucles que l'on auoit exprés plantées,
XL. Ce Tableau reprefente comme VlifTe fe donne
à connoiftre à ceux qui recherchoient Pénélope fa fem-
me, &: au mefine temps perce d'vn trait de fon arc An-
tinous banquetant.
X L I. Vlifle après s'eftre fait armer eftant accom-^
pagné de Telemachus , Eumée de Philexius , fait vne
iuftc vengeance de ceux qui auoient recherché fa
femme 4
XLII. Il ne paroift en ce Tableau qu'vne iufte punition^
d'vn cofté les pourfuiuans de Pénélope qu'VlifTe auoit
tuezj &:de l'autre lesferuantes de cette fienne femme,
lefquelles font toutes éplorées attendans le chaftiment
qu'il en vouloit faire , pour Tauoir voulu ruiner fous
prétexte de la feruir.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. iij
XLIII. L'on voici icy VlifTe qui fe laue les mainSj
après auoir fait pendre douze feruantes de fa femme.
XLIV. Le Peintre n'a rien obmis de tout ce qui (e
deuoit en ce Tableau , pour y faire paroiftre comme Eu-
riclée nourriffe d'Vlilfe vient donner aduis à Pénélope
du retour de ce Prince j ce qui oblige aulTi toffc Ces do-
meftiques à luy venir baifer les mains , &C le recon-
noiftre.
XLV. Minerue témoigne en ce Tableau le foin qu'el-
le prend d'Vliife, l'ornant & l'cmbellifTant pour le ren-
dre agréable à fa femme.
XLV I. On remarque en celuy-cy les carefTes ôCem-
bralfemens de Pénélope enuers fon mary.
X LVII. Paroiilent icy VlifTe èc Pénélope, que leurs
domeftiques conduifent allans coucher.
XLV l II. Eilans couchez , VlifTe raconte fes auantu-
res à Pénélope.
XLIX. L'on reconnoift en ce Tableau les inquiétu-
des &C appreheniions qu'a Pénélope fî VlifTe eft fon
mary.
L. Minerue vient releuer de doute Pénélope, & Taf^
feurer qu'Vliffe eft tel qu'il fe dit.
LI. Vne grande nuée ds la part de Minerue enuelo-
pe VlifTe allant vilîter fon père Laërtes , où ce Prince
ne va pas feul , mais eft accompagné de fon fils Tele-
machus, d'Eumée &: Philexius.
LIL Tandis qu'VlifTe va trouuer fonpere enfonlar-
din , il fe décharge de fes armes qu'il donne à Eumée,
de l'enuoye deuant préparer le difner.
LUI. Se void icy d'vne part les carefTes que fait Vlif^
fe à fon père 3 èc de l'autre comme ils s'entretiennent
de quelques fruits particuliers de ce lardin.
LIV. Si toft que les parens d' VlifTe apprennent fon
retour , ils le viennent faluer au logis de Ion père.
LV. VlifTe ayant tué ceux qui recherchoient Pénélo-
pe , icy l'on met leurs corps en terre^
L V L A l'occafion de la mort des pourfuiuans de Pe-
p ij
u6 Le Trésor des merveilles
nelope, ceux d'Ithaque fe foufleuent , èc viennent les
armes en main attaquer VliiTe en la maifon de fonpere.
L VU. Les mutinez contre VlifTe s'appaifent ,voyans
le fecours èc Tafliftance qu'il a de Minerue &C de lupiten
LVIIL Enfin en ce dernier Tableau , après tant de
trauerfes , VlifTe eft reconnu Prince d'Ithaque , &c Tes
fuiets pacifiez ôC humiliez luy viennent rendre hom-
mage.
Voila pour ce qui eft des principaux Tableaux de
cette grande Galerie. Les deux autres Chapitres fui-
uans fourniront le refte de Cqs ornemens , ôc enrichif-
femens»
DE QVELQJES TÀBLEAVX QJ^ I
■^ font à la voûte de la grande Galerie , ôc particulier
rement de ceux où fe void la reddition des Villes du
Havre de Grâce , èc d'Amiens.
Chapitre X.
/, Quatorz^e grands corn- ' ///. Les Anglois rendent le
vartimens compofent la Ha'vre a Charles IX.
'uoiéte de cette G alerte, auec\ IV. l^able de marbre conte^
diuers ornemens,
IL Le banquet des Dieux
i.
Quatorze
{rrands cô
partimens
compofcnt
la voûte de
cette Ga-
lerie , auec
diuers or-
nemens.
nant le narre de lafrife&
repri/e dudit Ha'vre*
& des Deejfes icy repre- \ V* Henry le Grand reprend
fente* I Amiens.
A voûte de cette Galerie eft cohipofée
de quatorze grands compartimens de
! ftuc j dans lefquels , comme il a efté défia
remarqué cy-deiTus , font plufieurs Ta-
bleaux auec leurs bordures ^ &: autres or-
nemens : le tout en {y grand nombre , &: qui reprefen*
tent tant de diuers fuiets &: fidions des Anciens , qu'il
feroit difficile d'en faire la defcription , à moins que d'y
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 117
employer vn long temps. C'eft pourquoy i'ay crû qu'il
fuftiroit , 6c feroit plus à propos d'en remarquer feule-
ment les plus rares , &c principaux.
Le premier entre autres confîderable , fe void au
milieu de cette Galerie au bas de la voûte , lequel eft
du iîeur de iaind Martin , comme aufïi les deux autres
fuiuans.
L A eft reprefenté le banquet des Dieux bc des Deef- n.
(es y qui eft vn fort grand Tableau , &C vne pièce très- des DwIx,
rare* & des De-
•• cfics icv rc*
Au iecond peint dans le haut de la voûte , eft vne prefe'ntc,
danfe des Deefles*
Et le troifîéme reprefenté le mont de Parnaffe auec
Apollon, &: les neuf Mufes : tous de pareille grandeur
que le premier , &c qui eft à l'oppoiite de celuy-là.
Il y a de plus à l'entrée de la porte, &; de mefmeco-
fté deux autres Tableaux , qui font Flora & Cercs : &
tout au bas de cette Galerie de part & d'autre delaciie-
minée, fe voyent encore Bacchus & Saturne, de mef-
me deffein que les precedens j&que quelques-vns efti-
ment reprefenter les quatre Saifons de l'année. — __»
Mais ce qu'il y a outre ceux-cy de remarquable , eft i ^i-
le Tableau qui eft au fond fur l'entrée de la porte , où gioh ren-
ie void la reddition de la ville du Havre de Grâce par «^^"^leHa»
1*1' T> /^i 1 T i\ vrcaChar*
les Anglois au Roy Charles IX. & la paroift ce Prince les ix.
en fon Thrône, èc les habitans à fes pieds, qui auec de
grandes fubmiffions luy en prefentent les clefs. Cet
ouurage eft pareillement du îîeur de fainâ: Martin. Au
bas il y a vne table de marbre noir fouftenuë de deux
grandes figures de relief, où en lettres d'or font gra-
uées les paroles fuiuantes , qui rancontent le ftiiet de
ce Tableau.
D. O. M.
Cum ver occajïonem cMiUm armorum &où imtfu- -r]^' a
herem Princifis Atatem, quibm totafere Gallta exar- marbre co-
ferat , EUz^abeîha Anglomm %egina , Tortum oppi- i^a"ré de k
p il,
piife , &
reddition"
dudit Ha-
vre.
ii8 Le Trésor des merveilles
diîmque GratU , quod efi ad ofiium Sequanx, voftum^
natura , manûque munmfïmum , tnfignï fraude occm-
faffet; ^firmifimoque pr^fidio tcneret\ Au^icïis Caroli
Noni ChnjJ-tanifimi Régis , confdwque & prudentia
■ ijlngulari CathaririA MatrisKegiriA^ faucts diebus op-
pugnart, fumma vi cœptum , deditione receptum efi.
Anno M. D. LXIII.
Voicy la traduétion de cet écrit.
Ellfabeth Reyne d'Angleterre fur roccafion des
guerres ciuiles , qui auoient prefque tout embrafé la
France , &: à raifon du bas aage de fon Prince , s'ellant
emparée par vne iniîgne fraude, du Port &; de la Ville
du Havre de Grâce à l'emboucheure de la riuiere de
Seine , laquelle effc très-bien fortifiée par la nature du
lieu, &: par l'art, où elle tenoit vne puilfante garnifonj
enfin par les heureux Aufpices du Roy tres-Chreftien
Charles IX. &: par le confeil & finguliere prudence de
la Reyne Catherine fa mère , cette place vigoureufe^
ment combatuë peu de iours après a elle prife , ô£ ren-
due, l'an mille cinq cens foixante trois.
A l'autre bout de cette Galerie eft encore vn Ta-
bleau de pareille grandeur que le précèdent, qui eft du
mknl ^ ^^^ ^^^^ ^^ ^°^^ ' ^^^^^ lequel eft reprefenté Henry le
Grand à cheual , 6c le fiege &; la reddition de la Ville
d'Amiens en fon obeyffance j où il fit paroiftre que fi
l'Elpagnolpar furprife s'eftoit emparé de cette Ville, il
l'en auoit fceu chalTer par fa valeur & fon courage, laif-
faut la honte à {zs ennemis de n'auoir pu conferuer cet-
te Place , &; acquérant par ce moyen vn trophée im-
mortel, d'auoir dompté & mis à la raifon cette fuperbe
Nation : ce qui a donné fuiet à vn 'excellent Poète , de
faire ces vers à la mémoire de cet illuftre Monarque.
Si ïamaïs quelque Prince habitant icj bas
J\derita que fon peuple adorafifk vatUance,
C'efi le Roy fl fameux ^ &fl craint es combats ,
§lue les deux ont donné pour Monarque a la France.
Nul ne peut fans meruetlle entendre auec quel heur y
V.
Henry le
Grand re
Le peur
Sertand.
iDE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL 119
Defesfiitets captifs la chaïfne il a coupée ,
Et par combien d'effets de prudente ^valeur.
Ses mains ont obligé fon Sceptre a/on eFpée,
La (rloire des lauriers qui luy ceignent le front
S'ejleuott bien de fia iufques aux toutes celefies.
Et fembloit que du monde éclairant tout le rond^
%jien ne fut augmenter le luflre defesgefies.
Adais plus clair que lamais il reluit auwurd'huj j
D'auotr repris par force 3 & remis enfranchifcs
Cette 'Ville imprenable à tout autre qua luy.
Que le fier Efpagnol nous rauit parfurpnfe.
DES EMBLEMES, OV DEVISES, QVI
font en ladite grande Galerie.
Chapitre XL
/. Le prefent Chapitre efi
<vne continuation des mer-
ueiUes de la grande Ga-
lerie,
11. Emblèmes au nombre
de 8S'
IIL Marque de generofité^
que de pardonner a plus
foible q^e foy,
IV. La vigilance tutrice des
Royaumes.
V» Le péché traifhe après foy
le repentir.
VL Symbole de la Fidélités
O M ME les ileuues & les ruiiTeaux fortent ^^^l\tT
du fein de la mer , ainiî que de leur fburce trantinma-
OC de leur orignie , pour rau'e paroiitre les „on redm-
merueilles de ce vafte Elément par la com- '^''^' ^'^\°'
munication &: l'abondance de les eaux : de exeun^ fin-
mefme ce Chapitre, &; le précèdent Ibrtent àcs diuer- '^tlmn^T-vt
^zs raretez de cette grande Galerie, comme dVn Océan iterHjimnt.
bc profond ,&: fertil , dont les richeffes àpeinepeuuent çtx cap.i.
eftre exprimées. Ou après celles que i'ay defîa fait voir, ^^'•"^•^-
il faut maintenant parler des autres qui reftent , lef- i
quelles font diuers Emblèmes , ou Deuifes , au nom- chiper?
ïio Le Trésor des merveilles
cftvnccon- |^j.g jg quatrc-vingts cinq, que ie rapporteray icycom-
des nier- me cllcs foiit dépciiites , & qu'elles fe fuiuent en ladite
k"'^?anïc Galerie , à commencer à l'entrée de la porte du cofté de
Galerie, la Cour duCheual blanc.
I. Vn Cupidon aflis au milieu d'vne fontaine enui-
ronné de flammes , auec ces mots : NoHros non deleat
ignés.
II. Vne femme en poflure de marcher ayant vn cal-
que en tefte , & portant à chaque bras vne colomne ,
auec cette infcription ; Nujquam meta meis>
III. Vne femme reueftuë d'vne belle robe , eftanc
droite , ô£ portant fur fa tefte vn vafe tout percé , d'où
l'eau découle j 6^: là fe lifent ces paroles : Vero finis non
"vUus amori,
IV. Vn petit Amour affis furvn rocher ^tenant delà
main droite des éponges, s'efforçant d'épuifer vne fon-
taine , ôc de l'autre main prefTurant ces éponges , où
font ces deux mots : Labor irritas.
U' V. Vne fille ayant vn voile de nauire attaché par vn bout
au nombre à fa tcftc , & l'autre à i^ts pieds , portant fous vn bras
de 8j, yn fagot de branches d'oliue , àc de palmes ,& autant à
Ces pieds, auec cette Deuife : Et pacem t0 frdiacuro.
VI. Vn Cupidon mettant deux flambeaux ardens en
vne fontaine, s'efforçant de les efteindre,mais ne peutj
où font écrites ces paroles : Meus haud extinguitur ignis,
VII. Vn autre Cupidon ayant vnpied fur vn rocher,
& de fa main droite écrafant vn Scorpion fur fon ge- ^
noliil bleffé. Là fe lifent ces deux mots : Mors&'vita. .
VIII. Vn ieune homme tout nud couché fur vn ro-
cher au bord de la mer , ayant vn Dauphin à fon cofté,
• tous deux comme morts , auec telle Deuife : T'aies in
amore heati,
IX. Vn Cupidon affis fur vn coq , auec tel didoil';
Nihil Amore njtgilantius.
X. Deux flammes fort lumineufes dans des nuées au
delfus d'vne mer. Au bas eft cette infcription : Splen-
dent fœliciter ambo.
XL
DE Fontainebleau, Livre II. m
X I. Les trois teftes de Gerioii , fur lerquelles eft
appuyée la mafTuë d'Hercules , où au deiîus font
trois eftoilles , auec ces paroles : Vtrtiite ^ mmme
frétas.
XII. Vue Tortue qui chemine y^s vn terme, où fe
voyent ces mots : Tandem fer téeniam,
XIII. Vn Soleil auec vn globe au bas , enuironrié
de lumière àc de nuage , dont telle eft llnfcfiption : Sic
lumen ah vmbra.
XIV. Vn bras fortant dVne nuée , qui tient vn
ioug enuironné de fleurs de Lys , eftant au deffus de
pluiieurs montagnes j où fe lifent ces paroles : iuga frh
iuga mtttet,
X V. Cupidon allumaht vn flambeau aux rayons
du Soleil auec vn miroir ardent , &; de ce brandon en
allume des branchages qui font Ilir vn Autel ; auec ces
mots 'JVrofrwsJîbi jujatat ignés,
XVI. Vn petit Dieu d'Amour pofé fur vn piedeftal,
tenant vn flambeau de la main gauche , OC de la droite
vne couronne de laurier j où fe void ce dicton ; Ftrmo
mhil ot^ftat amon»
XVII. Vne Cypris aflife fur vne roche , tenant à fa
main droite vne branche de laurier , de la gauche vne
branche de myrthe , deux pigeons à ^zs pieds , & vne
eftoille au delTus de fa tefte j auec cet écrit : Virtutem
atque ajha/equetur,
XVIII. Vn ieune homme qui fe brûle fur vn bû-
cher , & vne fille qui femble fe ietter dans ce mefme
feu \ dont telle eft Tinfcription : Cafius trahit ignis in
ignés.
XIX. Vne fille tenant vne branche d'oliuier de la
main gauche, &de la droite fouftenant vn piilier,auec
cette Deuife ; Pax laffa reponit.
X X. Vne Vierge qui brûle fur vn bûcher , auec
des vafes èc des branches de rofier , au delTus du-
quel eft vne Aigle qui fond fur ce bûcher pour y
HZ Le Trésor des merveilles
brûler aulTi j où fe voyenc ces paroles : ^mor morte
fortior.
XXL Vne Palks fon cafque en tefte , laquel»
le eft blefTée au cœur dVne flèche que l'Amour
luy a tiré j le diâton eft tel : Nec 'Virtus amore pec-
cat.
X X I L Vn Capitaine qui tient de la main gauche
vn rameau de laurier , duquel il ombrage des foldats
qui font à Tes pieds , & a l'autre main eftenduë i dont
l'infcription porte ces mots : Q^a %)iat 'vidos protegit
ille manu.
X X 1 1 1. Vn Hercule qui tient fa mafTuë , &: foule
aux pieds vne Fortune , auprès de laquelle paroift rom-
pu fon voile ôc fa roue s 6c pour diâ:on porte ces paro-
les : Sortem ^îrtutefubegtt.
XXIV. L'Amour enchaifné par vn pied à vne roche,
ôc vn Soleil qui rayonne fur luy i où font ces mots-.TV^^J
lumïna me a Jola fat a,
XXV. Vne femme qui tient de la main droite
vne branche de laurier , & de l'autre vne branche de
cyprès 5 ayant cette infcription : Vt^tonam mors njel
honejla.
X X V î. Vn Cupidon qui tient vne monftre
de quadran , auee cet écrit : Solus iAmor mea4 metiîut
horas,
XXVII. Vne plante appellée Amaranthe , laquelle
eft fleurie j 6c au bas fe lifent ces paroles : Nuriquam
marcefcere ^tdebor.
XX V 1 1 1. Vn rofler fleury , ôc ces mots : Crefiit Jlos,
gaudta crefcunt.
XXIX. Cupidon affis fur vn aix , qui flotte fur
la mer agitée de vents , &; de tempefte : dont le
didon eft exprimé en ces termes : Ingemo fernata
proceliu.
XXX. La fleur appellée EUotrope, qui d'vncofté eft
regardée du Soleil , Ô<: de l'autre eft enuironnce d'vne
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 113
nuit où paroift la Lune , auec cette infcription : Ohfe-
qmum mhil impedit vmbra.
XXXI. Vn Palmier , au fommet duquel font des
carquois , où fe void cet emiftiche : Pondéra 'vincit
Amorïs,
XXXII. Vn Lion qui tient vn Lièvre entre {q.s, pat- " ^■
tes , dont il femble fe ioUer , ôi ces paroles : Fulchmm gen2oficét
iernomffe mmori. q^i^ de par-
G> JJ . ^ donner à
XXXIII. Vne grenade fur vne couronne de lau-pius foibic
rier , •&: tels mots : Vero quis finis amori. °^^ ^°^'
XXXIV. Vn Autel fur lequel font des branches de
laurier , & plus bas cette infcription : JH:£C hommes pU-
cÀtque Deos^ ^
XXXV. Vn oifeau de Paradis volant, où font écrites
ces paroles : Qju funt terrena recufi»
XXXV I. Vn Amour debout , à dèmy caché dans
des lauriers , tenant vn arc en fa main droite , ÔC vn
brandon à fa gauche , où fe lit ce mot : Latet atque'vi-
detun
XXXV II. Vn Aigle qui regarde fixement le Soleil>
auec cette infcription : Vltenm sperare nefas.
XXX VI IL Vn Amour qui tient vn cafque aiflé, où
fe lifent ces paroles : ^mor addttfortibm alas. ..,.._^_
XXXI X. Vne couronne à fleurs de Lys, laquelle eft iv.
toute enuironnée d'yeux , auec cette infcription : Ser- ce^Siîc'
uat ^mlantia rema. desRoyau^
XL. Vn globe du monde parfemé d'étoilles j où fe
voy ent les deux Pôles , Ardique &: Autarcique 3 ayant
au bas ces mots *. Subdet 'Vtrumque polum,
X L I. Vn Myrthe entouré de Lys , 6^: ce didon : F'i-
ret tnter Itlta mjrthus,
XL IL Vne Syrene qu Vn Roy He par les bras 5 &:
font écrits ces mots : Venitjuh njmcula, Prothetts,
X L 1 1 1. Vne colomne de trophée , où au milieu
font attachées des armes , bc au fommet vne trompet-
te , bc vn liure , là où fe lit cette infcription t Hùfama
htj'ce.
114 Le Trésor des merveilles
X^LIV. Vn ieune garçon aiflé , fur lequel l'Amour
frappe d Vn baiton , où eft cet écrit : Vitauït fulmsn ^non
'Vitat Amorem»
X LV. Vne chemife eftenduë fur vn Autel , fur la-
quelle vn Cupidon met vn flambeau d Vne main , &:
verfe de l'eau de l'autre, auec ces paroles : Innocuo non
^vntur tgne.
XL VI. Vn ieune homme habillé en chalTeur, qui
tient vne couronne de laurier au delTus d'vn diamant
pofé fur vn petit piedeftal , ôi telle infcription : Cafiis
caHas amor.
XL VU. Pltriîeurs vapeurs qui s'efleuent vn peu de
terre , au delfus eft vn Soleil , & plus bas ces mots :
Fhœbo radiante faceffent,
XL VI IL Vn Amour dans vn globe celefte , tenant
fon arc preft à décocher , oii eft tel écrit : Vrimumque
tenemus amorem,
X L I X. Cupidon qui épreuue vne pièce de monnoyc
{îir vne pierre de touche , ôc là font ces mots : Exami'
na mlla veretur,
L. Vne femme qui tient vn rofier dans vn vafe,6c
cet écrit : Mea claudttur h£cjj?es,
L I. Vn Soleil qui darde fes rayons dans vn Croiffanta
_^ auec tels mots : Mox toto raâtahitïn orbe,
,^\^r L II. Vn Cupidon qui foUille dans vne ruche de mou-
traiiiic ches , lefquellcs viennent aufti toft le picquer , tel eft
rlpemh!^^ le didon : Comitamur frrta dolores.
LUI. Vn réchaud plein de charbons ardents que
les vents foufilent , auec cette infcription : Agitattis
crejco.
LIV. L'Amour dans vn battcau où il rame , &: vn
Soleil au delTus de luy , où fe lit cet -écrit : In fplendore
tuo iahor & quies,
LV. Vne vigne entrelaffée d'vn laurier, dont tel eft
le mot : C<^/W hsreUt in omnes.
L V I. Vn Cupidon au pied dVn rocher enuiron-
né d'vn Serpent qui mord fa queue , ôû vn Soleil au
VL
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL iij
deffus , où eft cette infcription t Nec cacus nec njagus
ardor.
L V 1 1. Vne lame entrelafTée d Vne branche de laurier,
& deux couronnes au bout , &: ces paroles : Suam fert
iJtraqMe lauâem.
L V III. Vn Amour qui tient àç,^ rofes , au deffus du-
quel eft vn vent qui foulîle , où à cofté eft vn Ca-
méléon 5 tel eft le mot : Hune "ventus , fed me n>es
fouet*
L I X. Vn Cupidon qui tient vn vafe plein de feu,
&: vn Soleil au deffus , auec cet écrit : Puro ardet &
'vno.
L X. Vn Amour qui crible des plumes . & deux ^ ^ ,
i/-r/ 11- 1 -11 \ n symbole
iïiams entrelaflees en alliance dans ce crible , ou eft cet- de la Fide*
te infcription : Nunquam labitur ifiafides. ^"^°
LX I. Vn arbriffeau qui eft crû au trauers dVne mu-
raille , auec tel écrit : Perrumpt obfiacula lent}.
LXII. Vn Cupidon qui amaffe vn cœur parmy des
diamans & des perles , où font ces paroles : Preaojtus
illis,
LXIII. Vn Amour tout de bout , les deux pieds fur
vne tortue, ô£ tient vn flambeau renuerfé , auec cette
infcription : ITutum Je creta filer e.
LXiv. Vn laurier enuironné dVn dragon, & telles
paroles : Vïgilantta régna tuetur.
L X V. Vn corcelet d'armes , du haut duquel for-^
cent deux branches d'oliuier , où eft cet écrit : Pax fo-
ret ah armis,.
L X V I. Vne ruche , âu haut de laquelle eft en rond
vn effcin de mouches à miel , & leur Roy au milieu , àc
ces mots : Vlebts amor Régis cufiodiai,
LX VII. Vn laurier d'où pend vne horloge , & telle
infcription : Amat 'Vittona curam.
LX v 1 1 1. Vne main qui fort d'vne nuée, laquelle tient
vn cœur couronné , ôC de l'autre cofté vne main eften-
duë,au bas de laquelle, eft vne mer,& ces paroles: C(?r
. *i\egii m manu Jjet eft»
îi6 Le Trésor des merveilles
LXIX. Vn Amour qui portrait , ÔC tel écrit : Peritu-
mm nonjcrifjit amorem.
LXX. Vue Lamie qui tient vn rameau en vne pat-
te 5 elle eft dépeinte à vifagê de femme , ô^ derrière dé
Lion j tel eft l'écrit : Arcam cufiodiafida.
LXXL Vn champ chargé de cafques ôC de pic-
ques , bc telle infcription : Dabit Dcus ïis quoque fi^
mm.
LXX IL Vn Aigle fort proche du Soleil , auec ces
mots : Mens ardua tendit in aftra.
L X X 1 1 1. Vne Salamandre dans Vn feu , ÔC ces paro^
les : M.ihi dulcis amor.
LXX IV. Vne queue de Paon, au cofté de laquelle
eft vn Caducée , &; de Tautre cofté deux fluftes , auec
cet emiftiche : Eloqmmi tôt lumina claudet.
LXXV. Vn Eliotropc épanoiiy, ftir lequel rayonne
vn Soleil , auec ce mot : JVlthi ontur Sol.
L X X V I. Vne flèche qui tafche de pafTer au tra-
uers dVne pierre , ôc ces paroles : Nonfrangtint oh^acU'
la 'vires,
LXX VIL Vne flèche ardente haute éleuée enrair,"*
&: telle infcription : NuUa altius ardet,
LXX VIIL Vne fille affife fur vne pierre, & laquelle
tient en la main droite vne palme enuironnée de lys,
ÔC en la gauche vn cafque , auec ces mots : Manet w-
dona conjlans.
LXXïx. Vn Amour qui tient deux cœurs liez en-
femble , où fe lit cet écrit : Animas alligat aquos.
LX X X. Vn homme armé parmy plufieurs armes , le-
quel a vn coq au deffus de fa tefte , &; tient de la main
gauche vne boule au deffus d'vn balîin , auec ces pa-
roles : DecHs & tutamen.
LXX XL Deux Cupidons , au haut defquels eft vn
Soleil , où IVn de ces Amours tenant 'vn miroir ar-
dent brûle fon compagnon , dont tel eft le fymbole;
Innocuos hinc eligit tgnes.
LXXXlL Deux Amours qui fe tiennent d'vnenxain.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. Î17
& de l'autre tiennent des lys j auec cette infcriptionî
Hocfœdere Itliafiorent,
L XX XI II. Vn homme couronné de laurier , qui
tient vn flambeau à chaque main , lefquels font enui-
ronnez de feuillages , qu'il allume en vn vafe plein de
feui &; là font ces mots : Hù Jhnto perennes.
LXXXIV. Deux femmes, dont ÎVne foule aux pieds
vne corne d'abondance , & femble dédaigner &: reiet-
ter vn portrait que l'autre luyprefente, où eft cet écrit:
JSlec Amor necfalltt imago,
LXXXV. Vne femme aiflée , qui tient deux trom»
pettes en iç,s mains , &: laquelle a {ç,s deux pieds fur
vne Sphère j auec cette infcription : Ortus occa/lbâjque
DV PAVILLON ET DEPARTEMENT
dit des Poëfles , oii font dépeints la vie , ô£
les Trauaux d'Hercule.
Chapitre XI I.
/, Ce T^auïUon efi le loge-
ment des Rejnes AîereSy
bajly fous François I.
11, Ouurage fom Henry IL
âejfein du fleur du BreuiL
V' Fortran excellent deM^a-
dame laDucheJfe de Beau-
fort,
11 LOrnemens faits fous di- VL Ancienne Salle du Con-^
uers Roys. feil,
IV, Vmgt-feft Tableaux du \
O M BIEN que ce Pauillon , quant à fon î "
édifice , foit des derniers ouurages qui fe j^^ ^^"^{^
voyent icy du grand Roy François . il n'en logement
rJ ■ ^ C • ■ W desReynes
eil pas moms partait, nymoms excellent j Mères, ba-
& peut-on bien dire que c'eft vn des plus Jy ^°"* ,
beaux , bc accomplis qu il yayt point laulli elt-il ordi-
nairement deftiné pour le logement des Reynes Mères*
ïi8 Le Trésor des merveilles ^
Fay remarqué cy-deuant comme Charles I X. a fait re-
uelHr de belle pierre de taille tout le corps du bafti-
ment qui tient à ce Pauillon , lequel n'eltoit aupara-
uant que de moillon. Tout ce département ell com-
pofé de trois eftages , qui font fort commodes èc lo-
geables. Celuy d'en bas eft pour des S'eigneurs fuiuans
la Cour. Celuy du milieu efl le propre logement des
Reynes , qui confifte en pluiîeurs Salles , Chambres,
Antichambres 5 ôc Cabinets, que l'on trauerfe de fuite,
premier que d'entrer en la principale. Et le troifiéme
ÔC dernier eftage fert pour les Dames d'honneur 6c d'a-
tour, 6c pour les filles d>C femmes de faMaiefté.
Ce département porte le nom des Poëlles, parce que
François I. y en auoit fait conllruire à la mode d'Alle-
magne, pour échauffer ce grand corps de ballmient,
lelquelles en ont elle oftées depuis,
f^ O R la principale Chambre eft très-belle &: gran-
Ouurage ({g ^ laquelle Henry 1 1. a fait embelhr d'vn riche plat-
ryiL fond, où fout Ics Chiffres de ce Roy &C faDeuife, auec
ceux de Diane de Valentinois, &c autour eft vn lambry
tout de mefme ordre.
La Cheminée eft de marbre blanc, auec diuerfesbaf^
fes tailles de mefme matière , èc vn grand Tableau aii
dedans , figurant Mars àc Venus. Ce Tableau eft dufîeur
du Breliil.
A collé de cette Chambre il y a vn Cabinet orné tout
de mefme, d'vn beau lambry , &C dVnplacfond doré 5 où
fur la Cheminée fe void le Palais duLouure en Perfpe-
étiue.
En l'eftage au deffus de ladite Chambre , il y en a en-
core deux autres belles ôC grandes , enrichies & ornées
de figures de reHef de ftuc, lefquelles font au deffous du
^. platirond, & entre lefquelles fe voyent les Chiffres ècles
^"- Deuifes de François LdeCharlesIX.de Henry le Grand,
Urnemens ^5 ■z '
faits fous &de]aDuchefredeBeaufort : ce qui fait iuger que ces
Roy" ornemens ont efté commencez par les Roys François,
àc Charles, S^ continuez ôc acheuez par le feu Roy.
Quant
*
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL 119
Quant au lambry de la première Chambre , les Sa-
lamandres donnent à connoiftrede qui il efl : mais pour
ee qui eft des Peintures &C Tableaux , ils font tous du
règne de Henry le Grand j dans lefquels font reprefen-
tez en ces deux Chambres, &: en nombre de vingt-fept,
la vie & quelques faits héroïques , ou trauaux d'Her-
cule, dont il y en a vne partie au nombre de quatorze
en la Chambre qui regarde fur la Cour de la Fontaine,
^ les autres en la Chambre ioignante , qui a veuë fur
la Cour du Cheual blanc.
l'auois propofé de me contenter de cette générale
defcription de ces Tableaux , mais attendu qu'il yen a
de difficile explication, ôcqui ne fepeuuent bien con-
noiftre que par ceux qui font verfez en la Mytholo-
gie , i'ay efté confeillé d'en faire vne narration particu-
lière.
I. Le premier doncques où fe commence l'hiftoire,
eft en la Chambre fur la Cour de la FontainjC , ôc du
mefme cofté,oùfe void lanaiffance d'Hercule.
II. Au fécond de fuite eft reprefenté comme fonpe- .__
re lupiter luyfait ietter tout ce qu'il auoit de mortel. ^V.
1-v 1 -r / -OTT I • % / r Vingt-fcpc
III. Dans le troilieme paroift Hercule qui des Ion Tableaux
berceau eftouffe les Serpens : les nombres fuiuans de- j^^g^rïa
clareront Tordre , &c l'entrefuite des autres Tableaux. BrcUii.
IV. Se void ce ieune Héros que Ton dreffe à bien ti-
rer de Tare.
V. Mercure prefente icy à Hercule, &; luyfait don de
fon épée ; ôC Minerue luy fait offre de fon bouclier ÔC
de fes armes.
VI. Suit en après comme il deliure Hefione d'vne
Baleine qui la vouloir deuorer.
V I I. Le combat qu'il eut auec le Géant Antée.
VIII. Icy il fe iouë desPygmées, &: les emporte*
IX. L'on void en celuy-cy le combat entre luy &C
Archeloys, reprefenté fous la forme d'^ Serpent.
X. Gomme il terralfe encore le mefme, qui auoit pris
la fiaure d'vn Taureau,
^ R
130 Le Trésor des merveilles
Xî. Icy eft (on mariage auec Deiaaiirc , après auoir
ainfî vaincu Archeloys fon riual.
XH. Ce Tableau reprefente comme plufîeurs vien-
nent fe coniouir auec luy de l'honneur de Tes victoi-
res.
XI IL Se remarque icy comme puifanc de l'eau hors
de fon vaifTeau il fut arreftc par des Naiades^ àc Nym-
phes des eaux.
XIV. Celuy-cyeft lemefme fuiet du précèdent. Touj
lefquels Tableaux à frefque font du delTein du fleur du
Breiiil Peintre fort fameux, dont le quatrième eft peint
^ de (à propre main.
V. O VTRE ceux-cy il y en a encore vn très-beau àc
fcxcciieut excellent dans le manteau de la cheminée entre deux
me u^Bu g'^^^^^^s figures de relief, lequel eft du feu fieur du
cheiTe de Bois , d>C reprcfeute le portrait au najf de Madame Ga-
Beaufort. ^^-^^^^ j)^^^^^ Duchcfte de Bcaufort , fous la figure d V-
ne Diane.
Dans l'autre Chambre ioignante celle-cy , eft la fui-
te de l'hiftoire ÔC trauaux de cet illuftre Héros de TAn-
tiquité, compris en treize autres Tableaux, de mefîne
ordre que les precedens j & font ces derniers du ficur
Roger Peintre encore renommé.
I. Au premier defquels pofc fur la cheminée ^ eft la
fuite de ladite hiftoire d'Hercule , où il fe void auec
Deianire fa femme comme ils banquettent enfem-
ble.
II. Paroift en après le mefiiie, qui tenant fon arc tira
fur le Centaure NeiTe.
I I I. Icy le Centaure rauiffant Deianire eft blefte à
mort par Hercule.
IV. Ce Centaure donne fa chemife à Deianire pour
la faire veftir à Hercule, luy faifant entendre que def-
lors qu'il Tautfoit mife iamais il n'en aimeroit point
d'autre. ^
V. Deianire porte cette chemife empoifonnée à Her-
cule.
J
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 131
VI. Icy il veft cette chemife.
VII. L'ayant reueiluë l'on void comme enuenimé
èC empoifonnéjla voulant ofter,il ne peut fans tout fe
déchirer le corps ; ce qui le trauaille en defefperé.
VIII. Il paroift en ce Tableau fur vn bûcher ardent,
où d'homme mortel, il eft fait par ce moyen immortel.
IX. Celuy-cy reprefente comme il tue le Serpent
qui gardoit les pommes d'or des Hefperides.
X. L'on le void en après comme il tire Cerbère des
Enfers.
XI. Puis comme il en retire encore Proferpine.
XII. Il furprend icy vn Satyre qui le croyoit eftre
Deianire.
XIII. Le chaftiment qu'il fait de ce Satyre , amou-
reux de fa Deianire.
Où premier que finir ce département, il ne faut pas vi.
oublier de parler de la Salle baffe qui eft au deifous de cfenne^dH
la terraffe , par laquelle l'on entre en la grande Galerie, <^onfeiL
puis qu'elle fait partie de ce Pauillon , èc département.
Elle ne fert plus maintenant que de palfage pour en-
trer de la Cour de la Fontaine aulardin des Pins. L'on
l'appelloit autrefois la Salle du Confeil , parce que c'e-
ftoit là où la Cour eftant icy , l'on le tenoit pour les
parties. Ce qui refte de fa beauté fait bien paroiftré
qu'elle a efté en grande confideration , eftantcompo-
fée de vingt colomnes caneléesauec leurs ba{\s & cha-
piteaux j le tout qui porte les arcades, ôC cintres de ladi-
te terralfe , laquelle eft par parquets : ouurage des mieux
entendus qui fe voyent point pour de la grefferie. Là
eft vn lambryauec les Chiffres &; Deuife de François L
Mais ce qui s'y voyoit de plus remarquable, c'elloient
plufieurs Tableaux à frais , les vns du fîeur Rouffe , ôc
les autres du fîeur de faint Martin j enfemble leurs bor-
dures de ftuc , & quelques figures de relief qui fer-
uoient d'ornemens , que les iniures du temps ont pref^
que entièrement ruinées.
Tout ioignant cette Salle il y en a vne autre qui fert
R ij
131 Le Trésor des merveilles
de magazin , où font quelques figures antiques de re=
lief, èc de bafTe taille, les vnes de marbre, &; les autres
de bronze»
DV PAVILLON, ET CABINET DES
Peintures , & Tableaux particuliers de
ce Chafteau.
Chapitre XIII.
/. Le mérite & l'ejtime de
l'Art de Femture,
IL Deux Tableaux anciens,
t'vn achepé quarante huit
mtUe ejctn , c^ l'autre foi-
xante mille.
///. Ce Pauillon bafty fous
Charles IX»
IV. Ouurage de Michel
Ange,
V. tlufieurs Tableaux de
Rafhaél d'Vrbin,
VL autres ouutages de
Léonard da Vinci.
VÎLdAutres d'André del
Sart.
VIlLOeuures desJteHrsRouf
fi , & de faint Martin,
IX. Tableaux de PetroTe-
rugino i de frère Sebafiien
del Piombe , &:du Bordo'-^
nono.
X, Autres du Tipan , dti
Pontorno , de Hierome de
Brejfe , de Bartelemy Ve»
nitien , de Vignole , de
Mejfere Nicolo , & de la--
net.
E V X qui pour releuer le mérite de la
Peinture ont dit , que c'eftoit vn exercice
autant illuftre &: noble qu'il eft agreabkj
n'ont pas mal rencontré , puifque cet Arc
imitant Dieu ôC la nature , approche de fi
près la refTemblance de leurs ouurages , que bien fou-
uent la veuë y eft trompée , & a peine de diftinguer
l'artificiel du naturel j témoins Xeuxis & Parrafius ces
deux artiftes Peintres de l'Antiquité j dont Tvn auec
iç^s raifins déceut fi dextrement les oifeaux j & l'autre
les hommes par fon voile , & fon rideau. Mais bien
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 133
plus , puifque cet Art , comme brauant la mort par fbn ~T
pinceau ôc fes couleurs , femble mefîne faire reuiure ^VdW*
dans fes naïfs portraits , ceux que dVne main cruelle de 1 Art de
elle couche au tombeau. AufTi cet Art a toulîours efté
en telle réputation parmy les Anciens, &; particulière-
ment parmy les Grecs , qu'ils ne fouffroient pas autre-
fois qu'aucuns autres que des nobles, &; des grands Sei-
gneurs s'employaiïent à cet exercice : foit pour en faire
paroiftre d'autant plus grand le mérite , &c ne le voir
profané par le vulgaire j foit qu'ils iugeaffent ( com-
il eft vray ) que tant de bonnes parties &c de fciences
eftans requifes pour y atteindre à la perfection , en y
gardant vne iufte obferuance & dans le colori , 6c
dans les ombres, &; les dimenfîons ^proportions, ce-
la n'appartenoit proprement qu'aux Princes èc aux
Grands, qui pouuoient fournir aux frais, que le temp?>
& vn iufte loilîr demandent aucunement pour tel em-
ploy.
ETc'eft de laque l'on aveu des Tableaux monter à n-
vn fi haut prix , que Iules Cefar en achepta deux du biej^x *
an-
Peintre Ariftides quatre-vingts talens , le talent reue- «^'^"^ > j^^^
nant à iîx cens efcus de noftre monnoye , 6c ainfi le tout quarante
montant à quarante huit mille efcus. Et il fe lit encore ef"us""&
que le Roy Atalus paya foixante mille efcus d'vn Ta- l'^une foi-
1 1 j r r> • • rL / • xantcmilleè
bleau de ce melme remtre j ce qui elt vn témoignage
fans reproche de i'eftime que l'on a toujours fait de ^^'"^'
cet Art.
A l'imitation de ces grands Princes de l'Antiquité,
plufîeurs de nos Roys , entre autres François I. Hen-
ry II. Charles IX. Henry le Grand , &C fa Maiefté ré-
gnante , fçachans iuger des chofes par leur mérite,
n'ont pas moins fait d'eftime qu'eux des rares Peintu-
res j comme il fe void en cette Maifon Royale, par plu-
fteurs riches Tableaux qu'ils y ont ramaffez de Michel
Ange , de Raphaël d'Vrbin , de TilTian , d'André del
Sart , de Léonard da Vincy , de RoufTe , du Primati-
che , dit de faint Martin , &c d'autres modernes fort
R iij
1^4 Le Trésor des merveilles
excellens èc renommez , defquels il a efté parlé cy-de-
uant.
Quant à la ftrudure de ce Pauillon , il eft en fuite
du département desPoëfles, &: regarde diredement le
milieu de la Cour du Cheual blanc au defTus du grand
III. Efcalier. Charles I X. l'a fait édifier l'an mille cinq cens
Ion bafty' foixautc ciuq y comme il apparoift par vne grande table
fous Char- dc marbre noir pofée dans vn amortiffement d'archite-
les IX
â:ure , enuironnée de quelques enfans de relief, tout au
haut de ce Pauillon , où font grauez ces mots :
D. O. M.
KarolvsIX. Dei gratia Francorvm
R ex.
Ann. Do m. m. D. LXV.
En l'eftage du milieu de ce Pauillon eft ledit Cabi^
net des Peintures , où il y a vn grand nombre de diuers
Tableaux deplufieurs fameux Peintres j defquels ieme
contenteray icy de rapporter , 6c faire viie élite parti-
culière des Tableaux plus rares, èc plus eftimez.
IV. Vn chacun fçait en quel crédit font les ouurages
£"3ci ^ ^^ Sculpture , &c de Peinture de Michel Ange de
Ange. bonne rote : or il y a en ce Cabinet vn Tableau de luy,
qui eft vne Leda couchée j il eft vray qu'il faut dire
auec regret , que la malice du temps l'a prefque entiè-
rement gafté y d>C quoy qu'il foit ainfi , i'ay crû néant-
moins pour la recommandation de ce Cabinet Royal,
eftre obligé d'en faire icy mention*
Raphaël d'Vrbin, qui a efté fî fameux pour fon co-
lori 5 éc pour l'intelligence , &: le mérite qu'il auoit en
irajfari f« 1^ Peinture ( que pour cela Georges Vaftari luy donne
fin Trattte i • i r^ • • ■ i ■ i
desPeintres, hardiment le titre de Diuin ) enrichit , & rend ce Ca-
ttenr7i'iiH- hinct tres-Goiifiderable , pour quatre de ï^cs Tableau:^:
ftrcs. qui s'y voyent.
V Le premier eft vne Noftre Dame auec vn petit lESVS,
Tableaux àccompagué de faint lofeph , fainte lElifabeth , faint
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IL 13;
lean , & de deux Anges qiù verfent des fleurs j pièce qui jf ^^phaëi
eft des plus rares de cet excellent Peintre , que le Roy
François L achepta vingt quatre mille francs j & de ce
Tableau il s*en void vn grand nombre de copies , que
l'on appelle ordinairement la Noftre Dame de Raphaël.
Il n'y a pas long temps qu'vn fameux Peintre le conlide-
rant exadement offrit d'en faire donner vingt mille
cfcus s'il eftoit à vendre.
Le fécond eft Saind Michel , lequel fut fait exprés
pour ledit Roy François , dont le Pape Clément V I h
luy fit prefent.
Le troiliéme eft Sainde Marguerite grande comme
le naturel, qu'vn Seigneur Florentin donna à TEglifeôC
Prieuré de Saind Martin des Champs à Paris , & donc
depuis l'on fit prefent à Henry le Grand.
Et le quatrième eft vn grand portrait de leanne d'A-
ragon Reyne de Sicile , eftimée la plus belle Princeffe de
fon temps j duquel portrait le Cardinal Hipolyte de
Medicis fit prefent au Roy François L ._ ____
le donneray icy le troifiéme lieu aux Tableaux &: ri- vi.
ches Peintures de Léonard da Vin, ou da Vinci, hom- itage? ac^
me aulTi fameux qu'il y en ait eu en cet Art, &C duquel Léonard
François premier faifoit tant d'eftime , que l'ayant fait ^ '"'^^*
venir d'Italie en France , quelque temps après eftant ^''f/'" "*
tombé malade en ce lieu de Fontainebleau , ce grand
Roy luy fit l'honneur de le vifiter j &C l'on remarque
mefme qu'il mourut entre Ces bras : &C de cet excellent
Peintre il y a cinq Tableaux en ce Cabiiaet.
Le premier eft Noftre Dame auec vn petit I E S V S
qu'vn Ange appuyé , le tout dans vn payfage fort gra-
cieux.
Le fécond eft Sainâ: lean Baptifte au Défère.
Le troifiéme eft vn CHRIST à demy corps.
Le quatrième vn portrait d'vne Ducheffe de Man^
touë.
Mais le cinquième en nombre, & le premier en efti-
me , comme vne merueille de la Peinture , eft le por-
i]6 Le Trésor des merveilles
trait dVne vertueufe Dame Italienne , & non pas dV-
ne Courtifane ( comme quelques-vns croyent ) nom-
mée Mona Ltffa , vulgairement appellée loconde , la-
quelle eftoit femme dVn Gentilhomme Ferrarois ap-
pelle François locondo, amy intime du dit Léonard, le-
quel l'ayant prié de luy permettre de faire ce portrait
de fa femme , il luy accorda. Le grand Roy François
achepta ce Tableau douze mille francs.
VII. André' del Sart tiendra icy le quatrième rang. Ce
a'AÎi dS Cabinet eft enrichy de deux de (ts Tableaux.
del Sart. Le premier eft vne Charité ^ lequel Tableau il fît en
ce Chafteau , le Roy François L y eftant , qui fut la cau-
fe que luy agréant , il luy augmenta aufll fa penlîon, bC
jdem vnf- i'inuita fort de ne pas quitter fon feruice , ce qu'il luy
"Vj^. ' ^^ iura fur laSainéleÉuangile, comme remarque Vaffari.
L'autre Tableau eft vne Vierge , auec Noftre Sei-
gneur , Sainde Elifabeth , Saind lean , 6c deux An-
ges.
VIII. A V Chapitre De la petite Galerie cy-defTus , içcf
?s Tieurs ^^^^^^ 4^^ les Peintures & Tableaux qui s'y voyenr>
FtoufTe, & font de Rouffe 5 Peintre fort en crédit de fon temps. Or
Mardn! ^n cc Cabinet il y en a encore deux particuliers de fa
main. Le premier vne ludith ,& l'autre eft vn Mars,&
vne Venus en petit. Cet excellent ouurier eftoit icy
en grande eftime fous François L lequel il auoit fait ve-
nir d'Italie , &; dont il regretta fort la mort, tant pour
la perte d'vnfî braue homme, qu'à raifondes ouurages
qu'il auoit commencées , auquel flicceda le Primatice,
dit Saind Martin , ou Boulogne, en la charge bc inten-
dance de toutes les Peintures, &; ouurages de cette Mai-
fon , dont il s'en void icy vn très-grand nombre , où il
a fait paroiftre qu'il aefté vn des plus excellens qui fut
jamais en cet Art j auquel aAiffi pour reconnoiffance de
fes mérites , outre les penfions & appointemens ordi-
naires qu'il auoit duRoy , fa Maiefté donna auffi l'Ab-
baye de Saind: Martin deTroye en Champagne , d'où
depuis il porta le nom de Sainét Martin.
La
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE II. \yy
no.
La mefme font encore trois Tableaux dePiecroPe- ix-
c -p, . Tableaux
rugino , autre rameux reincre. de Pictro
L Vn eft vn C H R I S T en forme de Pèlerin , qui appa- Jf p^^j"^"'
roift à la Magdelene après la Refurredion ^ vulgaire- Sebaitien
ment appelle , vn Nolt me tangere. "^^^ '^""^^
Le fécond eft vne Cleopatre. Bordono-
Et le troisième vn Sain6t Hierôme à genoux de-
uant vn Crucifix.
Plufieurs autres Tableaux enrichilfent encore ce ra-
re Cabinet , où il y en a trois excellens de Frerc Se-
baftien del Piombc , homme en crédit parmyceux de
cet Art.
Le premier eft vne Vifitation de la Sainde Vierge^
& de Saindie Elifabeth : & croit-on que le vifage de
Noftre EXame a elfe fait par Michel Ange.
Le deuxième eft vn portrait du Pape Clément Vil.
Et le troifiéme eft celuy de la Sœur de ce mefme
Pape , peint fur vn grand fond d'ardoife 5 duquel fa
Sainteté fit prefent , ô^ qu'elle enuoya au Roy Hen-
ry IL
Icy pareillement fe void vn beau &: riche Tableau,
reprefentant vn CHRIST auec Pilate , 6^ vn luif qui
tient noftre Seigneur lié 5 Ô£ eft du Bordonono.
Le Tiffian , dont le colori mignard , eracieux , & . ^' ,
- . \ 0 ' & ^ Autres du
admirable ne le peut aflez eftimer , orne & enrichit Tiffiin, da
aufli ce Cabinet d'vne Magdelene àdemycorps. Pièce deH^rT-'
qui eft icy tenue des plus rares. medeBicf-
Pontorno, amy intime de Raphaël , &: fort habille teiemy ve-
homme , defireux de monftrer l'amitié réciproque qui ^^J^^" '^^^
eftoit entre eux deux , fit le portrait de celuy-là, & le deMeiiere
fien , tous deux enfemble , lefquels fe regardent s qui jJJ°n°j/^
eft pareillement vn des bons Tableaux qui fe voyent
dans ce Cabinet.
Hierôme de Breife , dit Sauoldy , voulant faire pa-
roiftre l'excellence de la Peinture au deflus de la Scul-
pture , fit vn grand portrait de Gafton deFoix à demy
couché , lequel eft à l'oppofite de plufieurs miroirs , &:
S
138 Le Trésor des merveilles
• ainfi paroift de tous coftez j afin de monftrer le mérité
de la Peinture , qui par cette inuention reprefente com-
me la Sculpture , vne figure de toutes parts. Ce Ta-
bleau en fon original eft encore vne pièce confidera-
ble de ce Cabinet.
Là on fait pareillement fort eftime dyne Noftre Da-
me en façon d'Annonciade , accompagnée de plu-
fieurs Sainds dc Sainâies j le tout de Frère Bartelemy
Vénitien.
Et pour ce qui eft de TArchitedure èc de la Perfpe-
diue, vn chacun fçait combien Vignole en a parfaite-
ment bien écrit. Or icy eft de luy vn grand Tabkàu
de Perfpediue , où fe voyent dépeints excellemment
bien tous les ordres d'Architedure.
Là font encore huit grands payfages faits à détrem-
pe par Meffere Nicolo j àc font ces Tableaux fort efti-
mez.
Vn grand nombre d'autres Tableaux enrichiffent
pareillement ce Cabinet , lefquels quoy que forc.beaux,
pour n'eftre pas toutefois dans l'eftime des precedens,
ie n'en feray icy mention.
Seulement me contenteray-ie de dire , que li font
aufli les pottraits de François L & de François IL qui
font dç lanet , Peintre fort renommé par la Mufe du
^ofifard. Prii;ice de nos Poètes,
DE FONTAINEBLEAV* LIVRE IL 139
DE LA SALLE DE LA BELLE
Cheminée , autrement dite de la Comédie.
Chapitre XIV.
/. Cette Salle a diuers noms.] rj le Grand,
II. ^Dejcriptwn de la Chemi- IV. Efcnt contenant fes elo-
née de cette Salle. j geSi & lajtrHcture de cet"
III. Statué a chenal de H en- ' te Cheminée.
Ette Salle eft la plus grande de toutes
celles de ce Chafteau , auffi eftoit elle au-
trefois appellée la Grande Salle , ayant
vingt toiles de long , &; cinq de large.
L'O N la nomme maintenant la Salle de la ~^ —
belle Cheminée, depuis qu'en l'an mille cinq cens qua- Cette Salie
tre vingts dixneuf, Henry le Grandy fit édifier à l'vne de noms"*
fes extremitez celle qui y eft , laquelle luy donne ce
nom , & qui eft bien vne des plus belles qui fe voyent
point en quelque lieu que ce Ibit.
Elle eft encore appellée la Salle delà Comédie, àcau-
fe d'vn grand théâtre , lequel y eft à l'vn des bouts qui
regarde direâ:ement ladite Cheminée, ôc fert pour cet
eft^et. Le feu Roy auoit delTein d'enrichir de Tableaux
cette Salle , & auoit défia fait commencer quelques
bordures de ftuc , qui n'ont pas efté continuées.
O R ce qui rend maintenant ce lieu fort confidera- 1T
ble, eft cette rare Cheminée , laquelle mérite icy vne t^o,JXb
defcription particulière pour plufieurs belles parties Cheminée
» 11 • 11 • • • 1 J 1 o,de cette
qu elle contient \ elle a vnigt trois pieds de haut , oL s^Ue.
vingt de large, laquelle coniifte en quatre grandes co~
lomnes Corinrhes d'vn marbre brogatelle bien diuer-
fifié , fort rare 6c exquis , auec les baies &; chapiteaux
de marbre blancs elles pofent fur deux grands piede-
ftaux , enrichis de diuerfes figures de petits enfans en
5 ij
140 Le Trésor des merveilles
baffe taille de marbre blanc, qui fouftiennent les Chif-
fres de ce grand Prince 5 où là font encore aux quatre
coins des confoles de bronze.
Au milieu de chacun piedeftal eft vne niche , où il y
a vn beau 6c gi^^^^i vafe de bronze , auec plufîeurs en-
richilfemens , ôc ornemens de diuers marbres fortpre-
cieux.
lïj- , Dan S le milieu de cette Cheminée entre lescolom-
cheuai de ncs , cft vuc grande table de marbre noir , fur laquelle
Grand '^ ^^ ^^ figure bc ilâtuë à cheual du Roy Henry le Grand
à demy relief, èc grande comme le naturel j il eft armé,
&: a la tefte couronnée d'vn laurier , où au defl'ous de
fes pieds eft vn cafque de marbre blanc , 6c plus bas
dans vn quadre de mefmc matière àC couleur , eft vne
baffe taille , où eft reprefentée la bataille d'Iury , ÔC la
reddition de la Ville de Mante.
Aux deux coftez de cette figure du Roy entré
deux colomnes de part &: d'autre , il y a deux autres
grandes Statues , encore de marbre blanc j IVne fîgu*
rant TObeyffance, qui tient en main vn ioug auec vne
dépouille de Lion j &c l'autre la Paix auec vn flambeau
dVne main , duquel elle femble mettre le feu dans vn
amas d*armes qui font à fes pieds. Pour dire que ce
grand Monarque, après que par la force de fon brasôC
de fon courage , il a eu mis (^cs ennemis dC fes fuiets re-
belles au deuoir Ôc à la raifon , il a enfin donné la Paix
à tout fon Royaume : auffi fut-ce incontinent qu'il eut
terminé les Guerres Ciuiles,qu'auecvn foin tout parti-
culier il fît conftruirc cette rare Cheminée, comme vn
immortel trophée de fes vidoires j & c'eft ce que por-
te vn écrit qui eft au deffus de fa figure à cette Che-
minée en vn marbre noir , où fe lifenp en lettres d'or
ces paroles :
IV.
HeNRICVS I V. Francorum & Nauarrji Rex , Bet-
fenlin fe"' ^^^^^ » FiBor , & Trîumfhator , bello Cmili confeBo ,
Eloges , & Kegno recuperato reflauratoque , Face dom't fort/que
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE II. -1^
confikuta , Regiis Penattbm , regali JummPt focum £X- jj ft^udture
trUXlt. M. D. I C. Cheminée.
Le mefme en François.
Henry IV. Roy de France &; de Nauarre, Guer-
rier, Victorieux, & Triomphateur, ayant donné fin à la
Guerre Ciuile, recouuré &; reftauré fbn Royaume, &
eftably laPaix au dedans &au dehors, a conitruit a:uec
vne dépenle Royale cette Cheminée, Tan M. D. IC.
Au dellus de cet écrit en l'amortifTement de la Che-
minée eft le Chiftrc de cet illuftre Prince , auec vne
couronne èc deux cornes d'abondance à chacun coilé,
le tout de bronze , & deux grands Lions de part &:.d'au-
tre j pour monftrer qu'en guife d'vn Lion généreux,
ayant dompté fes ennemis , il a verfé l'abondance , &;
donné vne plantureufe paix à Ces Suiets.
L'ouurage de cette Cheminée eft du fieur lacquet
dit Grenoble , Sculpteur fort excellent , où. il a em-
ployé cinq ans au trauailde cette rare pièce. Eràpro-
pos de Henry le Grand , &: de fa figure , vn de nos Poè-
tes luy adrefle ces beaux vers.
Votcy d'^vn fécond Mars l'image redoutable , Le fieur te
Rends luy la contemplant , l'honneur qu'ont mérité ^^^/*^-
Les triomphes heureux de ce Prince indomptable 3
Qui matnt peuples domptant , s'efi luy mejme dompté,
Tel fut Henry le Grand queHrfk figure armée.
Semblable fut fon œtl "vraye efoille de Adars,
Les lauriers defon chef 3 fruits de fa renommée,
M-onftrent ce qu'on peut 'voir en guerre de hafards.
Exemple de Vertus ,parure de l'Hijloire ,
L'amour & la terreur font cachez^ en tes jeux
Aux combats tres-heureux , très -doux à la 'viéfoirei,
Qui te regarde void tout l'ornement des deux.
Tu gagnas par amour des François le courage.
Et par force vainquis lefrperbe ef ranger ,
u4uft nous regardons , & gardons ton image,
Et croyons lagardans émter le danger,
S iij
141 Le Trésor des Merveilles
La France deliurée ainjl qu'vne Andromède ^
Append a ta 'vertu ce riche monument^
Comme ^ïuant tu fus defes maux le remède.
Estant mort ton portrait luj fert d'allégement.
DES DEPARTEMENS DV ROY , ET DE
laReyne , oùfe voyent plufieurs excellens Tableaux
de THiftoire de Theagenes &; Cariclea , de Clorin-
de ÔC Tancrede, & autres.
Chapitre XV.
/. Feu Jjmbole de la Roy-
auté»
IL Chambre de l'Ouale , lieu
de la naijfance de Loujs
XllL
II LQuinZje grands Tableaux
/ dufeufieur du Bois Pein-
tre fort renomme.
IV. Du Département de la
Rejne.
V. Le Cabinet dît des Em-
pereurs.
VI. Huit Tableaux , dont le
fuiet eft tiré de Torquato
Tajfo.
Feu fym-
bole de la
Royauté.
ViSQVE le Feu a toufiours efié le fym-
bole de la Royauté j pour apprendre aux
hommes auec quel refpeâ; il faut s'en ap-
procher, ny de trop prés, nyde trop lomg,
6c mefme reuerer par vne humble fubmif-
lion toutes les chofes qui la touchent : C'eft doncques
dans ce iufte fentiment que ie m'en approcheray 3 ie
veux dire , qu'il eft queftion de traitter des Departe-
mens particuKers du Roy &: de la Reyne en ce-tte Mai-
fon Royale. Or ils commencent , 6c nommément ce-
luy du Roy , auPauillon 6c Chambre de Saind Louys
( dont il a efté parlé amplement cy-delîus ) laquelle
Chambre eft maintenant le lieu où le Roy prend d'or-
dinaire {qs repas, &C fert comme de Salle à ce Départe-
ment, d'où l'on entre dans l'Antichambre ou Cabinet
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL 145
de fa Maiefté , en laquelle fe void vn très-beau & riche
platfond de menuiferie , compofé de plufieurs quadres
àc parquets renforcez , auec leurs moulures , & autres
diuers ornemens dorez , 6c bien enrichis. Le refte de
ce lieu ell: pareillement embelly d'vn lambry doré , dC
de peintures , qui eouurent plulieurs grandes ar-
moires fort bien pratiquées dans l'épaifleur du mur,
fur lefqueiles font peintes plufieurs figures reprefen-
tans la Force , la Prudence , la Tempérance , la IuiHce,ÔC
autres Vertus Morales, que quelques-vns veulent croi-
re y auoir elté faites à delfein de feruir d'auis à tous
ceux qui s'approchent de ce lieu facré , qu'ils doiuent
foigneufement pratiquer ces Vertus. Là font encore
quelques payfages,& autres ornemens. Mais fur tout
ce qu'il y a de plus confiderable , font deux Tableaux
pofez fur la cheminée , qui eft d'vn beau marbre : l'vn
où font plufieurs Cyclopes è>C Forgerons , qui battent
fur l'enclume auec Vulcan : &C l'autre eft vne Hiftoirs
reprefentant lofeph , comme fes frères le font venus
vilîter en Egypte ; 6c font ces deux Tableaux duiieur
de Saind Martin.
De cette Antichambre ou Cabinet l'on paffe. à la
Chambre du Roy, où eft fur la cheminée vn fort beau
Tableau , reprefentant la Deefl'e Flora j &; eft du feu
fieurduBois.
La aucoftéde cette Chambre il yavn tres-excel- 11.
lent &C grand Cabinet , ou Chambre , communément dd^ouale,
appellée la Chambre en Ouale, parce qu'elle eft de cet- ^'^^ ^^ '^
te forme & figure :. lieu fort confiderable pour deux de Louys
raifons. ^^^^
La première , d'autant que c'eft la Chambre où fa
Maiefté auiourd'huy régnante eft née. L'autre,à caufe
de fes riches Tableaux, où ledit fiçur du Bois a fait voir
d'vncolori,& d'vn deifein tres-gracieux , l'excellence
ÔC la mignardife de fon pincesiu , &; l'intelligence par-
faite qu'il auoit en cet Art: Tableaux qui en leur méri-
te répondent heureufement bien au fuiet qu'ils repre-
144 Le Trésor des merveilles
fentent ; fçauoir les amours toutes chaftes de Theage-
nes&deCaricleaj oul'hiftoire Ethiopique d'Heliodo-
re 5 tant ÔC iuftement eftimée dVn chacun : dont les
Qdnze principales matières font dépeintes en quinze grands
grands Ta- Tablcaux qui font autour de cette Chambre j& en fon
feu Tcu" platfond , auec des riches bordures de ftuc , àc diuers
du Bois ornemens des Chiffres de Henry le Grand , ôc de la Rey-
Peintre
fort re- ne j Car c'a efté le feu Roy qui a fait orner entièrement
nomme, cette Chambre comme elle cft auiourd'huy , en mé-
moire de cette nailfance de Monfeigneur le Dauphin,
Tan mille (ix cens yn.
. Et de fait qu'à l'yne des extremitez de ce platfond
fe void ce Dauphin que le Roy y fit peindre, tenant yn
Sceptre d'vne main , vn laurier de l'autre , bc yne cou-
ronne Royale fur fa tefte , fouftenuë par quelques pe-
tits Amours , tandis que d'autres verfent fur luy des
fleurs en abondance. Où ie n'oublieray de dire encore,
que le lambry de cette Chambre eft parfaitement em-
belly , outre l'or qui y éclatte , de diuers petits payfa-
ges , &C autres gracieux enrichiffemens. le ne feray
point vne plus particulière defcription de ces Tableaux,
d'autant qu'il n'y a gueres de perfonnes, à qui le fuiet , ôC
l'hiftoire n'en foit connue.
TT 1> V D E T A KT E M E N T
de la Rejne.
POVR commencer à décrire ce qui eft du logement
& département de laReyne, lequel fuit immédia-
tement celuy du Roy , fuflit de dire que l'on y aborde
par deux collez : l'vn , ôC eft le principal , par l'efcalier
qui yient de la Cour de TOuale , par où l'on entre au
lardin de la Reyne : èc l'autre, celuy en fortant de la
Chambre du Roy , par où ie continuëray cette defcri-
~ ption pour fuiure Tordre de ce baftiment.
Le Cabinet O V d'abotd Ton entre par yn grand Cabinet, appel-
rcurs. le le Cabmet des Empereurs , parce que la en douze
Tableaux
DÉ FONTAÏNEBLEAV." LiVRE IL 14;
Tableaux font les portraits des douze Cefars àcheual,
au milieu defquels dans le manteau de la cheminée pa-
roift celuy de Henry le Grand , aufli à cheual , le cafque
en tefte , ôC de mefine ordre que les precedens : place
qui eftoit bien deue à fes Vertus, comme ayant eu luy
feul les mérites de tous ces grands Monarques : ce qui
m'a oblige fur cette heureufc rencontre , d'emprun-
ter , ôC accommoder à ce propos les vers fuiuans du
plus célèbre de nos Poètes , pour en honorer la mé-
moire de ce Prince»
Qtiand entre les Cefars i'apperçoù ton image y
Découuranî ton beau chefà'vn cafque reueHus
VoyeZj ce dis~ie alors , combien peut la Vertu 3
Qut fait de nofire Roy 'vn Cefar en courage,
^on peuple en ton portrait reuere ton 'vifage ,
Et la main qut naguère a fi bien combatu.
Quand iennemy par terre , ç^ par mer abbaîu^
ji la France rendit fin ancien riuage.
Ce neH: petit honneur que d'efire portrait , Sire,
Entre les "vieux Cefars qui ont régi l'Empire,
Comme toy ^valeureux, magnanimes , & iufies.
Cefigne te p romet , grand R oj 'viâtorteux ,
Puife^ue ^ifon fefleue au nombre des Augujtes ^
Queftant mort tu es fait le compagnon dTs Dieux.
De ce Cabinet l'on entre en la Chambre de la Rey-
hcj & pafTant plus outre , l'on fait rencontre d'vne Sal-
le, où eft au bout vn autre très-beau Cabinet , dont le
lambry & platfond doré eft compofé de plufieurs qua-
<lresj où font peints à fond d'or diuerfes hiftoires,pay-
fages , fleurs , hc autres femblables ornemens -, qui ren-
dent ce lieu parfaitement agréable. ,
Mais fur tout ce qui le fait confiderer , font huit „ .^'fi
grands Tableaux tout autour, qui font du feu fleur du bicàux ,
Bois , où il n'a pas moins fait paroiftre la gentillelTe de f "JJ^'^Jj^^^ft
Ton efprit, & de fon pinceau, qu'en tous les autres ou-nréduTaf>
urages , qui font & de fa main , &; de fon deffein. En °*
ceux-cy fe void l^iftoire des amours de Tanerede, ôc de
T
146 Le Trésor des merveilles
Clorinde , dont le fuiet eft pris de ce qu'-eii écrit Tor-
quato TafTo en faHierufalem deliurée : ouuragefi con-
neu , qu'il fembleroit hors de propos d'en faire vne plus
ample defcription.
Il eft bon de remarquer ., que ces departemens en
kur édifice font doubles , ayans deux corps de bafti-
mens qui fe ioignentj&; communiquent l'vn à l'autre,
èc les rendent fort commodes 5 dont l'édifice qui eft
du coftéde la Cour duDonion eft de François I. (com-
me il fe reconnoift par fes Chiffres) àc celuy qui eft du
cofté du lardin de la Reyne eft de Charles I X. ainfi^
qu'il apparoift de ce mefme cofté au dehors par Ces
Chiffres , pofez entre deux buftes de bronze.
Et font ces deux departemens fi logeables jqu'eftans
compofez de trois eftages , celuy du milieu eft occupé
par leurs Maieftez , ôC celuy d'en haut &C d'en bas font
deftinez pour les Dames d'honneur àc d'atour de la
Reyne , éc pour fes filles d'honneur , Sc fes femmes.
DE FONTAINEBLEAV^ LIVRE IL 147
DE LA GALERIE DE LA REYNE , OV
font plufîeurs Tableaux 5 contenans , les vns les
Batailles , èc Vidoires de Henry le Grand;
6cks autres diuerles fidions Poétiques.
Chapitre XV L
/. Henry IV. afakbafiir^
& orner cette Galerie,
II, Flufieurs Statues de mar-
bre blanc ornent le dehors
de cette Galerie.
JIL Diuers embellijfemens de
cette G alerte i
IV. Table au ou Je njoid la
reddition des Villes dé
Mante , & de Vernon.
V. Tableaux contenans les
amours d' Apollon ^ & ceux
de Diane.
VI. Cabinet, dit de la Volière,
A RM Y le nombre Acs merueilles de ce
Palais Royal , celle de cette Galerie n'eft
pas des moindres j qui en beauté , &; en lîn-
gulieres excellences , ofe bien difputer de
mérite auec les plus accomplies qui fe
voyent point ailleurs.
E L L E a vingt huit toifes de long , bc trois de large, i-
laquelle doit à Henry le Grand l'honneur de l'auoir afak Lftir
édifiée , ornée < bc enrichie » Tan mille fix cens , en Te- ^' ^'^^^
cette Gale-
ftat qu'elle ell : comme font foy fes chiffres qui font en ne.
diuers endroits j auec ces lettres H. D. B. àc ces au- Henry de
très M« Do M. accompagnées des armes de France ôc ^?"^i°"'--
/ 1 / iJ 1- • M Ane de
de Nauarrcj ecartelees d'autre part de Medicis, MedicU,
Cette Galerie eft baftie de pierre & de brique ^ la-
quelle du cofté du lardin de la Reyne eft enrichie par
le dehors de quati'e grandes figures de marbre blanc,
pofées dans des niches en la face , &: milieu de cet édi-
fice j l'vne reprefentant Apollon j l'autre vne Diane j la 11.
troifiémeBacchus j &: la quatrième Cerés : les deuxpre- stauiëTde
mieres modernes, OC les deux dernières antiques. Ou- m^ibre
T ij
148 l£ Trésor des Merveilles
blanc, or. ^j-e dix buftes , aufli de marbre ôc antiques, qui ornent
hors de fort la façade de ce bafliment.
cette Gale. D'yu cofté Cette Galerie tient , & eft encore du de-
lie. '
partement de laReyne,dont elle en porte aulïi lenomj
6c de ce colté cy l'on y monte par huit degrez , &; eft
fon entrée 6^ portail de marbre blanc, enriehy de deux
cornes d'abondance, &; autres ornemens 5 le tout por-
té ae deux colomnes Corinthes de marbre noir , auec
leurs chapiteaux , bafes , ÔC piedeftaux. De l'autre parc
cette Galerie aboutit à la Conciergerie, & fur le fofTé.
Vn beau lambry règne tout autour , il eft de bois
peint ^ doré , remply des Chiffres du Roy , ôc de la
Reyne,de petits Tableaux en camaieul,ôcdeplufîeurs
pots de fleurs en or.
III' Sa voûte eft extrêmement agfeable avoir dahs la
beSmés beauté de l'or qui y cclatte , ÔC des belles Peintures 6c
Galère*^ Tableaux que l'on y void en grand nombre , reprefen-
tans diuers fixions des Anciens , le plan &: l'afped de
quelques Villes , ôc payfages , ôc plufieurs crocefques ÔC
arabefques , auec diuers camaieuXi
Là font deux cheminées , où en l'vne eft ^c portrait
grand comme le naturel de Henry IV. fous la fîgur©
d'vn Mars , affis fur vn trophée d'armes 3 & fur l'autre
eft la Reyne veftuë à la Royale , fous la reffemblance
d'vne Diane j de laquelle vn de nos Poètes parle ainfiî
Maiher- t.t quand l'auraj pemp ton image ^
^"- Quiconqpie "verra cette ouurage,
Aduouèra que Fontainebleau ^
Le Louure , ny les Tmlleries,
En leurs fuperh es Galeries ^
ISI'ont point 'vn fi riche Table au.
De plus fur l'entrée de la grande porte de cette Ga^
lerie , efl encore le portrait de ce Roy en vn bufte de
firage : & à fes coftcz font deux beaux & grands Ta-
bleaux , l'vn reprefentant laTaix, le fécond la luftice:
& tout à l'autre bout de la Galerie, eftvn excellent Ta-
bieau, figurant la France vidorieufe.
DE FONTAINEBLEAV. LIVXE IL 145,
Mais fur tout ce qui rend ce lieu remarquable, iv.
eft vn grand nombre de Tableaux auec leurs bordures-, où fbToa!
ide fept pieds de haut , ôc feize de laree , dont il y en a '^ ^'=^'^'-
dix qui iont au milieu de cette Galerie , cinq de cnaqui£ ViUes de
cofté , où fe voyent les Batailles &: Vidoires de cet illu- ^eVernof.
lire Prince j entre autres celle dlury ,qui fut fuiuie in-
continent de la reddition des Vilks de Mante , èc de
Vernon fiir Seine, dont quelques Bourreois paroilTent
en ce Tableau dans les fubmiflionsdetres-humblesSu-
iets , profternez aux pieds de fa Maieflé j &: après luy
auoir demandé pardon luyprefentent les clefs de leurs
Villes 5 auec proteftation , ÔC alTeurance de leur fide^
lité.
Dans les autres Tableaux qui font de mefine gran-
deur , paroilfent diuerfes fixions des Poètes , dont il y
en a vn au deffus du portrait duRoy, qui repre fente la
Nymphe Syrinx , lors que Pan la pourfuiuant dans vii
marais , & penîant Tembraffer , il fe veid trompé , ne
trouuant entre fes bras que des rofeaux j en quoy elle
auoit efté changée par les Naiades qui l'eftoient ve-
nues fècourir. • . „
Les deux premiers Tableaux, à commencer à l'en- J-
trce de la porte du cofté du lardin de la Conciergerie, contenans
font les amours de Diane , & d'Hipolyte. Ïa' oi°on!
Le troifiéme eft Diane , qui fe vaiige d'Oenée par le & "ux de
moyen du fanglier Calydon dVne prodigieuft gran-
deur, lequel gafta les pays de ce Roy d'Etolie,pour auoir
méprifé cette Deelfe , ne luy ayant offert les facrifices
ordinaires.
Au quatrième fe void le rencontre de Diane , 6c de
lia Nymphe Califto , vue de Ces filles fuiuantes.
Puis au cinquième paroift comme cette DeefTe fe
baigne, àc contraint Califto de fe lauctjôc baigner en
fa compagnie.
En l'autre bout de cette GûenCyèC de ce mefme co-
fté , après les Tableaux des Batailles & Vi6boires de
Henry le Grand, il yen a encore quelques autres, dont
T iij
i;p Le Trésor des merveilles
en IVn eft le iugement de Midas en faueur de Màrfias
contre Apollon.
Puis au fuiuanc , comme Achille fut donné au Cen-
taure Chiron pour l'efleuer.
En après eft reprefenté la punition du Corbeau par
le changement de fon plumage de blanc en noir ,pout
le rapport qu'il auoit fait à Apollon contre Coronisi
qui fut caufe de luy auoir fait lafcher vn trait de fon
arc", qui coucha au tombeau cette Nymphe , non fans
mille regrets de cette adion trop précipitée.
Dans le Tableau fuiuant font les amours d'Apolion>
ôcde cette Coronis j ôC ainfi celuy-cy doit précéder en
ordre.
Se void au fond de la voûte, comme Phaeton monte
au Ciel reconnoiftre fon père Apollon.
Icy paroift Apollon , qui ayant vaincu le Satyre Màr-
fias > récorche attaché à vn arbre , pour s'eftre vou-
lu, témérairement comparer à luy à bien ioiier de la
flufte.
Eft reprefenté en après comme la Nymphe Clymenb
montre à fon fils Phaé'ton Apollon , ou le Soleil fon
père.
Dans le Tableau en fuite , eft reprefenté Apollon qui
pourfuit Daphné : &C là mefme comme Apollon mé^
prife l'Amour , faifant paroiftre fa victoire , & la force
de fon bras , d'auoir fceu tuer le Serpent Pithon qui pa«
roift à fes pieds.
Dans le pénultième Tableau de mefme cofté (e void
Latone , qui voulant faire boire Apollon , &c Diane , (es
enfans , elle change en grenouilles des Faucheurs qui
auoient voulu troubler l'eau : ÔC c'eft le premier Ta-
bleau d'Apollon jôi de Diane , qui tous deuxparoiifcnt
en leur enfance j Tordre de ces Tableaux n'ayant pas
efté bien obferué.
Où dans l'entrefuitte de ces me^fmes Tableaux , il y
en a d'entremeflez de couleur de lirage , reprefentans
des Dieux , àc des Deeffes des Anciens.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE ÎI. r;r
EN l'vn des bouts de cette Galerie à cofté delà Vo -^
liere,eft vn beau Cabinet auee Ton lambry,omé &:ein- Cabinet .
belly de diucrfes Peintures j ÔC de fix grands payfagesj ^'^^^ '^
où fur la cheminée eil; vn fort beau Tableau du feu
fleur du Bois > qui reprefente l'Art de Peinture &: de
Sculpture, Ce Cabinet porte le nom de Cabniet de la
Voliere^^ parce qu'il eft en partie ouuert de ce cofté-là,
où l'on void dedans , & d'où l'on entend la mélodie^ èc
le chant gracieux d'vn grand nombre d'oifeaux.
DE LA GALERIE DES CERFS , OV SE
voyent les portraits des Forefts , àc Maifons
Royales de France.
Chapitre XVI L
/, Quarante trois tejtes de \ IV. Autre Cerf qui tua, ''vn
Cerfs , auec diuers orne- des Veneurs du %.oy.
mens.
IL Cerf aijlé, T>emfe de
Charles VI. & fourquoy,
JIJ. Cerf pris en cette Foreïi
Par Loujs XIIL
V. Quinz>e Cartes en forme
de "Tableaux , chacune de
treiz^e pieds de haut , O*
'Vingt cinq de large.
f^^r'^çSk^ N confîderant les excellensôc diuers ou- i.
urages de l'Art , dont cette Galerie eft ,^^",Te*
enrichie par Tes Peintures , il y a dequoy ^^ Cerfs,
do , 1 Ml auec diuers
mirer quant oC quant les merueilleux omemcns-
effets de la nature , en la diuerfîté des
beaux bois & telles de Cerfs , qu'elle contient au nom-
bre de quarante trois j leiquels font fi bien ordonnez,
&; rangez de part &: d'autre , auec des ornemens de
feuillages d'or , bc remarquables , foit eh l'eftendue de
leurs bois , ou foit en leur forme extrêmement bigear-
re , qui monftrent le grand aagé & vieilleiTe des belles ,
faunes qui les ont portées, que l'on peut iuger de trois
ïji Le Trésor des merveilles
ou quatre cens ans, &: plus; fi tant eft que ces animaux
viuent fi long temps , comme alTeurenc ceux qui ont
/«/«»<«/ ^« -écrit des chofes naturelles-. Témoin celuy dont par-
Parali» Tn Icut diuei's Autlicurs , que Charles V I. prit en la Fo-
/«z>f»/y>/. reft de Senlis , l'an mille trois cens quatre vingts vn,
qui âuoit vn collier de cuiure doré jauec ces mots gra-
II.
&
•quoy
III.
Xleif pris
par Louys
XIII.
Cerfaific, ^g^ : C€/^r hoc me âonauït. Cefar me l'a donne. A rai-
chariesvi. fon dequoy ce Prince ( dit le Bien-aimé ) choifit alors
,^°"'^^' pour fa Deuife vn Cerf volant , ayant vne couronne
d'or au col, pour mémoire de cette prife^fiar la créance
que ce Cerr eiloit du temps de Iules Cefar qui luy
auoit mis ce collier, ainfi que plufieurs en écriuirenc
alors. Et pour caufe de ces bois &: teftes de Cerfs > cet-
te Galerie en porte le nom.
O V entre les autres s'en void vn fort beau&grand,
lequel eft le fécond en nombre , à commencer du co-
fté delà porte de la Conciergerie, que le Roy prit icy,
^ que l'on mit alors en cette Galerie j où fe lifent ces
mots écrits en lettres d'or dans vne cartouche , qui
pend au col de la tefte de ce Cerf.
-i " Le vremier tour d'Oâobre mille fix cens 'vingt fix , le
^oy prit en Ja Forefe de Fontainebleau le Cerf ^ duquel
njotcy la tefte.
De ce mefme cofté s'en void vn autre , qui fait le
quatrième , bC eft encore confiderable , tant pour fa
grandeur , que pour l'accident qui arriua en fa prife,
ainfi que porte l'écriteau qui y pend , auec ces paroles
en lettres d'or.
NLillefix cens huit, le quatorzjie'me iour d'Oéîobre yfut
latfé courre ijn Cerf dans la F are jl de Senac far le Roy^
& aux abbois tua le ieune Saind Bon , l'^n des Veneurs
de fa MaieBéjde trois coms d andouliere ^dont la tefie efi
cy-dejfm.
le. ne m'arrefteray point à particularifer dauantage la
beauté:ôt rareté des autres bois , & teftes de Cerfs:
non plus qu'à parler du kmbry de cette Galerie , le-
quel eft peint & embelly de diuers payfages ëC camai-'
eux.
IV.
Autre Cerf
qui tua vn
des Ve-
neurs du
Roy.
1
I
m
■:':(
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IL IJJ
eux. Comme auffi de Ton plancher enrichydeplufieurs
ornemens de peinture concernans la ChafTe , pour ve-
nir à la defcription â.cs Forells &C Maifons Royales de
France, très-bien reprefentées èc dépeintes àhuille fur q^^^c
la muraille dans cette Galerie, en quinze grandes Cartes Cartes en
& forme de Tableaux , auec leurs bordures , chacune Tableaux.
de treize pieds de haut , &; vingt-cinq de large.
En la première defquelles à vn bout vers la porte de
la Conciergerie, eft reprefenté cette Maifon Royale de
Fontainebleau , enuironnée du Bourg Se de la Foreft,
auec les routes, les Villages, èc autres chofes notables
qui font en ladite Foreft, laquelle contient vingt-cinq
mille neuf cens foixanteôc quinze arpents.
La féconde Carte eft le plan dc portrait de Folam-
bray , ôc de fa Foreft , qui contient 7040. arpents , où
font pareillement dépeints tous les Villages, Hameaux,
maifons , &: routes qui font dans fon pourpris 5 ce qui
eft ainfî de toutes les autres Cartes fuiuantes.
Onvoid en la croiftéme la Ville &c la Foreft deCom-
piegne, qui contient vingt huit mille arpents.
La quatrième Carte reprefenté le Chafteau, le Bourg
èc la Foreft de Villiers-Cofterefts de 2,4556. arpents.
Suit après la cinquième Carte & portrait de la Ville
£>C Chafteau deBlois , auec fa Foreft , dont le parterre
6c eftenduë eft de 6750. arpents.
La fixiéme eft la Ville &; Chafteau d'Amboife , auec
le plan 6^ portrait de fa Foreft, de 4015. arpents.
Dans la feptiéme fe void le plan ôc portrait du Cha-
fteau de Chamborg auec fon Parc, qui contient en fon
parterre 4803. arpents.
Puis en la huitième eft le plan &c portrait du Cha-
fteau de Saind Léger , ôc de la Ville de Montfort , auec .
fa Foreft, de jojo. arpents.
La neufiéme Carte reprefenté Charles- Val, Chafteau
commencé par Charles IX. dont il porte le nom , èC
qui eft demeuré imparfait, ô^ a vneForeft,laquelle con-
tient 17800. arpents.
V
1/4 Le Trésor des merveilles
En la dixième Ce void le Chafteau 6c Bourg de Mon^
ceauXjVne des plus belles &; agréables demeures de nos
Roys, qui eft adiàcence aux bois deMeaux,dics autre-
înent la Foreft de Monceaux , de 2,000. arpents , laquelle
cftauffi dépeinte en cette Carte.
Dans la onzicme eft le plan ÔC portrait du Chafteau
de Verneuil , auec la Foreft de Hallatte , qui contient
en Ton parterre 898e. arpents.
Suit en après la douzième , contenant le plan bc le
portrait du Chafteau de Madrid , & de Ton Parc , dit au^
trement le Bois de Bologne, de 430J. arpents.
En la treizième &; dernière Carte qui fuit les autres,
& eft au bout de cette Galerie , répondante à celle~de
Fontainebleau , eft pareillement le plan ÔC le portrait
desChafteaux de Sainâ: Germain enLaye, auec faFo*
reftjde 5019. arpents.
Reftent les Maifons Royales ScChafteaux du Bois de
Vincennes , èc du Louure , dont les plans & portraits
font dépeints dans la mefme Galerie du cofté du lar-
din , où le Chafteau &c Maifon du Louure fe void entie*
rement reprefenté auec fon pourpris, ainlî qu'il eft pro*
ietté dans fon delfein ; dc c'eft tout ce qui eft de cette
Galerie,
I
DE FONTAINEBLEAVJ LîTRÈ IL Ijj
DE LA GALERIE DES tHEVREVLLSj
àc de la Volière.
C H A î> I T RE X V I I L
/. Sept grands T^ahleaux
auec diuers enrichijfemens,
le tout fait fim Henry le
Grand»
IL Sept fortes de Chajfes icj
reprejentées. \ V. Ses Eloges.
IIL Vingt quatre iefies dt
Cheureuils dans cette Ga-
lerie.
IV, La Volière bafiie fom
Henry IV.
Es deux pièces fort belles & agréables pu- ï _,
blient encore hautement la louange im- Tableaux
mortelle de Henry le Grand , lequel les a J"^^^.^|J^"^
fait édifier , & orner ainfi qu'elles font 5 où inens ; le
en cette Galerie ( qui eft entre le Pauillon fou^Henry
des armes & la Volière , & regarde le Leuant) fe void le Grand.
par tous fes Tableaux le portrait de cet illuftre Monar-
que veftu en Chaffeur , ôc accompagné de quelques Sei-
gneurs hc de iç,^ Veneurs, Prince , qui après auoir donné
la chaffe aux ennemis de fon Eftat , & rangé fes Suiets
rebelles à la raifon, commençant vn peu à relpirer, &
gouller les fruits de fes trauaux paffez ,&cultiuant les
fruits de la Paix , fe mit à fe diuertir parmy les exerci-
ces de toutes fortes de Chaffes , lefquelles font icy dé-
peintes en fept Tableaux , chacun de douze pieds de
haut , 6c vingt de large. , , ..
D A N S le premier , à commencer du cofté dudit Pa- g^J^. \^^^^^
uillon des armes, eft reprefenté la Chaffe du Loup, de chafles
Au fécond fe void la Chaffe dit Sanglier, fenS^
Le troifiéme contient la grande Chaffe du Cerf.
La mefine Chaffe fe void continuée au quatrième Ta-
bleau.
Puis au cinquième la Chaffe du Lièvre auec les chiens
eouransi
V ii
i]6 Le TRESOR DES MERV.' DE FoTsiT. Livre IL'
En après au lîxiéme la ChalTe du Renard.
Et au feptiéme 6c dernier paroift la Chafre,&; vol de
i'ôifeau 3 toutes lefquelles Chaiïes font parfaitement
bien reprefentées.
-, ^"' Cette Galerie porte le nom des Cheureuils, à caufe
vingt qua- , , . -, ^ , i n r
tre reftcs des DOIS 6c dcs tcltes de ces beltes rauues , au nombre
ureu^is tn ^^ vingt quatrc , qui y font pofées contre la muraille de
cette Gale- part &C d'autre. Il y a encore dans cette Galerie vn beau
lambry peint , & diuers autres petits ouurages de Pein-
ture , qui embelliffent fort ce lieu. Outre fix buftes^n-
tiques de marbre blanc, qui font par le dehors en la fa-
ce de cette Galerie, qui eft partie de pierre de taille, ôc
partie de brique.
r> E L A VOLIERE.
TO V T ioignan-t ladite Galerie eft la Volière , de
mefme ordre &: de melme matière. C'eft bien l'v-
ne des plus belles ô£ des plus grandes qui fe voyent,
ayant trente toifes de long , 6c trois de large : dans le
milieu eft efleué vn grand Dôme , qui l'enrichit mer*
ueilleufement.
Sous ce Dôme eft vn beau & grand rocher d'artifî^
ce, d'où fortent diuers iets de fontaine, qui ialliffent &
vont ruiffelans le long de cette Volière dans de petits
canaux de pierre 5 duquel fe void icy la figure qui fuit.
■ JDosj-eOc-altr >
%j8' Le Trésor des Merveilles •
Là l'on ^oiddes oifeaux de diuerfe feintun^
Dont le njol efi home d'^ne riche clofture ,
démentir far leur chant , ceux qui contre raifih
Soufliennent quil nefi point d agréable prifin :
Dans lerejfentiment de leur bonheur extrême ,
Leurs nœuds leur font plus doux ^ que la liberté mejme i
Et ie crois en effet que ce lieu de plaifr,
^e les retient pas tant que leur propre defir.
Car à n'en point mentir, c'eft vn lieu fort gracieux^
où font renfermez vne infinité d'oifeaux de toutes for-
tes, qui par leur chant mélodieux femblent témoigner
eftre fatisfaits de cette riche , & Royale demeure.
IV. O R pour marque immortelle que Henry le Grand â
fcaftTc°'ar t)afty cette Volière làjaudefTus du rocher fous ledôme^
Henry IV. fc void en lettres d'or ee Chiffre ^
H. IV. D. G. F, R.
Et pour plus grande mémoire, font dépeints au co-
fté droit deux Anges qui tiennent des fleurs jôi au deP
fous font ces vers :
"v! — i^ot populos 'viBor iufio Rex marte Juhe^it ^
Ses Eloges. RegiHs ijte tenet quotfihi carcer aues»
Ainfi traduits ï
'jiutant que cette belle , & royale prijon ]
Te peut montrer d'oifeaux de dtfferens plumages]
autant ce Roy vainqueur dans fit 'verte faifon ^
A iufiement fiiufmis ie rebelles courages.
A l'autre coflc fe voyent auffi deux autres pareils
Anges tenans des fleurs , & ces vers au delTous ;
^jm lanumclaufifvolucreshic ^onteredufiis
Detinet^ aternum quAfiiafaêta canant.
DE FoNTAiNEBLEAfw Livre IL' ij^
Ce qui fîgnifie en noflre langue :
Ce grand Roy qui ferma le temple de la guerre ,
Enferme dans ce heu des efeadrons aijîezj^
Qui chanteront toufioursjes exploits Jlgnaleztl
Et fe feront oùjr des deux bouts de la terre.
Et au defTous de ces vers de part &: d'autre , font
deux grandes figures peintes par le feu fîeur du Bois |
i Vne figurant Apollon , & l'autre Diane.
Il eft à propos de remarquer auffi , que hors du dôme
de cette Volière par dedans le lardin, il y a vn beau &
grand bufte de marbre blanc au deifus de la porte 3 re-
prefentant le portrait de Henry le Grand*
^ii-^U
i6o
Le Trésor des merveilles
DV lARDIN DV ROY, ET DE
£cs Fontaines,
Chapitre XIX.
/. LeEoy François I. a fait
drtjfer ce lardm.
IL Riche , & belle Statué de
Cleopatre, ' -_ ■ '
m. Henry le Grand a em-
beUy ce îardm des Tontat"
nés qui s'y njojent. '
/F". La première Fontaine
appellée le Tibre , enrichie
de dîxhmt iets d'eau.
F't La féconde Fontaine de
ce Iardm,
VI. La troifieme Fontainel
Vil. La quatrième Fontaine,
V ilLLacmqméme Fontaine.
IX. Lafixieme Fontaine.
Le Roy
François I.
a fait dref-
fer ce Jar-
din.
II.
Riche &
belle Sca-
O M M E ce Chafteau Royal eft des plus re-
marquables à caufe de fa grandeur , du
nombre de fes baftimens , bc de Tes rares
Peintures j aufli Teft-ilpour l'excellence de
fes lardins, de {.ç,s Parterres, de fes Canaux,
hL de fes Fontaines. "
Quant auxiardins, le premier eft celuy que l'on ap-
pelle le lardinduRoy, autrement dit le grand lardinj
parce que en fes diuers Parterres de buys, en fes rares
Fontaines , &: Allées en palliffades , il a cent nouante
fcpt toifes de long, &; cent foixante ôc quatre de large.
Le Roy François L l'a fait drelfeF.,ÔC enuironner de
murailles , auec vne grande terraffe«oute de pierre, la-
quelle commençoit depuis la Chapelle haute iufques
auPauillon, qui eft à l'vne des extremitez d« ce lardin
vers l'entrée du Parc \ de laquelle il n'en refte plus qu'vn
bout , parce que le feu Roy Henry le Grand l'a fait dé-
molir en partie pour agrandir la Cour de l'Ouale , ôc
baftir vn cofté de la Cour des Offices.
En ce lardin fe void vne très-belle &: grande figure
de bronze, qui reprefente Cleopatre 3 & tout proche eft
vn
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE ÎI. i6î
vn auge de marbre blanc , où font des trophées d'ar-f^è de
mes en bafle taille 3 ce qui a feruy de tombeau à quelque ^^^^"^'
Ancien.
Là au milieu de ce lardin font trois beaux &C grands
canaux reuejftusde pierre, lefquels font remplis de poif-
fon.
Il y a de plus quatre Pauillons aux quatre coins , qui
luy donnent bien de l'ornement 5 defquels il a eitc
defîa parlé.
Mais il faut aduoUer que Henry le Grand n'a pas ^^^/\
moins contribué que François I. à l'embelliiTement de Grand a
ce lardin , pour l'auoir cnrichy de cinq belles Fontai-^â'îjin des
nés èc iets d'eau , defquelles voicy la defcription 5 outre Fontaines
Vne fixiéme, qui y eftoit défia dés long temps. v'»yenu
X
'ÎV.
ij6 Le Trésor des merv. de Font. Livre IL
DE LA PREMIERE FONTAINE,
appellée le Tibre.
CE T TE première , &; principale Fontaine eft ail
milieu de ce lardin , pofée en vn grand quarré
qui eft encre les canaux. L'on l'appelle le Tibre àcaufe
dVne-fort grande j bc excellente figure de bronze , la-
quelle reprefente ce fleuue, fous la forme dVn homme
couché , &: par le moyen d'vne Louue qui ialkiâre Re-
mus ÔC Romulus 5 le tout pareillement de bronze , &:
qui eft ioignant cette première figure, laquelle tient
vne corne d'abondance , d'où fort vn très-beau iet
d'eau, ôceft pofée fiir vn rocher fi bien trauaillé, qu'il
femble comme naturel.
Autour de ce Tibre , &: principale figure , il y a qua-
torze iets d'eau 5 &; de plus quatre autres figures de
bronze aux coins de ce rocher , deux defqueHes repre-
fentent des Cygnes ^ ôc les deux autres des Dragons >
toutes verfent«de rçau en abondance , & font au mi-
lieu d'vn bafliii quarré de pierre, quia fix toifes de dia-
mètre , autour duquel règne vne balluftrade de mefmc
maticrej enrichie de marbre: &:fur les quatre angles dé
ce baffin fe voyent quatre grands vafes de bronze , qui
verfent l'eau dans autant de coquilles de pierre j le tout
pofé dans vn autre grand quarré , enuironné fembla-
blement de balluftres : ce qui embellit merueilleufc-
ment ce lardin, ôc qui le rend vne àcs belles chofes qui
fe voyent gueres : fommeque cette Fontaine a dixhuit
iets d'eau, dont voicy le portrait , où n'eft pas reprefen-
tcc la dernière balluftrade.
3
\S-
V.
^ié4 Lh Trésor des merv. de Font. Livre IL
LA SECONDE FONTAINE
de ce Jardin.
CETTE Fontaine <lVne façon ruftique , eft dans le
Parterre à l'entrée de ce Iardin,vers laTerrafle 6C
le Pauillon, qui regarde la grande porte duParc. C'efl
vn grand iet d'eau, d'où en fortent quatre autres, qui fe
déchargent dans vn baffin, d'où découle l'eau par huit
endroits , ^ retombe dans vn autre plus grand balTin
par autant d'endroits j puis fe décharge dans le grand
&: principal baffinfait à huit angles, d'où fortent enco-
re huit grands icts d'eau j lefquels derniers ne vont pas
d'ordinaire , mais feulement quand il plaift à celuy le-
quel a la conduite des Fontaines. Ce qui eft pareille-
ment des autres iets d'eau, qui font aux angles desFon«
taines fuiuantes. En voicy la figure»
■^r
\~.ecj fflunetorAavnc cnRushautà^i eà dans u aram Jardinait
uuiiU maison i( fmiairu PelcauLaaucllc ci àud vurîrail Maraiié G-
VI.
i66 Le Trésor des merv. de Font. Livre I L
L^ TROISIES ME FONTAINE,
CELLE çyn'eft pas moins confîderabîe, que les pré-
cédentes j elle fe void dans le Parterre du cofté de
la porte du lardin , qui répond à l'entrée de la porte
dorée,paroù ronpafTeenlaCour duDonion:vn grand
iet d'eau qui fort cï'vn pot de fleurs de bronze en eft la
première beauté 3 de ce pot ruifTellent quatre autres
iets,qui tombent dans vn bafTm de pierre, àc de là re-
tombent dans vn plus grand , qui eft fouftenu de qua-
tre confolcs j puis fe déchargent dans vn autre bafîin ,
<^ui eft le principal fait à angles 5 d'où fortent encore
quatre iets d'eau , ainft que rep refente cette figure.
Jr 'raytcim ■ Jnucn
X
^ V
A.
r*?^;
:£ir
i68 Le Trésor des Merv. de Font. Livre IÎ.
T[r LA Q^VATEIESME FONTAINE,
L' On void cette Fontaine dans l'vn des quarrez de
ce lardin du cofté du Parc , vers le Pauillon de
• Monfeigneur le Prince : elle eft dVne manière ruftique
fort agréable , compofée de quatre baffins de pierre ,
fouftenus l'vn fur l'autre , d'où découle l'eau tout au-
tour , auec vne diftance proportionnée à la grandeur
de chaque baflin j en forte que le grand iet d'eau de
cette Fontaine tombe de l'vn à l'autre , d'autant qu'ils
ne font pas égaux en grandeur 5 mais le premier,&:plus
haut 5 eft plus petit que le fécond j celuy-cy moins que
le troifiéme 5 & le troifiéme beaucoup moins que le
quatrième , & principal , où retombent toutes les e^ux.
En voicy le portrait»
s
r
LA
(HI
■ cJ- dc/t-a
anciniJniun
rLiOsneS tx'Xv ■
17© Le Trésor des merv. de Font. Livre IL
yi"- LA CINQ^VIESME FONTAINE.
D
d'eau.
V codé de la Capitainerie , & vis à vis eft cet-
te cinquième Fontaine 3 compofée dVn beau iec
r.lfH
• MUi.
■ JLoi
05 se
■jeu-'
J72. Ï-E Trésor des merveilles
IX. LA SIXIESME FONTAINE.
IL y a encore dans ce nr-efine lardin vne autre Fon-
taine, qui n*a pour tout ornement quVn grand baf-
fin quarré de pierre 5 mais laquelle iette vn gros bouil-
lon qui forme vnc façon de vafe d'eau : elle eft à l'en-
trée de la porte qui regarde celle de la Cour du Don-
ion. Et font toutes ces Fontaines de l'inuentioUjôcde
la conduite du Sieur de Francine , que le;Roy Henry le
Grand fit venir de Florence pour les dreffer , &: toutes
celles qui font icy ,au^c les Grottes de Sain^ Germain
^n Laye»
DE FONTAÏNEBLEAV, LîVRE IL
173
DV lARDIN DE LA REYNE , DE LA
Fontaine , èc des Statues qui fe voyent
en ee lardin.
Chapitre XX.
/, Le lardin de la Rejne^
autrefois appelle le lardin
des Buy s»
IL De la Fontaine de la
Diane,
ÎÎL Belle Statué d!vn ieune
homme fe tirant 'vne épine
d^'vn pied.
TV> Autre riche Statue re--
prefentant Laocoon.
y. Vers excellens en la re-
commendation de ces Sta^
tues,
VI. Toutes ces Statues & Fi^
gure s faites fous la Regen-
ce de Catherine de lldedicis.
E fécond lardin coniîderable de ceLieU^ i-
eft celuy que Ton appelle le lardin de la de^aRey-
Reyne , qui autrefois eftoit nommé le ^^. > ^"^"-
lardin des Buys , à caufe de fes grandes lé ic lardm
& hautes pallilTades qui en font faites : il ^"^."P-.
cft tout enuironné de baftimens , ayant la Galerie de la
Reyne, 6c celle des Cerfs auLeuant j les Departemens
du Roy , ôC de la Reyne , &: la petite Galerie de Fran-
çois L au Midy ; l'Eglife de la Sainâ:e Trinité , &: la
Galerie des Cheureuils au Couchant 3 & la VoHere au
Septentrion.
Son eftenduë eft de trente toifes de long , ôc vingt-
huit de large.
"]
IL
1^4 Le Trésor des merv^ de Font. Livre it.
2?£ LA F O N i: A I N E
de la Diane,
AV milieu de ce ïardin eft vne belle Fontaine, que le
feuRoy yafait drefTer auecvn grand baflin rond,
dans lequel eft efleuée fur vn haut piedeftal vne riche
Statue de bronze de cinq pieds de haut , reprefentant
vneDianeicelle-cyà efté moulée fur l'original de mar-
bre , qui eftoit en ce mefme lieu&: ïardin 5 & que Hen-
ry le Grand faifant édifier cette Fontaine, a fait trans-
porter àParis au Cabinet,&: Salle des Antiques du Lou-
ure : laquelle figure l'on tient eftre lamefrnejqui eftoit
autrefois âu Temple de Diane d'Ephefe, tant célébrée
parmy les Anciens , à caufe des Oracles qu'elle rendoit,
ou pluftoft les Démons par icelle. Au bas de cette Statue
font quatre grands Chiens de bronze , aux quatre coins
de fon piedeftal 3 &: plus bas fortent quatre tcftes dé
Cerfs de mefme matière , qui verfent l'eau par la bou-
che, laquelle tombe dansvn grand baflin rond, auquel
l'on defcend par fix degrez. £a vôicy U figure.
L-f cy es^ la Joniainede
aH-^neu fAaraué B auipArau de
^ de franam J\
num
roosse 0 cul
I.
III.
Statue du
Tireur de-
pincr.
IV.
Statue de
Laocoon.
Virgil. 2.
%/£nàd.
Y.
Vers cxcel-
Icns en fa-
ueur de ces
Figures.
Monfteur
Bertaud
EuefqHe de
Se'ss.
VL
Ces Sta-
tues faites
fous Ca-
therine de
Medicis.
iy6 Le Trésor des merveilles
T O V T proche cette Fontaine eft vne Statue de bron-
, ze , qui reprefente vn ieune homme , lequel fe tire vne
cpine dVn pied ^ dont l'original de marbre blanc eft
dans leCapitole à Rome.
E N ce mefme lardin eft encore vne grande figure
de bronze g reprefentant Laocoon auec Ces deux en-
fans, que des Serpens eftraignent&entrelaffent, dont
l'accident eft fî bien décrit par le Prince des Poètes La-
tins : c'eft vne pièce des plus rares qui foient auiour-
d'huy , & qu'vn de nos plus célèbres Poètes ayant
Bien coniideré , auec les autres Statues &c Figures qui
font dans le grand lardin , fut fi viuement touché de
ces rares ouur âges, qu'ils luy firent aulîi toft prendre la
plume, pour en pubUer les mérites par ces vers-
^oj qui 'vis affamé àe 'voir'vn bel ouur âge,
Ajfoum maintenant ta genereufe faim ^
Voicy les pins beaux traits, dont le cizjeau Romain g
Ou la fonte Gregeoifè ait orné le 'vieil âge.
Là de Laocoon la douloureufe rage,
Tait plaindre le met ail par ^n art plus qtihhmam^
Icy git Cleopatre , 6 ! qu'aune doéfe main
A viuement portrait la mort enfin 'vifàge.
Là Diane chemine , icj le ^ibre ondeux,
Verfi Jèsjîots de bronzée , arreftant auprès d'eux
Le pajfant transformé de merueille en Statué ,•
AuJ?i rauiroient-ils te^rit le plus brutal :
Et qui nefi point émeu à^'vnejirare 'veué.
Il eft certes comme eux , de marbre , ou de met ail.
To VTES ces Statues & Figures publient l&s foins
& la magnificence de laReyne Catherine de Medicis»
qui prit vn grand plaifîr à orner cette Maifon Royale
fous fa Régence , OC la minorité des.Roys François IL
& Charles IXo
Dy
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IL 177
DV lARDIN DE L'ESTANG , ET DE
celuy des Pins.
Chapitre XXL
L La longueur , & largeur
de ce premier lardm^ drefé
foHsHenrylV,
II. Statué d'Hercule faite
par Mtchel Ange.
III. Autre lardm drefé pat
François L
IV. Allée R oyale^ ou fa Ma-
iejlé touche les malades des
écroùelles.
V. Petit Faiùllon , ou font
quelques Tableaux du Sieur
Roujfe.
VI. UEfiang , & fin eften-
due.
E premier lardin prend fon nom de ce ^j ,
qu il eft bafty dans TEftang de ce Cha- gueur, &
fteaui il eft tout reueftu de belle srefTerie, ^^'^^^'^^
' 0 ' ce premier
auec vne muraille d'appuy tout autour , ôC larâm , ,
1 on y entre par vn petit pont de bois, oa Henry iv\
forme efl quarrée , ayant trente quatre toifes de long,
& autant de large j lequel eftdanslafpedde la Cour de
la Fontaine. C'eft ainii que Henry le Grand l'afait dref-
fer auec quatre beaux quarrez de parterre de buysjl'an
mille cinq cens quatre-vingts quatorze , quand il £c
cdifier la grande TerrafTe.
Ce qui rend fur tout recommandable ce lardin, eft 11.
vne très-belle ôc grande Statue de marbre blanc, qui /Hercde
reprefente Hercule , que le feu Roy ayant trouuée en ^^«e par
ce Chafteauy fit dreffer & efleuer fur vnpiedeftal. Elle AngJ
eft de Michel Ange, laquelle il fit à Florence dans le Pa-
lais de Strozzi , &: qui fut apportée en France par le
•Sieur lean Baptifte délia Palle , de l'vne des meilleures
familles de cetceville là,ôC fut prefentce au Roy Hen-
ry IL
178 Le Trésor des merveilles
DV lARDIN DES TINS.
in. /'^V ANT au lardin des Pins , il eft ainfi dit àraifoii
din^dreffé' V ç,^^ quantité de ces arbres dont il eftoit remply
par Fran- auttefois , &C a efté dreffé par François I. lors qu'il fit
baftir la grande Galerie, laquelle a fon afped defTus , du
cofté duMidy.
Son eftenduë ou longueur eft de cent foixante toi-
fes , èc quatre-vingts de large.
IV. A l'entrée de ce lardin du cofté de la Cour de la
aieToùfa^ Foutaiue 5 eft vne très- belle , & grande allée le
Maiefté {one dc TEftaue , plantée * la ligne de fort beaux èC
touche les & c> ' ^ 11 > 1, » Il / T. ï
malades grauds arbrcs , ôcl appelle-t oui Allée Royale 5 ouparce
ciics^"°" qu'elle eft la plus grande, & la plus large de toutes , èC
aufli l^en la plus agréable 5 ou d'autant que c'eft en ce
lieu que le Roy a couftume de toucher les malades des
écrouelles , quand fa Maiefté s'employe icy à cet ade
de Pieté , &; vrayement Royal. Cette Allée a cent foi-
xante toifes de long , & cinq àc demie de large.
Tout ioignant eft vn Canal de mefme longueurarc-
ueftu de pierre, & remply depoiffon.
Il y a là encore plufîeurs belles allées , 6^ vnriche par-
terre de buys , où font quelques Cèdres , ôc vn Plane,
arbre qui n'eft pas commun en ce pays j autour de ce
parterre font quatre grandes, ombelles allées enpalliffa-
des, taillées en forme d'Architedure. Et pas loing de
là eft vne belle, &: grande Fontaine quarrée , ou fource
d'eau , toute reueftuë de pierre , laquelle fe décharge
dans vn petit eftang tout proche,
v. I L ne faut icy oublier, qu'à l'vn des angles de ce lar-
din au bout de la grande Galerie, eft vn Pauillon quar-
font quel- ^^ drcffé par le,grand Roy François , comme il paroift
bieauxdu par fes Chiffres ,ôC fa Deuife , auquel font deux grands
SieurRouf. Xablcaux , peints à frais par le Sieur Rouffe , où font
reprefentées les amours dc Vertumnus , SC de Po-
mone.
Petit Pi'
uillon où
DE FONTAÏNEBLEAV. LIVRE IL 179
Tout au bout ioignant ce lardin eft à coflé vne au-
tre grande Allée plantée à trois rangs d'arbres, laquel-
le regarde dVne part fur le bout de TEftang au Septen-
trion , &C de l'autre au Midy , vers vne Allée toute de
Meuriers blancs, qui eft enuironnée d'eau par deux ca-
naux, tout reueftus de grefTerie, &; remplis de poifTon.
Cette première Allée eft nommée l'Allée Solitaire, ou
du Chenil, parce qu elle y aboutit, ôc que cet Hoftel a
vn des coftez de Tes baftimens qui regarde defTus j èc
l'autre porte le nom des Meuriers , dans laquelle l'on n'y
peut entrer que par deux petits ponts , qui font à {es
deux extremitez.
Q^A N T à l'Eftang de ce Chafteau -, il eft fîtué entre vi.
lefdites Allées Royale, du Chenil, & celle delà Chauf- ,tl'l'",f^.
fëe ; lequel a cent cinquante toifes de long , dc cent<i^i^'
quatorze de large : au milieu eft vn petit Pauilion rond
couuert en terraffe , &: enuironné d'vne balluftrade de
pierre : là eft vne Salle qui fert à prendre du frais l'E-
iléjdc ie recréer au milieu des eaux.
î8o Le Trésor des Merveilles
DV lARDlN, OV BOIS DES CANAVX;
& de celuy des Fruits ; enfemble du Mail , ô£ de la
Fontaine , qui a caufc le nom à ce Lieu de Fontai-
nebleau.
^ Chapitre X X I L
'Jo Ordre , & fiite des lar- ' II L Le Mail.
dins, IV. Fontaine de Fontaine^
IL Longueur y& largeur du hleau.
premier (^ Jècond lardin.
' IS^M^Sjf E i"^'cft p^s feulement le nombre des
Ordre, & Wi^^^^Ê b^^^^^^i^^J^sïardins,qui rend cette De-
["'ï *^" K ^81^^^ meure Royale fort accomplie , auec fes
' ^^^^^^^ autres merueilles , mais encore cette par-
*^^S^^^» ticularité , de ce que ils font tous dVne
mefme fuite èc contigus , &c fous vn mefme circuit , Sc
enclos de ce Chafteau , palTant des vns aux autres par-
my vnc agréable diuerfité : laquelle a cela encore de re-
marquable, qu'en quelque faifon, & quelque temps que
ce foitTon y peut facilement aller àc fe promener fans
y receuoir aucune incommodité du chemin , àcaufe du
terroir fabloneux j qui y tient toufîours le pied fec , &
la route agréable.
Quant au premier lardin , l'on y entre par celuy des
Pins 5 auquel il aboutit d'vn cofté , paflant entre deux
beaux canaux où font les Truittes , àc qui en porte
aufïi le nomj& l'appelle-t'on le lardin ou Bois des Ca-
~ naux, parce qu'il ell remply de grands arbres , qui for-
&iaf "eur' ment comme vn petit bois d'vn cofté ; èc d'autant auiïi
du prc- qu'il eft diuifé de plufieurs canaux remplis de poiifon,
wndtar^r 4^^ compofent quatre grands quarrez, comme parter-
din. res verds j le tout montant à quatre-vingts huit toifes
de long, ôc feptante deux de large.
DE FOKTAINEBLEAV.^ LiVRE IL. i8e
Et au bout de ce lardin il y en a encore vn autre, le-
quel a quatre-vingts quatre toifes de long , &C quatre-
vingts de largejque l'on appelle le lardin des Fruits,par-
ce que il eft planté de plulîeurs arbres fruitiers. Le feu
Roy fît dreffer ce lardin, &; prenoit vn grand plaifîr à
faire cultiuer fes arbres o ^
A cofté de ces deux lardins, qui regarde le Midy, ^^^r
eft le Mail , lequel a trois cens toifes de long , &c trois
de large, dont rallée eft parfaitement agréable pour la
beauté de fes arbres, qui à leur fommet venans comme
à sVnir enfemble font vne forme de berceau tres-gra^
cieuXj où l'on y goufte le frais àplaifir au fort des cha-
leurs. Il s'en feroit pu faire vn plus grand en ce lieu,
mais non pas ft commode que celuy-cy,qui fe rencon-
tre Il bien à propos dans l'enclos de ceChafteau, corn*
mençant à l'entrée de l'Hoftel Ô^ Département du Che-
nil, &c finifTant au bout du lardin à fruits.
DB LA FONTAINE
de Fontainebleau.
COMBIEN que nous mettions cette Fontaine
comme la dernière en ordre des belles chofes re-
marquables de cette Maifon Royale j ce n'eft pas que ce
ne foit ce qu'il y a de plus ancien,puifque elle a donné,ou
pluftoft occafîonné,de faire porterie nom à ce Lieu, ôc
ce qui a inuité en partie d'y baftir , ainfî qu'il a efté defîa
dit cy-deuant , où nous auons remarqué , que c'a efté
Henry le Grand qui l'a fait dreifer ôc orner comme elle
eft auiourd'huy, eftant auparauant en forme d'vne pe-
tite grotte. Or ce qui eft caufe , que ne fuiuant pas Ion
antiquité nous luy donnons cet ordre pofterieur , eft
pour n'interrompre cette fuite , Ô»: la faire voir en fon
propre lieu, àc en fes accompagnemens*
Elle eft ioignant le lardin, ou Bois des Canaux, en-
tre celuy-cy , 6c vn autre petit lardin à fruits, ô<: feva
déchargeant dans le canal des Truittcs j fa fource eft
Z iij
lY,
i8x Le Trésor des merveilles
baffe, où l'on defcend par trois degrezjmais foneaueft
belle àc agréable , enclofe d Vn balTin de huit pieds de
diamètre de pierre , à huit angles , enuironné dVne bel-
le Architeâiure de pierre de taille , qui la couure en
partie, auec plufieurs niches , dans lefquelles font des
lièges de mefme matière , d'où l'on a le plaiiîr de con-
templer à couuert cette fource, &; lavoir ruiffeler 3 qui
n'efl pas vn petit contentement , parmy vn nombre
prefque infiny de merueilles de ceSeiour Royal: où il
faut aduoiier que la beauté , &C les délices font Ci gran-
des, qu'il n'eft pas inconucnient de croire, que plufieurs
s'en trouuans infenfiblement charmez , n'y vouluffent
cftablir leur fouueraine félicité , fi par vn contrechar-
me l'on ne leur mettoit en ieu aufli toft ce petit mot
<l'aduis:
'Malherbe. Voit-tH Payant I couler cette onde
£t s'écouler incontinent',
[Ainfi fuit la gloire du Monde]
Et rien que Dieu, n'efifermanmtl
t)E FONTAINEBLEAV^ LiVRE IlJ
i8)
DV PARC ET DE SON CANAL , àCc.
Chapitre XXIII.
/. Henry le Grand a fait
drejfer ce Tare i6oy,
II. tlufieurs allées , &. au-
tres àtuerfitez^,
211. Vne belle & grande Fon-
taine 3 OU abouttjfent huit
allées.
IK, Canal ^ l'vn des ^Im
conjiderahles quifinjoyenp]
V» Deux Fontaines iatUif-
fantesaumilieudece Canal,
VI. Logis 3 dît les Heronie-
res,
VII. Celuy dit la Mi-'voje^
VI II Lieu ou font diuerjes
fortes d'oifoaux.
A N T de fîngularitez , & tant de diuer-
tiiTemens fe rencontrent dans l'enclos de
ce Parc Royal, qu'en fa defcription il faut
que i'aduouë , que le mefme accident
m'arriucjqu'autrefois au fameux Apelles,
tirant le portrait de Compafpé par le commandement
du grand Alexandre 5 où autant de traits de beauté de
cette Dame qu'il traçoit auec fon pinceau , luy eftoient
autant de charmes, qui l'engageoient à fon amour : car
il eft vray qu'il faut eftre tout àfaitpriuc de fentiment,
& auoir les yeux bandez , ou il faut franchement con-
feffcr , qu'autant d'allées , & d'autres telles merueilles
qui s'y voyent , auec fon Canal , font autant de char-
mes qui gagnent les cœurs , bc les afFed:ions ; &; ic m'af-
feure qu'il n'y auraperfonne, qui après auoir biencon-
fideré ce lieu , ne fe fente obligé à publier hautement
auec moy cette vérité. Ce Parc a fon entrée princi-
pale qui regarde le Soleil couchant , & n'eft feparé de
ce Chafteau , ôc du lardin du Roy , que par vne rue qui
'vient du Bourg , bc va en la campagne , & àla Foreft.
Henry le Grand l'a fait entièrement dreffer Tan i-
1607. auec fes belles allées , fon Canal, ÔC le tour de fes gS
Henry le
i8-4 Le TresoPv des merveilles
fait drcfler lYiurailles j où il pi'eiioit vn extrême contentement , &
ïLj"^ vn foin merueilleux à faire aduancer cet ouurage , c^u'il
a veu acheué.
Ce lieu a fix cens cinquante toifes de longueur , èc
___ quatre cens de large.
piufJurs La première chofe coniîderable qui s'y void à fon
allées, & abord , eft vne grande Allée à quatre rangs dypreaux
uerfitcz/ dreffez à la ligne , laquelle a fîx cens toifes de long , ôC
quatorze de large , y comprenant les deux petites qui
l'accompagnent de part ôi d'autre , ôc de mefme lon-
gueur.
Tout ioignant à la droite de cette Allées eft vn petit
boccage remply de viuesfources d'eau j le tout qui rend
ce lieu agréable , & fort délicieux.
Et à gauche , il y en a vne autre très-belle , qui
fe void pareillement dés l'entrée de ce Parc , laquel-
le eft dreffée en palliffades de fept à huit toifes de
haut , ôc a fix cens quarante toifes de long , ôc cinq de
large.
Au milieu de laquelle eft vne place ronde de quinze
toifes de diamètre , où aboutiffent huit autres allées,
toutes en palliflades comme la précédente j & cette
place s'appelle l'Eftoille , à caufe de fcs angles, dc defes
allées, qui font cette figure,
m. La tout au milieu eft vn baffm rond de piètre , de
&'^rande' vingt-quatrc pieds de diamètre , auec vne Fontaine èc
Fontaine, iet d'cau, Icquel en contient quinze pouces , & iette &C
°5rent°hûit pouffe fou eau dix-huit pieds de haut : 8>c ce qui le rend
allées. encore fort remarquable eft qu'il fe fait voir de toutes
ces allées , qui ne font pas feules j car il y en a encore
vingt qui trauerfent ces huit grandes ; fomme que les
allées en palliffades , montent à dix mille cent quatre-
vingts deux toifes.
Dans l'enclos , &: quarrez de ces diuerlès allées, font
aux vues plufîeurs bofquets &C cheuieres 5 dans les au*
très font diuers arbres fruitiers de toutes les fortes , ôc
des meilleurs que le feu Roy pût recouurer.
DE FontainebLeav. Livre II. 18/
Mais ce qui rend encore ce Parc plus conlidera- ^^'•.
ble , c'eft le Canal qui s'y void, vne des belles 6c rares de? plus
pièces quife rencontrent ailleurs : car il a (îxcens toifes 1°'"'''^"^-
de long, &: vingt de large, ôi elt tout reueftu de pierre, voyem.
ayant lix pieds d'eau à ion entrée , où. fc viennent dé-
charger toutes les Fontaines , &; les autres canaux de
ce Chafteau , &; quinze pieds à fa décharge.
L'on tient que le feu Roy fut porté à le faire, ayant
veu celuy qui ell dans le Parc du Chafteau de Fleury , vn
des plus beaux qui fuffent alors 5 &C que le Sieur de Fleu-
ry ayant depuis veu celuy-cy de beaucoup plus grand,
plus large , èc plus maieilueux que le fîen, y fit écrire^
ou pour le moins dit ces paroles : V^oiuit me njïncere C&-
far i aduoUant que celuy-cy eftoit bien plus confidera-
ble que le lien.
Dans ce Canal ( qui eft fort remply de poiffon) V.
font deux Fontaines , vne à chaque bout, à dix toifes tam« ia°i-"
prés du bord 3 à la première, qui eft à l'entrée , fe void ^'^^^ntesau
vne grande tefte de Dauphin de bronze, pofée à fleur ce CanaL
d'eau, d'où fortent neuf lets de dixhuit pieds de haut,
portails trente pouces d'eau : l'autre Fontaine eft de
pareille façon. Lefquelles, comme aufti celle de l'Eftoil-
le , le Roy a fait conftruire , l'an mille lîx cens trente
deux.
Et pour plus grand ornement de ce Canal, font à huit
toifes proche de part èc d'autre deux grandes allées
d'Ypreaux, chacune de fîx cens toifes de long, èc cinq
de large j le tout rend ce lieu admirablement beau , èC
d'vn atped tres-gracieux.
P RE Z ce Canal au Midy , eft vn grand logis com- '^i-
pofé d'vne Cour , &: de quelques baftimens , appelle les les Hcrô.
Heronieres , autrement dit les Cages 3 ainfi nommé à "^^
caufe que le Roy François I. qui l'a fait baftir, y auoit
dreffé de grandes Cages par arcades de pierre ^ &c de
treillis de fer, dont vne partie fe void encore, pout y
nourrir des Hérons , aufquels quelques années après
l'on a donné Telfor , pour peupler ce pays au plaifir
Aa
nicrcs.
VII.
Celuy di:
laMi-voye.
VIII.
Lieu où
font diucr-
fcs fortes
d'oifeaux.
i8ë Le Trésor des merveilles
de la ChafTe , èc vol de cet oifeau, qui eft fort agréa-
ble.
Av milieu de ee mefme Parc eft vn autre logis de
plaifance, appelle la Mi-voye, parée qu'il eft au milieu,
où il y a yn beau lardin , èc quelques Fontaines &c ca-
naux. La Reyne Mère Catherine de Medicis achepta
ce lieu, où elle fît drefTer vne Ménagerie ,auec quelque
beftail , &C vne belle Laiderie , pour là quelquefois y
aller fe diuertir , ÔC prendre du frais , &; du laidage
l'Efté.
Et pour rendre encore ce Parc plus agréable, Hen-
ry le Grand y a fait édifier vn lieu particulier , où font
diuerfes fortes d'oifeaux eftrangers, 6c non communs,
comme Aigle , Vautour , Cygnes , Grues , Cicognes ,
Hérons rouges , Pallars , Tadores, Goalans , Opalles,
Aigrettes , Poacres , Cormorans , Cannes de Barbarie,
Cannes mufquées , Oyes de Canada, Cannes de Hollan-
de , Fefans , èc Perdrix priuées , Paons , èc autres fem-
blables , auec quelques animaux non communs. Il y à
quelque temps qu'il y auoit deux Autruches , qui y font
mortes.
DE FÔNTAINEBLEAVo LIVRE IL ïS/
DES HOSTELS,ET MAISONS QVI
font hors l'enclos de ce Chafteau , &:
qui en dépendent,
C H A P I T U E XXIV.
/. La Chancellerie baftiefoH^
le Cardinal & Chancelier
du Trat , & depuis au-
Zmentee,
o
//. UHoflel de Ferrare,
III. La Coudre , autrement
IV. EJcurie de la Rejne
Adere.
V. L' Aqueduc j ou Rejeruoir
des Fontaines.
VI. UHoJlél du grand Fre-
uofi.
I.
La Chan-
ellerie ba-
ftie fous le
ditela grade EJcurie duRoy. VIL LesFrejfoirs duRoj.
Près auoir afTez amplement traitté des
édifices qui font dans renclos de cette
Maifon Royale \ i'ay crû qu'il eftoit enco-
re à propos de parler en ce Chapitre de
ceux qui fe voyent hors de fon acceint,
mais qui en dépendent , &; font fous Ton entretien.
I E commenceray par l'Hoftel de la Chancellerie,
comme plus proche de ce Chafteau, eftant prefque ioi- ceiierieba
gnant le fofré,où il regarde la Volière auMidy.Ilcon- ca^du^^V
lîfte en vn corps , & face de baftiment , de vingt-huit & chan-
toifes de long j outre vue longue Galerie , auec vne prà" &
srande Cour , dont Tentrée principale eft au Septen- depuis au
trion.
Cet Hoftel bafty fous le Cardinal 6c Chancelier du
Prat , comme il appert par ^cs armes , qui fe voyent là
en diuers endroits , a efté augmenté fous le Chancelier
d'Aligre ', 6c depuis peu amplifié dVne belle Chappelle
fous Monfieur le Chancelier Seguier,perfonnage dont
les mérites remplirent auiourd'huy très -dignement
cette lUuftre charge.
Du commencement que cet Hoftel fut édifié , c'e-
ftoit vue maifon particulière > appartenante audit du
A a ij
ï^S Ie TRESOR DES MERVEILLES
Prat 3 mais le Roy François I. l'ayant rembouifé des de
V niers qu'il y auoic employez , elle a touiîours depuis
efté deftinée pour le Chancelier , & porté le nom de
l'Hoftel de la Chancellerie.
II. A vingt-cinq toifes , ou enuiron , de la Cour du Che-
dïFerrare, ual blauc de ce Cliaftcau vers le Soleil couchant , ell
l'Hoftel de Ferrare , vn des plus beaux , àc des mieux
baftis qui foient pointjlequel leCardinal de Ferrare a fait
baftirj comme ilfe iuftifie par Tes armes pofées en plu-
fieurs endroits de cet Hoftel : il coniifte en trois grands
corps, &; faces de baftimens , fort commodes, ^logea-
bles , contenans diuerfes Salles , Chambres , Cabinets,
& Offices, auec de fort belles Eftuues -■, le tout du def^
fein de SebaftienCerlio, Architecte célèbre, duquel il
a efté parlé cy-deftus. La Cour principale de ce logis a
dix-fept toifes de long , ôc vingt-deux de large , dont
l'entrée eft embellie d'yn riche Portic d'vne ordon-
nance ruftique. Là eft auffi vne balTe Cour de vingt-
cinq toifes de long fur neuf de large , où font lesEfcu-
ries : àc eft cet Hoftel accompagné d'vn fort grand lar-
din : le tout acquis de Monfteur le Duc de Guife par le
Roy Henry le Grand, en l'an 1603.
m. La Coudre, ainiî nommée àcaufe que là autrefois il
y auoit quantité de Coudriers , eft l'Hoftel du Grand
ment dite Efcuicr de Fraucc : ce logis eft vn peu eftoigné du Cha-
Efcïrk du fteaUjôi confifte en trois corps^ô^ faces de baftimens,&
ï^oy- en vneCour fpacieufe,auec vn fôrt'grand Clos,ou Ver-
ger , qui tient au Parc de ce Chafteau. Là font les four-
ces principales des Fontaines de cette Maifon Royale.
Cet Hoftel eft auffi appelle la Grande Efcurie du Roy.
IV. En fuite de ce logis , il ne fera pas hors de propos
k^Re'nf^ de douucr icy lieu à celuy qui porte le nom d'Efcurie
Mcre. de la Reyne Mère , ainfi appelle parce qu'il eft ordonné
pour lès Officiers qui feruent en icelle. C'eft vn grand
baftiment , auec vne Cour, &: vn petit Clos. L'acqui-
fttionde cette maifon a efté faite par Catherine de Me-
dicis i 6c eft ce lieu vn peu au deffiis de l'Hoftel de Fer*
La Cou-
dre .autre
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE II. 185)
rare dans lamefme rue, laquelle aboutit à celle dite des
Sablons.
L E logis appelle l'Aqueduc , cft encore vue dépen- v.
dance de ce Chafteau j c'eft le referuoir de toutes les dac^oliX-
eauxqui fediftribuent aux Fontaines par le moyen d'vn '^'"°^^ '^^
jj/TJ- JJ -J / .,/ Fontaines.
grand ballni de pierre de douze pieds en quarre , pôle
fousvne belle voûte. Il eft appelle Aqueduc, parce que
de là iufques aux fources de ces Fontaines, les eaux dé-
coulent dans vn petit canal, fous vne voûte de fîx pieds
de haut , trois de large , &; de fept cens toiles de long .
Ce logis ell compofé d'vn petit Pauillon,auecquelQues
autres bajftimens, vne Cour , de vn Iardin,pour celuy
qui a la conduite des Fontaines. L'honneur de tout
cet ouurage eft deu à Henry le Grand , qui l'a fait édi-
fier l'an mille fîx cens huit , 6c ell litué en la rue baileo
Pas loin du Chafteau , &c prefque vis à vis du portail , ^ ^' ■
de la Cour des Offices , eft l'Hoftel du grand Preuoft de du G°and
France , où il tient Ton Siège quand la Cour eft icy j d>C ^'^^"°^'
qui eft le lieu aufti ordinaire où les Officiers de la lufti-
ce , tant de la Preuofté de ce Bourg , que des Eaux 6c Fo-
refts -, tiennent leur Siège.
Reste à dire quelque chofe du logis appelle les Pref- vu.
foirs du Roy j cette maifon eft efloignée de ce Chafteau foi" da
d'vne lieue, ou enuiron,&;eft au bord de laRiuierede ^°J-
Seine du cofté de la Brie. C'eft vn grand corps de ba-
ftiment fait fous le Roy François L comme il fe void
par Ces Chiffre bc Deuife 5 èc là auoit fait drelTer deux
grands Prefloirs auec des Cuues , pour l'vfage de cin-
quante arpents de vignes &plus , qu'il y auoit fait plan-
ter en vne cofte tout ioignant ce logis , dont l'afpeél eft j*
au Midy , 6c au Couchant.
L'on tient que ce qui inuita le Roy à faire ce lieu,
ce fut fur ce qu'vn iour chaffant après vn Cerf en cette
Foreft de Fontainebleau, leCerf palTa l'eau, & obligea
fa Maiefté à paffer auffi , le pourluiuant auec fès Ve-^
neurs j où alors le Roy fe trouuant faifi de foif, l'on fut
quérir du vin en vn petit logis là es enuirons , lequel
A a iij
i9o Le Trésor des merveilles
At trouué excellent par fa Maiefté : laquelle s'eftanc in-
formée d'où il venoit , comme elle eut appris qu'ilpro-
uenoit de cette code, où il y auoit deiîavn peu de vi-
gnes , cela l'inuita de l'achepter j &C pour la rendre en-
core plus coniiderable , elle fit venir du plan de Grèce,
de Gafcogne ,& de tous les meilleurs Vignobles , qu'elle
y fit planter , &c baftir au mefine temps cette maifon
qui s'y void , laquelle depuis a toulîours porté le nom
des PrefToirs du Roy, àcaufc de ceux qu'il y auoit fait
drefler. En effet le vin en eft fort excellent.
DE QVELQVES DEVISES ROYALES
qui fe voyent en ce Chafteau.
Chapitre XXV.
/. Detiijè de François /.
//. Diuerfes explications de
cette Demfe.
III. Deuife de Henry IL
IV. Trois explications de la
Deuife précédente.
V. JDeuifi de Charles IX.
VL Deuifè de Henry k
Grand.
VIL Deuife de Louys XIIL
VIIL Deuife de Anne de
France , ^ de Pierre d€
Bourbon fin mary.
O V R donner vn accoinplifTement des
merueilles de cette Maifon incomparable
de Fontainebleau, i'ay crû eftre bien à pro-
pos de remarquer en ce Chapitre les De-
uifes Royales qui s'y voyent.
ïl L A première eft celle du grand Roy François , à fça-
Deuifc de ^oir vuc Salamandre au milieu de feux & de flammes,
Fiançois I, . ■\-r ■ r ^ • r
auec ces mots Latnis : Nutnjco & exttnguo. le nourris
& efteins : ou bien ie m'en nourris ôc l'efteins , parce
que les Naturaliftes remarquent que cet animal ( qui
eft prefque de la forme d'vn grand Lézard) fortant àcs
eaux où il naift, demeure volontiers parmy les flammes
es
icatiôs
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 191
& les braziers , OC les eftcint aufTi par Ton extrême froi-
deur j voire mefmes comme afTeurenc d'autres , s'en re-
paift quelquefois.
Devise autant remarquable qu'elle eft myfterieu- ^^^
fe , par laquelle cet illuftre Monarque vouloit lignifier expiicai
le foin qu'il prenoit de conferuer les gens de bien , &: ^ "5^^
punir les méchans. Et de fait vn Autheur de fon temps
écrit que ce Prince eftant encore ieune fit faire quel-
ques médailles j où d Vn cofté il eftoit reprefenté , ôcfur
le reuers il y auoit vne Salamandre parmy des fiammes^
&C cette infcription Italienne : Nudrifcotl buono^& fbengo
il reo. le nourris le bon , ôi tue ô<: chaftie le méchant.
Si nous ne voulons dire encore, que la Salamandre
eftant le fymbole de la Confiance , parce que cet ani-
mal femble fe refioUir au milieu des braziers 3 de mef-
mc que ce grand Roy touché des iuftes fentimens d!v-
ne Ame Chreftienne , fupportoit volontiers pour l'a-
mour de Dieu , les aftlidions qui luy arriuoient de fa
part. Paradin remarque auoir veu en cette Maifon de P'^'-^dhen
Fontainebleau vne riche tapifferie , où eftoit cette De- herotq\ta!
uife , Ô^ ces vers Latins :
Vrfm atrox , Ac^uïlAc^Ue leues , ^ tortïlU Anguis ^
Cejfemnt flamme iam Salamandra tu^.
L'Ours fier y l'Aigle légère ^ & le Serpent tonu >
Salamandre , ont cédé a ton feu ^ & 'vertu.
Qui eftoit vn digne Eloge de ce Prince , reprefen-
tant plufieurs beaux exploits de fes vi6^oires j l'Ours
fignifiant le Duc de Sauoye , à raifon que ce pays-là
abonde en telle forte d'animaux 5 l'Aigle eftant le fym-
bole des armes de l'Empire j & le Serpent des armes
de laVille,6c Duché de Milan prétendu par les Sforces. ^
UavTRE Deuife, qui fe void icy endiuers endroits ^"- ,
comme la précédente , eft celle du Roy Henry II. vn Henryii,
Croiffant montant d'argent furmonté d'vne couronne,
ou trois Croiffans entrelaffez, ôc ces paroles : Donecto-
X91 LE Trésor des merveilles
tum imfleat orhem. lujquesac^que tout le rond /bit remplyl
Plufîeurs rendent différences raifons de cette Deui-
fe. Il y en a qui croyent que ce Prince la prit en con-
fideration de Diane de Poitiers DuchefTe de Valenti-
nois , laquelle eftoit en grand crédit auprès de luy , &:
qujl reprefentoit par ce Croiffant de Lune , à qui les
Poètes font porter le nom de Diane.
""YhT Q^ELQVES autres difent , que ce fut à defTein de
Trois ex- Contrecarrer rorgueil,& le fafte de l'Empereur Charles-
§Sîc"* Quint , qui auoit pour Deuife les colomnes d'Hercule,
auec cette infcription : Plus'vltrÀ. Flusofitre ;pour figni-
fierquilpoulferoitfesconqueftes plus auant que celles
de cet Héros de l'Antiquité, ofant mefme fe promettre
la France : ce qui obligea ainlî Henry H. à prendre telle
Deuife , pour dire que lî la vanité , ÔC l'ambition de
l'Empereur le pouffoit iufquesàcepoinâ:,nollregrand
Roy Henry palferoit bien plus auant j iufques à ce qu'il
cuft conquis tout le monde , defîgné par ce mot d'Or-
bis j ou de rorjd, figure de toute la terre.
Mais i'aime bien mieux m'arrefter à la créance de
ceuXjqui affeurent que Henry I L prit cette Deuifepour
faire paroiftre le defîr qu'il auoit de conferuer l'Eglife
Catholique , troublée en France , ôC ailleurs par les Pro-
teftans Religionnaires qui commençoient alors , des-
quels il faifoit vn iufte chaftiitient. De fait que l'Egli-
fe dans les Lettres faindes cft fouuent figurée fous ce
fymbole de Lune* Où à ce propos nous pouuons rap-
porter ce que raconte vn Autheur célèbre du Pape Ca-
lixte U.lequel eut en vifion la nuiél immédiatement pré-
cédente qu'il fut efleué au Souuerain Pontificat , qu'vn
enfant luy auoit apporté , ôc mis dans le fein vne Lune.
V. I E ne diray qu'vn mot touchant la Deuife de Char-
chatîcs ^'^ les IX. parce qu'à peine fe reconnoift-elle encore icycn
IX. quelques ouurages qu'il y a fait faire , nommément en
la Salle des Gardes du corps. Deux colomnes forment
le corps de cette Deuife , dont l'ame eft telle : Ptetate , &
lufiitta. TarUTteté , & par la lufiice. Donnant aflez à
conr
Paul Emil.
DE FONTAÎNEBLEAV» LiVRE II. 19^
connoiftre que fon intétion n'eftoic que de régner par la
Pieté enuers Dieu, ôcpar la luilice à l'endroit de Tes Su-
ietsjces deux Vertus eftans corne deux fortes colomnes,
qui fouftiennent puiffamment tout Tedifice dViiEftat»
Cette Maifon Royale a tant d'obligations à Henry ~vl
le Grand , que ie meriterois auec raifon vne ceniure ^^J"y \l
rigoureufe, il i'oubliois à donner place icy àfaDeuife, Grand.
qui paroift en diuers endroits de ceChafteau, 6c parti-
culièrement à la arande TerralTe de la Cour de la Fontai^
ne : c'eft vne epée en pal, auec deux Sceptres en fautoir,
6«Cces mots : Duo ^rotegit^nus. Vn en défend deux. Voulant
montrer par là le foin qu'il a eu comme vn digne Prince
de défendre fes deuxRoyaumeSjde Frace,& de Nauarre.
Mais après toutes ces belles j&ingenieufesDeuifes,
il faut aduoiier que celle de noftreinuincible Monarque vu.
Louys XIII. n'eft pas moins coniîderable j c'eft vne Louysxm.
MafTuëj auec ces paroles : Enth<ic quoque cogmtamonfiris.
Elle fera faretlle?nent connue aux monftres. Faifant allulîon
& rapport à celle d'Hercule , de laquelle cet Héros dom-
pta vne infinité de monftres j comme ce braue Prince a
îurmonté les monftres de la Rébellion , &: de l'Herefie,
qui auoient ofé attenter à la ruine de cette première
Monarchie tres-Chreftienne. ,
I E finir ay ce Chapitre par la Deuife de Anne de France ^^^^^ ^^
fille aifnée du Roy Louys XI. & femme du Duc Pierre de Aane de
Bourbon j de laquelle la Deuife eftoit vne grande nuée je^p^eire^
d'azur, d'où fortoient des langues de feu ,,ôc au milieu vn de Bour-
Cerf volant, qui portoit au col vne ceinture d'azur,où fe maîv. °
voyoit écrit ccmot ,Efperanc€ :qui eft l'ancienne Deui-
fe, ôC le mot de la Roy aie Maifon de Bourbon,par lequel
ceux de cette F amille tr es-lUuftr e donnoient à entendre
l'efperance qu'ils auoient de paruenir vn iour à la Cou-
ronne de France j comme l'expérience l'a fait voir en la,
pe rfonne facrée de Henry leGrand,iffu du fang Royal de
S.Louys.CetteDeuife paroift icy feulement endes riches
ornemens, que cette Princeffe Anne a donné à noftre
Egliic de ceChafteauj au bas de laquelle Deuife , & en
Bb
194 Le TRESOR DES MERVEILLES
d'autres endroits efl le Chiffre , &C la première lettre dit
nom de fon mary, àfçauoir vn grand P. en or,qui iignifie
Pierre de Bourbonjôc le {ien,qui eft vn grand A. qui veut
dire Anne. Elle nous fît prefent de ces ornemens,tandis
qu elle eftoit icy auec le Roy Charles VIII. fonfrerejdu-
quel Louys X I. fon père luy auoit donné la charge de la
nourriture , àc du gouuernement en fon bas âge , èc mi-
norité.
DE LA MANIERE ORDINAIRE QVE
Ton void, &C montre ce Chafteau.
Chapitre XXVI.
remarquables de ce Cha-
fteau.
i. Raiforts qui ont obligé l'Au-
• theur à drejfer ce Chapitre.
IL Par OH il faut commen-
cer avoir ce Chafteau,
III. La fuite des fiecesflm
IV. Afres la vifite du Cha^
fléau y l'on votd le Parc , &
l'Aqueduc.
^ ^^^^^^S -^ ^ C ^ ^^ cette Maifon Royale efl fort
ample , éc que ^ts baflimens , tant anciens
Raifons
qui ont
l'Autheur
oblige .^ ^^^mJ 4^^ modernes , font entremeflez les vns
âdrcfler ce KJ^H3 ^^"^ les autrcs , lefquels Ton a couftume de
Chapitre. fSrf-^^s^i montrer félon l'ordre qu'ils s'entrefuiuentî
& en la defcription d'iceux ayant traitté des vns ô^ des
autres félon leur ancienneté , bc non point félon cette
entrefuite : c'eft pourquoyi'ay iugé qu'il feroit icy bien
à propos d'adioulter ce Chapitre pourycotter lesheux,
bc y faire vn renuoy des chofes : afin qu'en voyant , ô«: vi-
fitant cette Maifon , comme l'on a couftume de lamon-
trer \ c'eft à fçauoir dans l'ordre , 6^ entrefuitte de Çts
baflimens j l'on puiffe icy trouuer facilement la defcri-
ption des chofes qui y font , bc que l'on y doit voir.
II. L'ORDINAIRE efl, premièrement de venir en la
fau\ °com- Conciergerie de ce Chafleau , qui fc trouue de fuite.
menccr à LiurC I. chap. lO.
voir ce T->< i\ i> n > \ • 1 /^ 1 •
chaûcau. De la 1 OU entre , ùL commence-t on a voir la Galerie
des Cerfs. Liurez.chap.17.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE II. 195
Puis Ton pafTe auIardindelaReyne. Liu.i. chap.19.
L'on pourluit fon chemin pour voir la Galerie des
Cheureuils. Liu. z. chap. 18.
De fuite fe voyenc les Salles desEftuues > des Bains ,
-&: celle de la Conférence. Liu.z. chap. 7.
L'on monte par après en la Galerie du Roy Fran -
cois I. dite la petite Galerie. Liu. 2. chap. 6»
Et de là paflant vne Salle , fe void l'Eglife de la Sainéle
Trinité, dite la grande Chapelle. Liu. z. chap. 5.
Comme l'on ell forty de ce lieu l'oupalTeau Pauillon
des Poëfles , appelle autrement le Département de la
ReyneMere. Lm.x.chap.ix. .
L A o-rande Galerie fe montre de fuite , en laquelle eft } ^^; .
Ijy^ 1/-r/ UT T N r T ^^ luitç
dépeint 1 Odillee d Homère , ÔC ou iont diuers autres despieccs
Tableaux , èc pluHeurs Emblèmes 6c Deuifes. Liu.i. ^'^^qua-
Chap.9.10.&; II. blesdec»
A lafortie de là l'on monte vn Efcalier pour voir les
ChambreSjOÙfont dépeints la vie,&;lesTrauaux d'Her-
cule. Liu. 1. chap. iz.
Eftant defcendu de ces Chambres l'on pafTe fur vne
Terraffe , où fe void à plailîr la Cour du Cheual blanc, dC
le grand Efcalier. Liu. i. chap. 6.
Celaveu on repafTepar ladite Galerie de François L
ou par la grande TerrafTe qui regarde la Cour de la Fon-
taine , &C le lardin de l'Eftang. Liu. i. chap. 7. ÔC Liu. z,
chap.xo.
Par après Ton entre en la Salle des Gardes du Corps,
pour palfer en la Salle de la belle Cheminée. Liu.i.ch.i4.
L'on void de fuite vne Chambre , où font diuerfes
Peintures , qui ne fert que de paiGTage , & entre-t'on en la
Salle du Bal. Liu. 1. chap. 8. D'oùd'vn cofté eft la Cour
du Donion,ôC de l'autre legrand lardin duRoy. Liu. 2,
chap. 19.
De là fe void la Chapelle haute , autrement dite la
Chapelle du Roy. Liu. 2. chap* 2.
Puis reuenant fur fes pas l'on entre au Départe-
ment du Roy , ôc premièrement au Pauillon , ^
Bb ij
196 Le Trésor des merv. de Font. Livre IL
Chambre de Saind Louys. Liure i. chapitre 5.
De fuite fe void l'Antichambre, ôc Chambre du Roy,
&; le Cabinet 5 ou Chambre de TOuale. Liu.i.chap.ij.
Aufortir de la Chambre du Roy l'on pafTc au Dépar-
tement de la Reyne -, ôc premièrement au Cabinet des
Cefars, ou Empereurs , en la Chambre de la Reyne,& en
fonCabinet^ditdeTancredeô^Clorinde.Liu.i.chap.ij.
Pourfuiuant chemin l'on entre en la Galerie de la
Reyne. Liu. z. chap. 16. D'oùfc void la Conciergerie,
&; la Cour des Offices. Liu. I. chap. 9.
De là entrant dans vn petit Cabinet Ton void la Vo-
lière. Liu.i. chap. 18. Et c'efl tout ce que Ton montre
d'ordinaire du Chafteau.
Si l'on eft curieux, dc que le loilîr le permette, ou plu-
ftoft que l'on foit porté de deuotion , l'on viûte la Cha-
pelle baffe pour y entendre la MelTe, &C fe Crouuer au
feruice Diuin &c Canonial , qui s'y fait tous les iours.
Liu. 1. chap. I.
En après l'onpeut aller voir le Cabinet, 6c Chambre
d^s Peintures particulières. Liu. i. chap. 13.
Puis l'on fe va pfomener au lardin des Pins. Liu. z.
chap.xo. 6c en celuy des Canaux pour voir la Fontaine
de Fontainebleau, les Canaux desTruittes, &: le Mail.
Liu. 1. chap. II.
De là l'on repaffe , fî l'on veut , par l'allée du Chenil
pour voir l'Eftang , ôcpalTer au lardin duRoy , & y voir
les belles Fontaines. Liu. x. chap. 19.
ÏyT Et pour ne rienobmettre avoir, l'on pafTe du lardin
Api es la j^ B^oy au Parc , pour y admirer la beauté de fon CanaJ^
Chafteau, de fcs Allées Royales , èc les oifeaux. Liu. i. chap. 21,
i°Pnc°'& L'on void en après l'Aqueduc , àc Referuoir des Fon-
J queduc. taines. Liu. i, chap. z^.
Cela fait l'on fe repofe , ôc doit-on eftre fatisfait d'à-
uoir veu tant de belles , èc fîngulieres raretez.
FIN DV IL LIVRE.
1^7
TRESOR
DES MERVEILLES
DE LA MAISON ROYALE
DE FONTAINEBLEAV.
LIVRE TROISIESME.
CONTENANT LES EVENEMENSl
& les chojès mémorables arriuées en ce Lieu,
D'VNE GRANDE MALADIE Q^'EVT
Saind Louys à Fontainebleau, & de l'exhortation
qu'il fit alors à Louys fon fils aifné.
Chapitre I.
/. L es dignitezj du Monde ,
proprement appellees des
Charges,
'//. Satrtéi Louys fçauoit di-
gnement pratiquer la qua^
lité de Roy. L'an de
///. Belle penfée . & dit no- [:VJ;;
table de Philippe de Va^^^i9\
lois,
IV* EnfansdeSainCt Loujs^
Bb iij
198
Le Trésor des merveilles
ï.
Les di-
gnitcz du
monde ,
proprcmct
appellées
desChar-
ses.
Efihit- _14."
cap.
II.
S. Louys
fçauoi: di-
gnement
f)ratiquer
a qualité
de Roy.
O V S ceux qui voyent les Sceptres,
6^ les Couronnes , en reconnoif-
fent bien l'éclat & la beauté , mais
fouuent n'en fcauent pas le poids ,
& le fardeau. De là fort à propos
appelle-t'on les dignitez du monde
des Charges, pour dire que tels Of-
fices , fi parmyleur fplendeur, ôc le
haut éclat de leur mérite, femblent
couronner de gloire tous ceux qui les occupent , ils ne
manquent pas aufli de les charger de foins , de deuoirs,
ÔC d'obligations^ en forte qu'on peut bien aduancer cet-
te vérité, que fi ces nobles qualitez font autant de cou-
ronnes d'honneur , elles font plus compofées de Soucis,
que d'autres fleurs; & que s'il y a des rofes , il n'y man-
que pas auffi d'épines. C'eftoit bien où vifoit la pen-
fée de la Reyne Efther , lors que par vne faueur tou-
te celefte ayant efté efleuée à cette noble Dignité , ÔC
en fçachant le poids ôcles deuoirs , elle difoit parlant de
fon Sceptre , Que fin péril ejioit entre fis mains. Pour
montrer que lesRoysayans efté eftablis deDieu,ôCte-
nans de faMaiefté toute PuifTante, àfoy ,& à homma-
ge , leurs Sceptres , & leurs Couronnes , ils fe doiuent
fouuenir , que comme ils font les Images viuantes de
Dieu fur la Terre, il faut qu'ils en imitent aufli les Ver-
tus , ôc particulièrement la Bonté , pour en fauorifer
leurs Suiets, &; en acquérir l'amour, &: le refpe6lpar les
foins qu'ils en doiuent auoir , leur procurant toute for-
te de biens , bc de faneurs. Que fi iamais Prince a fceu
dignement pratiquer ce bel aduis , c'a efté particuliè-
rement le grand Roy Sainâ: Louys : car comme il eftoit
très-bien éclairé de toutes les lumières, & orné de tou-
tes les bonnes parties qui font neceflaires pour former
vn Roy fans reproche , ô<: auec toutes les qualitez re-
quifes à cette noble Dignité 5 auffi s'en eft-il fi bien ac-
quité , qu'après auoir mérité fur la terre les aifedions
DE FONTAINEBLEAV. LiVkE III. 199
de Ces Peuples, èc l'honneur d'auoir parfaitement bien
gouuerné cette Monarchie Fran^oifcjil aenfineftére-
compenfé dVne immortaUté de gloire.
Et voila pourquoy fe voyant vn iour atteint dVne
grande maladie eftant en cette Maifon Royale , &: en iu-
gcant l'ijOTuë douteufe 5 qui le menaçoit plus de mort,
qu'elle ne luy faifoit eiperer de vie j il fe refolut de dif-
pofer de fa dernière volonté , en déclarant Louys fon fils
aifhé héritier de cette Monarchie j &: pour le faire héri-
tier aulfi bien de fes Vertus, comme de fa Couronne, luy
propofa plufîeurs beaux enfeignemens.
Mais entre les autres il luy donna celuy-cy:-S^^^/^//j
ie te fne que tu tefajfe aimer au Peuple de ton Royaume \ car
'vrayement t aimerais mieux quvn EJcoJfoù 'vint î tifioffe ,oh
quelque autre loingtain eflranger^qui gouuernafi le'TeHpledu
^^oyaume bien & loyaument ^ que tu te gouuernajfe mal à
foinéiy & en reprouche. Belles paroles de Saind Louys,
par lefquelles faifant paroiftre le deu de cette illuftre
qualité de Roy , il aduertilToit eefienfils de s'en acquit-
ter dignement, ôc ànefepoint laiffer efblouir les yeux
de l'éclat des grandeurs de la terre : mais fe fouuenir
qu'entre le Prince, ô^ le Suiet , quoy qu'il y ait vne gran-^
dedirproportion,il yaneantmoins cette obligation de
part 6c d'autre 3 que l'vn comme Souuerain porte quant
Equant la qualité de Père , &: l'autre comme Suiet celle
de fils 5 qui inuice celuy-là à vn amour , &foin tout par-
ticulier de leur defenfe j comme elle oblige celuy-cy à vn
refpe6l:,&: fidélité inuiolable. Et à n'en point mentir, il
n'y a rien qui gagne tant les cœurs des Suiets enuers
leur Prince, que quand ils en reconnoiffent l'amour, &:
reffentent les douces influences de leurs faueurs.
AVSSI peut-on bien croire , que la plus affeurée iil,
garde du corps d'vnRoy , eft fans doute l'amour de fes fée^de pht
Suiets 3 &; que les forces d'vn Eftat ne confiftent pas tant %^. '^^
aux Forterefl'es , & aux Chafteaux de fon Royaume^
qu'aux efprits bien affeélionnez de ceux qui les gar-
dent. Ce qui faifoit dire autrefois à Philippe de Valois^
JBnfans
iëo Le Trésor des merveilles
en cette cntreueuë qu'il eut à Amiens auec Edouard IIÎ.
Roy d'Angleterre : Quil valait bien mieux eH^re Roy des
François, que de la France.
Pour reuenir à S. Louys , Dieu prenant pitié de ce
Royaume , qui eftoit preft de faire vne fi grande perte
en la mort de ce Prince j 6c confiderant les iuftes defîrs,
&:glorieufes entreprifes que cet illuftre Monarque pro*
iettoit pour la gloire de fon fainâ:Nom , dans le delfein
qu'il auoit déporter ï^cs armes contre les Infidelles > luy
rendit la fanté , auec vne longue fuite d'années 5 ayant
mefme furuécu ce fîen fils Louys fon aifné , & auquel
Philipp e, furnommé le Hardy, fucceda au droit d'aifnef^
fe j comme aufTi recueillit cette Couronne après la mort
IV. dé fon père. Car Dieu beniffant le mariage de Saind
s Lou s^ Louys , luy donna vne grande lignée , fçauoir cinq fils>
& quatre filles ^ dont le premier fut ce Louys , duquel
nous parlons, qui auoit fiancé la fille du Roy de Caftille,
nommée Berengere , dont le mariage ne fut confommé.
X.e fécond fut ledit Philippe, auquel en luy laifTantcet^
te Couronne > il luy laiffa encore diuers enfeignemens,
autres que les precedens,qu'il écriuitdefapropremain,
eflant tombé malade au Camp deUant Tunis , en fon fe^
cond voyage d'outremer contre les Infidelles , où il
mourut 5 ainfî que nous auons remarqué amplement
en noftre Hiftoire de Barbarie. Les autres fils font , fça-
uoir le troifiéme Pierre, qui eut le Comté d'Alençon:
le quatrième , Robert Comte de Clairmont en Beauuoi^
fis , dont eft defcendu la Royale Maifon de Bourbon :
6c le cinquième & dernier, fut lean furnommé Triftan,
à raifon de ce qu'il efloit né à Damiette durant la trifteffc
de fa mère, où elle apprit lacaptiuité du Roy fon mary.
C'eft ce que i'ay recueilly de loinuille en l'Hifloire
de S. Louys Chapitre 94. félon quelques éditions : mais
page 5. félon l'Edition de Paris 1617. reueuc , & corrigée
par le Sieur Menard, il efl remarqué que cette première
exhortation fut faite à Louys pour lors l'aifné, & non
pas à Philippe, tous deux fils duditSaind Louys.
De Fontainebleav. Livre IIL loi
DE LA NAISSANCE, ET DE LA
mort du Roy Philippe IV. furnommé le
Bel , à Fontainebleau.
Chapitre IL
L Tlu/ietiys motifs ont mui-
té l'^utheur A drejfer ce
Chapitre,
IL Eloges de Philime le Bel.
III. Malice 5 & Juppo/itions
de quelques oAuthcurs,
IV' Raifbns qui combattent L'An ctc
les Amheurs allezuez^, i e s v s-
rr A r ^-^ Christ
y . autres fortes ratjons, i x e s.
VI. Le cœur de Philippe le Bel
enterré en l' Eglije Par-
roi^ialediAuon»
' H O N N EV R qu'a receu Fontainebleau i.
par la naiilance de Philippe IV. dit le ^fj^lft^^',
Bel , hL par Ion trépas arriué en ce Lieu j 'nuiréi'Au-
,\. • 1 • V 1 /-r theur à fai-
nous obhge particulièrement adreller ce rc ce cha-
Chapitre , pour releuer la gloire de ce P'"^-
erand Roy, ôc conuaincre de faux les ennemis de cet-
te Couronne : qui pour tâcher de ternir le haut éclat
de fes mérites , ont aduancé malicieufement qu'il eftoit
mort par vne punition Diuine , à caufe de la mauuai-
fe intelligence qu'il auoit eu auec le Pape Boniface
VIII. & pour le chaftiment qu'il fit des Cheualiers
Templiers.
Or comme pour l'excellente beauté de Ton corps, &:
pour les grâces de fon efprit , il acquit ce furnom de Belj
auffi eft-iivray qu'il a bien mérité encore celuy de Prin-
ce tres-accomply, ayant eu toutes les illuftres qualitez
requifes àvne eminente Dignité) auec cette gloire qu'il
a touilours fait grand cas des perfonnes de Vertu , & Eloges de
qu'il honoroit extrêmement les bonnes Lettres , &:PhinpP^^^
tous ceux qui en faifoient profeflion. Ce qui n'eft pas
Vne petite louange à vn Monarque, puifque c'eftvn té-
moignage qu'il auoit l'ame marquée au coin d'vn chara*
Ce
S.02, LE Trésor des merveilles
dere tout celefte. Aquoypour ne pas obmettre ce qui
contribue àrehaujOfer fa grandeur jie ne puispaiîer fous
iîlence Ton infigne Pieté , ayant baftyplufîeurs Eglifes,
oc autres lieux de deuotion,&; grandement obligé par
Ces bienfaits noftre Conuent de ce Lieu : outre que pour
ne demeurer ingrat enuers la mémoire de S. Louysfon
ayeul, mais en reconnoiftre les mérites 5 il en fit releuer
les Reliques àc les OiTemens , bc pofer dans vne ChalTc
d'or, l'année d'après faCanonization.
Que fi fon règne èc fa vie ont femblé vn peu moins
illullres à quelqucs-vns , à caufe des grands deniers qu'il
leua fur fes Suiets 3 l'on fçait bien aulfi les puifTantes
guerres , 6c les affaires importantes qu'il luy fallut fup-
porter pour l'honneur de ce Royaume, 6i les aduanta-
ges qu'il eut fur Ces ennemis , s'eftant fignalé de plu-
fieurs batailles , &;viâ:oires 5 entre autres de celle qu'il
gagna contre les Flamans , laquelle fe donna prés le
Mont de Penelle , entre l'Ifle , èc Doiiay -, qui fut fi fan-
glante, que l'on y compta trente fix mille des ennemis
morts auchamp de bataille, où de la part des François il
ne s'y perdit que cinq cens Gentilshommes.
Si en fécond lieu l'on obie6le les grands différends
qu'il eut auec le Pape Boniface : ne fçait-on pas aufiî
qu'ayant vfé enuers ce Roy , &c fon Eftat , de palïion , àC
F^tui. de rigueur , cela à la vérité pouffa fa Maiefté à ce refTen-
timent qu'il luy en témoigna 5 mais non pas auec ces
lettres de part d>C d'autre , remplies de conuices , donc
les anciens , 6c non paflionnez Efcriuains ne font au-
cune mention ; 6c fe parle feulement d'vne certaine
Bulle,
lu. E T de cette diflîculté ainfi aduenuë entre Boniface,
îï^' ofit'iô^ ôC noftre Philippe , Meyer , & autres Autheurs eftran-
de quel- gcrs out rapporté à miracles ^ ôc écrit malicieufemenc,
?hems."* que Dieupout punir ce Prince le chaftia par vne cheu-
te , qu'ils font arriuer de cette forte : difant ,qu'vn iour
comme il eftoit en la Foreft de Bierre , autrement dite
de Fontainebleau , fe diuertiffant à la Chalfe^ après vn
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. toj
Sanglier , fon cheual fut bleiré de Ces defenfes , qui le
porta à fe cabrer de forte des pieds dedeuant, quil ren-
uerfa brufquement le Roy , le pied duquel demeura à
l'eflrié , &; peu s'en fallut qu'il ne le tuail: alors j mais
qu'eftant venu du fecours aulfi toft , il fut dégagé , & on
l'apporta icy , où il mourut foudain , tout fracaifé de
cette cheute.
En quoy ie veuxfaire voir euidemment la malice de
Meyer Autheur Flamand, &: des autres Eftrangers, &C
que c'eftvne fuppofîtion en l'HiftoirejôCvuc calomnie
pour blafmer lamemoiredecegrandRoyjveu que nos
Hillioriens anciens difent au contraire, qu'il mourut de ^^^eforefi-
mort naturelle, &; non pas violente, telle que feroit cel- cZ'p.%.
le-là,lî cesEitrangers difoient vray. Car Nangis <:\^i Quuiaume
écriuoit enuiron ce temps , remarque expreflément ^^ ■^'^''<?'^
qu'il n'yauoit aucun Médecin, tant fut-il expert , qui Zlîtè^ "^^''
fceut dire quelle eiloit cette maladie du Roy, &; moins
ireconnoiftre ii elleefloit mortelle, n'y ayant ny pouxj
ny autre ligne qui menaçaft ce Prince de mort , bien
qu'il fentift fes forces diminuer , hL qu'il s'en alloit mou-
rant. Que ii cette maladie fut ainfi arriuée à caufe de iv,
cette cheute , il n'en falloit pas chercher la caufe ail- ^^'^*^"5
ieurs , ô£ il auroit fallu que ces Médecins euflent efte battent les
ignorans , ÔC aueugles tout enfemble , pour ne pas re- aUcgue"
connoiftre la caufe de cette maladie , cela eftant.
Où Ton peut dire encore à ce propos , ce qu'a écrit
Gaguin Hillorien célèbre , que tant s'en faut que la ^^<?«'«^ »^
mort de noftre Philippe foit arriuée de cette cheute pre- r rXl
tendue, que tout au contraire l'on accufa de cette ma- ^'^•7'.
ladie , ôc de la mort du Roy , Pierre Euefque de Chaalon,
ôi vn certain Raoul de Prefle Aduocat à la Cour 3 où Ga-
guin ne parle éii aucune façon de l'accident de cette
cheute.
D'ailleurs pourfaire voir encore cette fuppo{îtion,c'efl
que ces Autheurs eftrangers ,. &; malicieux., ne conuien-f
nent pas bien enfemble: car les vns difent, que cet ac*
cident a^riua par la rencontre d'vn SangUer, ôc que es
Ce ij
104 Le Trésor des Merveilles
fut en la Foreft de Bierre , ou de Fontainebleau ; il y en a
d'autres qui afTeurent que ce fut auprès de Corbeil à
l'occaiion d'vnCerf. Surquoy i'ay crû à propos de rap-
porter les propres termes de la vieille Chronique de
Flandre , qui finit l'an mille trois cens quatre-vingts
La chro- trois, ^pres que le Roy fut 'venu a Corhetl, 'vn lour lujprtP
^'mndre taleut d'aUer chajfer, & amfi qml auoit leué njn Cerf^ il veid
mife en ^'i- <ijemr U Ce'ffvers hy ,/l facqua Jon épée 3 & ferit fin che-
loenis San- uol dcs épcYons y &cmdaferir le Cerf i & fin cheual le porta
Imprimfe à sncontre 'vn arbre de fi grande raideur , que le bon Roy cheut
Lyon x^ei. a terre ^ & fut moult durement bhfiéau cœur -, puis le prirent
fo.ii%. j^^ ^^^ ^ ^jut porté à Corbeil , là luy agreua fia maladie
moult firt s & quand il ^eid que mourir luy conuenoit , fi fit
fin ITeflament , & prit fies derniers Sacremens , & puis mou-
rut le beau Royl'htlippes a Fontainebleau.
le fçay bien qu'vn de nos Efcriuains modernes racon-
te cette Hiftoire félon Meyer cy-defTus j mais en cela il
faut croire que c'a efté feulement pour dire quelque
chofe de nouueau , que nos anciens Hiftoriens n'a-
uoient pas remarqué 5 ayant efté en ce poind plus cu-
rieux que véritable. Et puis encore qu'il raconte cet
accident de mort , il n'en fait aucun iugement defa-
uantageux à ce Roy , mais fe contente d'vn fimple
narré.
Et quand bien nous aduolierions cet accident tragi-
que,pourquoy rapporter ce faitàmiracle,& à punition
diuine ? comme h ç'auoit efté le premier Prince blefte
en telles occurrences , &; qu'il ne fe foit pas veu d'au-
tres accidens aufTi eftranges. Témoin Drufus , qui fut
tué d'vne tuile, qui tomba d'vn toid entrant dans Ro-
me en triomphe. Témoin encore le Poète Efchines,
qui mourut de la cheute d'vne Tortue , qu'vne Aigle
luy lafcha fur la tefte : & plufieurs femblables faits , que
Ton ne peut , fans offenfe , rapporter ailleurs , qu'à vn
cas fortuit, fans en iuger témérairement , Ô<:par vn ex-
cez de malice s en vouloir accufer la Diuine Proui-
dence.
DE FONTAINEBLEAV, LiVRE III. ioj
D E dire que ce fut a 1 occafion que ce Prince auroïc , ^- ^
^ \ . . ■ r r ■ 1 i^i Autresfor-
conlenty en la punition qui tut raite contre les Cheua- cesraifons.
liers Templiers j cela ne peut pas eftre non plus , puifque
ce chaftiment ne fut qu'en fuite du Décret du Pape
Clément V. &; du Concile General tenu à Vienne en
Dauphiné : & il n'y a point d'apparence qu'vne fî rude
luilice euft ainfi efté exécutée j fî ces Templiers n'euf-
fent efté conuaincus , fînon de tous les crimes dont ils
eftoient chargez , au moins de fufïifans pour faire leur
procez 5 &: les punir félon l'excez de leurs démérites :
car ce Prince eftoit trop religieux , & débonnaire , pour
confentir à la mort de tant de Cheualiers j ôc tout ce
Concile , qui eftoit compofé de trois cens Euefques, 6c
de plulieurs Cardinaux , &: Patriarches , n'y euffent ia-^
mais engagé leur confcience , fi les prennes n'en euifenc
efté toutes apparentes , & vrayes femblables ; auec ce
que trop de bons Autheurs font foy àcs grands éxçez
de malice de nos Templiers.
leconcluraydoncques à la gloire denoftre Philippe,
que fi bien comme homme il choppa quelquefois, com-
me Chreftien auffi il fceut bien vfer de la Grâce de
Dieu , pour fe releuer de fes manquemenspàr des a<5tes
d'vne ame repentie , tels qu'il les fît paroiftre eftanc
icy couché au lia: de la mort , où il fît vne pieufe ex-
hortation à fes enfansj&plus particulièrement àLouys
fon fils aifné , ôc fon fuccefteur : àc après s'eftre muny du
facré Viatique du Corps du Fils de Dieu , &; auoir receu
le dernier Sacrement , il échangea cette vie mortelle en
l'immortelle du Ciel, qui fut levingt-neufiémedeNo-
iiembre veille de Sain6t André, l'an de Salut mille trois RoirenGa-
cens quatorze s le quarante-fîxiéme de fon âge , & lei^l/n^^^
vingt-huitième de fon règne , félon quelques-vns de nos^'^'f<"'^fi'
Hiftoriens j &: félon quelques autres, le vingt^neufîéme
de fon règne , &; le quarante-huitième de fon âge.
PlvsIEVRS écriuent que fon cœur fut porté à Poif3. y i.
de
cœur de
e le
PP
fy en l'Eglife des Rehgieufes de Saind Dominique, la- p"°
quelle ilauoit fait édifier en l'honneur de SaindLouys Bei efnerré
^ ^ Ce iij
10^ Le Trésor des merveilles
en TEgiife fon a/cul 5 iiiais il yaicy vneTombe&Epitaphe enPE-
trlife de Sainâ; Pierre d'Auon , ParroifTiale de ce lieu de
Fontainebleau , par laquelle il apparoifl; du contraire,
ôC qu'il eft enterré audit lieu d'Auon , auec celuy de la
Reyne fa femme : ainfi que nous verrons plus ample-
ment auTraitté de l'Eglife d'Auon.
Quant à fon corps , il fut conduit à Saind Denys auec
l'appareil dVne pompe funèbre \ où fe void fon Tom-
beau, qui eft de marbre noir , &: fon Effigie de marbre
blanc, laquelle eft poféeprés ôc à coftc gauche de Phi-
lippe III. fon père.
BVLLE DV PAPE CLEMENT V,
touchant l'exemption de la Vifîte du Diocefain , en
faueur des ReUgieux de l'Ordre , ôc Conuent de la
^ainde Trinité, Chapelains de ceChafteaude Fon-
tainebleau 5 obtenue à la prière du Roy Philippe
vkbél.
Chapitre II L
L'An de /. '" Dijfcultê Jùmcnuè entre
cVrTs't }f Archeuefque de Sens j &
«5 0 5- les Religieux Chapelains
^e ce Chajieau,
IL Les Chapelknies Royales
releuent immédiatement
du SainB Siège*
IILLe contenu de ladite Bulle.
IV .TraduBion en François
de cette Bulle»
ï
Difficulté
furiienue
entre l'Ar-
cheuefque
de Sens,
&Ies Cha-
pelains de
ce Cha-
fteau.
V I s QV E mon deffein en ce troifîéme Li-
è urc eft de traitter des euenemens , & des
chofes mémorables arriuées en ce Lieuj
i'ay crû eftre obligé de donner icy place à
' ce Chapitre,pour taire le narré d'vne gran-
de difficulté , &; d'vn différend furuenu dans ce Cha-
fteau de Fontainebleau, à Toccafion d'vn droit de Vifî-
te, prétendu autrefois par Monfîeur l'A^rcheuefque àc
Sens , comme Diocefain ^ ou fes Officiers , fur noftre
Eglife , Conuent , ÔC Chapeilenie Royale : où alors le
DE FONTAÏNEBLEAV. LiV'RE ÎII. 107
Roy Philippe le Bel ayant fceu la violence , dont ledit
. Archcuelque auoit vie enucrs les Religieux dudit Con-
uent 3 fes Chapelains ordinaires, par Finterdiâiion qu'il
auoit faite de ladite Eglife 3 voire mefliie vfé de Cenfu-
res , èc d'Anatheme enuers eux pour s'ellre voulus
maintenir dans les droits, èc priuileges anciens de no-
llre Ordre , par lefquels plulieurs Souuerains Pontifes
exemptent, &; déchargent nosEglifes, ô^Conuents de
la Vilite des Archcueiques , ou Euefques Diocefains , èC
de leurs Officiers , pour de bonnes , 6c puilTantes con-
fîderations.
OVTRE que les Chapellenies Royales , telle qu'eft ~Ïl
celle-cVjnereleuentj&ne reconnoiflent ordinairement ^^^P^''^*
pour le fait du Spirituel, que le Sainâ: Siège Apoftoli- icsreleucnt
que j cela fut doncques vne iuite occaiîon , que le Roy tTmcnr^âu
voyant la iuftice de noftre caufe , èc l'intereit de cette Sa'n<^ Sie-
iienneMaifon,fit plainte àfaSainâ:eté, qui eftoit Cle- '
ment V. duquel fa Maiefté obtint vne Bulle pour exem-
ption , &priuilege encore tout particuher de ce Con-
uent , &: Chapellenie. Et d'autant que cette Bulle eft de
confequence pour l'honneur, ôi aduantage de ce Palais
Royal , &C qu elle contient plufîeurs belles particulari-
teZji'ay iugé eftre à propos de l'inférer icy,commenous
l'auons au Trefor de nos Chartres en fon original , (ai-
ne , entière , èc auec fon Seau: de laquelle voicy la te-
neur.
CL E M E N S Efi/copHs femus feruorum T>ei , calr'iftmo m.
m Chriftofiito Thtltfpo Regt Francorum illufin^falu- \ll^Z:^^
tem f0 Apojtolicam heneàiBtonsm,
Vt Te y & Regiam domum tuam» ex quafilij prodierunt
benediâionù &gratûiamplù heneuolemU fatern£ famribus
& condtgnis hononbus attoUamas ,frogemtorum tuorum re-
colenda memorïa & Jlncera deuotioms integritas, quamTn
w forum njefiigia ctara fequensad Deum^^ Romanam Eccle-
fam Matrem tuamhabere dignojceris y merito nos tnducunt\
Sanenobù €xfomrecHrafii,quodS, Ludoukus Confejforsolm
2,o8 Le Trésor des merveilles
Rex Franc'uauHstuusymteraUaSanditatisopera^qu<ii confii-
tutus mficulo tugtter exercebat^ in Domofiu Manerio Regio
de Fonte Bltauài , Senonenps DwcefiSiFratres Ordmts San-
Ha Trinttatts & Captiuorum , fr£Varatis fibt in certa farts
ipfius Aianerij pro eomm accommoda manfione habit acidis
congrms3& compétent ibus pro eorumjuitentationepercîpien-
dis de bonis regaltbus reddittbus afignans^ moîupiA deuotw^
nis infittuit, 'Vt iidem Fratres tanquam propr/j Capellani in
Capella regia ipfius loci laudibus dimms infiHerent , & per*
petuum ibidem tmpenderent famulatum. Et licet ipfi ,ficut
& CAteri Qapellani Regij , a folutïone procurationum quo-
rumlibet legatis 'vel nuntiis ApofioiîCA SedisjO" Ordiriariis
quibujcumque prdjtandis immunes ejfe confueuerint ab anti*
quo : nihilominus tamen venerabilts Frater nojter Archiepi»-
fcopus Senonenfis ylus Vifitationisfibï vindicans^ & procura'
tionem pro Juo voluntatis arbitrio exigens abetfdem in eos,
quia ipjum ad hmujmodi Vifitatïonem admittere aac prAdt*
ûam procuratïonem fibi foluere non curabant , fUfpenfionis
& excommumcatioms , ac in loco pradidfo interdtéit /entent
tias profuo libtto promuigauit. Q^fare nobis humiliterfup*-
flicaflt i ^t prouidere fuper his de opportuno remedto paterna
jolicttudine dtgnaremur. Nos itaque Fratres ip/os ob pyve-
fati reuerentiam Confejforis , turque deuota/uppUcationis ob^
tentu, condigni fauoris Apofiolicis munire prAJldtisy (^ exhi»
bttione pro/èqui gratia ^ecialis3'Vt& liberms ^atque ferueip-
tiùs dimnis injljlant obfequiisy quo ampliori ApofiolicA Sedis
dono ,& maiori fuerint Ubertaîis prarogatiua dotati s Fratres
pr^diâtos 3 eorûmque pofieros qm in Capella prAdi£ta fuccedent
etfdem , necnon & Capellam ipjam ^ à prsfati Archtepifcopi
&JucceJforumJuoru?n,&quorumlibetaliorumOrdmariorum
potefiate & iurifdiéiione 3 auéioritate Apoftolica ex certa
fiientia prorfus eximimusy ac pemtus liber amus ; dtfiriéfms
inhihentes ne Archiepifcopus jjuccejfores , n>elaltj Ordinartj
Jupradiéii in Capellam & Fratres prddiéîos mrifdtBionem
aliquamdeinceps exercere prAfumant ,ac de cémente s irritunt
& inane 3 fi ficus in hac parte contigerit attemptari. No^
autem "uenerabtli Fratri nofiro SUuane^enfi Eptfcopo abfoL
uendi
DE FoNTAINËBLEAVi LiVRE lîl. 100
Uindi pfdfatos Fratres iuxta formam EcclefiA aà cauielam
a pr^dicits Jententiis , m eos permemoratum oArchiePtfcoùum
^romulgatù , ac Interdiâ^um relaxandi prtudiâium 3 ac cum
îHis de pmdiâis FratnbtiSjqm hmufmodi ligatï fententiis fa-
cros ordmes recefemm , aut alias ïmmifcuerunt illicite Je
diuims , 'Ut prxmifis nequaquam olfiantibas Jn fc fufceptis
ordtmhm^ dJmms ojjicns minifirare3& adfuperiores ettam
promomn licite 'valeant 3 dt^enfandi plenam & liheram te-
nore pr^fentium commumcamus potejtatem. NuUi ergo om-
mno hommum liceat hancpaginam noïir<z exemptionissUbe-
ratioms jinhibitioms , confiitutioms 3& commifioms infrincre-
re 3 "vel et cafa temerano contraire. Si quis autem hoc at-
Umptare prAfumpfent 3 indignationem ommpotentis Dei ^
Beaîorum l etn & Pauli Apoflolorum eius /fe nouerit mcur-
fUrum. Datum Lugdum Kal. lanuariji Pontifcatus mfiri
anno primo.
Voicy la traduction de cette Bulle.
C
L E M E N T Euefque , feruiteur des leruiteurs de iv
Tradu-
(îtion en
Dieu , à noftre très-cher fils en lefus-Chrift, Phi-
lippe Roy lUuftre de France, Salut, &; Apoftolique be- François de
nediction;
La mémoire vénérable de vos Ayeuls , & l'intégrité
de voftre deuotion fincere 3 de laquelle vous faites pa-
roiftre que vous elles touché enuers Dieu , ôc enuers
l'Eglife Romaine voftre Mère, enfuiuant leurs glorieu-
fes traces , nous ont inuité auec raifon , de vous dépar-
tir des amples faneurs de benediâiion , de grâce , & de
bienueillance paternelle, ôipar des honneurs dignes
de voftre grandeur vous loiier , & exalter , hc voftre
Maifon Royale ^ de laquelle font fortis plufîeurs en-
fans. Eftant ainfi , comme vous nous aucz fait repre-
fenter , que Sainél Louys Confeffeur , iadis Roy de Fran-
ce, &: voftre Ayeul, entre les autres œuuresde Sain6te-
té qu'il a exercé continuellement tandis qu'il eftoit au
monde , auroit eftably, ôc fondé en fon Palais, 6^ De-
Dd
iio Le Trésor des merveilles"
meure Royale de Fontainebleau, Diocefe de Sens, des
Religieux de l'Ordre de la Sainde Trinité, & Rédem-
ption des Captifs , leur ayant fait édifier des lieux pro-
pres , &c conuenables pour leur demeure en vn certain
endroit de cette Maifon Royale; leur affignant de plus,
par vne pieufe deuotion, des rentes , de reuenus de fon
Domaine pour leur entretien 3 afin que ces mefmes Re-
ligieux , comme les propres Chapelains , célèbrent le
Diuin Office , àc defferuent à perpétuité en la Chapelle
Royale du mefme Lieu. Et iaçoit que ceux-cy, comme
les autres Chapelains du Roy , foient exempts de tout
temps d'aucune redeuancc , ou droits de procuration
deus aux Légats , ou Nonces du Siège Apoflolique , ôc
Ordinaires des lieux : toutefois noftre vénérable Frerc
l'Archeuefque de Sens , qui s'attribue le droit de Vifi-
te , 6c qui exige des mefmes le droit de procuration,
ainfi qu'il luyplaift , a publié de fon authorité Senten-
ces de Sufpenfion , 6c d'Excommunication , ÔC mefme
d'Interdidion audit lieu, contre ceux qui nevouloienc
Iç reeeuoir à ladite Vifîte , ny luy payer ledit droit de
procuration. C'efl pourquoy vous nous auez humble-
ment fupplié , que par vn foin paternel nous daignaf-
fions pouruoir fur ces chofes d'vn remède opportun.
Nous doncques , en confideration , èc honneur dudic
Confefreur,& devoftre deuote prière, accordons auf^
dits Frères ôc ReUgieux leur requeflesles auons iugez di-
gnes d'eftre munis fauorablement des defenfes Apoflo-
liques , ÔC leur départir des grâces fpeciales, afin qu'ils
puilfent d'autant plus librement, èc ardemment feruir
Dieu, qu'ils auront eflé amplement doiiezpar leSainâ:
Siège Apoftolique , de grands dons , èc de plus grande
prerogatiue de franchilé , ôc de liberté. A cet effet,
d'authorité Apoftolique, ôc de noftre certaine fcience,
6£ connoilTance , nous exemptons abfolument,&deli-
urons pleinement, tant lefdits Frères, ÔC Religieux,que
leurs fucceffeurs , qui feront cy-apres en ladite Chapel-
le, ôc mefme ladite Chapelle , de lapuiffance , àc iurif^
DE FONTAJNEBLEAV.. LIVRE III. lli
didion , tant dudit Archeuefque que de Ces Succeffeurs,
èc autres Ordinaires 5 faifant defenfes très -étroites,
tant audit Archeuefque , qu'à fcs SuccefTeurs, ou au-i^
cuns. defdits Ordinaires , de n'entreprendre daformais
d'exercer aucune adedelurifdidion fur ladite Chapel-
le , ny fur lefdits Frères , &c Religieux. Nous auons ce-
pendant en vertu des prefentes , communiqué tout li-
bre , ÔC plein pouuoir à noftré vénérable Frère l'Euelque
de Senlis , d abfoudre lefdits Frères , entant que befoin
feroit , félon les formes de l'Eghfe , defdites Sentences
publiées par ledit Archeuefque, relafcher ledit interdit,
&;difpenfer cnuers lefdits Frères, lefquels bien que hez
par lefdites Sentences , auroient receu les Ordres fa-
crez,ou le feroient illicitement,&:fans permilTion im-
mifcez aux chofcsDiuines, leur donner pouuoir de fer-
uir aux Ordres qu'ils ont ainlî pris , adminiftrer auDi-
uin feruice , &c mefme eftre licitemeiat promeus aux Or-
dres fuperieurs.
Qull ne foit doncques permis à qui que cefoitd'en-
fraindrCjOUpar entreprife téméraire, de contreuenir à
cet écrit de noftre Exemption, Abfolution , Defenfç,
Conftitution , àc Commifîion. Que s'il arriue qu'au-:
cun prefume de l'attenter, qu'il fçache, qu'il encourra
l'indignation de DieuTout-puiffant , & des Bienheu-
reux Apoftres Pierre , 6c Paul. Donné à Lyon, aux Ka-
lendes de lanuier, l'an premier de noftre Pontificat.
bd ij
tJZ
Le Trésor des Merveilles
ISABEAV DE FRANCE, REYNE
d'Angleterre , vient trouuer à Fontainebleau le
Roy Charles I V. fon Frère j àc le motif
de fon voyage.
Chapitre IV.
L'An de /, Diuerfes opinions tou-
Christ chant U motîfde ce njoyage .
'^*^- //. Ce qu'en dtfènt flufieurs
AMeurs François , &
Anglais.
lîL Ijabeati ménage la T^aix
entre la France j e^ ÏAn^
gleterre,
Jf^.Trattques des Sf enfers
contre la Rejne IJabeau,
V, Punition desSpenfers,
Ntre les euenemens finguliers arriucz
en ce lieu de Fontainebleau , celuy-cy
n'eft pas des moins confiderables , qu'Ifa-
beau de France , fille du Roy Philippe le
Bel , & femme d'Edouard II. Roy d'An*
gleterre , l'an mille trois cens vingt-trois, vint trouuer
en cette Maifon le Roy Charles IV. fon Frère. Tous
nos Hiftoriens conuiennent bien touchant ce voyage:
mais tous ne s'accordent pas du fuiet, ny du motif qui
emmena cette Reyne en France.
ï^ I L y en a qui ont écrit , que ce fut à Toccafion des
Diuerfes niécontcntemens extrêmes qu'elle auoit receus du Roy
opinions fon mary : ôc c'eft ce qu'en remarque particulièrement
touchant le 1 /~i • i i-i i» i • -1
motif décela. Chtouiquc de Flandre , dont le rapporteray icy les
voyage, termes anciens , parce qu'ils font notamment mention
comme elle trouua le Roy en ce lieu de Fontainebleau,
où elle fit quelque feiour auec fa Maiefté. Quand le
Roy d'Angleterre je eut qu'il ejtott amfi échappe , Jl fut con-
feillé qu'il prit la Rcyne. Tantofir quelle le fceut , fi ^rit fon
♦ C'eft vn ûls Edouard^ & Ce mit en 'vn p affaler * , & emporta moult
pafl-age. grand trejor, & emmena le Comte Kent enja compagnie ^O*
DE FONTAINEBLEAVi LiVRE lîl. xij
fajferent la mer, &arruierent a Boulogne ; & de là alla tant cbromqre
farjes tournées , quelle trouualeRojJbn Frère a Fontaine;- mfe en u-
bleau 5 qui efioit nouuellement marié a la Sœur du Roy de Bo- ^«''\Pj"'
I ■'-'. 11 I Tt 1111 BenyfSaH-
hei'me : incontinent alla la Kejne en la Chambre du Roy j & u^.gcfcmi.
mena fin fils far la main, & dit au Roy : Sire Frère , te me^^^'
'viens pleindre à "vous du Roj mon Baron y qui far le conjetl
d'^n traître ma chafée mauuaifement hors de fa terre. Le
Roy luy refpondit: Belle Sœur^ 'vom demeurerez^ en mon Ma-
noir au Bots de Vmcennes yiufques à tant que nous ayons or-
donné qu'on fera de njous j & de ^os hejongnes. Voila ce
qu'en die TAutheur de cette Chronique. Or les mé-
contentemens particuliers de cette Reyne procedoienc
de ce que les Seigneurs Spenfers,pere &:fîls, pofTedans
puilTamment le Roy Ton mary, l'auoient mife de mau-
uaife intelligence auec luy.
Mais kplufpart des Annalifles, tant François, que lî.
Anglois , écnuent qu elle ne s'enfuit point d'Angleter- a.fenrpiu-
re 5 mais qu'elle fut enuoyée exprés en France par le Roy ^^^urs Au-
fon mary, pour pacifier quelque différend , Ôc:traitter de çIL^ï An-
Paix entre l'vne, &: l'autre Couronne, qui elloientpour §'°^*-
lors en guerre 5 &: que pour cet effet il luy fut donné vn BeUeforeft
train , non pas digne de fa naiffance , &; de fa Maielf c , ^^
en [es An^
nales de
eftant feulement accompagnée du Seigneur lean de i^rance.t^.,
Cronuuel , & de quatre Gentilshommes 3 &; ce fait à ' ''^' ^^" '
deffein de lapart de ces Seigneurs Spenfers , afin de luy
donner occalîonde déplailir, &de s'efloigner d'autant
plus volontiers du Roy fon mary.
Q^ O Y qu'il en foit, elle eut tres-agreable ce voyage, y ^ •
où nonobllant fes iulles reifentimensdedéplaifir,pour ménage la
montrer fonbonnaturel,elle fe porta d'afFeàion,6cmé- i^F^auS^^
nagea adroitement la Paix auprès du Roy Charles fon &: l'Angle'-
Frère, entre la France , & l'Angleterre: Paix qui eftoit
extrêmement defiréeduRoy Anglois , d'autant qu'il fe
voyoit affailly de trois coftez. D'vne part, des Efcoifoisj
qui auoient porté leurs armes bien auant dans la fron-
tière d'Angleterre , où ils fe battoient genereufement.
Des François d'autre part, qui s'eftoient iettez dans la
Dd iij
terre.
U4 Le Trésor des merveilles
Guyenne 5 où ils auoient défia fait de glands progrez. Et
en troiliéme lieu , d'vne feditipn de la plulpart de fes;
Suiets , à roccaiion de la tyrannie de ces Spenfers , ( que
quelques autres appellent Dépenliers.) lefquels gouuer-v
vFT noient le Roy félon leurs caprices. Se leurs i:ougues,pour
Pratiques ^^ g^aud afccudaut qu'ils auoient fur ks volontez. Où
des Spcn- tJ 1 ■ • rr /
fers contre ccs mefuics confideraus alors la Paix bien afieuree auec
iCahcIu.^ les François , qui eftoient leurs plus redoutables enne-
Froifr.m iiiisiô^ ne voyans plus que la Reyne qui les pouuoit puif-
roi. I. famment heurter , ce fut alors que prenant l'occafion
'^^^p-i- de fonabfence, ils firent effort de leur artifice, & de leur
malice pour la mettre plus mal que iamais auprès de fon
mary, auquel ils firent entendre qu'il eftoit neceifaire de
la mander promptement,&: lafaire retourner de Fran-
ce , de crainte qu elle ne pratiquaft quelques affaires fe-
crettes contre fon Eftat, en faueur du Roy de France fon
Frère, comme ils en auoient eu aduis , difoient-ils mali-
cieufement. Dequoy la Reyne eftant bien aduertie par
des plus grands d'Angleterre , &: qu'au lieu de reconnoi-
llre l'affedion qu'elle auoit témoignée, &: pour le Roy
fon mary, &: pour fon Eftat, en luy ayant procuré la Paix
auec les François ; au contraire il s'eftoit laiffé encore
gagner plus que iamais par les Spenfers pour luy braffer
plus de mécontentemens que iamais : cela l'obligea à
prolonger fon retour le plus qu'elle pût j ë^en fin toute
certaine qu'elle auoit à craindre retournant en Angle-
terre , tandis que ces tyranneaux aur oient les aduanta-
ges qu'ils y poffedoient , refuia d'y retourner qu'à main
'" forte y ayant efté afuitée en ce poin6t de lean frère du
^; . Comte de Henaut fon Coufin -, 6c eftant arriuée en An-
a«sSpen. gleterre , elle fut auffi toft très-bien receuë de la pluf-
part des Seigneurs Anglois , àc de laNobleffe j lefquels
s'eftans failis des Spenfers, les firent punir , Sc mourir,
auec autant d'ignominie , que l'on employa de iufle ri-
gueur en leur endroit , ayans elle les fanglantes vi<5l:i-
niesde la fureur du Peuple irrité contre leur tyrannie,
èc l'excez de leur m lie e.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE III. iij
L'ENTREE DE L'EMPEREVR CHARLES
le Quint à Fontainebleau, & le bon accueil
que luy fit le Roy François I.
Chapitre V.
/, La Loy de Dieu efi 'un
Jlambeau qui éclaire a la
'uoye de Salut.
IL JHotifdu voyage de Char-
les le Quint.
III. Diuerfes raifons qui luy
font appréhender fon paf VI IL Le grand accueil quil
V. Le Roy enuoye au de- L'An de
; •/ .-' Iesvs-
uant le receuoir. Christ
VL II reçoit de irands hon- ' 5 ^ 9- &
neurs par tout ou tl pajje.
VIL Son arriuée a Fontaine-
bleau.
(âge.
IV. Il promet j& ne tient pas.
y reçoit.
'Est vne fàinâ:e refolution , quand à l'i-
mitation du Roy Prophète, ceux qui por-
tent le Scepf?b , & la Couronne comme
luy , fe propofent toufiours la Loy de Dieu,
pour s'en feruir comme d'vn flambeau qui
éclaire leurs pas dans le fentier de fesvolontez éternel-
les , & ne s'en écarter iamais pour quelque aduantage
que ce foit \ puifque le mérite d'vne telle aétion leur
promet des recompenfes fans fin , ôC autant illuftres
qu'elles font defîrables , & que c'eft quitter des baga-
telles fiir la terre , pour pofTeder des trefors infinis dans
le Ciel. Noftre grand Roy François fembloitauoirbien
appris cette leçon: ôc quoy qu'il qjLift pûauoir de iuftes
reUentimenspour fevangerdes iniures , & déplaifirs re-
ceus de l'Empereur Charles le Quint , qui en dmerfes
occurrences, &: fur tout après faprife en fuitte de lamal-
heureufe iourncedePauie, l'auoit comme forcé à faire
vn Traitté entièrement defaduantageux à fon Eftat :
neantmoins s'eftant lailTé toufiours conduire par la lu-
Lueemape'
dibfts rneis
ver hum
rnenfemitis
mets.
Pfal.iig.
I.
La Loy de
Dieucftvn
flambeau,
qui éclaire
àlavoyede
Salue.
2ïiS LE TRESOR DES MERVEILLES
ligatura micrc dc la Loy de Dieu , fçachant qu elle eft vn puifîant
ddkftifr li^" ( pour vfer des termes de l'Efcriture) à relinir les
•cap. 6. cœurs , &: qui engage tous les mortels à vn oubly éter-
nel des iniures des plus cruels ennemis j voire par vn
furcroît d'obligation les inuite à leur procurer du bien.
Voicy doncques le gracieux accueil qu'il luy fit , cftant
en cette Mailon Royale de Fontainebleau. Le motif, 6c
Toccafion du voyage de l'Empereur en France, eftant
tel.
II. Les Flamans, &; notamment les Bourgeois, &; Ha-
vo âge de bitans de Gand , s'eftans reuoltez , &c par vne fedition
cn.i.iesk populaifc ayaus tué plufieurs Officiers de fa Maiefté
Impériale , à l'occafion de quelque nouuel impoft fiir le
Vin que l'on tranfportoit en ce quartier là j èc iugeans
bien que cette action de rébellion attireroit en bref fiir
eux vne iufte punition, refolurent pour coniurer cette
orage de fecouer entièrement le iougde fon obeyfTan-
ce : 6l pour cet effet enuoyerent en France des princi-
paux d'entre eux vers le Roy, pour prier faMaielléd'ag-
greer l'offre qu'ils luy faifoient , bL de leur Ville , àc de
la fidélité qu'ils luy vouloient iurer , de n'auoir plus do-
refnauant d'autre volonté , que de le reconnoiflre pour
leur Seigneur , ôc Souuerain j luy faifans entendre de
furplusjque les autres Villes de Flandre fuiuroient aufïî
toft leur exemple , ôC rendroient à fa Maieflé les mef-
mes deuoirs de Valfaux, ôc deSuiets. •
L'Empereur aduerty de tout cecy , fe veid bien em-
pefché , fur la créance qu'il auoit que le Roy trouuanc
vnefi fauorable occafion de fevanger deluy,receuroit
volontiers ces Rebelles en leur ofîre fi aduantageufe :
ce que faMaiefté taix s'en faut qu'elle écoutaft , com-
me elle le pouuoit , qu'au contraire elle les renuoya , les
exhortant d'auoir recours,comme tres-humbles Suiets,
à laClemence de l'Empereur leur Seigneur.
Cependant fa Maiefté Liiperiale ne fçachant quel
confeil prendre en cette affaire fi épineufe , bc voyant
qu elle eiloit à la veille de perdre la Flandre, fiprompte-
menc
DE FONTAINEBLEAV. LlVRE III. \vj
ment elle nyremedioic : pour éteindre ce feu, qui com-
mençoit de s'allumer, refolut d'y accourir enperfonnej
mais le chemin d'y aller fembloit très-difficile, attendu
qu'elle eftoit pour lors en Elpagne quand cette Tragédie
fe ioiioit en fes Pays-bas 5 oùlalongueur, &les diificul-
tez du palTage luy paroifToient ^^comme de fait , fort pé-
rilleux : car où il luy falloir trauerfer par la France ,
ou prendre la voye d^ l'Océan , ou celle de la mer
Méditerranée pour defcendre en Italie , &: de là par
l'Allemagne , n'y ayant que ces paiOfages de l'Eipagne
en Flandre.
De tenter ce voyage par la France, il auoit occafîon
de fe défier , fur ce qu'il fçauoit bien lamauuaife foy,ÔC
les indignitezdont il auoit vfé enuers leRoy, bien que
quelque peu auparauant , ils fe fuffent reconciliez auec
toute apparence d'amitié \ il n'ignoroitpas auffi qu'il y a
toufiours occafion de douter d'vne amitié , que l'on a ex-
torquée par force,telle qu'eftoitcelle-cy : combien qu'il
eft vray , qu'elle eftoit tres-fincere de la part du Roy.
D E palfer par la mer Oceane , il n'y trouuoit pas m-
moins de difficultez , foit à caufe d'vne armée Nauale, raifônrqui
qu'il ne pouuoit fi toft mettre en mer , foit d'autant qu'il %fon"p..
y auoit danger, que fi quelque tempefte s efleuoit , elle fon pafl*^
ne le iettaft , ou en la cofte de France , ou en celle d'An- 2*'
gleterre , dont les deuxRoysluyeftoientfulpedrs. *
Il ne luy reftoitplus que le paffage de la mer Méditer-
ranée par l'Italie , ôc l'Allemagne 5 ce qu'il ne pouuoit
encore exécuter qu'auec vne puiffante armée , &: où il
ne trouuoit pas moins d'empefchemens , attendu qu'il
ne fe tenoit pas tant aflTeuré des Italiens , & qu'il crai-
gnoit lesProtefl:ans d'Allemagne. Dans cette perple-
xité , voyant que cette affaire prelfoit , & que fon voya°
ge par la France luy eftoit le plus commode} il enécri-
uit au Roy, priant fa Maiefté de luy permettre,ôc donner
affeurance d'y paffer auec peu de train j fçauoir ceuxjde fà
Maifon feulement , hc quelques principaux de fa Cour.
Et pour inuiter d'autant plus volontiers le Roy à luy ac-
Ëe '
ii8 Le Trésor des merveilles
corder cette faueur fi importante, il ne mâqua pas de luy
faire beaucoup de belles promefTcs j entre autres de luy
dôner,ou à quelquVn de fes EnfanSjl'inùeftiture du Du-
IV. ché de Milan ,promettant ce qu'il fçauôit bien qu'il n'a-
&'nrticnt ^^^^ P^^ volôté d'efFeâ:ucr , veu que toutes cespromelTes
pas. n'eftoient que pour fe faciliter promptement ce palTage
en Flandre,ô.: par cette ruze,&;mauuaifefoy tromper la
bonté,& franchiie duRoy j à qrfby il ne manqua pas aufïi
toft qu'il fut en fes Pays-bas j ne fe fouuenant plus de fes
promefTes , qu'il n'auoit iamais voulu donner par écrit,
mais que plufieurs fois il auoit réitérées débouche.
V. Le Roy fur cette affeurance ayant accordé à l'Em-
uoyeïïre pcrcur tout cc dont il l'auoit requis 5 ôç deiîreux de luy
ceuoir.
témoigner de furplus fa bonne volonté, ertuoya iufques
à Bayonne fes deux fils au deuant de luy,fçauoir Monfei-
gneur le Dauphin , ôcMonfeigneur d'Orléans , auec vu
bon nombre de Seigneurs, & de Nobleffe j où par toutes
les Villes qu'il palfa , fa Maiefté auoit ordonné que l'on le
B^Ua"^ ^"^ ^^^^^^ comme fa pèrfonne mefme , auec toute forte
Liu. 8. de d'honneurs , de cérémonies , & d'entrée j ce qui fut ainfi
^j emot. £^.^ ^ ^^^ ayant mefme permis d'élargir tous les prifon-
niers des lieux où il paffoit.
VI. I E ne m'eftendray point icy dans le narré de l'accident
de erand" ^^i luy arriua eftant au Chafteau d'Amboife , où le feu
honneurs pnt par méffard à vne des Tours, ôc Département orné
DCir toutou ^
il paffe. des plus riches Tapilferies que Ton pût v«ir , dont la fu-
mée fut fi grande, qu'elle penfa efliouffer tous ceux qui
y eftoienti & où mefme l'Empereur fut- fi incommodé,
qu'il encourut rifque comme les autres. leneparleray
point non plus des honneurs que l'on luy fit en fuitte à
Blois,&: à Orléans.
VII M A I S ie me contenteray feulement félon mon def-
uéH Foiî- ^ein , de reprefenter fon entrée magnifique , & le gra-
tamebieau. cieux accueil, plein de pompe , &:de grandeur , que le
Roy luy fit en cette fienne Maifon de Fontainebleau,
ainfî que ie l'ay appris,&; recueillyde diuers mémoires de
ce temps-là j fa Maiefté ayant enuoyé au deuant de luy
DE FONTAINEBLEAV. LivRE III. tA^
hors de la Foreft vn nombre de Princes , de Seigneurs , tc
deNoblelTe, tous auec le plus grand cela td'habics, qu'il
fe peut voir.
Entrant dans laForeft,il fut accueillypar vue troupe
deperfonnes déguifées en forme de Dieux, &: de Deef-
Ces boccageres,qui au fon des haut-bois s'cllansaiTem-
blez, & accourus , compoferent vnedanferulHque , qui
ne fut pas moins agréable en la bigearre façon dont ils
eftoient reueftus , qu'en l'ordre , & aux pallages qu'ils
tenoient jlelquels ayans ainli danfé quelque temps s'é-
carterentpromptement départ & d'autre dans la Foreif,
ÔC l'Empereur pourfuiuant fon chemin arriua icy.
Son entrée fut par la grande Allée de la Chaulfée. a viii. ,
la porte il y auoit vn arc triomphal orné de trophées , & accue?r"
enrichy de Peintures , qui reprefentoient le Roy , ôc ^" '' ^ ^^'
l'Empereur reuellus à l'antique , accompagnez de la ° '
Paix, &; de la Concorde , pour faire voir à l'Empereur
auec quelle bienueillance , &; franchife le Roy le rece-
uoit. Là eftoit encore vn concert de Mulique, Câpres
auoir entendu quelques Airs, il fut conduit dans le Cha-
fteau au fon des Trompettes , &; des Tambours 5 ôc en-
trant dans la petite Galerie il y rencontra le Roy , où fc
firent IcscompUmens entre leurs Maieftezj àc delà fut
conduit au Pauillon des Poefles , qui luy auoit efté or-
donné pour fon logement.
Le foupé eilant préparé en la Salle du Bal , le Roy
qui auoit laiifé quelque temps l'Empereur pour fe re-
pofer à loilîr , l'alla prendre en fa Chambre , &; ils vin-
drent enfemble fouper,auec vn témoignage de part &:
d'autre d'vne grande réiouiflance.
Le lendemain, &plu{ieurs iours qu'il feiouriia icy,du ^« Éeiuy.
Bellay Autheur de ce temps-là remarque , que le Roy ^ '^"^^^'
luy donna tous les plaifirs qui fe peuuent inuenter^
comme de ChaiTes Royales, de Tournois, d'Efcarmou-
ches , de Combats à pied àc à cheual j oc en Comme de
toute forte de diuertiifemensi
Ee ij
iio Le Trésor des merveilles
LA NAISSANCE D V ROY FRANÇOIS lî.
à Fontainebleau jauec Tordre, & les cérémonies
de Ton Baptefme , faites en ce mefme Lieu
dans TEglife de la Sain<^e Trinité.
Chapitre VI.
L'An de 7. Eloges du Roy Fran^
Iesvs- ^. • t t
Chkist F^^/-
?HJ' //. J^é le 20, iour de lan-
uier,
JIl. U ordre 3 & le sT rince s,
& Seigneurs qui fe trou-
aèrent a ce Baftejme.
ÎV. Les noms des PrinceJfeSi
& Dames qui sj trouue-
rent.
V. Baptejme célébré far
M.onfetgneur le Cardinal
de Bourbon,
VI. Parrains, & Maraine,
V II, Le s refiomjfances faites
enfuitte de ceBaftefme,
^jpophhe- ï^^^^^f O M B I E N que la Dignité Royale foit vne
vmedePhi- W ^^^^^M chofe fî rclcuée , qu'on peut dire à bon
de Mace- » ^l^^^^P droit auec vn Ancien , qu'elle eft vne copie
%ZdiZ' gj^^^B ^^^''^ ^^ Diuine Maiefté eft le prototype,
^imlxkam^^à ^ l'original : fi eft-cs qu'il eft trcs-certain,
que comme l'enchafleure redouble la grâce de la pierre
qui eft pofée dans l'anneau ; aufTi eft-il vray que cette
qualité tres-illuftre éclatte dauantage quand elle eft
àntée en la Noblcfte des Vertus. Ce qui eft vne vérité
qui femble d'autant plus volontiers m'obliger pour la
• gloire de Fontainebleau , à traitter de la n-aiftance , ai
Eloge du 3es cérémonies de Baptefme du petit Roy François, Se--
Roy Fran- cond de uom , 6c grand de mérites , puifqu'à bon droit
il a acquis le ftirnom de Roy fans vice j dont le peu d'â-
ge qu'il a vécu , &; régné , au grand preiudice de céc
Eftat qui s'en promettoit vn fîecle d'or, a empcfché le
cours de fes mérites j fon âge n'ayant efté que de feize
ans huit mois &: fix iours , & fon règne que de feize
mois , vingt-cinq iours , qu'il commença le dixième de
luillet ij/^. ÔC finit par fa mort ij6o.
Ùt FÔNTAÏNËBLEAV. LîVRE ÏÏI. 2ii
e îo.
e
anuier.
Il nafquit le vingtième iour de lanuier en ce Cha- ,ii
tteàu de Fontainebleau > Tan mille cinq cens quarante lonr d'
trois y naiiTance qui apporta vne tres-grandc ioycàtou- *
te la France , à caufe qu'il y auoit delia dix ans que Hen-
ry 1 1. Ton pcre ( qui n'eftoit pour lors encore que Dau-
phin ) eftoit marié auec Catherine de Medicis , fans que
Dieu iufques alors euft beny leur couche d'aucune li-
gnée j ce qui en faifoit appréhender la fuitte.
L'on n'attendit pas long temps à célébrer les céré-
monies de fonBapteiliie^car peu dé iours après (anaif-
fance elles fe firent > foit parce qu'il paroiiToit fort foi-
ble & délicat , foit aufli d'autant qu'alors arriiia icy
Monfeigneur le Cardinal de Farnele Neueu du Pape
Paul III. qu'il auoit enuoyé en qualité de Légat vers lo
Roy François I. pour moyenner vn accord entre faMa-
iefté > &; l'Empereur Charles le Quint \ où le Roy le
Voyant honoré de cette Légation , fut auili bien aile
ique mondit Seigneur le Légat honora de fa prefence
les cérémonies de cfc Baptelhie > qui furent alors faites
en l*EglifedesMâthurins * de ce Chafteau,dit Paradirl GuiLum
Autheur du temps j qui eft l'Eglife de la tres-Sainâ:e z,„. l"/
Trinité , autrement appellée la grande Chapelle. ( car f''^'j:S
c eft ainil que l'on nous nomme en quelques lieux dcfieire des
ce Royaume > à caufe d'vne Chapelle dédiée à Saind '^lrabh'}c
Mathurin , qui nous fut donnée à Paris , où eft mainte-/»» femfs.
nant bafty noftre Conuent, dit les Mathurins de l'Or- *Les rcu-
dre de la Saindte Trinité, &; Rédemption des Captifs.) lordre de
Or les magnificences , &: cérémonies furent telles qu'il Trini'té '«:
S enlUlt. '«Captifs.
Le Dimanche dixième iour deFeurier audit an 1543. Maliîudns"
enuiron les quatre à cinq heures du foir , le Roy Ayeul, liz^rlTcl
ou Grand-pere de noftre petit Roy François, ayant or- ^^J'^a-IÙ
donné cette cérémonie , elle commença ainfi* d.éelà saijéi
Trois cens torches furent données à autant de per- c^'JÏp'Xt
fonnes des Gardes du corps du Roy 3 & de Monfeigneur «Ss Ma-
ie Dauphin, &: des SuifTcs du corps, lefquels furent ran- [l'^';'""'»^*:
gezdcpoi^ la Chambre de fa Maiefté, iufques en ladite
E e iij
Paradin
vbi [ufra..
a-Il "Le Trésor des merveilles
Eglise , pafTans par la petite Galerie , où la clarté eftoic
Il grande de ces lumières , qu'il fembloit que Ton fuft
en plein iour»
f7^ MARCHOlENTen après les deux cens Gentils-
roidie.ô: i^ommes delaMaifonduRoy.
ccs.&sd- Puis les Cheualiers de l'Ordre.
peurs qui ^^ j^ x.ï.G\x\X2. aufTi le Rov de Nauarre , MefTeigaieurs
le trouue / ' p
rent à ce les Ducs d'Orlcaus j de Vandofme , de Touteuille, de
.ipte me. (^^j|-g ^ ^^ Ncucrs , de Longueuille , d'Eftampes , &: le
Comte d'Aumalle i comme aufll l'AmbafTadeur de Ve-
nife.
Là parut encore mondit Seigneur le Légat , auec plu-
{leurs Cardinaux , &: autres Prélats.
IV. En fuitte marchoit la Reyne, ôC toutes les PrinceC-
des^Pnn^^ ^^^ ^^ eftoicnt pour lors en Cour j fçauoir Madame
celles , & Marguerite fille duRoy , qui fut depuis mariée au Duc
s'/no^uuc, de Sauoye , Madame la PrincefTe de Nauarre , Madame
rcntaufn. Je Sain 61 Pol , Mefdames les deux DuchelTes de Ne-
uers , Madame de Montpenfier, Madame de Guife , Ma-
daîne la DuchefTe d'Eftampes , & pluiieurs autres Da-
mes , qui eftoient toutes reueftuës tres-fomptueufe-
ment de toile d'or &; d'argent , auec vne infinité de
pierreries , qui rendoient vn merueilleux éclat. Et par-
my cette troupe elloit l'Enfant que Ton portoit ba-
ptifer.
Et dans cet appareil ,6i magnificence l'on alla enla-
dite Eglife, où leRoy fe rendit aufli toft.
N. Elle eftoit parée des plus riches TapifTeries de la
ccieïré par Coutonnc j & autrcs diuers ornemens. Au milieu il y
Moniei- auoit VU Chef compofé en rond, fur lequel l'on voyoic
Cardinal vn grand drap de toile d'argent , qui eftoit le lieu où fe
de^^Bour- fuient Ics ccremonics du Baptefine , dont l'office fut ce-
;\_ lebré par Monfeigneur le Cardinal de Bourbon.
- VI. Les Parrains furent le Roy,qui luy donna fon nom
jyiarajnc'.^ Frauçois , aucc Monfcigneu.tJe Duc d'Orléans troifié-
-*'* me fils de France , & Oncle paternel de noftre petit
Prince. Et la Maraine fut Madame Marguerite , de la-
quelk il a eiJe parlé cy-delîus.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE III. 123
Toute cette cérémonie eftantainfiacheuée, l'Enfant
fut rapporté en l'ordre, & magnificences qu'il auoit efté
porté j&aulli toft l'on entra au feftin, que leRoyauoic
fait préparer en fa Salle, qui eft celle qui porte mainte-
nant le nom de Salle du Bal 5 où enfuitte de ce banquet,
il y eut diuers Balets , Danfes , de autres pareilles ré-
ioUyfTances : ce qui fe continua plulîeurs iours après.
Or l'onauoit drelle vn beau, &; grand Baftion prés vu.
du Chenil , où ell: maintenant l'Allée folitaire , èc celle ^^J '^'
.. ru j -^ '<■' louiflanccs
des Meuriers blancs. Et fur lEflang , il y auoit trois faites en
Galères ornées de leurs banderolles. Et le tout ainfî Baptefme?
ordonné , le leudy fuiuant quatorzième dudit mois , il
fe fit diuerfes efcarmouches en deux partis de Princes,
ÔC de Seigneurs , les vus qui defendoient ceBalHon, d>c
les autres qui Tattaquoient, ôcpar terre, &:par eauauec
lefdites Galères : &c en cette forte finirent ces magnifi-
cencesi
Incontinent après , Monfeigneur le Légat ayant plu-
fîeurs iours conféré auec fa Maiefté , prit congé d'elle,
èc s'en alla vers l'Empereur pour raccommodement de
ces deux Princes , félon l'ordre qu'il en auoit receu de
fa Saindeté, ou il ne pût rien aduancer.
2.14
Le Trésor des merveilles
LES MAGNIFICENCES , ET CEREMONIES
faites à la naifrance,&; principalement au Baptefme
de Madame Elifabeth de France, fille aifnée du Roy-
Henry 1 1. à Fontainebleau.
C H A P I T R E VIL
Christ
»5 4J.
L'An de /, Z.e bien arriué de cette
I E s V s- . tr
natjjance.
IL Elifaheth Jurnommée de
la Paix,
lIL'Varrams de cette Trin-
cep.
IV, Théâtre i & diuers orne-
mens drejfezj four ce Ba-
ftejrne.
V, A^^areïl d'vn très-ri-
che buffet.
VL Vordre , & ceremo^
nies.
VIL Les Maraines de cette
Princejfe,
VIIL Baly & Tournois faits
enjùitte.
I.
Le bien ar-
riué de cet-
te naifTan-
cç.
E S Anciens ingénieux en leurs inuen-
cions voulans faire paroiftre le mérite de
laSagefTe, ôc des Sciences, ont fort bien
rencontré quand ils ont dit , qu'à la naif^
fance deMinerue, quils en eftimoient la
DeefTe , le monde fut comblé d Vne félicité fans pa-
reille , par vne pluye d'or qui tomba fur la terre. Le
mefmeauec non moins de raifoif, pouuons nous dire de
la nailTance d'Elifabeth, ou Ifabeau de FranGe,fille aifnée
du Roy Henry IL (qui n'eftoit que Dauphin lorsqu'el-
le nafquit ) puifque outre que cette PrincelTe fut vne
des plus fages , & des plus vertueufes , qui iamais porta
le Sceptre , elle fit naiftre encore ce bonheur auec elle
àlafaçondVne pluye d'or-, que les guerres, la famine^
& la peftilence,qui trauailloient la Chreftienté , ayans
cefTé enuiron le temps de fon horofcope, & natiuité,
fucceda à tant de miferes le bien lî fort defiré de la Paix
entre la France , &; l'Angleterre , qui fut alors iuréc
auec
DE FONTAllsJEBLEAV. LlYRE IIL 115
auec promeffe , &; accord de mariage quelque temps
après encre cette ieune PrinceiTe ^ èc Edouard V. Roy
d'Angleterre , duquel ledit mariage ne fut accomplyj
eftant Edouard mort de poifon , par Imtelligenee de
fon gouuerneur le Duc de Notumberlang : où peu 4pres
fut auifi confirmée la Paix entre les deux Couronnes de
France , &C d'EfpagnCjipar le mariage qui fut confomr
méj & accomplyde noftre Elifabeth auec Philippe II.
êc par vn commun fentiment ^ &C voix publique de ces ~7^ — "
deux Nations jCette PrincefTe fut appellée Eltfabeth de la EUfabeth
■Paix i ainfi que publia alors vn de nos Poètes en ces vers; mée delà"
Paix.
*Var elle en Paix font la France ^ & l^E^^gne^ loacUm dn
Par elle vnù/bnP les deux flm grands Roy s y ^ ^■^'
J)tifang d'Autriche , & dufang de Valois ^
■Fille de C'vn, & de l'autre comfagne.
Cette naiffance arriua en ce Chafteau , le deuxième
d'Auril mille cinq cens quarante cinq j où Elifabeth
demeura, & fut nourrie quelque temps , puis fut porr
tee àSain(5t Germain enLaye. A cette naifTance furent
faites de grandes réiouyffances j mais fur tout les ma-
gnificences de fonBaptefmejôcles cérémonies en furent
célébrées , auec vn appareil tout plein de pompe ÔC de
maiefté. .
La Paix ainfî conclue entre François I. & Henry iiï-
VIILRoyd'Angletérre,nafquitaumefme temps noftre cettePrin-
ieune PrincefTe petite fille de François : èc à l'occafion de "^*='
cette Paix y ayant icydeux grands Seigneurs de la parc
duRoy Anglois , venus exprés pour la iurer folemnel-
lement '■, fçauoir IVn , le Seigneur du Dellay Admirai
d'Angleterre i bc l'autre , le Millord Chenay , Maiftre
des Ports, &: grand Treforier de ce mefme Royaumej
ces deux Seigneurs furent Parrains de noftre Elifabeth,
au nom du Roy Henry VIII.
Le iour ordonné tous les Princes, ôclesPriaicelTes de
ceRoyaump eftans icyafTemblez^, les cérémonies enfu-
Ff
ii6 LE Trésor des merveilles
rent célébrées en ce Chafteau , où la Cour du Donion
eftoit toute tendue , & ornée par haut, & par bas , de
Çi riches TapifTeries , & autres diuers ornemens , que
la moindre chofe qui y parut , eftoit or , argent , ou
foye.
Paradin , ^^ milicu dc cette Cour , il y aùoit comme vne for-
chlp.j'.dcs me de Théâtre de bois haut efleué dyne belle Archite-
toralu'de ^^^^i ^^^^ plufieuts Portics Èompofez à l'antique , or-
fon temps, nez dc dïucrs feuillages , aux frifes defquels fe lifoient
j-Re^Hm ces mots écrits en lettres d'or : Jludtermt %eges verha
^""P- 4' oris eim j lefquels font empruntezdu premier Liure des
Roys j où il eft fait mention de la grande réioiiyflance
du peuple d'ifraël , quand il receut l'Arche d'Alliance
en fon armée , ayant perdu la bataille contre les Phili-
ftins j&del'efperancequ'ilfepromettoitde toute forte
de bonheur , par la prefence de cette Sainde Arche : ce
qui à l'inftant ietta la crainte , ÔC l'épouuante à ces peu-
ples incirconcis 5 leurs ennemis.
IV. E T pour reuenir à l'embellifTement de ce Théâtre,'
diuers^r^ il cftoit cucorc omé , & tous ces Portics , de herre, dC
nemens auttc verdurc 5 auec plufîeurs EfcufTons armoiriez des
pou "ce armes de France , &C de celles d'Angleterre , qui pen-
saptefmc. ^qj^^ç ^ chapcaux , & rainceaux de triomphe par le
deffus , ô£ tout autour de ce Théâtre 5 du milieu duquel
s'éleuoit vn grand mas orné de lierre , ÔC de diuers la-
mes , ôc lennifques d'or chnquant , tout depuis le haut
iufques au bas.
Ce mas ainfi éleué , feruoit àfbuftenir auec des cor-
dons vn grand voile de foye bleu , en guife d'vn Ciel , où
eftoient attachées quantité d'étoiles d'or,lefquelles ren-
doient dans cette Cour vn éclat parfaitement agréable.
V. Et ce qui ornoit particulièrement ce Théâtre, &; qui
d'vn^^res- apportoit àvnchacuu de l'admiration, eftoit qu'au pied
riche buf Je ce mas il y auoit vne fort haute Pyramide faite à di-
uers angles , ôc de neuf eftages , couuerte d'vn riche
poiilededrap d'or frizéj le tout qui compofoit vn buf-
fet chargé de la vaifTelle Royale toute d'or, ôc de tant de
DE FONTAINEBLÈAV. LiVRE IIL 2.17
vafes,&:diuerfes pièces antiques ,aulîi toutes d'or, &: en
fi grand nombre, qu'il feinbloitqu'icyroneuftr'airem-
blé l'élite des buffets de tous les Princes de l'Europe.
AulTi efl-il véritable que l'on y auoit apporté tout ce
que les Roys de France auoient eu de rare en leurs Ca-
binets , difperfe^ en diuers endroits de ce Royaume. Et
afin de faire connoiftre à vn chacun, quelle eftoit la va-
leur ,6^ l'excellence de toutes ces fîngulieres raretez,il
y auoit là auprès des perfonnes commifes qui en don-
noient l'mtelligence aux Spediateurs , 6c principale-
ment aux Anglois, èc aux autres Eflrangers, qui eftoient
en grand nombre à cette magnificence j leurs difans
comme quelques vnes de ces rares pièces auoient efté
apportées en France par l'Empereur Charles-Magne,
comme les autres luy auoient eflé enuoyées par quel-
ques Roys ,&: ainfî des autres fîngularitez , dont il n'y
en auoit pas vne moderne , mais toutes antiques.
Ie ne trouue point le iour, ny l'heure que commen- , vi.
ça la cérémonie de ce Baptefme: mais ie remarque feu-
lement que toutes chofes eftans icy bien préparées, les
Princes, Seigneurs , èc la Nobleffe , ordonnez pour ac-
compagner noftre petite Princeffe , commencèrent à
fortir du Département du Roy 5 après lefquels marchoit
le fufdit Millord Chenay grand Treforier d'Angleter*
re , lequel portoit l'Enfant entre fes bras , ôC alloient de
fuitte ,1a Reyne , les Princeffes , les Dames , èc Damoi-
fe lies de la Cour, toutes richement, ôc magnifiquement
parées : & ayans trauerfé la petite Galerie, entrèrent en
i'EgUfe de la Sainéte Trinité, laquelle elfoit richement
ornée ; où à l'entrée efloient Melfeisneurs les Cardi-
naux de France , accompagnez de pluiîcurs Archeuef^
ques , Euefques , ôc autres Prélats , tous reueftus de leurs
rochets ; où Monfeigneur le Cardinal de Bourbon re-
uelliu en Pontificat fit la cérémonie de ce Baptefme,
tomme eilant Prince du fang Royal , èc Archeuefquc
de Sens , ce lieu eftant de fon Diocefe»
Lors qu'il fut queflion de donner le nom à l'Enfant,
Ff ij
L'ordre, 5c
ccrcmo-
nie«.
ii8 Le Trésor des Metiveilles
les Ambafladeurs ,&: Députez d'Angleterre y furent
Y II. prefens comme Parrains , 6c les Maraines furent Eleo-
iesd^ït-^oi' d'Autriche féconde femme du Roy François I. àc
ce Princcf- leaiine PrinceiTe de Nauarre , qui la nommèrent Elifa-
beth ; &ck l'infliant fut ce Nom proclamé par les Hé-
rauts d'Armes deFrance, & d'Angleterre, qui eftoienc
couuerts de leurs Coftes d'Armes armoiriées des armes
des deux Roys : en fuittedequoy commencèrent à fon-
ner les Trompettes, Clairons, ôc Haut-bois , auec vne
grande décharge de boettes, 6c d'efcoupcterie, èC au-
tres armes à feu.
Cette cérémonie ainfî acheuée , le Roy regala toute
fa Cour j èc le banquet du fouper fut fait auec vn fî
grand appareil , qu'il ne fe parloir point que l'on en euft
iamais veu vn femblable.
VIII. Mais fî ce feftin fut exquis , riffuë n'en fut pas moins
Bal , & agréable par le Bal qui commença aulTi toll j où àdiuer-
£.1. en fes entrées parurent des hommes de figures prodigieu-
""'^" (es ; puis des belles furieufes, 6c eftranges de toute fortej
bc. en troifiéme lieu, diuers oifeaux de rapine, Grifons,
Algies, Vautours ,& autres femblables.
Cette réioiiyffance continuant encore le lendemain,
le Tournoy fut ouuert entre Monfeigneur le Dauphin,
6c le Comte deLaual,qui faifoient vn party chacun de
Cheualiers.
La troupe du premier paroifloit armée , &C habillée
€n blanc , portant vn CroifTant de Lune fur l'armet
au heu de timbre , & leurs chenaux elloient armez, dC
caparaiTonnez de femblable parure.
Celle de l'autre fe donnoit àconnoiftre par leur cou-
leur , qui cftoit Incarnat j où en cette ioulte , qui dura
vn iour entier, il n'y çut point de Cheuaher qui nedon-
naft alors des prennes de fa valeur , &: de fon adreffe :
mais entre tous il fut aduoUé d'vn chacun, & fansflat-
terie,que Monfeigneur le Dauphin auoit mérité le prix,
& l'honneur de ce Tournoy , ne s'eftant épargné à la,
ioufte à la rencontre des coups , dc à brifcr contre tous
ceux du party contraire.
DE FONTAINEBLEAV. LîVRE III. 2,19
Toutes ces magnificences acheuées , les AmbafTa-
deurs d'Angleterre s'en retournèrent chargez de pre-
fens 5 àc de grandes fatisfadions des honneurs qu'ils
auoient receus du Roy j &;faMaieflé partant d'icy, s'en
alla courre le Cerf en laForeft d'Orléans,
D'VNE ACTION ROYALE, ET
mémorable de François I. faite à Fontainebleau
quelques mois auant fon deceds , releuant d'vnc
grande maladie.
Chapitre VII L
/. Quelle efi l'amitié de la
fluspart des Courtifans.
II. Ils abandonnent le Roy
malade y& fument le Dau-
phin.
III. Le Roj releue de mala-
die i & de l'inuention dont L'An de
/'/ "vja pour rappeUer /ipj Christ
Courtijàns. ^^'♦7-.
IF.L'j4uthorité Royale m
doit Joujfrir efire mj-par-
tie.
j^ EVX qui pour parler fîncerement de l'a-
I mitié de laplufpart desCourtifans,ontdit
h qu'elle fuit pluftofl la bonne Fortune de
celuy qui lapofTede, que non pas la Perfon-
ne , ont certes bien rencontré j puifque
l'expérience en donne trop fouuent des preuues , &
qu'il n'eft que trop vray que les amorces de l'intereft
font d'ordinaire les fecrets refforts qui aduancent ou
reculent leurs affedionSjô^: leurs feruices^qui femblent
finir quant 6c quant l'intereiL Ce fut ce que le grand
Roy François fceut fort bien reconnoiftre , lors que-
ftant tombé malade en ce Chafteau quelques mois
auant fon deceds, où fa maladie alla iufques à cepoind,
qu'il yauoitplus d'apparence de mort, que d'efperance
de guarifon, pour le moins qu'il n'eftoit pas pour viure
encore loncruement,foit pour fon âge, ou pluftoftfoit
Quelle eft
l'amitié de
la plufpart
des Courf
tifansv
2-30 Ï-È TRESOR E>ES MERVEILLES
pour fou indifpofition : au mefme temps l'on veid prêt-
îi. que toute la Cour quitter ce Soleil en fon couchant,
donncnt'ic ^^^^ ^^ couHr au deuânt du Soleil leuant , ic veux dire
Roy maia- yers le Dauphin Heuty fonfils héritier de fa Couronne,
uen't le Icqucl nc fc tenoit gueres alors prés de fon Père j mais
Dauphm. ^^^ j^ ialoufic dc la fùccefTion faifoit vn peu efloigner
de la Cour, il y auoit defîa quelque temps.
Le Roy commençant àfc bien porter, ÔC ayant bien
pris garde que fur le doute de fa maladie vn chacun
prefque l'auoit abandonné , èc fur tous les plus grands
de fa; Cour j cela le toucha fî viuemcnt , qu'il s'efforça
alors de prendre courage. Et pour donner l'allarme aces
fuyards , de voir s'il les r'appelleroit à leur deuoir pour
ne perdre les refpeâ:sdeus àfaMaieflé,quoyquefafan-
té ne fuft pas encore bien bonne, ô«[; que fon vifage té-
________ moignaft quelque grande indiipofition j il iugea àpro-
ni. pos de feindre vne entière fanté , fe fardant vnpeulevi-
leuedJma- îage , & s'aiuftantfî proprement, qu'il fembloit pluftoft
ladie , & yj^ ieune Courtilan , que non pas vn homme de fon âge,
hnuention , ,, n v i n • • i r ■ ^
dont il vfa 3c de 1 eltat ou il eitoit : voirc plus pour remdre vne
peiîeVres vcrtc vigucut , c'cft quc le iour de la Fefte Dieu , que , fe-
Couni- Ion la couftume de l'Eglife l'on célèbre auec grande fo-
* lemnité , il voulut fe trouuer àlaProcelfion , ôcmefmc
ayda à porter le Daiz fous lequel l'on portoit le Saind:
Sacrement : ôc eftant de retour affis en fa Chambre , il
dit alors ces paroles , témoignant la iufte ialoufle qu'il
auoit de fon authorité : le leur feraj encore vne fots peur
auant ({u>e mourir. Voulant parler des Princes, des Sei-
gneurs, & des Courtifans, qui l'ayans quitté durant fa
maladie , eftoient allé trouuer le Dauphin pour fe met-
tre de bonne heure en fes faneurs. Cependant le bruit
de la guarifon de fa Maiefté , ôc l'éclat de cette aâ:ion
célèbre, & Roy âle,ayant elle fceu par tout, cela eftonna
fort les Courtifans , qui ne manquèrent à reuenu" petit
à petit vers le Roy , tous , fort honteux , &: confus : ce
qui apprefta fort à rire de bon courage à fa Maiefté 5
principalement quand elle apprit que la plufpart ayans
jartic.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. 131
quitté le Dauphin TauGient laiffé auffi feuljque luyla-
uoit efté durant fa maladie.
Cette adion fut fort remarquée , comme vn trait iv,
dVn courage vrayement Royal, qui ne peut. Oc ne doit rité^Roy°r
fouifrir faDi2;nité mépriféc ,ny fon Authorité my-par- 1^ "£ ^°^^ '
tie : toutetois elle n eut autre luitte j &; il n en traitta eftre my-
pas plus mal ceux qui l'auoient ainfî quitté , iugeant P^
bien, comme ileftoit vray, qu'ils ne l'auoient point fait
par mépris , mais feulement , ainfi que nous auons re-
marqué , pour s'iniinuer ^ux bonnes grâces du Dau-
phin j auec ce qu'il voyoit bien que fa fanté eftoit lî fort
altérée, qu'il n'y auoit gueres d'elperance de viure en-
core long temps : &: de fait il mourut peu de mois après
au Chafteau de Rambouillet, le dernier iour de Mars
de l'an mille cinq cens quarante fept , à commencer
l'année au mois de lanuier. C'efI: ce que i'ay extrait
dVn petit Liure , intitulé Le Libre , & excellent JJt-^
[cours.
F£
■23^
Le Trésor des merveilles
DE LA NAISSANCE A FONTAINEBLEAV
du Roy Henry IIL de Claude DucheiTe de Lorrai*
ne , de Vidoire , ÔC de Jeanne , fils àc filles du Roy
Henry IL ôc de Catherine deMedicis,
Chapitre IX.
/, LfeUx de la naijfance des
Princes^ recommandahles,
IL Henry IIL nommé atifa-
ranant Edouard Alexan-
dre,
lILUAuîheur rend raïfon
pourquoj tl nohjerue fas
en ce Chapitre l'ordre Çhro-
nologique»
IV. Les treizje Cantons des
Suifes'Varrains de Claude
de France,
V. .Médaille d'or prejentée
au Roy Henry IL far les
Smjfes.
VI. Viâ:oire,& leannefœurs
ïumeUes,
I.
Lieux de la
nailBnce
dcsPrinces,
recomman-
dables.
II.
H«nry III
'AvTANT que la naiffance des Princes^
des PrincelTes , & d'autres perfonnes illu-
ftres encxtradion, ou en mérites, eft vne
] chofe digne d'eflre remarquée , pour en
' perpétuer la mémoire à lapofterité} outre
que les lieux où ce bonheur eft arriué , en font de beau-
coup plus confiderables : cela m'a obligé à drefler ce
Chapitre pour ne fruftrcr ce Seiour Royal de l'hon-
neur qu'il a receu par la naifTance de plufieurs Princes^
ÔcPrincelTes du fang de nos Roys. Les Chapitres prece-
dens en ont fourny quelques vnes , & celuy-cy en fera
voir encore quelques autres.
La premier e,&: la plus notable eft celle duDucd'A-
lençon , depuis Duc d'Aniou , quatrième fils du Roy
Henry II. qui après luy , & les Roys François 1 1. &;
Charles IX.fes frères, a régné fous le nom de Henry III.
Roy de France , & de Pologne.
Il nafquit en ce lieu levingt-vnicme de Septembre,
mille
Christ
15SI.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IIÎ. 233
mille cinq cens cinquante &:vn,& fut nommé Edouard nomméau-
Alexandre , nom que le Roy Charles Ton Frère luy fît nX^i^a^i
changer en celuy de Henry, en haine de Edouard Ton
Parrain Roy d'Angleterre, parce qu'il eftoit Hérétique, i e s v s-
& qu'il eftoit alors ennemy de la France,
Il eft vray-femblable qu'il y eut bien autant, &: plus
de réioiiyfTance à la naiffance de ce ieune Prince , qu'il
en fut en celle de François I L fon Frère , &c d'Elifabeth
fa Sœur -, puifque celuy-cy nafquit fils de Roy , Hen-
ry 1 1. fon Père eftant defîa dans le troifîéme an de fon
Règne, oiilors de la naiffance de ceux-là il n'cftoit enco-
re que Dauphin.
L'autre naiffance à remarquer , eft celle de Clau»
de de France , féconde fîlle de Henry H. & depuis
mariée à Charles III. du nom Duc de Lorraine, laquel-
le nafquit au mois de Nouembre , l'an mille cinq cens
quarante feptj année confîderablepar lamort de Fran-
çois I. fon Ayeul paternel , ôcpour raifon du premier an L'An de
du Règne de Henry fon Père. Enquoy ie n'aypas fuiuy cV ^jj'^
la Chronologie , &c l'ordre des temps , comme i'ay gar- 1547-
dé par tout ailleurs , puifque cette naiffance deuance
celle de Henry III. de quatre ou cinq ans 3 ce que i'ay LAutiieur
ainfi fait pour le refpe(5t,êc leTitredeRoydontcefien i"^<i"'*<»^
frère a efté honoré ^ ne me femblant pas bien raifon- ii nobfcr-
iiable de faire marcher en vn mefme Chapitre la Sœur "^ ^^hapf-
deuant le Frère, &C encore moins vneDucheffe deuant tre Tordre
vn puiffant Roy de France , ôc de Pologne , tel qu'il giqi^^ °'
eftoit.
Pour reprendre la trame de noftre Difcours , cette P^_^^^i»
ieune Princeffe peu de temps après fa naiffance , fut te- chap. i de
nuë fur les Fonts de Baptefme par les Députez de tous ^^^''f"^'
les Cantons des Suiffes , en qualité de Parrains 5 ôC les temps.
Maraines furent la fille du Roy de Nauarre , & Antoi —
nette de Bourbon Ducheffe de Guife. Le Roy Henry II. Les trdzo
fon Père ayant voulu auoir ces Suiffes pour Compères, d;^s"s°"4,-
afin de les engager , ôc lier par vue plus étroite alliance Parrains de
d'amitié , dont aufll ils fe (èntirent fi fort honorez, priî'c ^
ice.
G g
3,34 ^E T-RESOR DES MERVEILLES
que ceux qui furent enuoyez de leur part pour cette
cérémonie, apportèrent alors au Roy en prefent , vne
tres-belle,&: grande Médaille d'or , dupoids 6c valeur de
deux mille efcus: où fe voyoitvne main celell:e5qui te-
Médaille ^^^^ trcize cordous liez enfembled'vnmefmenœudjôc
d'oi prc- à chaque bout de cordon eftoient les Armes ,& Deui-
icrsuSrcs. ^^s des Cantons 5 vn Ange paroifToit au delTus foufte-
nant vne Croix j ôc autour de cette Médaille fe lifoient
ces paroles : Si Deus pro nobis quù contra nos, Voulans
reprefenter l'Eglife , bc la France par cette Croix , bc cet
Ange j laquelle il tenoit comme Protecteur , &: de l'E-
glife Catholique , ôc de ce Royaume tres-Chreftien : bC
par cette main,&: ces treize cordons donnans à enten-
dre l'Alliance 5 dont la main en eft le fymbole, quefai-
foient, ôc cçnfirmoient alors les treize Cantons de cet-
te Nation.
L'An de Deux autres filles de Henry nafquirent encore d Vnc
î-V^rf-r mefme couche en ce Chafteau de Fontainebleau , le
« 5 5 6- vingt-quatrième iour de luin , l'an i^ille cinq cens cin-
— - — quante fix j dont l'aifnée , qui eftoit la quatrième fille,
Viftoire, fut nommceVi6toire,ÔC ne vécut gueres après fonBa-
SœuTs'^r. pte'fiï^e* Ec l'autre la cinquième , fut appellée leanne,
mdics. ôc mourut enuiron fix femaines après fanaiffance.
le ne fais point mention des autres Enfans de Hen-
ry, ôc de Catherine de Medicis , comme n'eftans pas nez
icy i puifque mon delfein n'eft de traitter ^ que de ceux
qui ont honoré ce Lieu par leur naiffance.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE Ut z^$
DE L'ASSEMBLEE NOTABLE TENVE
au Chafteau de Fontainebleau par l'ordonnance du
Roy François IL pour pacifier les premiers troubles
émeus par les Religiounaires , affiliez de quelques
Princes, ôc Seigneurs de ce Royaume.
Chapitre X.
/. Maladie de l'elfrit y telle
qtiefi l'ambition , fort pe-
rilkufe,
II. Les malheurs caujezj par
l'HereJie de cefiecle,
îll. Naijfance , CjT* Progrez^ de
tHereJle.
jy, La courir ation d'Am-
boije étientée,
V, Les noms des perfinnes
demarc[ué,û^uicompofoi€nt ^'-^^ ^«
cette jiffemblée, c h n. i s t
VL Elle dure quatre tours, *î^°-
VIL Requefiesprejentéespar
l'Admirai,
VIIL Repartie à cette Re-
quepe , parie Cardinal de
Lorraine,
IX, Refolution de cette Af"
femblée.
OMME il n'y a point de pires maladies j^'j'^j-^
que celles de l'efprit , aufTi font-elles les de l'efprit,
plus perilleufes , &: les plus difficiles à gua- f^^^t^^
rir 3 notamment celles qui fe font empa- fort pcrii-
rées dVne ame ambitieufe, que l'erreur, ^"-
ÔC le prétexte de Religion animent à la reuôlte 5 car il
n'eft point de furie , qui fçache iouer tant d'aiSbes fune-
fi:es,ôc fanglans. Ilmeferoit facile de prouuer cette vé-
rité par plufieurs témoignages de l'Antiquité , fi le fie-
cle palTé , ÔC le prefent , ne nous en fourniffoient des
exemples autant memorables,qu'ils font tragiquesjque
la Pollerité aura peine de] croire, fi trop d'Efcriuains
n'en faifoient foy , 6c fi le rauage , & la ruine de plufieurs
Royaumes , de Republiques, de Peuples, ôc de Villes ac-
cablées de cette tyrannie , n'en crioient encore tous les
iours vengeance deuant Dieu : veu qu'il n'eftque trop
véritable , que depuis cent ans , ou enuiron , que l'Here-
fie bouffie d'orgueil, ôC animée de rage , a releué icjf
G g ij
r-^é Le Trésor des merveilles
n, cornes , & en guife d. Vne furie rufcitée des Enfers a parii
Les mal- ^ans la Chrcflienté j pDn nVa veu autre chofc Que suer-
heuis eau- .^ ' / i i*^ i.
fez par res , & que mileres parmy toutes les contrées de i Allei
^'SImc. magne, de l'Angleterre , de l'Efcoife, delà Flandre , &
Pays-bas , ôi au grand malheur de noftre France en ce
Royaume tres-Chreftien , qui depuis ce temps-là n'a
femble qu'vn Théâtre de fureur , ik. de calamitez en la
reuolte de fes Peuples^ôc de fes Prouinces, & dans le ren-
uerfement de io^s Villes, de ics Temples , ôcplus auguftes
édifices.
Ce Monftre de l'erreur s'eftant cclos fous François ï.
n'ofaprefque paroiftrp , craignant que comme les Loix
Ciuiles ordonnent d'eftouffer tels prodiges dés leur ber-
ceau , auffi celuy-cy fe tint vn long temps caché , ap^
prehendant lia iufte punition que ce Roy en faifoit.
I"' Sovs Henry II. fon fils , ce Monftre croiffant ea
& progrcz age,cx en pouuoir , a 1 occaiion des guerres entre le Roy,
de l'Hcre- ^ l'Empereur Charles Qmnt , il fe fortifia vn peu j mais
toufîours en cachette , ÔC comme vn oifeau de mauuais
augure ne paroiffant que de nuicSt parmy les tenebres3où
enfinlamortde ce grand Prince fut la vie, fi i'ofe ainfî
dire , de cette Furie infernale : veu que (ts Suppofts , ô£
Partifans fe feruans de l'occafîon du bas âge du Roy
• François II. &dela mauuaife intelligence de quelques
Princes , ÔC Seigneurs de ce Royaume, que les interefls,
particuliers animoient à l'ambition du gouuernement
del'Eftati ceux qui fe trouuerent alors les plus foibles,
voulans fortifier leur Pai-ty, fe rangèrent du cofté de cet-
te Furie , prenans le prétexte de Religion pour attirer à
eux tous ceux que les Loix Diuines , & les Ordonnances
de nosRoys auoient iuftement condamnez aux peines,
ôcaux chaftimens de leurs erreurs.
Envnmot, ôcpour parler clairement, ce qui mit ce
Party en fougue , ce fut de voir ce ieune Roy donner
i'adminiftration , & k conduite des affaires de la Cou-
ronne à fes Oncles , les Ducs , &: le Cardinal de Guife,
ennemis déclarez de cette Religion nouucHe.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IIL 157
D'OV alors ceParty Huguenot fe refolut à cette Af- iv.
iibléerecrette,qui fut tenue à Nantes le premier iour ladon'^ ^'
ièmbléerecrette,qui fut tenue à Nantes le premier
de lanuier l'an mille cinq cens foixante,où fut tramée la f ^"^boifc
conipiration d' Amboife^pour là enleuer le Roy, les Rey- "
nesjë^ MefTeigneurs fes frères, èc changer en fuite l'Eftat
Monarchique en République,^ la Religion Catholique
Romaine en la nouuelleôc prétendue. Mais Dieu ayant
preferué ce Royaume de ces malheurs extrêmes par la
defcouuerte de cette coniuration , &c par la punition
de quelques complices 5 mais non pas des chefs d>C des
principaux,queleurauthorité&leur dignité mettoienc
vn peu àcouuertj enfin vne autre &c nouuelle conipira-
tion s'eftant tramée derechef par les mefhies , elle prie
encore le vent,dont plulieurs de Ces Factionnaires expiè-
rent leurs crimes par leur mort, ôc par les iuftes chafti-
mens qui en furent faits.
Cependant le Roy defîreux d'apporter quelques re-
mèdes à ces maux , & couper le chemin à ce feu qui me-
naçoitd'embrafer en bref tout cet Eftat, refolut auecla
Reynefa Mère ôcfon Confeil,qu'il eftoit tres-expedient
de conuoquer au pluftoft vne AfTembléê des Princes ,
des Officiers de la Couronne , àc des Cheualiers de l'Or-
dre du Roy,auec le Confeil de fa Maiefté , afin de donner
le remède requis,tant au fait de la Religion , que de l'E-
ftat : &pour ce fuiet il fut arrefté que cette Allemblée fe
tiendroiten ceChafteau de Fontainebleau, au vingtiè-
me du mois d'Aouft fuiuant.
Le iour venu elle fe fit auPauillon desPoëfles,dansla v.
Chambre de la Reyne Mère, èc commença à vne heure j" p°™
après midy,où fe trouuerent le Roy , la Reyne fa Mère, la ^o""" d«
Reyne fa femme , MefTeigneurs Frères de fa Maieflé , les qui lom-;
Cardinaux de Bourbon,&; de Lorraine, les Ducs de Gui- P°f°ie"^
fe , ôcd'Aumale, le Conneftable, le Chancelier de l'Hof-ferablçc/
pital, l'Admirai de Chaftillon,les Marefchaux deBriffac,
& de Saind André , Charles de Marillac Archeuefque
de Vienne , du Mortier Euefque d'Orléans , &C lean de
MonlucEuefque de Valance , tous Confeillers du priué
Gg iij
Elle dure
quatre
138 LE Trésor des merveilles
Confeil , lefquels eftoient afTis félon leur rang. Comme
^uiTiy alTiflerent beaucoup de Cheualiers dei'Ordre,qui
eftoient pareillement alTis, mais hors les chaires du Con~
feil. LeRoydeNauarre ôclePrincedeCondéyauoient
efté mandez , mais ils ne s'y trouuerent pas.
VI. Le Roy faifant l'ouuerture de rAlTemblée^ dit en peu
de mots le fuiet qui Tauoit meu à cette conuocation3 que
jours. Çq^ Chancelier,&: le Cardinal de Lorraine , &c le Duc de
Guife j feroient entendre plus amplement ce qui eftoit
de Ces volontez : èc fut continuée cette Affemblée du-
rant quatre iours,
La Reyne Mère prenant de fuite la parole,pria F Alfem-
blée de confeiller le Roy fon fils en fincerité, en forte que
le tout puft reulfir à la gloire de Dieu , au maintien de fa
Couronne , &c au foulagement de fes Suiets.
Le Chancelier parla en après, ôcparvne longue digref-
fîon èc comparaifon du Médecin ôc du malade , monftra
^u il eftoit facile de guarir le malade quand la caufe en
eftoit connue , 6c qu ainfî eftant de TEftat de la France
tout émeu ÔC troublé alors , il en falloir chercher la caufe
pour y apporter le remède.
Le Duc de Guife rendit compte de la charge que le Roy
iuy auoit donnée,touchantIa Gendarmerie de France.
Et le Cardinal de Lorraine fit le mefme touchant l'ad-
miniftration des affaires d'Eftat , & des Finances qu'il
auoit maniées : dc iufques icy il ne fe paffa rien qu auec
.. toute forte de douceur.
Re^eftes ^ ^ I S la fuite ne fut pas de mefme j car l'Admirai s'e-
prefcntées ftantlcué de fa chaire , payant demandé audiance de fa
mirai.^'^' Maiefté, entama vn long difcours, s'efforçant de perfua-
der que Iuy , ny fes frères n'eftoient point de la confpira-
tion d'Amboife ; ce qui eftoit neantmoins trop aueré
pour en douter: ôcen fuite s'approchant du Roy, il Iuy
prefentadeux Requeftes de la part de ceux qui eftoient
delanouuelleReligion,lefquels formoient fonParty,6,:
fe plaignoient par ces Requeftes des rigueurs èc cruau-
teZjdifoient-ilsjque l'on exerçoit en leur endroitjComme
DE FONTAINEBLEAV, LIVRE III. 239
fi cen'eftoicpas vn a<5te de iuflice de punir les criminels
de leze Maiefté diuine &: humaine , tels qu'ils eftoientj
eux qui auec tant de felonnie &: de témérité auoient Ci
fouuent pris les armes contre leur Roy , attenté à fa Per-
fonne j àc de plus qui par caprice &:par intereft auoient
abandonné Fancienne &:vraye Religion &; de leurs pè-
res &c de leur Roy , pour fuiure le libertinage dVne nou-
uelle qu'ils tafchoient d'eftablir par les armes , ne le pou-
uans ny par les loix de l'équité , ny de la raifon. Ces re-
queftes contenoient encore diuers chefs , car ils deman-
doient des Temples publics pour le libre exercice de
leur Prefche , &C faifoient d'autres femblables propor-
tions , auec la tenue des Eftats généraux , &C d'vn Con-
cile National; où lahardieffe èc témérité de l'Admirai,
comme parvnebrauade 6^ efpece de menace, monta iuf-
ques àcepoinâ; de dire qu'il eftoit preft de faire fîgner
ces deux Requeftes par cinquante mille hommes. ^
E N fiiitte dequoy le Cardinal de Lorraine , tout plein v 1 1 1.
de zèle en la caufe de Dieu ôc de fon Roy , prenant la pa- ccïe Re- *
rôle repartit genereufement à tous les poinds des Re- fj^^^^^^j^"
queftes de l'Admirai, 6c entre autres paroles luy dit: Que naideLor^
s'il auoit eu alTez d'hardieffe d'aduancer qu'il feroit li-''"""
gner lefdites Requeftes par cinquante mille hommes,
{quieftoitvouloirdire, qu'il y auoit bien autant de pcr-
fonnes de la nouuelleôc prétendue Religion)luys'ofFroic
de faire fîgner le contraire , non par cinquante mille
hommes feulement , mais par quatre millions d'hom-
mes qui faifoient profefTion de l'ancienne ôCvrayc Reli-
gion,qui eftoit la Catholique Romaines adiouftant que
le Roy ne pouuoit acquiefcer aux propolîtions conte-
nues efdites Requeftes touchant le fait de la Religion ,
fans bleirergriefuementfaconfcience,&; fleftrirle beau
titre qu'il auoit l'honneur de porter deRoy Tres-Chre-
flien : ÔC que pour ce qui eftoit des iniures ôcdes calom-
nies dont ceux de la nouuelle ReUgion le chargeoient,
tant en leurs Prefches , que par les Ubelles diffamatoires,
& leurs placards ; iltenoit tout cela à gloire, puifqu'vn
CAine.
2,40 Le Trésor des merveilles
chacun fçauoic affez que ce n'eftoit qu'à caufe qu'il fc
portoit courageufement pour la defenfe de la Religion
Catholique , èc pour le feruice de fa Maiefté : èc ayant
acheué fa Harangue , les Cheualiers de l'Ordre qui
eftoient en cette AlTemblée, dirent alors leurs aduis tous
conformément à celuy du Cardinal de Lorraine, 6c du
Duc de Guife j èc il n'y eut que Charles de Marillac, ôC
lean dcMonluc, qui vn peu foupçonnez d'intelligence
aucc l'Admirai , fe rendirent fulpeds en leurs difcours ôc
en leurs proportions,
îx. ' E N F I N la refolution de cette AfTemblée , fut que le
Refoiution j^Qy ^edara qu'il eftoit en volonté de faire tenir les
fie ccrcc • ^
Aflèrablée. Eftats gcncraux de ce Royaume au treizième de De-^
cembre fuiuant , & que pour ce qui eftoit des différends
de la Religion , il les remettoit au Concile gênerai ,
que faSaindeté eftoit en termes de conuoquer enbref>
èc qu'en cas que celuy -cy ne tint , il pouruoiroit à la
conuocation dVn particulier &National de ce Royau-
me.
Au refte que par vne grâce (peciale de fa Maiefté, il
ne feroit plus informé à Faduenir , ny procédé pour le
fait de la Religion, contre ceux de la nouuelle opinion,
fînon en cas de rébellion bc de fedition publique} ôc ca
fut tout ce qui leur fut accorde àc arrefté en cette At
femblcc.
qVEL-
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE III. 141
ÇIYELQVES REIOVISSANCES ,ET
Tournois faits à Fontainebleau , fous le Roy
Charles neufiéme.
.'4
Chapitre XL
/. Charles IJC. ajmoit ce Se-
iour Royal,
IL Fefiin du Connefiahle de
^Ûi^ontmorency.
m. Autre j fait far le Car-
dinal de Bourbon,
IV. La Rejne Catherine de
M.edicis contribué a cette
réioiijjfance.
V. Le Jemblable fait far le
*I>uc d'Orléans,
VL Le Royfè flatflfarmy
ces réioiijjfance s,
VIL Diuexfes inuentions
four le Tournoy,
vin. Les Compagnies de ce
Tournoy.
IX. Le Roy regale les (grands
de fa Cour , le Tournoy
eftantfiny.
X Afres /f.j . tours icy defe-
iour le Roy fait voyage.
L'An de
I E s V s-
C HRISTl
1564.
LvsiEVRS raifons ayant inuité Charles
I X. de vifîter quelques rrouinces, &: Villes
de ce Royaume , comme il aymoit ce lieu
de Fontainebleau, ce ne fut pas aufïî fans y
venir faire quelque feiour auant fon dé-
part , tandis que l'on difpofoit l'appareil de fon voya-
ge : eftant donc party de Paris , il arriua icy le der-
nier de lanuier mille cinq cens foixante àc quatre : ôc
comme c'efloit quelques iours auant Carefme - pre-
nant , où l'on a couftume de fe réiouyr plus particuliè-
rement qu'en vne autre faifon , parmy les bals , les ba-
le'ts , les feftins , & autres femblables diuertiffemensi ce
fut aufTi à quoy la Cour palTa icy le temps.
Le Connefta'bie Anne de Montmorency commen-
sale premier à traitter le Roy^la Reyne & toute la Cour,
en vn fouper qu'il dreffa en fon Hoflel, auec vne magni-
Hh
I.
Charles
IX. aymoit
ceSeiour
Royal.
Feftin du
Connc-
ftable de
Montmo-«
rcncy.
x4i Le Trésor des merveilles ^
ficence la plus grande qui fe pouuoit voir, èc ce fut le
pénultième Dimanche deuant Carerme.
'"TTïl L E leudy fuiuant le Cardinal de Bourbon fit Ton feftin
'^T c^'^r^ en Ton logis j où àriflueildonnaleplaifir dVnbeaucom-
dinai de bat à cheual, qui fut fait en la Cour dudit logis , laquelle
Boui on. g£j.Q|j. i-ncrueilleufement ornée, auec vn Amphithéâtre
qui regnoit tout autour.
" IV. La Reyne contribuant à cette réiouyfTance , le Di-
LaReyneiYianche gras traitta à difné le Roy , ôcles principaux
deMedicis de k Cour au logis de la My- voye , autrement pour
àTett'e'ré- ^^^^ appelléc Vulgairement la Vacherie 5 &: après difné
iouyfTancc. fou alla à la Comédie, qui eftoit préparée en la Salle du
Bal de ce Chafteau.
y_ L E lendemain le Duc d'Orléans fit fon feftin en fon
Le fem- Hoflel, èc à rifTuë fut reprefenté en la Cour dudit Ho-
par h Ducftel VU couibat de fix Seig^neurs contre fix autres, dont
d'Orléans, ^'yj^ cofté cftoit pour Capitaine le Comte de Rets, &
de l'autre le Comte de Ringraue j lefquels combatti-
rent à pied , s'entredardans chacun deux dards l'vn
après l'autre , qu'ils receuoient deffus leurs efcus j puis
rompirent chacun vne picque à la barrière , & fe por-
tèrent trois coups d'elpée^le tout auec vne merueilleu-
fe grâce &c dextérité nompareille 3 èc ainfi firent tous les
autres.
7J] Le Roy ayant pris vn extrême plaifir en ces efbats vou-
LcRoy fe j^ pareillement finir ces réiouyflances de Carefme-pre-
plaift par * , . i -K i y-i i i i
my ces té uaut ,regalant ôctraittant la Reyne, & les Grands de la
ï^ouyflan. (^our , cu VU feftiu le Mar dy gras à fouper j où auant ce
banquet l'aprefdinée il fit reprefenter vn magnifique
Tournoy hors la grande porte de ce Chafteau, deuant le
Chenil , en cette Tbrte.
"vu. L' O N auoit dreffé vn Camp clos de follez & de barriç-
Diuerfcs j-g^ ^^ ^q(^^ duQucl cftoicut cfleuez de grands Théâtres
pour le richement ornez , &C deftinez pour les Seigneurs , & les
ournoy, j^^j^gg . ^^ ^q^ jg ^,g Camp paroiffoit vn Hermitage,ô(:
eftoit ce Ueu par où les GiKualiers entroient dans ce
Carnp pour combattre.
DE FONTAINEBLEAV, LiVRE IIÏ. x/^^
; : Proche de là fe voyoit vn beau baftiment drefTé exprés j
que l'on appelloic le Chafteau enchanté , duquel rcn-*
trée eftoit gardée par des Diables, &c par vn Géant, Ô2
vn Nain, qui repoulToient enfemble les Cheualiers les-
quels vouloient y entrer.
Ce Tournoy fut commencé par les quatre Maref-
chaux de France, montez fur les plus beaux cheuaux qui
fepouuoientvoir 5 & tous ces Seigneurs eftoient riche-
ment veftusd'vnemefme parure.
- Hors duCampilyauoit fix Compagnies d'hommes viii.
d'armes, chacune de iîx hommes feulement , 6c toutes pagnks de
portans les couleurs des Seigneurs qui les comman- " ^°^^t
doient. La première eftoit du Prince Dauphin , fils
du Duc de Montpenfier : La féconde, du Duc de Gui*
fe : La troifîéme, du Prince de Mantouë : La quatrié- ^
me i du Duc de Neuers : La cinquième , du Duc de Loa-
guenille : Et la lîxiéme,du Comte de Ringraue : lefquel-
les firent leurs entrées l'vne après l'autre dedans ledit
Camp , puis après y auoir fait monftre en fortirent auf-
fi-toft.
En fuitte defquels y entrèrent fix Dames à cheuaK,'
toutes veftuës en Nymphes , qui par les traits de leurs
beautez , & par l'éclat de leurs riches parures , remplies
d'vn nombre prefque infiny de pierres precieufes,attire-
rent facilement la veuë des Spe<5lateurs pour les admi-
rer : lefquelles après auoir fait le tour du Campfe mirent
de rang au deuant du Théâtre du Roy.
Dans ce mefme Chafteau enchanté il y auoit fix jx. ~
Cheualiers , dont le Prince de Condé eftoitle Chef jlcf-^^,^°y«-
quels combattoient pour leldites Dames j oC àuiii toft Grands de
qu'il paroifToit vn des Cheualiers de dehors à la porte x^rno' '*
de ce Camp, ledit Hermite fonnoit fa clochette pourcftantfiny:
aduertir ceux duChafteaUjl'vn defquels fortoit prom-
ptemcnt, ôcvenoit au combat courant l'vn contre l'au-
tre ', 6c après auoir rompu leurs lances ,mettans la main,
à l'efpée ils fe portoient chacun trois coups, fi adroite-
ment, èc auec tant de bonne grâce , qu'il ne fe pouuoic
Hh ij
i44^ Xe Trésor des merveilles
mieux î et ainfî tous ces Cheualiers ayans combattu IVil
après l'autre , le Tournoy finit , bc Ion alla au foupe.^
que le Roy auôit fait préparer en la Salle du Bal.
X. AP RES que fa Maiefté eut feiourné icy quarante-
Aptesqua» j^ JQ^j.^ , vovant l'appateil de fon voyage en eflat,
rantecrois ^ ■' / ■ iavt i-
iours icy en partit le Lundy treizième lour de Mars audit an ,
f^Rorfait &: alla faire fon entrée & coucher àMontreau, &con-
royage. jinua fou voyagc par la Champagne , & par la Bour-^
gogne , vifitant (ts Prouinces de Dauphiné , de Pro-
uence, de Languedoc, de Guyenne, de Poidou,d'Au-
uergne j puis s'en reuint à Paris , ayant demeuré vn ah
&; plus à faire ce voyage. C'eft ce que i'en ay extraie
d'vn Liuret,qui fut alors mis en lumière fur ce fuiet par
Abel louan.
DE L'OPINION TOVCHANT LE
Spedre , ou Grand Veneur de la Foreft
de Fontainebleau.
Chapitre XII.
L'An de /^ £,^ différence au il y a,
I E s V s- •'•'.. y •
Christ entre opwwn 3 &jctence .
^is>9- j i^ Çg qffg difent quelques
Autheurs touchant ce Spe-
Ure,
III . Paroles prétendues dites
par ce Speéfre.
IV. La 'Vérité de cette Hi'
fioire,
V. Preuues quimonftrent plu'^
fleurs chofes /uppofées.
V L Chajfe de Sam^ Bu\
bert.
I S^^^fc^j^ Evx qui font vcrfez le moins du monde
La diffe- f^^wm^, dans les principes de la Philofophie , fça-
y a , entre ï ^^^^^^ uciit qu'il y a bien de la différence entre
opinion & ^ ^^"^^êèW^ ••or- 1 ^ ■ „
fcience. SSh^^^^B opiuion ôc Icieiice 3 en ce que le premier
fe dit de ce qui eft incertain, & l'autre des
chofes qui font toutes vraycs 6c affeurées. Or parce que
dans le difcours qui fe fait touchant le Spedre ou Grand
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IIÏ. 14;
Veneur, qui apparut , à ce que Ton dit , &: fe fit enten-
dre au feu Roy Henry le Grand en cette Foreftde Fon-
tainebleau j ie trouue que quelques Efcriuains veulent
fairepafl'er ce Spedre pour vne vérité indubitable j con-
tre ce que m'en ont raconté icyplufieurs perfonnes de
foy de ce temps-là, qui font encore viuantes, & ne man-
quent de bon iugement , d>C de mémoire : qui à la vérité
rapportent bien quelques chofes approchantes de ce
diicours,&de ce bruit commun, mais nonpasauec les
circonftances , &C tant de certitude que les fufdits Efcri-
uains : ce qui m'a obligé à drelfer ce Chapitre fous ces
mots .De I0pt?7îon touchant le Specîre, ou Grand Veneur
de la Foreft de Fontamebleat4 i afin de faire voir ce qu'il y
a devray, &: ce qui ell de douteux en cet cuenement.
T O V S conuiennent bien , que Henry le Grand au ii-
commencement du Printemps de l'année mille cinq fentIJÎiV
cens quatre-vingts dix-neuf eftant icy,où il fe plaifoit i"" A"-
extremement,ôi yfaifoit fort trauailler5 vn iour fe di- chant ce *
uertiilant à la ChafTe en cette Foreft vers la route de Mo- sp^^"-
ret , accompagné de quelques Princes , &: de Seigneurs, c.»v f«
courant le Cerf entendit vn grand bruit de perfonnes vr^e/j"
qui fonnoient du Cor affez loing de fa Maiefté : mais ^'''■'^•
tous nejfont pas d'accord des particularité!, que ces Ef- Matthieu
criuains, pour faire valoir le narré qu'ils en font , difentj 'it^'^ZZ
fçauoir que le Roy entendit , comme à vne demy lieue ''''^•
loing d'où il eftoit , des iappemens de chiens , &; le Cor,
ôc les cris des Chaffeurs bien difïerens des fîens j &
qu'en vn moment tout ce bruit, qui fembloit eftre bien
éloigné, fe fit oiiyr à vingt pas de fes oreilles j où alors fa
Maiefté enuoya Monfeigneur le Comte de Soiifons,
auec quelques autres , pour s'informer ce que c'eftoit>
& eftans aduancez, ils entendirent ce bruit prés d'eux,
fans voir d'où ilvenoit, nyqui c'eftoitj finon qu'ils ap-
perceurent dans l'épaifTeur de certaines broiiiflalles vn
grand homme noir , bc fort hydeux , qui leuant la te-
lle de dedans vn BuifTon , leur dit : M!entendez,-njous 5 m.
ou bien , QuattendeZj-'VOHs : àc difent quelques autres : prc^cnS?
Hh iij
^4é Le Trésor des merveilles
dhc%i^zxQtAma7jdeZj-'V0t4s : Car i'eflonnement les faifît alors de
Spcdiic. ^^||g ^Qj.^g ^ qu'ils ne fceurenc dire bonnement quelles
de ces paroles ils auoient ouyes j &; au mefme inftant
ce Speâredifparut. Ce que mondit Seigneur le Com-
te de SoilTonSjô^ceuxde facompagnie, ayans rapporté
auRôyjfaMaiefté s'informa des Charbonniers,des Ber-
gers , des Bûcherons , &: d'autres , qui font d'ordinaire
en cette Foreft , s'ils auoient veu autrefois de tels Fan-
tofmes , &: entendu de tels bruits de ChalTeurs : lefquels
luy répondirent , que c'eftoit vne chofe ordinaire , ÔC
qu'affez fouuent il leur apparoiifoit vn grand homme
noir auec l'équipage d'vnChafl'eur,que l'on appelle le
Grand Veneur. Et adioufte Matthieu , que le Duc de
Sully eflant en fon Cabinet au Pauillon du grand lardin,
ÔC du Parterre de ce Chafteau, l'entendant vn foir,creut
que le Roy eftoit de retour de la Chaffe , & vint pour le
voir 3 mais il trouua que cette Chaffe qu'il auoit oiiye
tout proche de fon logis, n'eftoit pas celle du Roy, qui
eftoit à plus de trois lieues de là. Voila comme le ra-
^ content ces Efcriuains.
IV. Mais voicy comme ie l'apprends icy de perfonnes
àl\litc^ de ce temps là : qui difent qu'il eft bien vray, que le Roy
Hiftoirc. retournant alors de la Chaffe , ayant manqué le Cerf,
en eftoit tout fâché, àraifon que le iour d'auparauanf
on l'auoit encore manqué , ÔC faMaiefté craignoit que
fes chiens ne ferebutaffent 56c retournant elle fut éton-
née qu'elle entendit pas loing d'elle , que l'on fonnoit
duCor àlafaconque l'on a couftume quand la Chaffe a
efté bonne, &: que le Cerf eft pris. Ce que leRoytrou-
uant mauuais, il fit faire recherche quels eftoient ceux
qui auoient efté fi hardis que de fonner ainfi j mais quel-
que diligence que l'on en fit pour le fçauoir , l'on ne pût
iamais apprendre d'où eftoit venu ce bruit : ce qui ren-
dit encore le Roy plus penfif , & s'en reuint tout me-
lanchoUque j & cela donna occafion à toute la Cour d'é-
tonnement , &; qui fait caufe qu'alors l'on mit en bruit le
difcours du Grand Veneur , & de l'apparition prétendue
DE FONTAÎNEBLEAV. LiVRE III. 2.47
de ce Spedre 5 mais non pas qu'aucun de ce lieu dife,
que l'onveid alors céc homme noir, ny qu'on oliytces
paroles : M.'erjtendez^-^ous j àc les autres pareilles.
Et pour faire paroillire clairement, que ceux quionc
écrit des premiers de cet euenement , qui font Caier , qi
Matthieu , àc autres" , qui l'ont emprunté d'eux , en fj^u^'j^^^hô-
parlent fans connoiffance , ô«^fur vnfimple bruit feule- f« %?»!
ment jc'ejffc que ces Efcriuains racontent, que fa Maie- "^'
fté fit entendre alors les Charbonniers de la Foreft : ce
qui ne peut eftre ; car il ne s'y fait point de charbon , &C
il n'y a point mémoire d'homme , que l'on en y ait ia^
mais fait.
De plus , c'eft que de tant de perfonnes qu'il y aicy,ôC
aux enuirons, anciennes, ou ieunes, aucune ne dit auoir
iamais veu , ny entendu ledit Fantofme 5 èc s'il fe parle
du Grand Veneur, ce n'eftquefurvn bruit du vulgaire.
Pour n'ofïenfer neantmoins tous ceux qui en ont écrit,
l'en laifTeray croire àvn chacun ce qui luy plaira.
Ie fçay ce que plulieurs Autheurs racontent de la yi-
Chaiïe de Sainà Hubert, laquelle ils difent qu'elle s'en- s. Hubert,
tend en diuers endroits. le n'ignore pas aulfi ce que l'on
raconte du Speâ:re, que l'on appelle le Fouetteur j que
l'on dit cftre apparu du temps de Charles IX. en la Fo-
reft de Lyons , &: qui laifTa les marques des coups de
fouet , qu'il auoit donné à plufîeurs perfonnes. Et ne
doute pas qu'il n'y ait des Démons qui vaguent auflî
bien dans les Forcfts , que dans l'air. Mais ie fçay bien
que pour ce qui eft de ce Grand Veneur, il n'y arien de
certain ; èc encore moins de toutes ces circonftances,
&: paroles rapportées par ces Autheurs , qu'ils difènt
auoir efté prononcées par ce Fantofme.
Î48
Le Trésor des merveilles
ARRIVEE DE CHARLES EMANVEL
Duc de Sauoye à Fontainebleau , ôile
liiiet de fon voyage.
Chapltre XIIL
L'An de
I E s V S-
Christ
/. Henry U Grand défend
fon Eftat,
IL Le Duc de Sauoye fur-
prend le Marquifat de Sa-
luffes.
IIL LeTapefait arbitre tou-
chant ledit Marc^uïfat.
IV. DevuteZjà Rome y chacun
defquels propofe fes rai-
fons.
V' Le Duc de Sauoje 'vient
en France.
VI. Son arriuée à Fontai-
nebleau.
VIL Le Roy luy fait "joir
les flngulariteZidefa Cour,
& de cette JMaifon.
VIII. accord fait entre U
Roy , &fon Altejfe. .
IX. Le Duc manque a fa
parole.
X. Le %oy prend la Sa-
uoye , & contraint le Duc
à luy donner contentement.
I.
Henry le
Grand dc>
fend fon
Eftat.
NtRE les cérémonies obferuées au Sa-
cre , & Couronnement de nos Roys , la
couftume eft de leur mettre vne épée en
main , pour leur dire , qu'en acceptant
cette Dignité Royale, ils s'obligent quant
& quant à la defenfe de leurs Eftats. Henry le Grand
après auoir rangé fes Suiets rebelles à leur deuoir , bC
planté l'Oliue de la Paix par tout ce Royaume , fe re(^
fouuenant du ferment qu'il auoit fait en pareille céré-
monie de fon Sacre , 6^ Couronnement , de protéger
tout ce qui dépendoit de fes Eftats, au ec ce qu'il auoit
trop de valeur pour en fouifrir aucun démembrement,
ne manqua pas aujfïi à mefine temps de pouruoir au re-
couurement du Marquifat de SalulTes , que Charles
Emanuel Duc de Sauoye auoit furpris en pleine Paix,
l'an mille cinq cens quatre-vingts huit, prenant Tocca-
fîon
DE FONTAINEBLEAV.* LiVRE III. 149
fion des troubles meus alors par les Religionaires , àc
fçachant la Faélion, 6c les fecrettes pratiques de la Li-
gue , qui fe brafToient contre Henry III. dont l'on tient
mefme que dés lors ce Duc auoit intelligence auec les
Chefs 5 îaifant entendre au Roy pour palier fa lafche-
té en cette inuafion,que ce qu'il en auoit fait, n'efloit
que de crainte que le Sieur de Lefdiguieres ne s'en fai- "Tî!
{ift en faneur des Huguenots , & au milieu de Ton Pays ^^ Duc de
donner vne retraitte à l'Herefîe , & à fes Supports : preud le
qui eftoit à dire vray , tafcher à bien couurir fa mau« aSulrcl
uaife volonté , fi la fuitte n'eull fait voir qu'il n'auoit
eu en aucune façon le zèle de Religion en cette fur-
prife ; mais qu'il y auoit elle porté feulement par vn
exccz d'ambition d'enuahir les Terres de fon voiûn
pour aggrandir les tiennes , attendant de iour à autre
les effets de la Ligue , qui commencèrent aufli toft par
les Barricades , &: qui furent fuiuies du malheureux, &
funefte accident de la mort de Henry II I. ôc de fait au
mefme temps ne fe contentant pas de cette furprife,
voyant les troubles de la Ligue bien enflammez, il par-
fa les armes iufques en Proucnce , èC en Dauphiné,
croyant que parmy l'orage de nos guerres Ciuiles , il
n'y auoit qu'à prendre, &: à iamais rendre.
Mais il fut tort eftonné , quand Dieu prenant pitié
de cette première Monarchie Chreftiemie, il veid que
les affaires du Roy profperoient tous les iours par vn
bonheur plus celefte qu'humain : & preiugeant bien
que dés aufïi toft que fa Maiefté auroit entièrement
donné la Paix à fes Suiets , elle fe porteroit au recou*
urement de fon Marquifat , qu'il luy faudroit rendre
de gré, ou fe difpofcr à fouftenir les efforts d'vnepuif^
faute armée qui mettroit fes Eftats en danger 3 le Roy
ayant fait fon entrée à Lyon , en l'an mille cinq cens
quatre-vingts quinze , le Duc luy fit parler de paix,
éc d'accommodement pour ce Marquifat : & par le
Traitté de Veruins en fuitte entre la France , àc l'E-
fpagne , fon Alteffe y ayant efté comprife ; où il auoit
li
raisons.
tjo Lë TresoîI des merveilles
efté arrefté , que touchant le différend entre fa Ma-
in. ieflé , & fon AltefTe de Sauoye pour le Marquifat ,
Le Pape |' ^^ ^^^ laiflcroit l'arbitrase au Pape: ( qui efloit Cle*
fait aibine D _ I ^ ^ .
touchant meut V 1 1 1. ) le Roy y conlentit volontiers , enuoyant
quiiL^^"^ €xprcs à Rome vers ia Saindeté , comme fit aufîl le
Duc 5 èL auoit eftc accordé le terme dVn an pour cet
arbitrage.
Chacun difpute là Ton droit , 6c pi'opofe Tes raifons.
Le Prefîdent de Sillery de la part du Roy fait voir
;-;•; par plulîeurs Titres : Que les Marquis de Saluffes en
-^ ^^" auoicnt rendu autrefois les hommages aux Dauphins
Députez . o r
à Rome, de Viennois , comme Seigneurie , &: Fier mouuant de
queîs""ptiï Dauphiné:Que le Roy François I. fous ce Titre auoit
pofe fes confîfqué ce Marquifat pour caufe de felonnie : Que
le mefme en auoit donné diuerfes inueftitures à trois
diuers Marquis ', & que le dernier eftant mort fans en-
fans 5 fa Maiefté de droit l'auoit alors incorporé à fa
Couronne , qui en auoit toufiours iouy paiiiblemenc
depuis , ôc fes enfans Henry 1 1. François 1 1. Char-
les IX. & Henry Troifiéme, iufques au iour de la fur-
prife.
Le Comte d'Arconas député de la part du Duc, affi-
fté du Marquis de LuUins , ayant produit dmerfes pic-
ces. , l'on fit voir que la plufpart eftoient fauffes : ou-
tre que ledit- Sieur de Sillery monflra , que fî quel-
ques vns defdits Marquis auoient auffi rendu homma-
ges aux Ducs de Sauoye, ç'auoit elle, ou par complot,
ou par force : ce qui ne pouuoit vahder pour ofter à la
France ce Marquifat , dont elle eftoit en paifîble iouyf-
fance depuis cent ans.
En fin les Ambaffadeurs de part 6c d'autre , ne s'e-
ftans pu accorder , &; le Pape ayant affez reconnu que
ie Sauoyard ne tafchoit qu'à tirer en longueur cette af-
faire , èc fembloit mefme fe défier de fa Saindeté j fè
déporta de l'arbitrage.
VI- , Cependant fon AltefTe de Sauoye confiderant
Le Duc de
Sauoye quc fcs affaires eftoient fort douteufes , &:que le Pape
DE FONTAINÈBLEAV. LIVRE lil. 2ji
mal fatisfaic de fa part , ne fe mefleroic plus de ce diffe- ^''"^ ^^
France
rend ; en fuitte dequoy elle ne deuoic plus attendre que
les armes du Roy, qui iouyfToit alors dVne pleine Paix,
&: tous fes Eftats 3 prit refoiution de venir en France, ôd
moyenner,oupar les voyes de l'amitié, ou de l'artifice
gagner fa caufe auprès de faMaiefté j laquelle aduertie
de ion. voyage , commanda que par tout où ce Duc
palîeroit fur Tes terres l'on receut Ton AltefTe , comme
kiymefme : ce qui fut ainll exécuté , &c particulière-
ment à Lyon ; où de là il vint à Roanne , &c defcendit à
Orléans par la Riuiere de Loire auec toute fa fuitte,
qui eftoit grande , èc en bon ordre ; mais toute en
deiiil , à caufe de la Duchelle fa femme nagueres de-
eedée.
/iiArriué à Orléans, il fut fort honorablement receu,
où Monieigneur le Duc de Nemours fon coufin , l'ac-
cueillit de la part du Roy. Le delTein eftoit de l'y faire
feiourner vn iour ou deux , afin d'en donner aduis à fà
Maiefté, qui auoit ordonné vn bel appareil de Princes,
de Seigneurs, de NoblelTe, 6c de {es Compagnies d'or-
donnance , pour aller au deuant le receuoir. Ce que
fon AlteiTe ayant appris ,&; que le Roy eftoit en ce lieu
de Fontainebleau, elle prit promptement laPofte auec
peu des fiens , laiffant fon train , àc fon équipage der-
rière , èc arriua icy le treizième de Décembre, mille cinq
cens quatre-vingts dix-neuf. Le Roy fut fort furpris "^
quand il fceut que Monfieur de Sauoye eftoit arriuc Son arri-
inopinément en ce Lieu, àc défia en ce Chafteau , lors "a^incbSu"
que l'on lecroyoic encore fur 1& chemin d'Orléans ; ce
ne furent alors que careifes , & qu'embrafiades entre
faMaieilié , èc fon AltefTe ; en fuitte dequoy plufieurs
iours après j il ne fe parla que de feftins, 6c de réioliyf^
fances à la Cour.
Le lendemain le Roy luymefme fit voir à fon AltefTe vu.
toutes les iingularitez des Baftimens, des Peintures, ÔCfaitvoirks
des lardins de cette Maifon Royale ; àc quelques iours ^"§'^,1"^-
• r 1 1 r 1 r 1 tez de la
fuiuans, eftant bien aile de luy faire voir encore la fplen- Com , sc
Maifen.
ap . Le Trésor des Merveilles
èe ecm deur de fa Cour , èc quant &c quant luy monftrer à del^
fein , que combien qu'il s'employaft fort icy après fes
Baftimens , il auoit toufiours neantmoins le cœur aux
armes , commanda à fes Compagnies des Regimens
de fes Gardes de fe tenir en bon ordre j il les fit met-
tre en haye le long de l'Allé e de la ChaufTce , par oii
ù. Maiefté , & fon AltefTe deuoient pafTer j &: de là
leur commanda de faire Montre en la grande elplana*
de , qui eft deuant la Porte du Chafteau , 6c du Che-
nil ; où le Duc ne pût qu'il n'admiraft l'adrefTe de
ces Compagnies, ôc de leurs Chefs, & Capitaines , lef-
quelles eftoient toutes diftinguées par leur liurée , &C
couleurs. Parurent de fuitce les Compagnies d'ordon-
nance , les Genfdarmes , àc Cheuaux-Legers, tous ar-
mez , aucc leurs cheuaux bien harnachez , & chacun
vn pannache fur la telle j qui par la Montre qu'ils fi-
rent témoignèrent tous leur adreffe , en tirant le coup
de Piftolet , puis aufli toft mettant chacun la main a
l'efpée.
Les autres iours fe palferent à courre la Bague , Sc
rompre au Faquin dans la Cour du Cheual blanc , & à
la Chalfe ; où parmy ces réioiiylfances , & diuertiffc-
mens , quoy que fon Alteffe témoignaft en apparence
cftre fort fatisfaitejfi ne l'eftoit-cllegueres, apprenant
de ceux de fon intelligence , qu'elle auoit pratique en
Cour , que le Roy eftoit toufiours en lamefme refolu-
tion de r'auoir fon Marquifat , & que tres-diificilement
pourroit-on luy faire changer de volonté : neantmoins
le Duc ne laifTa pas de cacher adroitement fon déplaifîr.
Et après auoir icy demeuré fept iours , fa Maiefté s'en,
alla a Paris , & y emmena fon Alteffe, laquelle n'épar-
gna aucune artifice, & toute forte de courtoiûes, êcàc
fubmiffions i voire mefmedeprefens enuers les Grands,
& les petits, pour fe gagner les cceurs,& les afFedions, 6c
par l'entremife de (es artifices , s'efforcer défaire gagner
le Roy à changer de refolution : Mais voyant en fin que
tous les moyens qu'il auoit tentez auoient eflé inutile*
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE" III. lyj
pour flefchir faMaiefté à Tes demandes j il confentità vn
Traittc fait entre eux deux le vingt-fixrémé de Fcurict
milfix cens , par lequel fon Altefle promit &C s'obligea à viii.
fa Maiefté de luy remettre dans le premier de luin pro- çj^t^'cnac
chainenient venant ledit Marquifat de Salufles j on luy ^^ ^°yf
donnoit en efchange &c pour recompenfe le Comté de fc"
deBreffei&celaainlî arreftélcDucs'en retourna enSa-
uoye , après auoir fait paroiftre au Roy l'obligation qu'il
luy auoit du gracieux accucil,&: de l'honneur qu'il auoit
receu de fa Maieftéj comme aufïî il luy tefînoigna la bon-
ne volonté qu'il auoit pour fon Alteffe , pourueu que
dans le temps déterminé il ne manqua pas à fa promeffe.
Mais comme le Duc n'auoit fait cet accord &C ce trait- ï^ "
té qu'auec deffein de ne rien tenir , mais feulement pouf i-= Duc^.
gagner temps, efperant que les fccrettes menées qu'il Spl^oiV*
auoit pratiquées en France durant (on feiouràlaCour,y
apporteroient quelque changement qui luy feroit fauo-
rable:d'ailleurs qu'il apprenoit de certaine prognoftique
d'aucuns Aftrologucs , qu'au mois d' Aouft enliiiuant de
l'année prefente mille iîx cens, il n'y auroit point de Roy
en France 5 ce qu'il interpretoit fîniftrement &: à fon ad"
uantage , fe perfuadant la mort du Roy , &: ce qui fut vé-
rifié au contraire au grand defaduantage du Duc, en ce
qu'alors le Roy hors de France eftoit en Sauoye , où le x.
progrez de fes armes auançoit de iour à autre : de plus , ^^ ^°ï
que ce Duc fepromettoit vne grande alfiftance de l'E- Sauo)'e,&
fpagne. Cela le fit reculer iufques à ce qUc voyant que le f°Duc"i
Roy en peu de temps s'eftoit rendu maiftre de toute la luy donner
Sauoye , &C que s'il attendoit dauantage à effectuer le
Traitté deParis,il ne pouuoit éuiter la perte de tout le re-
fte de fes Eftatsjil s'y accorda,6c céda ou échangea toute
laBrelTc &C ce qui en dépendoit , pour ledit Marquifat de
SalufTes: ce qui fut confirmé par vnnouueau Traitté fait
le dix-feptiéme de lanuier mil fix cens vn. A quoy tra-
uailla puiffamment le Cardinal Aldobrandin Légat dé-
puté de fa Sainûeté pour la Paix 3 àc fut cet accord Sc
Traitté iuré folemnellement à Turin par le Duc, en pre-
li iij
contente-
ment.
ij4 Le- Trésor des merveilles
fence du fieur de Cheurieres , Cheualiér des Ordres du
Roy ; de fa Maiefté k iura à Paris où eftoit le Marquis de
Lullins de la partde fon AltefTe de Sauoye.
;\iZ :::b ■.■uiiiJDaç::
^a-smiîfiî
LA CONFERENCE MEMORABLE
tenue à Fontainebleau en prefence de Henry le Grad,
entre le Cardinal du Perron pour lors Euefque d'E-
-i'-ureux,Ô£le(îeur du Pkflis Mornay.
CHAPITRE X iV-.
VAti ic jf2[^:eJY^lf J^ la Protiidence
T B e Y C_
Gh Ris^ '^'^'de Dieu pour la defenfe de
IL Le Cardinal du Perron,
autre Hercule qui dompte
l'HereJIe.
IlL Le mûtif de la Confe-
^' fence. x-
IV. Zèle de Henry le Grand
pour la caufe de Dieu.
V. L ordre de la Conférence ^
t^ les Commijfaires.
V L Preuojance du Cardinal
du Terron.
VIL Le fleur duTlefis taf-
che d'empefcher la Confé-
rence.
VII L. Les perfbnnes de mar-
que qui Je trouuerentàcette
Lonjerence.
IX. Vanité du fieur durPlef^
j!s. ---- ' ;
JC. Dix^neuf pajfages cot*
tezj à faux , & monfire^
tels en la prefence du
Roy.
XL Le Roy tefmoigne ^ne
grande ioye péir la defcôu-
uerte des manquemens de
duTlefis.
XII. Plufleurs 7{eligionai'
res conuertis enfuitte de cet-
te Conférence.
I. r
Traie de la
Prouiden-
ce de Dieu
pour la
defenfe de
fon Eglife.
'Est vn trait bien remarquable de laPro-
uidence diuine, qu'autant de fois qu'elle a
5 permis que l'Hydre deFHerefie fe foitpre-
fentc pour ruiner fon Eglife , autant aulli
a-t'elle fufcité quelque Hercule pour en
dompter la rage &; furmonter l'orgueil. Il me feroit facile
de preuuer cette vérité par les lîecles paffez , où iamais
t)E FONTAINEBLEÂV. LIVRE lîl. tjy
l'Enfer n'a fait naiftre aucun H erelîarqùe, qu'au mefme
temps Dieu neluy ait oppofé quelque Sain6t Dodeur^
comme vn valeureux foldat èc defenfeur de la vérité,'
pour triompher du menfongc 3 en forte qu'il eft vray de
dire,queli le Prince des ténèbres 6c de TerreuB, s'eft ef-^
forcé de produire de faux tefmoins contre l'intégrité èc
Fhonneur de cette chafte Sufanne, le Ciel n'a point man-
qué quant 6c quant de faire paroiftre aulH toft vn Daniel,
pour en prendre la protedion , ôc conuaincre de faux fes
calomniateurs. Et fans aller bien loin en mandicr des
preuues , iemecontenteraydemonllrer cette vérité en
iaperfonnedugrand Cardinal du Perron, l'honneur àC
la gloire des Mufes, &c l'ornement de la Pourpre &; du fa-
cré Collège, ô^ vn ferme èc puifTant defenfeur de l'Ef-
poufe de lefus-Chrift j lequel en guife d'vn autre Her- n
cule Gaulois, voyant auec quelle etFronterie,&vn efprit naiduPerl
tout noir de calomnie èc de fauffetéjPhilippe de Mornay J°" ' ^'^"l
fieur du Pleilis Marly , arcbutaiu de l'Herelîe &: de l'Hu- qui dom-
guenotifme , auoit mis en lumière vn Liurc qu'il auoit J^^ ^"^-
fait contre la MelTe j il s'offrit aufli toft de le combat-
tre hardiment àc (^cs erreurs, ôcfur tout faireparoiftre
clairement cinq cens faufles allégations , comme autant
de calomnies &C d'accufations menfongeres contenues
en ce Liure , autant digne de punition , qu'il eftoit indi-
gne de voir le iour.
Apres plufleurs difficulté z qui fe prefenterentpour ni.
cmpefcher la tenue d'vne Conférence à ce fuiet, entre ce de!S°"
Cardinal ( pour lors feulement Euefque d'Eureux , &;C°"^*
non pas encore honoré de laPourpre)&:le fîeurduPlef^
lis i enfin elle fut indiquée en ce Chafteau de Fontaine-
bleau par Henry le Grand, auleudy quatrième de May
de l'année mil fix cens où fa Maiefté protefta hautement
quelle permettoit cette Conférence, non point grâces
a Dieu qu'elle doutât de la Rehgion CathoUque , veu
mefme qu'elle ne vouloit qu'on en mift aucun article en
difpute3 d'autant (comme elle auoit dit à Monlîeur le
Nonce du Pape) qu'elle fçauoit bien que cela eftoit de
e certe
eren-
ce.
2,j<$ Ve Trésor des merveilles
l'authorité de l'Eglife &c de fa Saindeté ; mais feulement
que cette Conférence ne tendoit qu'à faire examiner les
lieux, que le fieur du Plelfis auoit cottez autrement qu'ils
n'eftoient, pour appuyer yne mauuaife caufe par d'aulfi
mauuais fondemens .
Tv, E T il faut aufli aduouër à la gloire de cet illuftre Mo-
^Îg ^nd i'^^'^q^^ > qu'en cette Conférence il fit paroiftre vn grand
pour la zèle à l'aduancement de la Religion Catholique , bC auec
^^ça. '^ deffein , s'il fe pouuoit par ce moyen en defcouurant les
fauifes allegatios du fieur du Pleflis,de defabufer ceux de
la Religion prétendue reformee,& ramener ces déuoycz
au giron de l'Eglife Catholique , Apoftolique &Romai-
ncjqui eftoit aufTi l'efperance de plufîeurs jainfi que le pu-
blia alors vn célèbre Poète du temps en cette forte :
MonfieHf Si iamaù mon e^rït conceut quelque ejperance
£Mf^ne dt 2)tf 'Voir les deux Partis qui diuifent la France ,
^'"~ R econioints en ^nfeul , ô* comme ils ri ont qu^vn Roy ^
jN'auoir qu'une Loy mefme , ci?' qù^vne mefme Foy j
Certes, c'eïi maintenant qu'une attente ajfeurée
S'en engendre en mon ame , & l'y rend préparée »
'Fuïfquauec tant de z^ele & de confiante ardeur^
O Roy ! de qui la Terre admire la grandeur 3
îe 'VOUS 'Vois tranaïUer fans relafche & fans feinte.
Pour le progrés d''vne œuure tûfi iufle ^fifain^le.
V. Or voicy comme eftoit difpofée cette Conférence, &
de la Co*n. ^^^ Commiffaires nommez par fa Maiefté du confente-
ference, ornent des parties , pour iuger de la fidélité ou depraua-
niiffakcT. tioi"^ <ics Paffages alléguez par le fieur du Pleffis 5 car il
n'eftoiticy queftionque de cela, & non point d'agir ou
traiter des articles ôcpoinds delaReligion,commenou$
auons défia remarqué.
De la part des Catholiques eftoientpour Commiffai-
res Monfieur le Prefident de Thou,le fieur Pithou Aduo-
cat célèbre au Parlement , ôc le fieur le Feure Précepteur
deMonfeigneurlePrincedeCondé,au lieu duquel fuc-
céda
DE FONTAINEBLEAV." LiVRE lîl. ijr/
teda le fleur Martin, à caufe que le fleurie Feure nepou-
uoic venir en temps.
Ducoftédes Relio-ionaireseftoientMonfîeur lePrelî-
dent Calignon , Chancelier de Nauarre, a la place du-
quel fut aulTi mis Monfîeur dePrefne Canaye,Prefîdent
enlaChambredel'EdidduLanguedoCjqui arriuaicyla
veille de la Conférence, parce que le lieurde Calignon
cftoit tombé malade à Paris, & eftoit encore le fleur Ifaac
Cafaubon, &:lefîeurde Bordes Mercier, fils de Mer ce-
rus ProfefTeur aux Lettres Hebraïquesj où en cette Con-
férence fa Maiefté auoit aufïi ordonné Monfeis;neur de
fielieure. Chancelier de France, pour recueillir lesvoix
&les opinions ^ tous perfonnages célèbres & bien verfez
es langues Latines ôc Grecques , à caufe des allégations
qu'il falloit lire en ces langues.
P O VR cet effet Monfîeur l'Euefque d'Eureux auoit vï! '
icy fait apporter de diuers lieux les Liures des Autheurs Preuoyan-
alléguez par du Pleffis, des éditions de Geneue &; de Baf- dinai du '
le, ic autres Villes Religionaires,& mefme des Liures an- ^"'^°'^-
ciens manufcrits ; afin que le fîeur du Pleffis n eufl point
occafion de les auoir fufpedis , difant qu'ils eftoient im-
primez en des Villes Catholiques , qui les pouuoienj;
auoir mutilez èc deprauez. Et de fait , ce fut vne gran-
de marque du ingénient incomparable de ce brauePre-
latic.ar du Pleffis reconnoiffant alors trop tard,qu il auoit
efté trompé par les Miniftres principaux de fa Religion,
qui luyauoient donné partie des allégations des Pères,
dont il s'eftoitferuyenlacompofîtiondefon Liure,taf^
cha de rompre cette Confercce,qu'il iugeoit bien ne luy v 1 1.
pouuoir tourner qu'à honte, &àlaconfufîondefon Par- picflis taf-
tv Huguenot: ce qui fut caufe alors qu'ilvoulut vferde '^^J.^'^"\~
'^ I r r ^ «^ r ,.,peichcrla
cette defaite,pour ne le trouuer a cette Conférence, qu il Confèrent
auoit témoigné auparauant defirer auec tant d'affedion, ^^•
difant qu'il ne fe pouuoitarrefter à des Liures imprimez
dans des lieux Catholiques ', mais à cela il n'eut plus de
repartie quand on luy enpropofùde nonfufpedts.
L'heure donc affignée d'yne après midy , chacun
Kk
2,rS LE TRESOR DES MERVEILLES
fe trouua en la Salle des Efl:uues(pour lors appellée la Sal-
le du Confeil ) qui depuis a porté le nom de la Conféren-
ce : dont la difpofition de l' AiTemblée eftoit telle»
"■^jjj C E V X qui ont veu cette Maifon Royale , fçauent qu'il
Lesper- yadaus Cette Salle vue table dePorphyrc^on l'auoit mife
mar"que,^ au milicu , OU à IVu dcs bouts le Roy eftoit alTis , &: àla
qui fe trou- j^j^jj^ dtoitc de fa Maiefté l'eftoit aufTi l'Euefaue d'E-
cette Con- urcux, 6^ àlagauche vis à VIS de luylelieurduPlefTisj au
fcrence. j^^y^ j'g^-^ j^^^ ^^g [^ mefme table eftoient les fleurs Paf-
quier &C VafTautjCommis de MelTieurs de Villeroy, &c de
Frefnes Secrétaires d'Eftat,nommezpar le Roy pour Se-
crétaires delaCoferencejô^aulieu des lieurs de Lomenie
& VifToufe nommez aufli par fa Maiefté à mefme fin pour
le fieur du Pleifis^eftoit le fufdit fieur de Bordes Mercier.
Plus haut à main droite du Roy eftoient aftis Monfei-
gneur le Chancelier , 6^ Meftieurs les Députez ScCom-
milfaires cy-delfus nommez.
Derrière fa Maiefté auoient place Monfieur l'Arche-
uefque de Lion, ôcMeffieurs les Euefques de Neuers , de
Beauuais , & de Caftres.
Et à main gauche M" les quatre Secrétaires d'Eftat.
\ Comme aufti eftoient aflis de part & d'autre derrière
les Confêrans plufieurs Princes , à fçauoir Meffeigneurs
les Ducs de Vaudemont , de Nemours , de Mercœur , de
May enncjde Neuers,d'Elbeuf, d'Aiguillon , le Prince de
lainuille, quelques Officiers de la Couronne , des Con-
feillers d'Eftat , 6c autres perfonnes de qualité , Catholi-
ques & Religionaircs , &; derrière eux diuers Auditeurs
&:Spe6i:ateurs,parmylefquels ilyenauoit beaucoup de
la ReUgion prétendue i le tout reuenant à prés de deux
cens perfonnes , qui toutes neantmoins rendirent vn
grandfilence,àcaufede laprefenceduRoy,&des Gar-
des du Corps qui y mettoient ordre.
L*Aifemblée ainfi bien rangée , Ton mit d'vn cofté fur
la table le Liure de du Plefsis , imprimé m quarto à la Ro-
chelle par Hierofme Hautin, &; de l'autre eftoit vne lifte
de foixante Paftages tirez de cinq cens que luy auoic
DE FONTAINEBLEAV.^ LlVRE îll. 10
eiluoyé Monlieur d'Eureux pour cette première Séance,
faifant eftat de luy donner les autres pourfuiuant es iours
fuiuans j fur lefquels le Sieur du PlefTis s'eftant préparé, &
de ces foixate n'en ayant choifi toutefois que dix-neuf,il
fit entendre au Roy qu'il n'auoit eu le loifir que d'en iufti-
fier ce nombre pour lors, &; feignant eftre fort fatisfait,
adioufta ces parolesj S ire, te veux perdre i' honneur ^ la 'VtCy ix.
Vanité da
fideceux-cj tt s'entrome^un/aux, te ferayvoirauiourd'huj à si^ur' du
"vofire Matefié que iefms autre quelle ne mefiime. Mais la p^^^^î-
fuitte fit bien paroiftre qu'il eftoit encore moins de que
qu'il fe vouloir faire croire, &c que combien qu'il fut en
eilime d'eftre éloquent , ôc des plus fçauans de ceux de (a
Religion , il s'eftoit neantmoins grandement mépris, &:
auoit efté oumalicieux,ou peu curieux de bien examiner
les Textes des Pères & des Doâ:eurs,dont il fe feruoit en
ce fien Liure , pour tafcher de ruiner vn des plus auguftes
ÔC facrez myftercs de laReligionChreftienne ôcCatho-
iiquej puifque niefiiie en fa prefence , 6c d'vne fi célèbre
compagnie, il s'eftoit veu accufé &conuaiilcudefaux.
Ce qui fut aufli la caufe,que ne voulant plus attendre de
tè voir fi mal mené aux autres Séances ( quoy qu'auec
toute forte de douceur,&fans aigreur de fa partie) il fei-
gnit d'eftre malade j& rompit ainfi cette Conférence le
lendemain & les autres iours qu'elle fedeuoit continuer,
comme la fuitte de ce Chapitre fera voir bien ample-
mentjayant efté iugé à propos que l'en vfalfe de la forte,
parce qu'il s'agilToit icy d'vne affaire d'importance pour
la caufe de Dieu, qui mérite d'eftre traittée exadement.
Or le premier de ces dix-neuf Palfages citez à faux, xT
eftoit celuy-cy du Doâieur Subtil lean Duns,dit Scotus, p^^'"r^
ouleScotjfur le A.LiuredesSentccesjdiftindtiondixié-coctcz i
me queftion première j où ce Doâ:eur à la façon des Sco- *"''■
laftiques fe forme cette obiedion fur le fait delà realité
du Corps de lefus-Chrift àlxfainéleEuchariftie,difanc,
Vtdetur quodnon, qu'il femble qu'il n'y foit pas,pour quel-
ques argumens qu'il rapporte j lefquels toutefois àyanc
réfutez de fuitte , il preuue clairement le contraire , &:
monftre qu'il eft tout affeuré que le Corps de lefus-
Kk ij
I6ù Le TRESOR DES MERVEILLES
Chrift eft réellement, &C de fait au tres-Saind Sacremeinî
de l'Autel : ce que Monfîeur d'Eureux fit voir aperte-
ment , où tous les CommilTaires iugerent hautement le
manque duSieurduPleflis ^quiauoit prisvne obiedion
pour l'opinion de la refolution du Dodeur Scoti
Quant au fécond Palfage , il fut vérifié encore que le
mefme auoit fait vne pareille faute au refped du Do-
uleur Scolaftique Durandus , ayant aulïi mis l'obiedion
pour la refolution.
Le troifiéme ne fut pas plus fauorable à du Pleffis que
les autres j car noftre dode Prélat luy fit voir clairement
fa malice jOU fon ignorance,ourvn&; l'autre enfemblejen
ce qu'au Texte qu'il rapportoit de S. Chryfoftome pour
improuuer la prière des Sain6ts,il auoit tronçonné le Paf-
fage de ce Père , &c fort altéré £cs paroles, le faifant parler
de cette forte , llnejefapitfoint arrefier auxfrieres des
SaïnBs \ au lieu que l'Euefque d'Eureux luy monftra ,
qu'il n'auoit pas rapporté ce Paffage fidèlement ,Ô£ fe^
Ion le Grec , où il y a , Il ne faut ^ns eflabltrtoutés frteres
des Saints i où de fuitte ce Saind: Dodeur adioufte : -ZVi?
méprifbns point les prières des Saints j mais prions les pour
nom. Ce que du Pleffis auoit teu,afin que l'on ne recon-
nuft pas que S. Chryfoftome ne defaprouue point telles
prières j mais dit qu'il ne s'y faut entièrement confier,
pour de là négliger de trauailler de noftre part , à ména-
ger noftre falut par de bonnes œuures.
Et là deffus fut prononcé par Monfeigneur le Chance-
lier , de l'aduis de tous les Commiffaires , que du Pleffis
auoit obmis ( pour faire trouuer fa caufe bonne ) ce qui y
deuoit eftre mis . La découuerte de ces manquemens ne
XI. fut pas vne petite ioye à tous les Catholiques, ÔCparticu-
mo^g^ev-' herement au Roy , de voir ainfi Monfieur d'Eureux
ne grande triompher du mcnfongecnfaueur delaVeritéjfaMaie-
SSuer.^ fté ne fe pouuant tenir d'en témoigner vne grande fatis-
tedesmâ- fa(^ion,commepourfuitlePoëtecy-defrus.
quemens ■' r '
deduPlef-
' A qui ne parut point d'ardeur de cette famme ,
Qj^'vn Z:,de tout celefie allumoit en 'vojtre ame^
DE FONTAÏNEBLEAV. LiVRE Ilto %6i
Quand ce doéfg Prélat en qui luit le. fournir ,
Qu'a l'extrême éloquence , & l'extrême fçauoir^
Combattant deuant vous des armes de lEglife ,
Pour la Foy , dont la garde en njos mains efi commife ^
Vous fembltezjdu dejtr combattre auecque luy.
Chaque mot "vous comblmt ,ou de ioycy ou d'ennuj:
V honneur qu'il s'acquerroit farotjfott "vofire gloire^
Et tout autant de fois qu'il gagnott la 'viàotre.
Soudain le feu de wje en Imfoit a 'vos yeux ^
EftmceUant alors comme eJfotUes des Cteux»
Le quatrième Texte employé par du Plelïîsjau moyen
duquel il pretendoit encore vouloir faire dire au mefme
S. Chryfollome , oupluftoft impofoit à ceSain6t PerCj
que fa dodrine, &c créance eftoit, qu'il ne falloir point
inuoquer^les Sainélsj attendu ces paroles fuiuantes :
ISfousfommes bien plusfèurs par nofire propre /uffrage que par
celuyd'autruy \ & Dieu ne donne pas fi tofi nojirejalut auK
prières d'autruy qu'aux nofires: car amfi eut-il pitie delà Ca-»
nanécy amfi donne-t'tl la Foy a la PatUar demain fi le'ParadUaté
Larron 3 fans efirepchy par l'mtercefion d' Aduocat ynyde
Jidediateur^ Et immédiatement après ce Sainét Docteur
adioufte ces mots'.Et cecydijons nous^nonpos afinque nous ne
prions point Us Samâts^maù afin que nous ne /oyons pasparefi-
feux. Paroles dernières, qui font voir que l'intention de Sk
Chryfoftome n eft pas de ne prier les Sain6ts,mais de n'e-
ftre parelTeux à bien pefifer de procurer nous mefmes
iioftre falut.Et c'eftoit ce qu'auoit fupprimé, bc obmis du
Plelîis , comme au PafTage précèdent , àc dont vn chacun
reconnut la maliGe,& la faute. Où alors vn certain Mini-
ftre de l'erreur , qui eftoit proche du Sieur Cafaubon, luy
ayant dit qu'il n'y auoit point au Texte Grec dénéga-
tion , ôC Cafaubon qui tenoit le Liure,luy faifant voir du
contraire^ il demeur a (i confus, qu'il fer étira prompte-
ment parmy la prelTe j bc feruit de rifée à la compagnie.
Où le Roy dit alors ce bon mot : Que c'efioit vn teune Ca^
rabm , qm après auoir tiréjbn coup de piftolet^ s'efioit retiré à
/ écart.
%$t Le Trésor des Merveilles
Quant à la cinquième allégation tirée de S. Hierol^
nie , l'Euefque d'Eureuic fit voir encore la faute , & le
manque de du PlelTis j en ce qu*il auoit pareillement ob-
mis les paroles qui donnoient clairement à connoiftre
l'intention de ce Sain6tDoâ:eur.
Au fixiéme Texte allégué de S. Cyrille , du Pleflîs re-
ceut encore vn fîgnalé affront, quand Ton luy monftra
qu'il auoit impofé à ce Père , luy faifant dire , que les an-
ciens Chreftiens n'adoroicnt point la Croix : PafTage
qui ne fe trouue point dans S. Cyrille»
Titreii' du Le feptiéme ne luy fut pas plus fauorable que les pre-
codJ^deiH' cedens j car là ayant employé la Loy des Empereurs
fiittia». Theodofe , & Valentinian , par laquelle pour la reue-
rence , ôc l'honneur que l'on doit à la Croix, ils défen-
dent de peindre, ou de grauer parterre fur pierte,ou au-
tre matière , ce figne facré de noftre falut , jle crainte
que marchant defTus ilnefuft profanéjle Sieur duPleflis
auoit retranché ce mot Latin humi , c'efl à dire à terre,
pour faire parler ces Empereurs cdïitre leur inrention,6C
^n tirer vne confequence, qu'il ne falloir point reuerer la
Croix j au lieu qu'ils entendoient feulement dire , qu'il
tibia falloir point peindre , ny grauer fur le pauc , ny fur
la terre.
D.Bmari. Le huitième Texte eftoit de Sain6fc Bernard, par
lequel du Pleffis pretendoit monftrer , qu'il n'eftoit
point raifonnable d'honorer les Feftes de la facrée
Vierge j parce que ce Saind Dodeur , difôit-il , reprend
ceux qui folemnifent la Feftc de fa Conception , veu
qu'elle n'a point befoin de faux honneurs. Surquoy
Monfîeur d'Eureux luy repartit, queSain6t Bernard ne
defendoitpas l'honneur, & la reuerencedeuë àla Vier-
ge, dont au contraire il en faifoit de fî beaux éloges au
mefme Texte j mais que fon intention eftoit feulement
de reprêdre l'Eglife de Lyon , non de ce qu'elle celebroit
la Fefte de la Conception,mais bien d'autant que c'eftoit
fans approbation, ôcauthoritéduSainâ: Siège. Ce qui
fut ainli iugé par les CommilTaireSjapres que l'on eut fait
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. 265
iedure entière du Paflagede Sainâ: Bernard j ôcconfe-
quemmenc , que le Sieur du Pleffis auoit mal à propos
rapporté ce Texte , & contre le fens , & la créance de ce
Sainâ: D odeur.
Au neufiéme Paffage, du Pleflls s*efForçoit de reprou-
uer l'vfage des Images par vn Texte de Theodoret ; où
noftre braue Hercule, ie veux dire Moniteur l'Euefque
d'Eureux, s'efleuant contre cet Hydre , le terrafla , &
vainquit genereufement , &C lit nettement paroiftre la
malice de du Pie (Ils 3 en ce qu'au lieu qu'au Texte Grec,
il y ace mot y idoles, du Pleflis auoit traduit , de fuppofé
ce mot ^images 3 o\xi\ y a vne très-grande différence. Ce
qui fe iuftifioit , en ce que Theodoret n'entend point
parler des images des Chreftiens , mais des idoles des
Gentils : veu que ce Do6leur adiouftoit ces paroles,
adorées p^^es Pajens, & adorées pour Dieux , ce que du
PleiTis au«|P*teu , & obmis : & là delTus le Texte de
Theodoret ayant efté leu , &: bien conlideré par les
CommifTaires , il fut dit par Monfeigneur le Chance-
lier duconfentement de tous ces Meilleurs , qu'il eftoic
euident que ce Paffage ne fe deuoit point entendre des
images des Chreftiens , mais feulement des idoles des
Payens.
Et ce fut icy où du Pleffis rendit lafchement les ar-
mes, & fut notoirement conuaincu de faux, & fonLi-
ure reconnu, & publié pour calomnieux , bc faulfaire,
cftant forty morne,& fort trifte de la Conférence, ayant
bien veu qu'il n'auoit pas eu du bon. Il eft vray que fe
faifant tard , car il eftoit bien prés de fept heures , l'Af-
femblée fe leuapour cette première Séance par l'ordre
du Roy j mais c'eftoit auec deffein'de la continuer le
lendemain, depuis fept heures du matin iufques à onze,
comme le dit alors faMaiefté : &de fait, que lemefme
foir l'Euefque d'Eureux renuoya i^cs Liures au Sieur du
Pleffis pour fe préparer fur les autres Articles. Mais le
lendemain Vendredy matin cinquième de May, le Sieur
du Pleffis enuoya dire qu'il eftoit malade ; ce qui fit iuger
i64 Le Trésor des Merveilles
par tout 5 que cette maladie eftoit feinte, ou que fi elle
eiloit vraye,c'eftoit de honte , ôc de déplaiiir d'auoir {i
mal relilTi en cette Conférence.
LeRoyenuoyafçauoir le foir du Sieur du Pleifis, fi fa
* maladie permettroit bien qu'il continuai!: j & il répon-
dit que non , &:que quand il feroit retourné àParis, il
aduiferoit ce qu'il feroit : ce qui obligea fa Maiefté de
donner congé aux Commiffaires de s'en retourner à
Paris , où elle alla auffi , Sz le SieUr du PlefTis , qui de là
partit fans prendre congé , ny faire fçauoir fon départ au
Roy ,&: fe retira honteufement àSaumun
XII. Plvsievrs Religionaires en fuitte de cette Con-
Plufieurs ference , quittans l'Herefic du Caluinifme , fe rangèrent
Religionai- ^T. ii- -r» •
rcsconuer- au Bcrcail dc l'Eglifc Cathouque Romaine, ayans de la
drcectc"^ reconnu leur Religion erronée : Entre lefquels fut le
Confeien- Prefidcut Cauayc , VU dcs CommilTaites cy-jg/ru-s nom-
mez.Et quoyquele SieurCafaubon n'en fill^pant alors,
il fut neantmoins depuis fort efbranlé en fa créance jôc
l'on ne fçait que trop , que fi les Puiifants parmy ceux de
cette Religion prétendue , ne luy euffent pratiqué vHi
voyage en Angleterre, où il mourut, il eftoit en deifein
d'abiurcr [es erreurs, pour faire profeffion de la Religion
Catholique, ainfî qu'il arriua du depuis àvnfîenfils. En
forte qu'il eft vray de dire, que cette Conférence fut vne
victoire fîgnalée de la Vérité fur le menfonge j où le Roy
fe portant d'affe6lion pour la caufe de Dieu , gagna les
cœurs de plulîeurs Religionaires par le zèle qu'il fit p a-
roiftre,ainfiquepourfuit le Poète cy-delTus :
[ydu/^i , Sire , auezj- 'vous far la feule conduite
T>e ce pent combat, mis -plu/leurs camps en fuite ,
Gagné plufieurs lauriers ^nonfanglamment 'vainaueurs,
Et conquis tout d''vn coup cent miBons de cœurs,
Qm maintenant pour 'vous brûlent d^ amour extrême.
Et cjui pour 'uofire 'vie iroient à la mort mefme.
C'eft tout le narré de cette Conférence, que ie rap-
porte
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE III. 16;^
porte au vray , félon que ie Tay appris de plufieursper-
fonnes de créance qui y eftoient , ôcfont encore icy vi-
tiantes j comme aufli des mémoires qui en furent alors;
publiez. Et pour recompenfe des iuftes lauriers , que ce
grand , èc do6te Prélat auoit acquis en cette illuftre vi-
d:oire,le Pape Thonora en fuitte à la première promotion
du Chapeau de Cardinal , àc pour (es mérites , 6c pour
fatisfaire à la prière du Roy , qui luy en auoit écrit ,
& aufli luy donna l' Archeuefché de Sens^ auec la char-
ge de grand Aumofnier, après le deceds de Monfei-
gneur deBeaune.
NAISSANCE A FONTAINEBLEAV DE
Louys XIII. du nom , Roy de France ,
àc de Nauarre.
Chapitre XV.
I» témoignage de U bien-
ueillance de Dieu enuers la
. 'France.
IL lour de cette naiffance.
IIL Le Roy en témoigne 'une
extrême ioje,
IV' Le Pape enuoye vn Non-
ce exfrés pour s*en conio'ùyr, L'An d«
V. La Grande Duchejfe de chkiÎt
Florence , & les Princesi^^^^-
Alîiezj de la France , de^,
putent à mefmefin,
VL Grande rewi^yjance par
toute la France,
I.
Témoigna*
L eft bien vray , & perfonne n'en doute,
que comme Dieu ell tout bon , àc tout ge "de'ï
puifTant^aufri ne fait-il rien à demy. Ayant f^ncrdê
donné à la France Henry le Grand, comme Dieu ea-
vn Alcide généreux , pour calmer les ora- Frlnw!
gcs que nos guerres Ciuiles auoicnt fufcitées en ce Roy-
aume , qui le menaçoient dVn éternel naufrage j il fem*
bloit que cet œuure n*eftoit encore qu'à demy , fi par
vn excez de fa Bonté éternelle, il ne pouruoyoit quant
& quant à raffermiffement de fon repos par la naifTan-
Ll
iè6 Le Trésor des merveilles
ce dVn Dauphin , qui fuft autant héritier des Vertus de
fon père 5 comme il ledeuoit cftre iuftemerit de fa Cou-
ronne j puifque ce coup du Ciel fit alors auortcr tous
les defTems , ôi les efperances des ennemis de cet Eftat.
Bertaiid. JSfos ^œux fint cxauccZi 3 1^ France efi fdt'tsfaite ,
NoHS ioiijfforjs de l'heur que l'Oracle Prophète ,
De nos iuftes àefirsfe promettoif enfin ^
La Paix a maintenant njne hafe affeurée \
Et tour rendre éternel le bien de fa durée.
Le Ciel à nosfouhaits a fait naiftre <vn Dauphin,
De nomhrer les lauriers^ que le Ciel luy dejitne,
C'efi choje qu^poUon referue a fa cortme.
FÎT" Or ce fut en cette Maifon Royale de Fontainebleau
tenliflln" q^'arriua Cette heureufe naiffance , le leudyvingt-fe-
«1 ptiéme de Septembre , l'an mille fix cens vn , enuiron les
onze heures du foir , iour que l'Eglife célèbre la Fefte des
Sainds Martyrs Cofme,&:Damian ,les douleurs del'en-
faiitèment ayans faifî la Reyne fur le ïoit du melme
iour : elle eftoit couchée en la Chambre de l'Ouale , que
l'on nomme ainfi,parce qu'elle en tient la forme , ÔC la-
quelle depuis en mémoire de cette naiffance , Henry
le Grandfit orner, ÔC embellir de riches Tableaux.
Le Roy , & les Princes du Sang fç trouuerent alors
en la Chambre de la Reyne, félon la pratique , & cou-
ftume obferuée en ce Royaume , pour ofter tout fou-
pçon de fuppofition à ceux qui pourroient eftrc inte-
reffez à la Succeffion , & pour la conferuation de la Loy
Salique : ôc au mefme temps que ce Dauphin fut né , le
III. Roy tout failî de ioye l'embralTant , 6c le baifant , en
Le Roy en j-gj-j^jjj. alors mille adionsde grâces à Dieu 3 ôcluy don-
temoigne _ O r / /
vne extre- naut fa benedidiou , luy mit quaut ôc quant fon epeetn
'^^ ^°y*^" inain : puis après toutes ces careffes , & tendrejffes d'ami-
tié, l'ayant fait voir à tous ceux qui eftoient prefens à la
mefme heure, il alla faire chanter le Te Deum en noftre
Eglife de la Tres-Sainde Trinité de ce Chafteau, pour
DE FONTAINEBLEAV. LïVR|^ni. 2.67
réconnoiflre vn fî grand bienfait de Dieu, rie iugcanc
pas bien raifonnable de différer iufques au lendemaini
où le peuple eftoit en fî grand nombre , que le chap^eu
de fa Maiefté demeura parmy lapreffe.
* Atné, c'aft
le fleuue qui
paffe à "■
tence.
Cependant le Démon qui fur * Ame refidel.
Et ctl quijur lesjiots de la Seine trefide)) paôre Hio-
Ojant de cet Enfant la future grandeur, «
^pres àuoir haïfé le Berceau de leur Grince y d^^rn^"^
Horsfe iettent Joudain 3 & parmy fa l^rouince t«aux.
Chacun court glorieux annonçant ce bonheur,
lidais fajfant lesForeJls, qui les Palais enfournent l
Et qut comme 'vn i'heatre en 'vn rond l'enuironnenf^
Ces Anges au fortir animèrent les boit :
Si comme on njeïd iadis es F orefis prophétiques ^
De Dodone parler les chefhes fatidiques ,
De Bierre ainfi parloient les arbres cette fms:
leune fleuron du Lys qui fortes en ta face 3
Peinte au 'vifen naijfant de tesM^aieurs la grâce l
Et qui ta fur ton front charges la Maiefté 3
T^mjfe tu déformais auec autant d'heur croifire,
Qj^enfes benings afj^eéis le Ciel en fait paroiflrel
Quifaujfent de la nui^i lefpatjfe objcurité.
Incontinent âpres cette naiffance , les Secrétaires d'E-
flat furent employez à faire des dépefches, pour en don-
ner aduis aux Alliez , ôc Amis de cette Couronne j èC
particulièrement au Pape , &: à la grande DuchefTe de
Florence j dont faSainâ:eté receut vne grande ioye, dC .
en fît alors rendre des adions de grâces à Dieu dans les iv.
Eglifes de Rome , &c enuoya quelques mois après vers le enuoye vn
Roy , & laReyne Monfeigneur Barberin Nonce de fa ^.J^^^JJ"
part ( feant auiourd'huyenlaChairede S. Pierre fous le Roy pour
nom d'Vrbain VIII.) pour, fe conioliyr auec leurs Ma- -0^^,-!°"'
ieftez y lequel apporta quant &C foy des linges , &: des lan-
ges de broderie, qui auoient efté bénits par faSaindeté
pour feruir à ce petit Prince.
L 1 ij
V.
La Grande
D uch eire
de Floren-
ce , & les
Princes Al-
liez dépu-
tent à.mef-
rae fin.
VI. ^
Grande ré»
ioiiyflance
par touce
la France.
aéS iJ| TRESOR DES MERVEILLES
La Grande Ducheffe ne monftra pas moins de ioye
de cette nailïance. Et pour faire paroiftre l'extrême
contentement qu'elle en auoit , enuoyavn Berceau tr es-
riche , & d'vne façon très-belle , ôc agréable. Et tous les
autres Princes Alliez de cet Eftat , députèrent aufTi toft
vers leurs Maieftez,pour en telle occurrence témoigner
combien ils participoient au contentement 5ÔC au bon-
heur de la F.rance.
Et comme particulièrement toutes les Prouinces de
ce Royaume eftoient celles qui âuoient la meilleure parc
de ce bonheur iaulïi le Roy dépêcha aulïi toft des Cou-
riers à tous les Gouuerneurs pour leur donner aduis de
cette bonne nouuelle, ôc à tous fes Suiets,afin d'en loiier
Dieu. Ce qui fut fait auec des refTentimens d'vne ré-
iouyiTance fans pareille par les feux de ioye , èc les ac-
clamations du peuple 5 particulièrement à Paris, où les
nouuelles en furent apportées par le Sieur de laVaran-
nes dés quatre heures du matin à Monfeigneur le Chan-
celier, à la Cour de Parlement, & à l'Hoftel de Ville. Et
en attendant les cérémonies duBaptefine , ce petit Prin-
ce fut cependant ondoyé par René deBeaune Arche-
uefque de Bourges ,&: grand Aumofnier de France.
Le foir l'on fit ioiier icy vn grand feu d'artifice en la
grande place deuant la porte du Chafteau, &C du Chenil,
où furent tirées quantité de boettes, àc où les Compa-
gnies du Régiment des Gardes eftoient autour , qui n'é-
pargnèrent pas leurs moufquets,ny la poudre.
DE FONTAlNtiiT/EAV. LIVRE III.' 5l6^
LE MARESCHAL DE BIRON ARREi>TE^
prifonnier à Fontainebleau, où fa confpiration
eft découuerte.
Chapitre XV L
/, LAutheur rend raifen
fourquoy il fait ce Chapi-
tre.
IL Le fleur la Fin vient icy,
où il decoHure la confpira-
tion au Roy,
11 L LeoMarefchaldeJBi-
roHy après f lu/leur s femon-
ces & refuittes , 'vient icy
troHUerfa Adaiefie.
V s-
ST
P2,
IV, 1)ifcoHrs notable du Roy L'An de
au f/Larefchal , voyant la cVj ''"
fiatu'é de fa JVÎaieBé 3 ^ '<^
la refj?onfè brufque qu'il luy
fit.
V, ^Autres paroles remar--
quables.
VL Le Marefchal eft icjar-
rejté.
1 fait ce
cre.
E n'eft pas mon defTein de faire icy vii am- i.
pie récit , touchant la confpiration du Ma-^'^"^^^'^^
relchal de Biron , contre Henry le Grand pourquoi
& fon Eftat , le fuiet en eftant peu agréable, chapî
ÔCaufTi tragique,qae la punition de fon cri-
me a efté iufte j & ie difpenferois volongiers ma plume
d'en rien éc"'re , fi ie nem'y voyois obligé dans le deifein
que i'ay ent ^pris de faire voir les ch^fes plus mémora-
bles arriuées en ce Lieu, où celle-cy n'eft pas des moins
coniîderables.
Sa Maiefté eftant icy au commencement du Printemps
où elle prenoit vn extrême plaifîr, tant à caufe de la beau-
té de la Maifon qu elle faifoit tous les iours reparer & am-
plifier de quelques édifices nouueaux :, que pour leâ
grands diuertillemens quelle y prenoit à la Chaftei le
fleur la Fin,Confident du Marefchal de Biron ( qui eftoic
alors en Bourgogne) y arriua de fa part au mois de Mars
de Tannée mil fix cens-deuxjlcquekftant venu pour faire
Ll iij
x-jo .Le TrES^OR D^^^^ERVEÎLLÎiS
lesexcufes de ce Mare/clial ^ de ce qu iln'auoitpû encore
~~7i yenirtrop^^^^^M^^^ï^^j P^i^ alors l'occafîon de décou-
le fieiii ia ^j-ji^ ^u Roy toute la coniuration , ô^pour afTeurance de
icy ^ûCmI ^1"^ tlii'c prefenta mefme à fa Maiefté diucrs papiers , arti-
découu'c cleSj mémoires, & lettres miATiues écrites de la propre
ration au maiii dc ce Marefchal j contre la promefTe &: le ferment
^°^* qu'il luy auoit fait de fidélité ôi de fecret : à cela le Sieur la
Fin eftant pouffé pour aucuns mécontentemens qu'il
auoit receus de quelques-vns de ceux qui tramoient cet-
te confpiration,oupluftoft touché de repentir d'auoiria-
mais trempé dans vne entreprifefi noire&fî deteftable,
contre fon Roy hc fa Patriej où au mefme temps il receut
pardon bC lettres d'abolition de fa Maiefté , de tout ce
qu'il pouuoit auoir fait contre fon Eftatôcfon feruice.
Cependant toute cette affaire eft tenue fecrette , &: le
Roy témoignoit en apparence qu'il eftoit fort fatisfait
du Marefchal 5 ôc que la Fin luy auoit leué les doutes &
les ombrages qu'il en auoit pu auoir 5 ce que le Sieur la
Fin ne manqua point d'écrire au Marefchal , afin de
l'affeurer & l'en^aper de ne faire difficulté de venir en
Cour, quand il feroit mande.
Mais quoy que ce fîen Confident luy euflfait fçauoir
&:donnéde bonnes paroles, ne fe doutant deluy,fa con-
fcience bc ^&s mauuais dclfeins le mettoient toufiours
dans la défiancg j & auniefme temps le Roy l'ayant man-
dé de le venir trouiier , il s'en excufa , faifant entendre à
fa Maiefté,que des^ffaires d'importance pour fon feruice
l'empefchoient de quitterlaBourgogne, dont il auoit le
Gouuernement , de crainte , difoit-il , que l'Efpagnol n'y
cntreprift en fon abfence jauec ce qu'il remonftroit qu'en
bref l'on deuoit tenir les Eftats de la Prouince,où. il le di-
1 1 1. foit eflre neceffaire. Il eft mandé derechef, & enfin il parc
di^MeBi- ^^ Diion, &; arriue icy en Cour le Mercredy treizième
ron, après de luiu fur Ics fixhcures du matin, comme fa Maiefté en-
femôn"c« , ttoit daus le grand lardin , laquelle luy ayant témoigné
trouuè7fa vnvifagegayl'embralfaj &; le Marefchal après fes hum-
Maiefié. blés fubmiffions , pria fa Maiefté de l'excufer s'il n'auoic
DE FONTAINEBLEAVJ LIVRE III. rji
pû venir fî toft qu'il auoit efté mandé j le Roy le prenant
parlamain,ils fe promenèrent enfemble dVn lardin à vn
âutre,luy monftrant Tes baftimens & autres ouurages où
il faifoit trauailler. Alors fa Maiefté luy dit en particu-
lier,que le deffein pourquoy il l'auoit fait venir eftoit fur
quelque aduis qu'elle auoit eu touchant certaine entre-
prife,que l'on l'auoit bien informée qu'il tramoit con-
tre fon feruice , qu'elle feroit bien aife d'en apprendre
la vérité de fa bouche propre , que tres-voloiitiers elle
luy pardonnoit tout , pourueu qu'il parlât franche-
ment. Le Marefchal qui s'afïeuroit fur ce que la Fin luy
auoit mandé qu'il n'auoit rien découuert , &: qui croy oit
fon fait fecret , au lieu de demander pardpn au Roy de
foncrime,qui luy témoignoit toute forte de bonne vo-
lontéjau contraire il fe tient ferme,dit que n'ayant point
ofïenfé fa Maiefté il n'a pas beibin de pardon, que fîfes
ennemis l'auoient accufé , c'eft à tort , &: qu'il auoit trop
donné de prennes de fa fidélité pour en pouuoir douter:
ôi après ce long entretien, le Roy alla difner, ÔC aufli le
Marefchal.
Comme fa Maiefté fe promenoir après difner dans la^
Salle de la belle Cheminée, le Marefchal y vint la trou-
uer j le Roy luy parla, Ô£ confiderant cette belle Chemi-
née,au miUeu de laquelle fe voit fa Statue à çheual bien
armée , il luy dit comme pour le fonder i &; luy donner
quelques petites attaques: Que'uousfembleCoufn (c'eft iv.
ainfî qu'il l'appelloit quelquefois ) file Roy d'6Jj?agne me notable du
njojoit comme ceU^ que diroit-ilFLc Marefchal brufque à fon ^°y ^^
ordinaire , au lieu de prendre garde à répondre quelques voyant la
paroles gracieufes pour gagner fa Maiefté, luy repartit ^^^^"^^^^1
fans ingénient , Sire , U ne 'vous cramdroit gueres. Ce qui & la lépo-
fut bien recueilly de la compagnie , &: principalement de qViHuy"^
fa Maiefté, qui fit paroiftrevn peupicquéed'eiieftremaifi^-
fatisfaite , quoy qu'elle ne le témoignaft pas bien ouuer7
temeht 5 dequoy le Marefchal s'apperceut , &: voulant
comme reparer ce manquement, il adioufta: L'entends ^
Sire , comme 'vous ^uotla en cette Statué ^ & non pas en 'vo^rç
lyi LE TRESOR DES MERVEILLES
J>érJonne\ Mais il auoittrop die , oc l'on voyoic bien que
c'eftoit de l'abondance que le cœur parloit.
Apres ee difcours , le Roy fe retire en Ton cabinet , &: le
Marefchal le luit en fa Chambre , d'où fa Maiefté le faic
appeller , ôcl'inuite encore à luy dire la vérité , mais tout
cela en vain \ car il cftoit toulîours en la créance qu'il n'e-
ftoit point découuert : comme le Roy le voit ainfi refolu,
J)éfant toujours aux moyens pluftoft de le fauuer que de
le perdre, il fort de fon Cabinet, ôC s'en va au ieu de Pau-
me, faifant partie auec Monfeigneur le CcTiTite de Soif-
fons,contre le Duc d'Efpernon &: le Marefchal,qui ayant
fait vn beau coup,donna occalîon au Duc d'Efpernon de
V. luy dire en riant , l^ous iouézjfort bien , JVlonficur le IVlarep
^o\irJ^' f/?^/, mais 'VOUS faites mal njos parties. Ce qui fut inter-
marqua, prêté à doublc enteutc par ceux qui eftoient làprefens , à
quoy il ne répondit mot. La partie acheuée qui fut ga-
gnée par le Roy,fa Maiefté alla fouper, ayant commandé
àMonfeigneur le Comte de SoilTons d'exhorter le Ma^
refchal à luy dire la vérité , & fe confier à fa Bonté & à (a
Clémence, qui moyennant ce luypardonneroit volon-
tiers j mais c'eftoit perdre fon temps &: its paroles, tant le
Marefchal eftoit entier & obftiné.
Le Roy croyant que la nuiâ: luy feroit pofTible prendre
quelque bon confeil & refolution , lailTe le tout au lende-
main qu'elle enuoye encore quérir le Marefchal , & fe
promenant au lardin de la Reyne, le long de l'Allée de la
Voliere,il luy dit , Et bien , iVlonJleurde Biron^ny aura-t*tl
tas moyen de rien apprendre de 'vous ? Où tant s'en faut
que ces paroles addoucilfent fon cœur de Tygre ou de
roche, que tout au contraire cela l'anima & le mit en
adion, ôcluy fit ietter feu ôc flamme contre ceux qui
pouuoient Tauoir accufé.
De là le Roy l'ayant quitté &;monté en fa Chambre,
prit refolution de le faire arrefter , bc pour cet effet corn-
manda au Sieur de Vitry , Capitaine de i^cs Gardes du
Corps , de fe faifir de luy le foir qu'il fortiroit de la
Chambre de fa Maiefté , où elle le manderoit l'apreP
dilnée
bE FONTÀÏNÈBLÈÀVi LÏVRE III. tj^
difnée. Ce qui fut aiiiii exécuté j car comme il fortoit de
la Chambre, le Sieur de Vitry larrefta prifonnier , èc luy vi.
fit rendre Ion erpée,&^ de là fut mené au Pauillon des Ar- chai cft ky
mes , où il fut foigneufement gardé , &c depuis conduix a"«^«:.
au Chall:eau de la Baftille à Parisj où fon procès ayant efté
fait 6«:parfait jôC atteint bc eonuaincu de crime de leze
Maiefté , il eut la telle tranchée par Arreft de la Cour, le
vingt-neufiéme de Juillet mil lîx cens deux.
Quiconque voudra bien confiderer les caufes du mal-
heur de ce grand Capitaine , trouuera qu'il n'y en a
point eu d'autres que fon excès d'ambition , &C la trop
bonne opinion de foy-mefme, qui luy fit lafchement ou-
blier les grandes faneurs qu'il auoit réceuës du Roy, SC
Tauoit porté malicieufement d'attenter à la perfonne
de fon Souuerain, 6c à la ruine de fon Eftat j Seigneur
d'ailleurs fort hardyôc généreux , èc accompagné d'vn
grand bonheur en tous Ces combats.
Mm
â74
Le Trésor Ides mei^^veilles
V NAISSANCE A FONTAINEBLEAV
de Madame Elizabeth Reyne d'Efpagiie , ôi de MefTei-
-gneurs les Ducs d'Orléans èc d'Aniou, enfans de Hen-
ry le Grand , èc de la Reyne Marie de Medicis.
Chapitre XVII.
fAn de /. Elïzj^heth née le 'vingt- IV, Mort du Dtic d'Or-
Christ deuxième de 2>Iouemhre> I leans,
* '^ ° *• //. Le Duc d' Orléans né le
feïzjéme d!Anril.
III' Signes veus enuiron le
temps de cette ISfaiffan-
ce»
V. Le Duc d'Aniou né U
'uingp'cinqtiiéme d' Auril:^ À
pareil iom que S. Louis,
VL Titre & nom dAnioH
fortillnftre.
ÔVR ne tenir ce dircoursenlongueiir,i'ay
iugé à propos de ne faire quVn Chapitre
touchant les autres enfans de Henry le
Grand &; de Marie de Medicis , qui font
nez en ce Chafteau Royal de Fontaine-
bleau 5 commençant par Madame EUzabeth à prefenc
Reyne d'Efpagne^pour fuiure la Chronologie ôc fuit-
te àts temps , tel qu efl l'ordre que i'ay cy-deuant ob^
ferué.
Elle nafquit le vingt-deuxiériie de Nouembre mil
Elizabeth fix cens deux, dont le Roy receutvn extrême contente-
ment, fe promettant que Dieu luy doi'^i^ei-'oit en fuitte
vn fécond fils , comme il arriua.
Eftant l'aifnéedes filles ç*a efté auffi celle qui aeftéla
première mariée, par les alliances qui fe font faites de
France &; d'Efpagne en l'an léii. du Roy auec Anne
d'Auftriche Infante d'Efpagne , 6c de noftre Elizabeth
auec Philippe IV. dont Dieupar fa grâce a benyl'vnôC
l'autre Mariage d'vne belle lignée , auec elpcranee d'yne
plus grande encore.
I.
née le »i
de No-
uembre.
GC
ST
DE FONTAINEBLEAV. LîVRE IIÎ. lyy
L'autre nailTance donc i ay icy à traiccer , eft celle de
Monfeigiieur le Duc d'Orléans fécond fils de France , le-
quel vint au monde le i6.d'Auril 1607. qui eftoit le len- L'An di
demain de Pafques entre dix & onze heures du foir. Lcchris'^t
Roy eftoit alors au \i{k couche , compatifTant auec beau- ' ^ ° 7-
coup de reifentimêt aux douleurs que la Reyne foufïroit
dans les trauaux de fa couche 5 èc comme il auoit vn ex-
trême defîr d'auoir encore vn fils ,aufli il eftoit dans vne il
grande impatience qu'il ne fceut quelle en feroit ^'^(^^'^' Jo,[^^ns
ôc apprenant quelque temps après que Dieu auoit exau- ^f ^^ »^-
ce fe^ vœux & ceux de la Reyne par la naiifance d Vn en- *
faut maflej il fauta promptement du lidt , prenant feule-
ment fa robbe de chambre ^ & alla auffi toft baifer &C em-
bralfer ce petit Prince > lequel fut ondoyé par Monfei-=
gneuT le Cardinal de Gondy , attendant les cérémonies
de fon Baptefme : leurs Maieftez ne demeureret pas long
temps fans en remercier Dieujcar le lendemain le Roy en
fit chanter le Te Deum en la Chapelle haute de ceCha-
fteaUjpar deux concerts de Mufique, 1 vn de fa Chapelle^
&; l'autre de fa Chambre, &: de celle de la Reyne j en fuitte
le foir furent faits par tout des feux de réioiiyflance.
Q^E L Q^ E S iours après, qui fut la nui6l du dix-neuf m.
auvingtiémedumefme mois enuironles deux heures du ^'S"^* .
O, veus enui-
matin,fut veu venant comme de demis la Chambre de la ronle tcps
Reyne , la forme d'vn Aigle enuironné d'vne grande lu- naiiTanc^e.
miere , qui pafla fur le lardih prés de l'horloge auec vii
grand éclat , comme dVn coup de tonnerre ou de canonj
&; le rapport en fut fait le lendemain au Roy par deux
Sentinelles , l'vn François &: l'autre SuifTe ^ qui eftoienc
alors en faâ:ion,&iurerét auoir veu la chofe ainfi. Ce qui
fitaduancerplufieursbeauxdifcQursàl'aduantage de ce
icune fleuron des Lys, Les vns difoient que cet Aig\Q .nrHifioi:
eftoitvnprefagede la future grandeur de ce petit Prin- '"'''' ^^»-'
ce, auquel le Ciel fembloit promettre l'Empire , & que
fon nom , comme vii coup de tonnerre éclatteroit par
tout rVniuers. Les autres en faifoient diuerfes predi-
étions non moins fauorables: mais la fin amonftréaffez
Mm ij
M
D
^-jG Le Trésor des merveilles
qu'il ne faut rien s'aiTeurer fur tels &: femblables lignes 6c
météores 3 carie quatrième an &; fix mois de fon âge,&le
7v\ vingt-quatrième iour de Nouembre 1611. mourut cepe-
^^°ïo ' ^^^ ^^^ d'Orléans à Sainâ: Germain en Laye.
icaais. Et s'il y auoit lieu de faire iugement fur tel iigne, il y
auoit plus d'apparence de dire , que comme vn éclair ôc
vn coup de tonnerre cet Aiglon Royal pafTeroit prom*
ptement de cette vie en l'autre , ainli que l'effet en a efté
vn euident témoignage.
L'an de L A ttoifiéme Nailfance qui a rendu ce Lieu illuftre , eft
cVr^ist' deMonfeigneur le Duc d'Aniou troiliéme fils de Fran-
ï<5o8. ce,&auiourd'huy Frerevniquedefa Maiefté, quiporte
— maintenant le titre de Duc d'Orleans-.ilnafquit entre les
Le Duc neuf bL dix heures du marin le z j.d' Auril 1608. iour que
né^kiy. l'Eglise célèbre la Fefte de S. Marc, remarquable par la
d'Auni à Naiifance de SaincStLouySjqui fut à pareil iour.
qu'e^famâ Lc Roy ayant entendu la MelTe , fe promenoir dans le
Louys. grand lardin de ce Chafteau, quand l'on luy vint annon-
cer ces bonnes nouuelles , qui luy firêt à l'inilant leuer les
yeux au Ciel pour en reconnoillre vn li grand bienfait.
Vnpeu après que ce petit Prince fut né, il fut ondoyé
par Monfieur l'Euefque deBeziers,grand Aumofnierde
la Reyne, &: depuis Cardinal , 6i fut nommé Gafton lean
Baptifle»
■~77 E T combien que ce foit l'ordinaire en ce Royaume,
^'" a-A <^^P^^^^ '^^ ^^^% temps , de faire porter le titre d'Aniou au
iou fort troifléme enfant malle de France , comme fon appanage;
^ " ^^' cela fut neantmoins furlîs quelques iours,la Reyne jfai-
fant inftance enuers le Roy,à ce que l'on luy donnât le ti-
tre de Prince de Nauarre : ce que le Roy ne trouua pas
bon^ &: conferuant l'ancien titre attribué au troiliéme
enfant mafle, le fit qualifier Duc d'Aniou pour ne per-
dre la mémoire de fes Anceftres , qui fous ce titre ont
triomphé de diuerfes Nations , &; acquis les Couronnes
de Hierufalem , de Naples , ôc de Sicile, &: fait appréhen-
der la valeur de leurs armes dans la Hongrie ôc pays Se-
ptentrionaux.
DE FONTAINEBLEAV, LiVRE IIL 177
L'ORDRE, ET LES CEREMONIES
faites à Fontainebleau au Baptefme deMonfeigneur
le Dauphin , régnant auiourd'huy fous le nom de
Louys XI IL Roy de France , èc de Nauarre , èc de
Mefdames fes Sœurs.
Chapitre XVIIL
/. Enfans de France on-
doyez^ dés leur naijfance,
mais les cérémonies diffé-
rées,
IL Eloge de Louys XII L
IIL L appareil , & magnifi-
cences de ce Baptejme,
JV* L'ordre qui Je tint mar-
chant pour aller au lieu, où
fefit le Baptefme,
V. Les Seigneurs , & Da-
mes quiferuoient a la cé-
rémonie de la première fille .
VL Les autres quiferuoient
a la féconde fille, . . , _ .
VII. Les Princes , ^'Trin-
ceffes quiferuoient au Ba-
ptefme de Adonjeigneur le
Dauphin.
VIII. T^arrain ^ & Maraine
de Nlonfeigneur le Dau-
phin,
IX, . Vn magnifique fefiin
fait defuitte,
X. Feu d artifice s , 0* au-
tres réiouyffances.
L'An de
I E s V s-
C H Risr
16 o6>
I la ioye fut grande à la naiffance de ce
Dauphin , elle ne le fut pas moins quand il
fut queftion de luy donner la renaiffance
fpirituelle au facré lauoir dii Baptefme 5
qui en fon effence , mais non en Les céré-
monies jaUoit bien efté defîa fait, félon la couftume des
Enfans de France , lefquels incontinénc après qu'ils font
nez font ondoyez j dont l'on referue les cérémonies
pour vn autre temps , afin d'y apporter l'appareil digne
de leur grandeur , &; auoir loifîr; d'inuiter les Parrains,
&; les Maraines , qui font d'ordinaire quelques Princes
Eftrangers jpour s'y trouuer , ou en perfonne , ou par
kurs AmbalTadeurs. Et ie veux croire , que non fans.vn
Mm il]
I.
Enfans de
France on-
doyez dés
leur naif-
fance 5 mais
les cérémo-
nies diffé-
rées.
Le Trésor des merveilles
trait particulier de la Prouidence Diuine , les cérémo-
nies en furent faites le iour que l'Eglife célèbre laFefte
de l'Exaltation Sainde Croix, quatorzième iour de Se-
ptembre, Tan mille iix cens ûx jpuifque c'cftoit comme
vn facré prefage ^ que ce ieune fleuron des Lys animé
II. de zele^ &c de Tamour de Dieu ^ releueroit vn iour l'hon-
Eiogede ^-^£^J. ^Q cette mefme Croix parmyplulieurs endroits de
fes Prouinces , où l'Herefie du CaluiniliTie en auoit fait
perdre la mémoire , ôc lareuerence 5 ainli que les efFeâ:s
de fa generofité , & de fapieté en ont donné des preuues
euidentes , quand il rangea au deuoir fesSuiets rebelles
Religionaires de Bearn, du Languedoc, de Guyenne,
du Poidou , de Dauphiné , & d'autres lieux de ce Roy-
aume,es années 1610.1611.1611.16x7.6^1618.
m. O R voicy l'appareil de cette magnificence , qui com*
L'appareU, ^^^-^ç^g^ ^ quattc hcures après midy , &c finit fur les fix
cenccs de heures. La Cour du Donion , autrement dite de l'O-
«^Baptef- ^^j^ ^^ ^^ Chafteau , ayant elle ordonnée pour cet*
te pompe Royale , eftoit couuerte par le milieu dVne
grande toile peinte, ounerte, 6c taillée en certains en-
droits , reprefentant la figure dVn Dauphin, des Chif-
res du Roy,& de la Rey ne,& des fleurs de Lys j outre que
ces mefmes figures paroiifoient encore couchées en or,
es entredeux des ouuertures*
Il y auoit vn grand Pont de bois , aUec des baluftres
bien enrichis ; Se prenoit ce Polit depuis vne feneftrCj
que l'on auoit ouuerte j &; dreffée en forme de porte y te-
nant au Pauillon de Sainét Louys , laquelle répondoit à
la grande Terraffe de la Cour delà Fontaine.
A l'vn des bouts de ce Pont j ioignant le Dôme , ou
î?ortedes Dauphins , il y auoit vn grand efchafFaut , fiir
lequel eftoit dreffé vn Autel fort enrichy de precieuîÉ
ornemens , auec vn grand dais de broderie au deffus.
Au cofté droit eftoit le banc des Prélats , couuerc
d'vn grand drap d'or j où paroiffoit entre les autres Mon-*
feigncur de Gondy , reueftu de Ces habits Pontificaux,
accompagné de douze,tant Areheuefques qu'Euefques>
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE îïl. 1^9
&; fut ledit Cardinal qui fit le Baptefme, tant de Mon-
feigneur le Dauphin , que des autres enfans.
Il y auoitaucoilé gauche vil autre banc pour Mon-
Teigneur le Chancelier , pour Monfeigneur k Garde dés
Seaux , &pour Meilleurs duConfeil.
En vn autre grand lieu plus de là enuironné de balû-
ïlrades,eftoitvne table couuerte d Vn Ciel , où il y auoit
des quarreaux de toile d'or, & d'argent jdeftiliez pour re-
pofer Monfeigneur le Dauphin, &;Mefdai-nes fes Sœursi
dont l'vne eft auiourd'huy Reyne d'Efpagne,ôC l'autre
Madame la Ducheffe de Sauoye, laquelle eftoic née au
ChafteauduLouure à Paris, le douzième de Feurier de
cette mefme année.
Là eftoient les Fonts qui feruent pour le Baptefme des
enfans de nos Roys , lefquels auoient efté icy apportez
idel'EgUfe, bc Sainâre Chapelle duChafteau du Bois de
Vincennes,où ils font curieufement gardez. C'cftvne
belle pièce , comme vn grand Baiïin de cuiure rouge i
couuerte de plaques d'argent j auec de petites figures
bien taillées j ouurage fî artiftement trauaillé , que le
cuiure ne s'y void que comme filets : le tout fort anti-
que , ayant eflé fait l'an huit cens nouante fept.
Départ èc d'autre , eftoient encore deux grandes pla-
ces parées de Tapifferies , comme tout le refte j ôc là
eftoient des bancs pour les Gentilshommes, dc princi-
paux Officiers de la Maifon du Roy.
Et tout le long de la Cour, il y auoit des degrez en
forme d'amphithéâtre , ôc de Colifée , lefquels alloienc
îufques aux barreaux defer qui feruent de parapet , où
paroijGToit vn grand nombre de peuple : le tout ainfî bien
difpofé, commençala cérémonie en cette forte, le io.ur
paroifl'ant fort beau , ÔC ferain.
Monfeigneur le Dauphin eftant couché dansvn lia:
de parade , &: Mefdames fes Soeurs en vn autre âu Dé-
partement , èC Pauillon des Poefles ; là l'on les vint le-
«er, &:les prendre, puis on commença de marcher.
A L L O I E N T premièrement les cent SuiiTes du corps, L-o^dre
'5.8û Le Trésor des Merveilles
ipi fc tint portails chacun vn flambeau de cire blanche.
marchant Suiuoicnt Ics ccnt Gentilshommes feruans.
fuïicu oï Puis les Gentilshommes de la Chambre , tous les vns
fcfirieBa- ^ j^^ autres tenans vn flambeau en main.
Marchoient après les Trompettes , les Tambours, les
Fifres , &C les Haut-bois , qui faifoient refoner l'air de
fanfare , & d'allegrefle.
Les neuf Hérauts auec leur coflies d'armes , paroif^
foient en cinquième lieu.
Et en fuitte marchoient les Cheualiers des Ordres de
fa Maieftié.
Cependant le Roy , àc la Reyne efl:oient en vne fene-
fliredelaCour duDonion,qui conlideroient toute cet-
te magnificence.
V. Y ayant trois enfans à baptifer , la plus ieune des fîl-
gn^urs^ôc- les fut portée la première j Monfieur le Baron delaCha-
Dames quij-j-eportoit le Vafe , Moufleur dc Montigny le BafTm,
la ceiemo- Monlicur de Rochepot le Couflin, Monfieur deChe-
mc de la j-neraut le Cieree , Monfieur de Liancour le Crème,
première & ' . '
iiiie. Monfieur le Marefchal de Faruacque la Salière , Sc
Monfieur de Boifdauphin portoit la petite Princeffc,
derrière laquelle efl:oit vne fuitte de douze Gentilshom-
mes , portans chacun vn flambeau. Madame de Cheme-
raut portoit la queue de la robbe de l'Enfant j puismar-
choitMonfeigneur de Lorraine pour Parrain, & le Sei-
gneur DomIean,reprefentant Madame laDucheffede
Florence pour Maraine , par ïefquels elle fut nommée
Chriftine.
VI. JEN après l'ordre fut tel , touchant l'autre fille, qui
trJ's"qu"i' efl:oit l'aifnée j TAiguiere eft:oit portée par Monfieur de
feruoicnt Lauardiii , le Baflin par Monfieur le Marefchal de la
de fiik.°"" Chaftre , le Couflin par Monfieur le Duc de Sully , le
Cierge par Monfieur le Duc de Monbazon , le Cre-
meau par Monfieur le Duc d'Efpernon , la Salière par
Monfieur d'Aiguillon, 6i Monfieur le Prince de lainuil-
le portoit la petite Princcfle. Madamoifelle deRohan
portoit la queue du manteau d'hermine de l'Enfant}
Madame
DÉ FONTAIMEBLEÀV, LiVRE lll. z8i
Madame d'Angoulefme marchoit après pour Maraine
toute feule fans Parrain , reprefentant f Archiduchef-
fe des Pays-bas , & eftoit fuiuie de Madamoifelle de
Montmorancy, qui luy portoit la queue*. LcsDamoi-
lelles qui finiflbient cette fuitte , eftoient Mefdamoi-
lèlles de VandofiTie , &: de Mayenne, Madame de Ro-
han , Madame de Sully j ôc fut ladite petite Priiiccffe
nommée Elizabeth.
Pour le regard duBaptefmedeMonfeigneur le Dau-
phin , l'ordre y fut tel qu'il fuit , &C il n'y eut que des
Princes qui y feruirent.
Marchoit premièrement MonfeigneUr de Vau^ vu.
demont qui portoit le Cierge , Monfeigneur le Cheua- ces,%pdnl
lier de Vandofme portoit le Cremeau , Monfeigneur le "^^s. ^"^
Duc de Vandofme la Saliere,Monfeigneur de Montpen- auBapref-
fierl'AiguierejMonfeigneurle Comte de Soiffons leBaf- J^^nJ^";.
3(în,Monfeigneur le Prince de Conty le Couffin, & Mon- gncui le
feigneur le Prince de Condé eftoit ordonné pour porter ^"^
Monfeigneur le Dauphin, affifté de Monfîeur de Souuré
qui le portoit pour luy, où Monfeigneur de GuiCc por*
toit la queue du manteau d'hermine.
Suiuoient en après vingt Seigneurs de reinàrque,
tous tenans vn flambeau ardent en la main.
PviS marchoit Monfeigneur leCardinal de loyeufe viii.
Leeat de faSainéteté , lequel reprefentoit le Pape Paul Ff^^'^'f^
& 1 1 1 n* 1- • r^ Maïainede
V.pour Parrain ; & Madame Eleonor de Medicis Du- Monfei-
cheffe de Mantouë , èc Sœur de la Rey ne y eftoit en per- gau^p J^,
fonne,&: fut la Maraine.
Vne augufte fuitte de Princeffes allbit après j fçauoir
Mefdames les Princeffes de Condé, deConty , de Soif-
fons , de Montpenfîer , &: Madamoifelle de Bourbon,
toutes reueftuës de leurs grandes robbes à grande queue
trainantes , lefquelles eftoient extrêmement enrichies
d'or , &C de pierreries y & fut Monfeigneur le Dauphiri
nommé Louys , qui fe fit grandement admirer pour fon
affeurance , &; promptitude de répondre feul à ce que
Nn
iSi Le Trésor des merveilles
l'on luy demaiidoit : il recita le Pater , YAue Maria , U.
le Credo.
La cérémonie du Baptefme eftant acheuée , ce cry
fut fait par le premier Héraut d'armes : Vme Mon/et-
gneur le Dauphin de France : &: fut cette acclamation
fuiuie de tout le peuple , hc dés Trompettes , Tam-
bours , Fifres > auec vne falue de moufquetades de tous
les Soldats du Régiment qui cftoient en garde.
. IX- . Comme l'on eut finy toute cette pompe Royalcj
fique feliin VU maguifiquc foupper fut préparé en la Salle du Bal ,
fait enfuit- oùleRoyauoitàfa niain droite Monfeigneur le Légat,
Madame laDuchefTe deMantoue , Madame d'Angou-
lefme,Mon{îeur de Lorraine, & le Seigneur Dom lean.
A main gauche eftoit aflife la Reyne , Mefdames les
PrinceiTes de Condé , de Conty , de SoifTons , de Mont-
penfier , Madamoifelle de Vandofme , Mefdames de
Guife > de Mayenne , de Rohan , de Sully ,&: Madamoi-
felle de Montmorancy.
MefTeigneurs les Princes de Condé, de Conty, &de
Montpenlier feruoient à la Table du Roy.
A celle de la Reyne feruoient Meffeigneurs de V^n*
dofme , de Guife , & de Vaudemont.
Monfeigneur le Légat eftoit feruy de Monfieur de
Caudale, du Marquis de Rofny , de Monfieur de Baf-
fompierre , & de Monfieur le Comte de Saux.
X. C E feftin eftoit diuifé en quatre Tables , où après
Feu d'arti- \ç^ fouppcr fut fait VU agrcablc feu d'artifices deuanc
autres ré- la portc dc la Chaufféc , & de la Capitainerie j c'e^
louyflan. j^^^^ ^^ grand édifice reprefentant vn chafteau en-
chanté , qui fut alfiegé , battu , hc pris par des Saty-
res, hL Saunages \ où vn furieux Dragon qui partit du
rocher, lequel eft deuant,y ietta le feu j & furent ti-
rées quantité de boettes , & où les Soldats du Régi-
ment des Gardes n'épargnèrent pas leur poudre , ny
leurs moufquets. Ce qui fut fait à la veuë de plus de
douze mille perfonnes»
ces
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. i§3
Le lendemain fe pafTa à courre la Bague , où le Roy
âuec Ton adrefTe accouftumce, l'emporta plulieurs fois.
C'eft ce que j'en ay recueilly de l'imprimé , qui fut
alors publié , &C de plulieurs perfonnes qui y eîloienc
prefentes.
Le iour auant ces cérémonies en la mefine place où
fe fit ce feu , enuiron les dix heures du foir , l'on veid
diuers lignes dans l'air. Parut premièrement vne lu-
mière , qui venoit du cofté d'Occident , laquelle s'e^
ftant épanduë peu à peu, formoit comme des longues
traifnées de feu en manière de lances enflammées , qui
allèrent fondre vers leMidy -, ce qui redoubla pareille-
ment du collé d'Orient , &: qui dura l'elpace d'vn bon
quart d'heure. En fuitte de cecy furent veus auxmef-
mes endroits , mais alTez confufément , plulieurs cha-
riots de feu, lefquels fembloient fe choquer les vns les
autres -, auec certains rayons , qui eftoient comme des
lances , & des picques tenues par des bras armez , qui
les branloient de dedans ces chariots : ce qui dura iuf-
q"ues àminuiâ:,puis tout d'vn coup cette lumière ayant
rendu vn merueilleux éclat , toutes ces chofes peu à
peu fe dilïîperent.
Le foir que furent faites les cérémonies deceBaptef-
me, enuiron demy heure après quelechalleau d'artifi-
ce , &C feu de réioliylfance eut ioiié , le Giel parut en-
core éclattant d'vne grande lumière , & à l'inllant l'oa
vid en l'air grand nombre de Caualiers armez, bc for-
ce gens de pied,combattans furieufement les vns con-
tre les autres 5 defquels les vns tomboient de delTus
leurs chenaux, les autres fe colletoient3&; il yen auoic
qui après auoir tiré comme des harquebufes , fe iet-
toient en la méfiée l'épée en la main : ce qui dura prés
d'vne heure , puis dilparut petit à petit. Plufieurs dif-
cours furent imprimez à l'occafion de ces lignes , cha-
cun les iugeant de bon augure, d'autant que ces lumiè-
res venans du collé de l'Occident , fondoient fur l'O-
rient , de le Midy : dc pour en parler comme il faut ,
N n i j
l^ Le Trésor des merveilles
ceux-là rencontrèrent le mieux , qui rapportoient le
tout àvn effet naturel des Météores, qui ont cours plus
particulièrement en l'Automne , qui eftoit alors cette
laifon. C'eft ce que i'en ay appris de plufieurs perfon-
nes encore viuantes , témoins oculaires de toutes ces
chofes*
DE LA PREMIERE ACTION ROYALE
faite par le Roy,eftant encore Dauphin,
à Fontainebleau*
Chapitre XIX.
I E s V S-
Christ
1607.
L'An de /• Cérémonies de la Cène,
II. M-onfeigneur le Dauphin
ferm par les Officiers du
///. L'exhortation de la Cène
faite far l Archemfi^ue
â Ambrun.
IV.Monfeigneur le Dau-
phin laus les pieds au}ù
T^auures.
V' Les Paumes ferais par
des Princes , &par quel-^
ques Seigneurs.
Vl.'Treiz»e efcus d'or don*
néZj a chaque Pauurc de U
Cène.
' Ay quelque temps difputé en moy met-
me Cl ie deuois donner place en ce troifié-
me Liure au narré fuiuant j ôC après y auoir
fainement penfé , il m'a femblé qu eftant
à la gloire de faMaiefté , ôc contenant affez
de belles circonftancesjie chopperois trop lourdement
fi ie Tauois obmis j puifque c'eft vn témoignage qui pu-
blie hautement à la Pofteritéjl'amour extrême que por-
toit Henry le Grand à Monfeigneur le Dauphin Ton fils,
auiourd'huy glorieufement régnant ; ce Prince incom-
parable ayant bien voulu luy viuant le faire participant
de l'honneur deu feulement à faMaiefté Royale, au con-
traire de quelques autreSjdontl'efpricpicqué d'vne iu-
fte iâloufie ne l'auroit pas voulu permettre. Le. fuiet
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. 2.9;
de ce difcours ell: tel : Vn chacun fçait que nos Roys
Tres-Chreftiens,par vne cérémonie autant remarqua-
ble qu'elle cft plenie de pieté , ont couftume tous les
ans le leudy Saind de lauer les pieds à treize Panures,
à l'imitation du Sauueur des Humains , qui par vn ex-
ceds d'humilité daigna bien faire le femblable a l'endroit
de Tes Apoilres. Sa Maiefté eftant donc.en ce lieu de ï.
Fontainebleau à pareil iour l'an mil fîx cens fept , tou- ^"^"\°-
,1 r ' mes de la
tes choies préparées àc bien ordonnées pour cette ce- Cene.
remonie , &c pour en faire en fuitte vne autre que l'on
appelle la Cene , qui fe pratique feruant les mefmes
Panures en table j le Roy enuoya dire qu'il vouloit que
Monfeigneur le Dauphin fît ce iour là cette adion pu-
rement Royale au lieu de fa Maiefté , de que Ces Offi-
ciers luy deferaflent alors les mefmes honneurs 6c fer-
uices qu'à fa perfonne propre.
L' O N en vient aduertir Monfîeur de Vitry , Capitaine J7
des Gardes du Corps^qui eftoit en quartier 3 lequel bien ^^0^;^",
Verfé en fa charge , comme il eut appris que le Roy Dauphin
auoit commandé que tous fes Officiers feruiffent Mon- fçj"^£/
feigneur le Dauphin en cette cérémonie, vint aufTi tofl cieis du
trouuer fa Maiefté , luy faifant entendre que c'eftoit °^*
contre la pratique , & ce qui n'auoit iamais efté obfer*
ué du règne des Roys fes Predecelfeurs , que leurs Câpi*
taines des Gardes du Corps feruiffent leurs enfans ; ôC
qu'en cette coniondure & occurrence , il n'auoit pas
creu le deuoir faire fans préalablement fçauoir , fî telle
eftoit la volonté de fa Maiefté , dont il en eftoit venu
luy mefme prendre l'ordre bc le commandement. A
quoy le Roy répondit j F'ouf atteZj tres-htenfatt de me le
demander^ autrement njoui auriez^ lourdement manqué en
^ofire charge s alleZc ^feruez^ mon fils en cette aHion de peté^
comme moj mejme.
C E commandement receu , le Sieur de Vitry auec ,^^i-
fes Gardes s'en va accompagner Monfeigneur le Dau- tanoufauJ
phin en la Salle du Bal, où. fe fait d'ordinaire cette pieu- ^^^^^^'^^
fe , &: tres-louable aâ:ion. Alors Monfeigneur l'Ar- d'Am-
Nn lij ''^■""
IV.
Monfei-
gneur le
Dauphin
laue les
pieds aux
Pauures.
V.
Les Pau-
ures feruis
par les
Princes, &
par quei-
lU Le Trésor des merveilles
cheucfque d' Ambrun eftant monté en chaire commen-
ça cette cérémonie par vne belle Exhortation , mon-
trant que toute adion du Fils de Dieu incarné eftant
noftre mftrudiion , èc par le lauement des pieds de fes
Apoftres ayant témoigné vne aâ:ion lignaléc d'humi-
lité , c'eftoit donc cette vertu que tous Chreftiens de-
uoient foigneufement pratiquer.
L'Exhortation acheuée , les Princes èc Officiers de
la Couronne afTiftans & feruans Monfeigneur le Dau-
phin fe prefenterent jl'vn prit le baflin , &c l'autre l'ai-
guierc , tandis que Monfeigneur le Dauphin laue , eP
luye èc baife les pieds des Pauures , lelquels félon la
couftume auoient premièrement efté vilitezpar le Mé-
decin du Roy , pour reconnoiftre s'ils n'auoient point
quelque maladie dangereufe, &: aufquels l'on auoit ra-
fé les cheueux j comme aufli on les auoit reueftus d'ef-
carlatte , auec chacun vn grand linge de fine.'toile qui
les couurc iufques fur les pieds 5 le tout félon la prati-
que ordinaire.
D'A BORD Monfeigneur le Dauphin fit quelque pe-
tite difficulté de lauerëc baife r les pieds de ces Pauures^
fon âge tout foiblet ne luy pouuant faire comprendre
cette cérémonie, & croyant que l'on fe vouloir rire de
luy, fur ce qu'il voyoit que tous les Princes ôcSeigneurs
teflies nues le feruoient , bc que luy fuft ordonné pour
feruir ces Pauures : mais aufli toft iettant la veuë der-
rière luy, Revoyant Monfeigneur le Comte de Soif-
fons tenant fon bafton de Grand Maiflre qui venoit en
cérémonie, fuiuy de tous les Maiftres d'Hoftel du Roy,
qui precedoient les mets pour feruir de donner à ces
Pauures, il commença àibufrire,ô^ fe porta alors d'af-
fedion à faire cette adion célèbre de pieté, reconnoif^
faut qu'il n'y auoit point de mocquerie.
Les feruices de chaque Pauure eftans de treize plats,
furent tous portez par des Princes ou des Seigneurs de
marque 5 entre lefquels eftoit Monfeigneur le Prince de
Condé, Monfeigneur le Prince de Conty , Monfeigneur
onnez a
jue
urc.
i3E FONTAINEBLEAV. LiVRE itl. 1S7
le Duc de Vandorme, & Monfeieneur le Duc de Guife. "i"" ^^'^'
Et quand il fallut donner a chacun de ces Pauures — :^^ —
treize efcus d'or , accouftumez leur eftre alors aumof- Treize ef-
nez, ce fut où Monfeigneur le Dauphin témoigna vne donnée
erande alleffreiîej &; icy finit cette cérémonie &aâ;ion^'^*i"^
purement Royale , aélion que l'on ne lit point auoir
elle iamais faite auparauant par aucun Dauphin,ou au-
tre Enfant de France.
Cette première adion Royale de Monfeigneur le
Dauphin ne luypouuoit eftre que de bon augure, puiP
qu'eftant pareillement de pieté , elle eftoit comme vn
prefage qu'il en feroit de mefme de fa vie 5 ainfi qu'au-
iourd'huy les actions de fa Maiefté en font des témoi-
gnages , qui dés le commencement de fon règne luy
ont acquis le titre de Lo VIS LE IvSTEi
ARRIVEE D'VN CHAOVX DE LA PART
de l'Empereur des Turcs vers Henry le Grand
à Fontainebleau;
ChaPITReXX.
/. Vefiime quefaifoit l'Em- \ dn Roy , & l'ordre quiy j ^^'j^" f_^
pereur des Taures de Hen- fut ohferué. c h r i s ti
rj le Grand. ] / F". La Rejne 'voit cette r^- "^ ° ^'
//. Titres & Eloges donnezJ cePtion,
aux Rois de France par les V. Le Roy amit défia receu
Turcs.
IIL Ce ChaoHx a audience
vne pareille Amhajfade,
E range d*autant jplus volontiers l'arriuée î. '
de ce Chaoux au nombre des chofes fin- ^ ^^.^™^
gulieres aduenuës en ce Lieu,qu'€lle eft vn l'Empe-
témoignagetouteuident desmerites,&;de Turcs*^de
la réputation que Henry le Grand s'eftoit ^^"^y '^
acquis parmy tout l' Vniuers , puifque mefme celuy qui
fe perfuade tenir infiniment au delîous de luy tous les
1^8 Le Trésor des merveilles
autres Monarques du monde (i'entends l'Empereur des
Turcs ) eftime à grand honneur 6c à vn fingulier aduan-
tao-e , Tamitié 6c FallianGe de ce grand Prince & de cette
Couronne, par les témoignages qu'il luy en rendit, en-
uoyant vers fa Maielle Très - Chreftienne vn de Tes
Chaoux bC AmbalTadeur , lors qu'il eftoit en ce lieu de
Fontainebleau au mois de May de l'an mille lix cens
fept.
AulTi quand ce grand Seigneur, 6c tous ceux de cette
Nation parlent de la France 6c de fon Roy , c'eft auec les
_plus beaux Titres & Eloges que l'on fçauroit donner à
îî- aucun Monarque Chrellien , l'appellant , Le ^Im glo-
ETo^'cTdf rie^x, le flus magnanime , ^ grand Seigneur de la crean-
nc2°aux ç^ ^g le (us - Chrift , l'ejleu entre les Princes de la nation du
FiTce'^par Mcf^ie , & Medtâteur des dijfertnds qui faruiennent; entre
les Turcs, le peuple Chrétien , Seigneur de JVlaîefie, de grandeur , de
richeps 3 de loyauté , & iUuBre guide des plus grands , àcc.
Et c'eftoit aulTi l'infcription que portoit la Lettre de ce
Sultan au Roy, que luy prefenta le Chaoux: (qui eft com-
me vn Officier éc Exaiipt des Gardes du Corps en Fran-
ce ) cette Lettre eftoit enueloppée dans vn petit fac dVa
beau cuir de Leuant , attachée auec vn lacet de foy e à vu
turban rouge : le fuiet de cette AmbafTadcjôC le contenu
de la Lettre neftant autre chofe qu'vn difcours de com-
pliment èc de bienueillance,par lequel faHauteffe Impé-
riale témoignoitàfaMaiefté Tres-Chreftiennereftime
qu elle faifoit de fon amitié , qu elle pfioit de luy confer-
uer , comme de fa part elle feroit le femblable.
lïT La réception ô^ l'ordre de l'audience de ce Chaoux
Ce cha- £-^ |j^ . j^ j^^y eftaut affis en fa Chambre dans vnc
oux a an- rr a i r^ • ^ r n
diencedu chaire au deflous d'vn grand Daiz , ayant a les coftez
VoYdie qui deux de Ces Gardes reueftus de leurs hoquetons j & la
y fut ob- pertuifane en main,&: accompagné de plulieurs Princes
&C de Seigneurs 3 cet Ambaffadeur Turc auec fa fuitte fut
conduit par l'Introdudeur des Ambaifadeurs vers jfa
Maiefté ,&: mettant vn genouïl àterre, après auoir porté
fes mains à la bouche pour les baifer , ayant le Turban
fur
DE FONTAÎNEBLEAV. LIVRE IIL 189
fur la tefte , &: les deux mains fur l'eftomach , ( qui eft la
manière de falut de ceux de cette nation) puis mettant
derechef le genouil en terre , baifa le bord du manteau
du Roy, 6c luy ayant prefenté la Lettre du Grand Sei-
gneur, commença fa harangue à pleine voix en fa ian-
gue,laquelle fut aufïitoft interprétée par le Truchement
èc Interprète de fa Maiefté j & après cela le Roy luy dit,
qu'il remercioit le Grand Seigneur du fouuenir qu'il
auoit de luy, &: autres pareils difceurs qu'il luy fit alors
entendre par fon Interpretc:& de là ce Chaoux prenant
congé de fa Maiefté,6cfe retirant de fa Chambre , fortit •
à reculons iufques à la porte , pour ne tourner le dos au
Roy , lequel commanda à Monfîeur de Breues de Tac-
compagner, comme efbant fortverféen la langue ôc à la
pratique de ceux de cette nation eftrangere. ^
^ Comme cette nation Leuantine eft veftuë , &C a des ^ v.
cérémonies qui ne font point ordinaires,principalement voit c?rte
parmy les Chreftiens j cela donna la curiofîté àla Reyne "^"^P"»^
de voir cette réception , dont elle receut le contente-
ment eftant à la ruelle du H61 du Roy, où. elle voy oit faci-
lement fans eftre apperceuè".
C E n'eftoit pas la première fois que le Roy aUoit re- y. '
ceu pareille Ambaffade de la part de ce Monarque Turc; ^^.^?y
1 ^ r • 1» -11 r ^'^o'f défia
car quelque temps auparauant , a Içauoir i an mille lix receu pa-
cens vn j il luy auoit enuoyé fon Médecin Batth^lemy de baffade!'"*
Cœur, auec de fort riches prefens , fuppliant fa Maie-
fté de ne point donner de fecours en Hongrie à l'Empe-
reur, ôc rappeller quelques Princes &: Seigneurs Fran-
çois , qui en fignalant leur valeur faifoient de grands
progrés , &c incommodoient extrêmement (es armes.
Mais quant à la prefenté Ambalfade , elle n'eftoit pure-*
ment que de compliment àc de bienueillance.
Oô
a$o
LE TRESOR DES MERVEILLES
AMBASSADE DE DOM PEDRO DE
Tolède, de la part de Philippe III. du noniRoy d'E-
fpagne vers Henry le Grand, èch réception qui luy
futfaite à Fontainebleau.
Chapitre XXI.
L'an de
I E s V s-
C H RIST
l6oS.
1, Dom Tedro Allié de la
Reyne M.arie de Adedtcis.
IL Le Roy emoje au de-
uant le receuoir.
III. L'ordre & cérémonie de
l'audience,
IV, Sommaire du difcours
de Dom Tedro enfin au-
dience,
Vt II ^afaluér la R ejne.
V L 11 fait le femhlahle en-
uers JVLonfeignenr le DaU"
fhm.
VIL En njain il tafche de
dtffuader le 'I{py de la pro-
teéiton des êfiaPs.
VI IL Ce que dtt Dom Pe.*
dro ^voyant ce Chafieau.
IX* La rejolution , & l'iffuë
de cette Ambaffade,
I.
Dom Pe-
dro allié de
la Reyne
Marie de
Medicis.
O MME cette Ambaffade eftoit fort illu-
ftre, &en la perfonne, ôC en l'appareil de
celuy qui en faifoit la charge , fçauoir eft
Dom Pedro de Tolède, allié de la Reyne,
accompagné de iix Comtes, ôc de quelques
Marquis des plus grandes Maifons d'Efpagne , bc de cin-
quante Gentilshommes, auec vn grand nombre de Pa-
ges 6c de domeftiques , tous richement veftus &: cou-
ucrts de pierreries &: de chaifncs d'or î celainuitaaufïi le
Roy àvne réception toute extraordinaire. Sa Maiefté
a:yant appris que ce Seigneur Elpagnol elloit en che-
min , enuoya au deuant iufques à Orléans Meflieurs
d'AUncour 6l de Boneuïl, qui le receurent fort hono-
rablement j où après s'eftre repofé ôcrafraifchy vn iour
ils en partirent , ôC accompagnèrent ce Seigneur en
ce lieu de Fontainebleau j lequel fut encore compli-
menté bL accueilly de la part du Roy à l'entrée de la
cérémonie
au-
dience.
DE FONTAINEBLEAV. LlVRE III. 151
Foreftjpar Monfieur le Marerdial de BriiTac, fuiuy dVne
grande troupe de Seigneurs & de No bleue j &c enuiron
leshuid heures du foirdix-neufîémcIuilletmiUîxcens
hui6i:,il fit Ton entrée en cette Maifon Royale par la gran-
de Allée de la Chaulléc, où cftoient en haye fur leurs ar-
mes quelques Compagnies du Régiment des Gardes , ôC
de là pallant par la Cour du Donion remplie dVn grand
nombre de NoblefTe &: de peuple , il fut conduit & logé
au Département de rHoftel&: Conciergerie de ceCha-
fteau , où au foupper il fut régalé magnifiquement , 6C
toute fa fuitte par les Officiers du Roy.
Le lendemam" après difner^iouit deftinépour fa pre- J77
miere audience ; voicy l'ordre qui y fut tenu. Sa Maie- L'ordre &
fté eftoit en la Chambre de TOuale alîîfe dans vnechai- d"ï
refur vn drap de pied de velous cramoify, au deffus de
laquelle eftoitvn grand Daiz de pareille eftolFe, Scbien
enrichy de paflemens & crefpine d'or , ayaiit à fes coftez
deux Gardes EfcofToifes duCorps,reueilusde leurs ho-
quetons, ôcleurpertuifane en main.
Derrière la chaire,&:vn peu éfloignécftoientMefïieurs
le Duc d'Aiguillon en qualité de grand Chambellan ^ie
grand Elcuyer , &c le premier Gentilhomme en quartier
de la Chambre de laMaiefté.
Enlamaindroitte fevoy oient MefTeigneurs lesPrin^
cesdeCondé , le Comte de SoiiTons, le Duc ôileCh^é*
ualier de Vandofme , le Duc de Guife , le Prince de
loinuille , le Duc de Vitemberg, le Prince de Tingiy,
le Duc d'Elpernon, le Duc de Sully, l'Admirai, les Ma^
refchaux de Boifdauphin,deLauardin,&; deBrilfac, le
Chancelier , les Secrétaires d'Eftat , de Prallin , de de Vi-
try Capitaines des Gardes du Corps.
JLe Roy eftant en cet appareil, commanda à Monfci-
gneur le Duc de Luxembourg,&:à Monlîeiir de Boneuïl
Introdudeur des AmbalTadeurs , d'aller quérir en fa
Chambre le Seigneur Dom Pedro, qui le conduiiirent
(iLtenoit fon chapelet en main ) le long de la Galerie
de Cerfs, pui$ de là par la Cour du Donion, où eiloic
Oo ij
x^i Le Trésor des merveilles
Monrieur le grand Preuoftde France auec Tes Archets >
èc Tous la Porte dorée paroifïbit Monfieur le Capitaine
delaPortçauecfes Archers.
Plus de là eftoient en haye deux Compagnies du Régi-
ment des Gardes Françoifes,&; dans la Cour de la Fon-
taine deux autres de Suiffes, les vnesôcles autres ayans
leurs Chefs &C Capitaines à la tefte.
Sur l'efcaUer qui monte au Département du Roy
eftoient rangez les cent SuifTes de la Garde du Corps.
A la Salle des Gardes Françoifes du Corps l'on les
voyoit tous en mefme ordre.
Puis aux autres Chambres qui deuâncent celle de fa
Maiefté , eftoient en la première les Gentilshommes or-
dinaires de la Maifon du Roy.
En la féconde les Huifliers du Confeil, auec leurs chail^
lies d or , &C les Huiftiers de la Chambre de fa Maiefté
auec leurs Maftes.
- Et en la troifiéme les CheuaUers de rOrdfe,&: autres
Seigneurs de remarque.
UAmbafTadeur ayant trauerfé tonte cette illuftre
compagnie , fut enfin introduit en la Chambre de l'O*
uale , où trouuant fa Maiefté en l'ordre décrit cy-det-
fus , il mit vn genouii en terre , &C demeura ainfi quel-
que temps iufques à ce que le Roy le leua, rerabraffa,
éc luy fit de très-grandes carefTes j &c commençant ià
harangue , entre autres paroles qu'il tint , après auoir
reprefenté à fa Maiefté le tres-humble falut de la part
<iu Roy fon Maiftre , il dit en fommaire le fuiet &L
IV. motif de fon AmbajGfadej Que le Roy d'Efpagne defi-
du"drf- "^^ reux du bien commun de toute laChreftienté, voyant
cours de la longucur des euerres , qui depuis fi long: temps en
dio en fon arreltoit le repos oc le bien j 1 auoit enuoye a ce del-
audicnce. [^{y^ pour noucr auec fa Maiefté vne parfaite alliance,
& par ce moyen trauailler à la ruine éc conuerfion des
Hérétiques , ( entendant les Eftats &C les Prouinces
Confédérées du Pays bas , qui eftoir proprement le
fuiet qui Tamenoit en Fxance , ) pour faire en forte
DE FÔNTAINEBLEAV; LiVRE III. 19^
par rentremife de fa MaieftéTres-Chreftienne, d'ame-
ner ces Peuples à viiTraitcé de Paix, ou de Tréue, ainfi
tju'il arriua en fuicte. Aquoy le Roy trauailla puiiTam-
n"tent j aufli eftoit-ce où tendoit entièrement cette Ani-
bafTade j &C ce que fa Maiefté Catholique defiroit auec
grand epafllon,laiïe des guerres pafTées, &C nepouuant
prefque plus fournir , & d'hommes^ & de finances, pour
en porter dauantage le faix j èc fçachant bien qu'il n*y
auoitque leRoyTres-Chrellienqui pût par fonaucho-
rité acheminer, &:finir ceTraitté dePaix,oudeTréue
dés fi long temps propofé entre ledit Roy Catholique^
de les Pays- bas r
A lafortie de cette première audience il alla faluer la ~.
Rcyne,qui eftoit en fa Chambre auec vne grande com- /^^'' ^'''""
pagnie de PrincefTeS) èc de Dames y à fçauoir Mefdames
(es filles, Madame laPrinceffedeConty, Mefdamoifel-
les de Vandofme , de Verneiiil ^ & de Mercœur. Les
Ducheifes de Guife> de Neuers, de Luxembourg,de Ro^
han , de Sully , & de plufieurs ComtefTes , êc Marquifes.
De là il fut conduit en la Chambre de Monfeigneuf vïT"
le Dauphin, le quel auoit auprès de luyMefTeigneurs les ^^^J^'J^^
Ducs d'Orléans j &c d'Anioufes Frères, &: Meireigneurs enuasMô-
les Duc, ôcCheualier de Vandofme, le Marquis de Vêr* Sphin/.
neuil, Meffieursde Souuré , àc de Bethune ; le premier
Gôuu^neur de Monfeigneur le Dauphin, &: i'aUtrede
Moiifeii^neur d'Orléans j èc acheuant cette vifitê , il fut ,; ; .
reconduit aux flambeaux: en fon logis» ^•
- En la féconde audience qu'il eut vrt autre iout après j vu.
s'êiîtreténant auec fa Maiefté , comme fi par fes difcours^ ai£er1e
èc fes propolitions , il euftcreu gagner le Roy pour luy Roy ^^ la
perfuader de quitter la protecStion des Prouinces Vnies dcstftats?
des Pays-bas j il luy dit que fon Maiftre defireroit volon-
tiers faire vne eftroite alliance de l'vne Ôc l'autre Cou-
ronne , par les mariages des Enfans de France , & d'Elpa-
o-ne,s'ilnevoyoit fa Maiefté fi fort attachée àlaconfer-
uation defdites Prouinces : Où le Roy prompt , & heu-
reux en fes reparties ne manqua point de réponfe, luy
Oo iij
âxhf i^"^ Tresor/des Merveilles
difant, quai ors ique fes ènfans feroient en âge d'eftre
mariez , il fçau oit qu'ils eftoient de fi bonne Maifon^
qu'ils ne nianquer oient pas d'eftre eonûderez des meil^^
leurs partis delà Chreftienté. .^-v.^' ^: ;M'=:}ai
VIII. ... D Ece difcours ils vindrent àvn aùtre-3 carleRoylay-"
Doiï'pf-^ ant afTez longuement promené, ôdfait voir lesTnigula-
dio voyâ: ritcz ^^ cctte rare Maifon^defireux d'en fçauoir fon fen-«
fteau. ** time.lit , àc iugeant bien que félon l'humeur de fon pays,
ou il n'en fer oit pas l'eftime qu'elle mérite , ou qu'il ne
manqueroit d'y trouuer quelque chofe à redire j il luy
demanda ce qui luy en fembloit : £lie efi tres-helle , Stre^
dit-il , Jl Dtei4 y efiott aufi bien logé , qmvofire Maiefie,
Paroles qui appreftèrent à rire au Roy , s'eiltant bien at-
tendu à quelque pareil difcours, & rodomontade 5 no-
tamment fur ce que fa Chapelle haute, , à laquelle les
Peiiitres trauailloient , n'eftoit pas encore acheuée en
fes enrichilTemens , comme elle eft auiourd'huy j ÔC des
lors faMaiefté prit refolution défaire trauailler , ÔC en^
richir la grande Chapelle , &: Eglife de la Sainâ:e Trini-
'^î'v té de ce Chafteau , ( où nous célébrions alors le feruice
'^ .'1'] Diuin ) comme beaucoup plus grande , &; plus proprd
-ôMar pour l'omer , &: l'embellir , en l'eftat qu'elle eft à pre-
15^- , .. La Cour ayant quitté ce. Lieu pour aller a Paris , &:
tion^& nf- Dom Pedro quant ôc quant j là il prit congé Â^ leurs Ma-
fucdecette ieftcz Dout s'iïn tetoumer , auee promeffe que le Roy
de. luy nt de trauailler , ou a vne raix , ou a vne Trcue en-
~7- pç les; Archi4ttcs au nom du Roy d'Efpagne,& les Eftats
!^v^'-; des Pays-bas : ce <jui fe termina enfin quelque temps
• après par vne Tréue de douze ans.
-fioi'r .
-JjC
~^qi>ri
DE FÔNTAINEBLEAV. LlVRE III. 2.9;
MARIAGE DE CESAR DE BOVRBON
Duc de VandoIiTie , auec Françoife de Lorraine
DuchelTe de Mercœur , à Fontainebleau.
Chapitre XXII.
/. Dernière aBion memora-
hle faite icy fous le Règne
de Henry IV.
II. Le Roy agrée fort ce ma-
riage.
ni. Le "Roy , U Reyne , &
toute la Cour très -riche-
ment nieflm. l'Au de
IV. Ce mariage célébré en la chkist
Chapelle haute. ^^.°^-
V' Feftin ou le Roy 3 O* l^
Reyne afijterent.
VI. Balfattenfuitte.
'Est icy la dernière aâiion mémorable i-
arriuée en ce Lieu du Règne de Henry le adtic
ion me-
Grand , en laquelle ce Prince témoigna vn "^o^^^ie
■* T. D icy arnuee
extrême renentiment de ioyej ôcpour en fousHea-
honorer la pompe , &: la magnificence , il ^^ '
voulut paroiftre en vnfi bel appareil, que ie croir ois fai-
re tort à fa mémoire illuftre , & toute glorieufc , ôc fru-
ftrer ce Seiour Royal d'vnefî célèbre aétion^fi iela paf-
fois fous {ilence \ quoy que ce ne foit mon deffein d'en
traitter que fommairement. Et comme il efl vray de
dire , que toutes les vertus , & les mérites de ce Monar-
que fans pareil luy ont à bon droit acquis le titre de
Grand : auffi peut-on iuftementaffeurer qu'il n'y a point
eu de Père de cette qualité , ÔC tant aimé , hc qui ay t à l'é-
gal defaMaiefté témoigné tant d'amour enuersfès en-
fans comme celuy-cy. Nous en auons veu cy-deffus des
effets fignalez en la perfonne de Monfeigneur le Dau-
phin, auiourd'huyLouys le lufte, autant héritier de fon
Sceptre &:de fa Couronne, commeil l'eftde fes vertus j
ôcl'adionprefente de celuy-cy, ie veux dire de Monfei-
gneur le Duc de Vandofme, en fon mariage , U. en la ma^
II.
Le Roy a-
i^ê Le Trésor i>es merveilles
gnificence de fes nopces , en eft encore vne preuue toute
euidente.
Le Roy qui fçauoic choifir , & iuger des chofes com^
me il faut , ayant reconnu les mérites^ &: en la perfonne ,
grée fort ^ eu l'cxtradiou de Madamoifellc de Mercœur , fille
cetwa '^"'yJ^^^e^ ^ héritière de ce grand Héros Philippe Ema-
nuel de Lorraine Duc de Mercœur, dont les vertus luy
ont acquis vne immortelle gloire pour {es glorieux ex^
ploids contre les Othomans & plus grands ennemis du
nom Chreftien , & de Marie de Luxembourg de l'illu-
ftre maifondePonthieure: faMaiefté difîe defireufe de
rechercher vnpartypource Prince, agréa fi forcceluy^
cy , qu'il témoigna en eftre grandement fàtisfait* C'eft
pourquoy les Articles en eftans accordez , &C reccus de
part éc d'autre , voicy l'ordre &c les cérémonies qui fu-
rent obferuées en lapompe magnifique de ces nopces, èc
mariage.
. Le temps 6c le iour pour ces époufailles eftant aflî^
icRoy,ia gné en cette Maifon Royale de Fontainebleau en l'Au-
Reyne, & tomuc dc l'année mille fix cens neuf, iamais le Roy,
toute la / 1
Cour très- la Reyue, & toute la Cour ne parurent auec vn éclat
yeftuT"' d'habits & de veftemens plus riches. Car le Roy entre
les autres auoit au cordon de fon chapeau , àc en foil
cordon bleu tant de de fi rares enfeigncs de diamants,
& autres pierreries , qu'elles eftoient eftimées à cinq
cens mille efcus: La Reyne n'en auoit pas pour moindre
prix i & chacun des Princes , des Princefies , &C Dames
de la Cour pour contribuer à cette magnificence , 6i
complaire à fa Maiefl:é , eftoit auffi veftu fi richement ,
que c'eftoit vne merueille d'en voir la fplendeur, &: la
pompe.
T7. Parm Y ce concours de raretez , paroifToit auec vu
^^ cTiebré ^ii^g^^i^^ ^clat , &c de modeftie , èc de beauté , l'époufe
en laCha- reueftuê'd'vne robbc Ducalc, ayant la CourÔue de mcf-
5u chT-"^ uie , laquelle eftoit eftimée à foixante &c quinze mille
fteau. efcus , &: ainfi parée , elle fut conduitte par le Roy en la
Chapelle haute, où Monfeigneurl'Euefque de Paris or-
donné
m
V.
. h i
2 V t 3 t
tinn i'-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. 197
donné pour cette cérémonie , célébra & commença la
MefTe à cinq heures du foir j laquelle ayant acheué, les
Promis s'-eftans prefentez deuânt l'Autel il les épaufa;:
& le tout finy , le Roy prenant derechef la main de la
Mariée lareconduilit en fa Chambre, attendant l'heure
du foupper & feftin , qui fut fort fomptueux:j où Mef-
feigneurs les Princes deCondé , le Cômxe; de Soiiîbns, Feftin où
de le Prince de Conty feruirent le Roy. .^ jh o'iioi o ri Re^ne fffit
MefTeigneurs le Duc d'Aiguillon , le Prince de ïain- fteren^'
uille , &; le Prince de Luxembourg la Reyne ; tandis
que toute forte de Mulîque d'inftrumens rendoit vne
l'nelodie charmante.
Et comme en telle réioliyffance le Bal efl viie des
chofes qui ell; la plusconfîderéej aufll ce fut ce qui fuiX
uit le feftin, &; commença enuiron les neuf heures j où
tous les Princes , ÔC PrinceiTes , & les Dames qui auoient
affifté aux cérémonies Nuptiales , ne manquèrent pas
de s'y rrouuer aulTi.
Le Roy en fit rouuerture,&; l'entrée menant la Ma- vi.
liée , Monfeigneur le Dauphin la Reyne ,Monfeigneur came!^^ ^'^
le Prince de Condé Madame la Princeffe de Conty,
Monfeigneur le Prince de Conty Madame la Princeffe
de Condé , Monfeigneur le Comte de Soiffons Mada-
moifelle de Vandofme,Monfeigneur le Duc de VandoR
me Madame la Comtelfe de Soiflons , Monfeigneur le
Duc de Raiz Madame laMarquife de Guiercheuille ,&;
Monfeigneur le Duc de Bellegarde Madame la Duchefî' ,
fe de Sully. .q
Et parce qu'il efloit tard quand ce Bal finit , le Roy
remit au lendemain le grand Balet , qui fe danfa le foir
en la Salle de la belle Cheminée , après que toute l'apref^-
dinée fa Maiefté , àc toute la Cour eurent fait preuue
de leur adreffe , & dextérité ordinaire à courre la Ba-
eue.
19^
Le Trésor des merveilles
ACTE NOTABLE FAIT A FONTAINEBLËAV
en la prefence du Ray > par le R. P. Arnoux Prédi-
cateur , & Confeffeur de fa Maiefté j oppugnant la
ConfefTion de Foy de la Religion prétendue refor-
mée j èC les glorieux effets qui s*en font enfuiuis à
la gloire de Dieu , ÔC à l'aduantage de la France.
Chapitre XXIIL
afi'
L'An de/. M.otif de cctte a^ton m-
Ï617. JI, Le Reuerend Père Ar-
noux conmtnc de fana la
Religion prétendue refor-
mée,
JlI.Les Religionaires écri-
client contre le Père Ar-
IV» Il letir fait réfonje , &
plufieurs autres doBes per^
fonnages,
V* Adonfeigneur le Cardi"
nal de Richelieu excella en-»
tre tous en fa réfonfè.
VI. Les fruits arrmeZj de cet
a^e mémorable.
O M M E Dieu eft vn obiet infiniment
adorable , le parangon de toute grandeur,
& la feule , &; fouueraine félicité des hom*
mes "; auffi il faut aduolier que tout ce
qui le regarde j &: qui contribue à fa gloi-
re doit tenir lieu parmy les mortels de lachofe,qui pac
préférence à toute autre , mérite eftre la plus confîde-
rce.' Ce qui me fait aduancer cette vérité , que cette
adion , de laquelle nous traittons en ce Chapitre , eft
bien vne des plus remarquables qui fe foient iamais fai-
tes en cette Maifon Royale ; puifque Tifluè" , èc la con-
fequence en a efté tres-illuftre à la plus grande gloire
de Dieu , àc à l'aduantage de cette Monarchie Fran-
çoife , par la ruine des rebelles Religionaires , 6c de
leur Fadion , qui depuis a toufîours efté en deca^
dence.
DE Fontainebleau, Livre III. 199
Or envoicyle iiarré.LeReuerend. Père Arnoux de i-
la Compagnie de I E S V S, Confefleur &: Prédicateur de fa cctceTftion
Maiefté, perfonnage tres-fçauant , 6^ doUé dVne pieté, notable.
&d'vn grand zèle pourlaconueriiondes âmes deuoyées
par les erreurs duCaluinirme,eftant plufieurs fois entré
en conférence particulière auec pluiieurs perfonnes de
condition de la Religion prétendue reformée, lefquel-
les fuiuoient la Cour , s'offrit auffi maintefois de faire
voir la vanité de leur créance, & monftrer que tous les
articles de leur ConfefTion de Foy, qui parmy ces errans
tient lieu de Symbole , n'efhoient en aucune façon ap-
puyez de Tauthorité des Efcritures Saindies, àc principa-
lement que les Textes qu'ils y employent,&quiyfont
cottez en marge en preuue des points contYouerfez
qu'ils contiennent , n'y font ny exprez , ny formels félon
mefme la Bible de Geneue , ôc toute autre. Ce dode
& pieux Religieux eftant donc vne fois dilpofë de
s'acquitter de fapromeffe enuersces perfonnes, qui l'a-
uoient engagé au combat 5 le Roy qui eftoit en ce lieu de
Fontamebleau en fut aduerty , &: porté de zèle pour la
conuerfion de fes Suiets errans , commanda à ce Père de
le monftrer publiquement en chaire , ce qu'il n'auoit
propofé que de produire en conférence particulière i
croyant fa Maiefté, comme de vray,que le public en re-
ceuroit,ô(:delafâtisfa6tion,&: de l'édification. Ce Père
s'y difpofe,ô^ le Dimanche vingt-cinquième de luin mil- — j^
le fix censdix-fept, eftant monté en chaire en prefence LePercAi:
de fa Maiefté, & de toute la Cour, où l'audience fut fort "ai^ic "r°
célèbre de l'vne ÔC de l'autre Religion, CathoHque, ô^f^uviaRe-
pretenduererormee. Ce r ère, après auoir délia vn peu tendue Rc-
aduancé fa Prédication, ÔCtraittél'Euangile duDiman- "^'"^^^
che courant , tomba enfin fur lapropofition qu'il auoit
faite j prend en main le liure de la Confeftion de Foy des
Religionaires,dont il fait lec^ture tout haut,comm€ aulfi
des Textes de l'Efcriture fainde , citez en marge , mon-
ftrela nullité de ces Pafrages,&; fait voir clairement à vn
chacun, comme ils ne prouuoient rien du corps des arti-
^oo 1e Trésor des merveilles
jcles, nonpasmefmevnfeuli ôipar ainfi que cette Con-
felfion de Foy eftoit compofée de diuerfes propofîtions
tirées du néant : Que toute leur Eglife prétendue n'e-
ftoit fondée que fur des idées , 6c efpaces imaginaires,
&; que leur prétendue Religion n'auoit appuy aucun
dans la Parole de Dieu j bref que dedans l'ellat de leur
ProfefTionjil n'y auoit rien du tout affermypar les Let-
tres facrées, que ce qu'ils croyoient auec l'Eglife Catho-
que j Apoftolique Ô^ Romaine.
Le Sermon eftant acheué vn Gentilhomme des leurs,
lequel auoit affifté à la Prédication ■, pria le Reuerend
Père Arnouxde luy donner par écrit la feilille, & con-
frontation qu'il enauoit minutée, &;faite quelque peu
auparauant , difant que c'eftoit pour s'en inftruire plus
particulièrement : ce que le Père luy confia alors de bon-
ne foy , fous elperance que cela pourroit contribuer
quelque chofe à fa conuerfion. Mais aufli tofl il part,
éc s'en vient en donner aduis , ÔC la communiquer aux
"TîTT quatreMiniftres de l'erreur de la Religion prétendue de
Les Reh (^j^arenton , èc leur fait le difcours de tout le narré cy-
gionaires ' '
Écriuent -deffus. Ce qui mit ces Memeurs en fî mauuaife humeur^
Pcîe'Ar- Voyans les appuis , &C fondemens de leur dodrine &C
noux. Religion fappez j &: conuaincus de faux , ÔCconfequem*
ment leur crédit , ôi leur intereft par terre j que pour
cet effet s'eflans tous aufli toft affemblez , ils minutè-
rent , 6c drefferent vne lettre &C écrit , pour s'effor-
cer de défendre leur mauuaife caufe par d'auffi mau-
uaifes raifons , duquel écrit ils en firent l'adreffe au Roy:
difcours au refle autant farcy de menfonges , qu'il eftoit
calomnieux , feditieux , &C digne du feu.
IV. A V S S I ne manqua p^s cet écrit concerté , &C publié
Il leur fait p^j. çQ^ Suppôts de l'eri'eur , de belles , èc doutes repar^
reponfc&r rr ' ' r
piufieuis ties,qui turent rai-tes par plulieurs celebresperionnages,
dterL'i- ^^ ceR. P. Arnoux fut tout le premier, comme le princi-
fonnages. pal intereffé , à y faire fa réponfe , èc monftrer plus am-
plementjCequ'iln'auoit pu déduire que fommaijrement
dans le peu de temps qu'il auoit eu de k faire en fon Ser-
mon.
DE'FONTAÏNEBLEAV.^ LIVRE III. 301
Mais il faut aduouër franchement > pour ne faire V.
tort à la vérité , &: le dire hautement 6c fans flatterie 4 ^^°"^^'-
' sneur le
que de tous ceux lefquels écriuirent 6c firent alors Cardinal
réponfe à cet écrit , pas vn ne reliffit fi dodement ÔCÎJcu^cxïcU
auec tant d'cflicace,que Monfeigneur le Cardinal de Ri- '^ ^""^
chelieu pour lors Euefque de Luçon j où par fa dode ré- réponfe*
ponfe non feulement il conuainc de faux &c d'erreur
euidemment les Autheurs de cet écrit , &: toute la créan-
ce de leur Religion ; mais encore appuyé &: défend auec
très-grande folidité&iugement les principaux poinds
de la Foy de l'Eglife Catholique. ~^ — '
Or lesfruids ôclesaduantagesde cette adion notable, L« fiméts
ont efté premièrement que plulieurs ouurans alors les cé"a£ie ^
yeux Àc fentendement ofFufquez par l'erreur , abiure- memora-
rent leur Religion prétendue, s'eftans veu iufques alors '
tromptz par ceux qui fous vn habit d'agneau eftansdes
loups rauiffans, leur faifoient entendre que leur créance
&; Confeflion dêJFoy. eftoit authorifee de la Parole de
Dieuj ce qu'ils ont depuis reconnu eilre faux.
Et non feulement ces particuliers en ont receu ces ad-
uantages pour leur confcience,& le repos de leur amej
mais encore depuis vn millier d'autres , voire toute la
France iYeu que cette adion animant plufieurs célèbres
Dodeurs ôc Prédicateurs à ladefenfe delaRelio-ion Ca-
tholique , parles a.rmes &;de la Parole de Dieu ôcde leur
dodrine, ils retirèrent vne infinité de perfonnes de cet
abifmc j pour lés tanger au bercail de l'Eglife.
Ce que voyans plulieurs , & niefme des principaux de
cette Religion prétendue , au lieu de viure paifiblement
fous la faueur des Edids, s'eftans portez à la reuolteen
Bearn.en Guyenne, en Languedoc, en Poidou, &en
diuers autres endroits de ce Royaume , par leurs affem-
blées&; pratiques fecrettes, contre l'authorité & la d£-
fenfe de fa Maiefté , ont attiré enfin la iuftice defes armes
pour punir leur rébellion^ (fans toucher toutefois à ceux
qui fe maintenoient en leurdeuoir) & parce moyen ont
eftédépouïUez<ies villes ëC des places qui authorifoienc
Pp iij
7jOt LE Trésor des merveilles
&; maintenoienc leur rébellion ôcleurs erreurs , où laRe-
ligion Catholique n'eftoit pas en alTeurance , 6c n'ofoit
prefque en cachette offrir à Dieu Tes Sacrifices : &: par
ainli ont efté rendus les Autels à Dieu , les Villes au
Roy , ÔC le repos à la France , fous les aufpices èc la va-
leur de noftre Grand Roy LOVIS LE IvSTE,quia
fceu ranger ces rebelles au deuoir,ôC qui fait parler ainfi
vn de nos Poètes à fa louange ;
r^ Sieur Qg q^^ ^^ Grand Henry les armes ri ont tenté ^
fes Stances Qjfe uos peres ^at liants croyaient ejtre indomptable ,
^'oires X" ^^ ^^^ orgueil fi fier de Je 'voir redoute' ,
Roy. contre JSle fiera déformais rien quunfiuiet de fiable.
mUaf' Comme les flots quen 'vain C Aquilon a poujjezj,
Foi blés contre 'vn grand roc brifient leur arrogance,
Ainfii dejfousfiès pteds les mutins terrafièzj.
Confièrent fa valeur,^ leur outrecuidance.
Xi es lors que pour orner ce Siècle commençant,
L! Ange qui nous conduit eut afiisfia Natfifance,
JSloflre onzjon le njeit comme njn Afire pmfiant.
Qui deuoit reflaurer lefialut de la France.
6t Dieu qui ne met point en njnfeul Prince en 'vatn]
Les 'Vertus dont il peut accomplir plufiieur s Princes,
C^Monïlre l'auoir choifipour cet effet diuin^
De faire refleurir fion nom dans les Prouinces,
'Aufii les Eléments ont pour luy combattu,
La mer changea fion cours, & fies loix immuables p
; ; ' ^ Pour laijfer l'ennemy 'victime à fia vertu ,
yiAe de Ré. Abandonnant Les champs de l'JJle des coupables,
.M.aintenant les autels longuement profanez^
Reprennent de fia main les ornemens antiques.
Et au culte des Sainéis les peuples addonnezj ,
• Honorent des Martyrs les fianglantes reliques.
On 'Voit de SainSt Louis le reietton fiacre ,
Conduire fies vertus fiur vn mefime modèle.
Et le beau nom de Louis derechefi confiacré , ■]
^ar bonté, par valeur, par fiagejfe, O* f ar Zicle»
DE FONTAINEBLËAV. LÏVRE III. 303
C'eft l'honneur immortel qu'a mérité le Roy en dom-
ptant les Religionaircs rebelles Tes Suiets , qui auoient
fait tefte à tant de Roys fcs deuanciers.
Et ne fera pas hors de propos de remarquer, que de
cedit écrit &;lettre, qui fut imprimée de ces quatre Mi-
niftresdeCharenton, il fe fit de grandes plaintes, aulîi
bien pour le fait du Ciuil & de l'Eftat, que pour la Reli-
gion \ parce que cet écrit eontenoit plulieurs chofes pre-
iudiciables à l'honneur de fa Maielté, Nacelle de ^qs Pre-
decelleursjfur ce qu'ils auoient eu l'effronterie de mettre
en auant , Qj£ils auoïent feruj de refuge au Roy Henry le
Grandi quils auoïent donné des haï aille s four fa defenje , &
mtau péril de leurs "vies ils l' auoient porté a la. pointe de l'ejhée
au Royaume. De façon que le Lieutenant Ciuil de Paris
ayant fait vne enquefte & recherche de cet écrit &: de
fes Autheursj la Chambre de l'Edid croyant auoir droid
en cepoinâ:, en voulut prendre laconnoiffance, ô£ de-
puis Meflfieurs du Parlement. Mais le Confeil d'Eftaten
euoquant toute la caufe à foy , donna deux Arrefts } le
premier en datte du lo.Iuillct 1617. portant euocation
comme deirus,&: le fécond en datte du j. Aouft audit an j
portant fuppreffion de cet écrit &: lettre, auec defenfes
aufdits Miniftres d'addreffer plus aucune epiflre ou dit*
cours au Roy fans fa perraifTion,
504
Le Trésor des Merveilles
ARRIVEE A FONTAINEBLEAV DE
Monfeigneurle Cardinal Barberin, Légat
de fa Sainteté en France.
C H A P J t R E XXIV.
Christ
L'An de J jr^ p^^^ j^rhain VI IL
I E s V s- * i- -vT
enuoje fon Neueu L egat en
France.
1 1, Motif du 'Voyage de
2Aonfeigneur le Légat en
■France.
IlL MonfeigneUr le Légat
célèbre fa première Aîejfe
a Fontainebleau.
IV, Le Roj traitte Monfèi«
gneur le Légat en ^n ma-'
gnifque feftm a difner.
V. Les Rejnes font le fem-
blable.
I.
Le Pape
Vrbain
VIII en-
iioye (on
Neueu Lé-
gat en
France.
* En VHi
fioire de
Barbarie
liu.i. ch.}.
'Est vne gloire que Ton ne peut rauir à la
France fans faire vn grand tort à la vérité,
de dire qu'entre toutes les Nations Chre-
ftiennes, il n'y en a pas vne qui ay t tant ho-
noré &; main tenu par fa valeur &c par fa pic^
té le Saind Si^ge de Rome, comme ce Royaume Tres-
Chreftien : i'en ay fait voir les preuues authentiques ail-
leurs '^j & maintenant ie me contenterày feulement de
l'exemple prefent , en l'accueil tres-honorable &c en la
réception tres-magnifî que, faite à la perfonnede Mon-
feigneur le Cardinal Barberin Légat de fa Saindeté &C
fonNeueu: lequel eftant venu en France vers fa Maiefté
Tres-Chrefticnne en l'année mille fix cens vingt-cinq,
y fut receu auec les honneurs dcus à fa dignité,en tous les
lieux par où il paffa de ce Royaume , & particulière-
ment à Paris , èc en cette Maifon Royale de Fontaine-
bleau. Le Roy luy ayant donné audience à Paris , s'en
vint icy quelque temps après au commencement du
mois de luillet, y paffa le relie del'Efté, diC iufquesà la
my-06tobre,auec les Reynes,& vne Cour la plus au-
gufte ÔC la plus magnifique qui fe foit point veuë de long
temps
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE III. ^gj
temps, tant il y auoit vn grand nombre»de Princes, de
PrincefTes , de Seigneurs bc de Noblefle , &C aufTi-toft y
arriua de Paris Monfeigneur le Légat auec toute fa fuit-
te, qui eftoit comporée de plulieurs Nonces & Prélats
Italiens , auec vn grand nombre de leurs domeftiques ,
Où le Roy pour témoigner l'honneur qu'il deferoit à
fa Saindeté , ôC à celuy qui venoit de fa part , voulut
exprés que Monfeigneurle Légat fut logé dans ceCha-
fteau en vn très-beau Département tout proche dufien,
&: de celuy de laReyne, à fçauoir entre l'vn des Pauil-
lons6<: le grand efcalier de la Cour duDonion 5 Dépar-
tement qui ne fe donne point qu'à quelque Souuerain,
ou à quelque Prince du Sang : ô^pour le refte de fa fuitte,
elle fut logée en diuers endroits de ce Chafteau , àc en
l'Hoftel du grand Ferrarej &: tout le temps qu'il fut icy
ôC en France, l'on le traitta àc tous les fîens aux frais àC
par les OfHciers de fa Maiefté.
Ie nem'arrefteray point à faire vn bien ample narré Jl
touchant le motif de fon voyage en France : vn chacun J^°''^^j
fçait que c'eftoit àl'occafion de la Valteline, où laguer- Monfei-
reeilioit fort allumée, &:où les François auoient fait def"^^^ ^
grands progrés, pris plufieurs forts, ôC genereufement
fecoUru les Grifons leurs. aUiez, pour ne. les voir oppri-
mez par l'Efpagnol , qui par ce moyen vouloir commen-
cer à maiftriier toute l'Italie , ÔC s'en faire Monarque. le
paire,dis-ie , tout cecy en trois mots, pour rapporter feu-
lement plulieurs particularitez,ainli que ie les ay veuës,
touchant les cérémonies qui furent faites en ce Lieu
en la célébration de la première MeiTe de mondit Sci'-
gneur le Légat , bC comme il fut régalé par le Roy &C
les Reynes.
Po VR la première, ce fut vn témoignage touteui- in.
dent de la bienueillance de fa Saindeté enuers le Roy JJî°"[^''
& cette Couronne , d'auoir voulu exprés que Monfei- Légat ce-
gneur le Légat fon Neueu venant en France jy offrift à p^mierc
Dieu fon premier Sacrifice pour la profperité de le|^s MefTe à
Maiellez àc de cet Eftat , en y célébrant fa première bfeau, '
eu
p($ Le Trésor des merveilles
MefTe , qui fut le quinzième d'Aouft iour de rAfTom-
ption de la Vierge audit an mille fix cens vingt-cinq,
en l'Eglife de la tres-fainde Trinité de ce Chalteaui où
aulTi pour relTentiment de cette bienueillance le Roy,
les ReyneSjMonfeigneur Frère de fa Maiefté , &plu-
fleurs Princes , PrmcefTes &C Seigneurs de la Cour,
voulurent alors eftre communiez de fa main : ce qui
fe pafTa auec vne très-grande deuotion , ôC durant cet-
te Meffe les Chantres de la Chapelle du Roy auec la
Mufîque de fa Chambre ôc des Reynes , compofans
diuers choeurs fe firent admirer. Tout le relie du
iour fe paffa en aétes de deuotion , le Saindl: Sacre-
ment ayant efté expofé toute la iournée en cette E-
glife.
ïv. Quelques iours après , le Roy regala Monfeigneur
mh«°^ le Légat par vn feftin tres-magnifique qui fut fait en la
Monfei- Salle du Bâl , auec vn appareil tel qu'il ne s'en eft gue-
Légat en ^'^^ vcu dc femblablc : tous deux- eftoient en vne mefme
vn magni- table , fcruis de pareilles viandes , auec autant de ferui-
fiqucfeftm ,, ^ n -i ' 1 r\£C
à difner. CCS pour 1 VU que pour 1 autre, ou il n y eut que les Om-
ciers defaMaieftéquiyferuirent,
Enuiron le milieu du difner,le Roy d'vn vifage tout gay^
& de bonne grâce, fe tournant, vers Monfeigneur le Lé-
gat, beut à la fanté du Pape,& vn peu après Monfeigneur
le Légat beut à celle du Roy.
Huid; iours après , Monfeigneur le Légat fut pareil-
lement régalé par les Reynes , mais non pas en vn dif-
^ ner , ny en vn loupper, mais à vne collation vers les trois
V. heures après midy. La Reyne Mère commença la pre-
font i7 " miere, èc fut dreffée la table en fon Département dans
ièmbiabic. la grande Galerie, où fe trouuerent le Roy, les Reynes,
Monfeigneur Frère de fa Maiefté,&;plufîeurs Princeîfes.
Cette collation eftoit compoféc de toute forte de vian-
des exquifes,ô{: de confitures feiches , fruids & fleurs en
vne fi grande abondance,^; le tout fi bien ordonné,qu il
ne fe pouuoit mieux.
Le lendemain la Reyne régnante en fit autant en fon
DE FONTAINEBLEAV. LlVUE ÏII. 307
Département dans fa belle Galerie,ouairiflerentleRoy,
iâ Reyne Mère , èc toute la compagnie des PrihceiTes
qui s'eftoient trotiuees en telle de la Reyne Mère j le
tout femblablemenr auec tant de magnificence àc de
Maîefté^x^uec'eftoit vnemerueille incomparable!'^ '''-'^^
-^ Et après que Monfeigneur le Légat eut feiourné eri
cèttéMaifon Royale prés de trois mois, où le Roy luy
aUoit fait donner le plaiiir depîufieursChafles Royales,^
il s'en retourna à Rome vers fa Saindeté. -^ :>;iJ j3
1 ■^_--^
CEREMONIES FAITES A FONTAINEBLEAV,
pour, le ferment de la Paix entre la France
oc l'Angleterre.
.c. j .
C H À P I Til E XXV;
/. Vams efforts des Anglois IV, Le Roy traitte en 'vn j^^"^^* _^
contre la France. | fefiin exquis l'^mbaffa-CnKist
IL yémbajfadeîirs depmezi\ deur d'aAngleterre. ^^*^'
de part & d'autre. 1 V, "V rinces & Seigneurs qui
II L L'appareil dt/po/e pour, afifierent a cette ceremo-
îurer cette Paix en l êgU* nie.
fe du Bourg de Fontaine- V L Le Roj iure la Taix,
bleau.
Ant &: tant de belles circonftances fe
rencontrent au fuiet de ce difcours pour
la gloire de noftre Grand Monarque , à
raiion de fes vi6toires&; de £qs triomphes
contre les rebelles Religionaires , foufte-
nus ÔC puilfamment afliftez des anciens ennemis de
cette Monarchie Françoife j ( i'entends les Anglois )
qu'vn iufte volume à peine y pourroit fatisfaire. le me
contenteray donc de rapporter icy les cérémonies ob-
feruées en ce Lieu au ferment de laPaix,&:renouuelle-
rorrs des
Anglois
contre la
France.
2û8 L^ TRESOR DES MERVEItLES - ,
ment d'Alliance €i>tre les deijx Couronnes de France ^
^'Angleterre!;: jap4:es to«,tG|biis ft^ir fait le récit fui^
u^nt , qui en peu d^ rnQ5:sfait voirr^,^ le gv^nd ^ppa^
reil d'armement , &; les yain^ &: in«tils etforts de cç?
^*Td« Tourcilleux enneniis conti:.e cette Coujrpnne e^ l'îftç de
Re jëd au TeeQUrs de la Rochelle \ où à leu^ Jjonrç &:
confurion ayans efté vaillamment combattus p^r les
noftres , Us furent enfin forcez Ôi contraints à vriehpn^
teufe fuite, pour adioufter cette difgrace aux autres af--
fronts qu'ils auoient icy receus longtemps auparauant
fous Charles feptiéme , pour cela à bon droit furnom-
me le Victorieux.
Les %énglois ouhlietix de leurs malheurs pajfex» >
£t êi'vne 'vaine audace en nos terres poujfez» ,
<iA nofire grand Jlîonarque ont déclaré la guerre i
JUaù grâces à vofirehrasj il efi 'uiéiorieux.
Et tenant à fis pieds l'orgueil de l'oAngleterre»
Il emplit l'Vniuers de fin nom glorieux.
Ce putjfant appareil defiiperbes 'vatjfeaux,
^tfembloit ajpirer a l'Empire des eaux >
A fait de 'vains efforts contre nos firterejfes i
Leur pompe a dtfiaru deuant les Fleurs de Ljs >
On cejfe de parler de leurs fiintes promejfes.
Et tous leurs grands dejfeinsfe trouuent abolis.
Le Sieur
Tretiicle en
fon Canti-
que fur la
défaite des
'anglais en
rifle de
Re\
II.
A mbalTa-
deurs dé-
putez de
part &
d'autre.
O R le Roy comme vn bon Prince & Tres-Chreftien>
ayant pardonné à Ces rebelles Religionaires , après
auoir tiré alTeurance de leur fidélité par la ruine de leur
Faâ:ion , ë>c par la reddition de toutes les places qu'ils
tenaient ; enfin oublieux des iniures &C de la mauuai-
fe foy des Anglois , qui au milieu de la Paix , &; fans
luy auoir déclaré la guerre , eftoient entrez hoftile-^
ment fur fes terres, ordonné feçours à fes Suiets rebel-
les , entendit à la Paix &c reconciliation de l'vnç ÔC
de l'autre Couronne : èc pour cet effet les Députez dC
Ambaffadeurs eftans conuenus des articles duRpy, ^
DE FONTAINEB.LEAV. LIVKE UL ^09
de faMaiefté Britannique > il ne reftoit:^l!i}S'qjîe à^h
iurer , 6l en pr efter le ferment. Ce qui fut fait ^ &; à mef-
me temps , àc à mefme iour en France , ô£ en Angleterre
en prefence de leurs Maieftez,&: de leurs AmbafTadeûf s j
fçaiioir'Monfeigneur le MarquisdeChafteauneuf^ de-
puis Garde des Seaux,de la part duRoy i &;Monfeignettt
Edmond de celuy d'Angleterre , en la forme, &:. enitart
drequifuit. i. •: jji_: j,, .1 . :^m; : ::J.
;-Le feiziéme iour de Septetribre rnille fîx cens Vingt
ricuf, eftant icy ordonné pour cette cérémonie en l'E-r
glifè du Bourg, rAmbafl'adeur d'Angleterre yarriua la
veille, où il fut logé en l'Hoftel, & Conciergerie de ce
Chafteau j èc toute fa fuitte j qui eftoit de trente GeUr
tilshommes , &C quelques foixante autres perfonnes , eut
l'Hoftel du grand Ferrare pour fon logement , &: tou?
traittez auxfraisi&par lesOfficiersdefaMaiefté.
Le lendemain iour deftiné , qui eftoit vn Dimanche^
l'Eglife fut tendue, & magnifiquement ornée des plus
riches TapifTeries de la Couronne.
Le grand Autel fort richementparé,auoit de chaque
cofté vn échaffaut j l'vn pour la Mufique de la Chapelle
duRoy , ôc l'autre pour celle de fa Chambre , qui for-f
moient deux Chœurs.
Plus bas dans la croifée de cette Eglife , eftoit dç
part & d'autre vn Théâtre par degrez pour les Sei-
gneurs , &C pour les Dames de qualité.
Et au milieu de cette croifée fe voyoit vn petit Thea-»
tre de dix pieds en quarré , èc trois de haut , couuert de
velous violet , &: parfemé de fleurs de Lys d'or j au deffus
duquel eftoit vn grand dais de mefine eftoffe , &c de pa-
reils enrichiffemens.
Plus auant vers l'Autel, &c comme au milieu eftoit l'O-
ratoire du Roy jCompofée d'vn marchepied , auec vue
chaire à bras,&:vn prie Dieu orné de quarreaux 5 ce qu'il
faifoit beau voir, pour eftre femblablementparé de ve-
lous violet , enrichy de fleurs de Lys d'or.
Au cofté droit eftoit vne pareille Oratoire cou*
fi > Sjjiiiî
i:ij\ôi nv
-iiiidm/'.'I
■'ir '.il IfjrL
ÎII.
L'appareil
difpolë
pour iurcr
cette Paix_
en l'Eglife '
du Bourg
de Fontai-
nebleau.
■iJii
^O- . L E-^ T''R É s O Rv -DES M E H V EÎL L ESI
uerte -^e veltîus 'nëir pôuf; la Reyne Mei*eviiji£Mi,"- a
- -Et àcofté gauche vné alitre pour la Reyne ,'<ionr les
ornemens leftoient de velous crâmôify,i i- ^^ . -x^r/i jj :;iii
IV. ^ O R auant la cérémonie duXernient , qbiSrefe fie qu'à
crîiufS Yéfpres , le Roy regak , ôc traika à difiier à'faitabk
vn feftin Moiifeisneur i'AmbaflTadeur ^ donc voicy Tordre) ^lôc
lAmbanTa. Tâpp'àreil du feftin. Tr^soiijruiij x«--' 'lomi).!
Wrèt"' L^ ^^^1^ ^ft^^^t pofée en la Salle du Bal vers la chenue
•i ^ ; ftée , le Roy eftoit affis à main droite ', èc f AmbaCadiur
à la gauche à quatre pieds ou enuirbn de diftarice de fa
Maiefté , lequel fut feruy par les Officiers duRôy , .&:
auec mefme appareil : car au mefme temps que l'on
«i; couuroit pour le Roy , ainfî fe faifôit-il pour l'Anibaf-
fadeur, èc autant de plats bc de feruicespour IVn, que
pour Tautre , quoy qu a feruices feparez^ félon la coù-
îtuniej dont le premier èc fécond furent de trente plats
chacun j outre deux entremets , IVn de viandes froides,
& l'autre de chaudes , chair , & poiffon 5 à chacun def-
quels il y auoit cinquante-plats pour fa Maiefté , èc au-
tant pour le Seigneur Ambaffadeur j auec ledeffert,&
fruits fî rares , 6£ en fî grande quantité, que c'eftoit vne
merueille à voir.
Le Roy regardant l' Ambaffadeur mit la main au cha-»'
peau, & beut a la fanté de leurs Maieftez Britanniques :
à quoy l'Ambàifadeur eftant tout de bout , &: tefte nue,
fit raifon beuuant à la fanté du Roy, de des deux Reynesj
où parmy cette réiouylTance la compagnie des vingt-
quatre Violons de fa Maiefté , rendirent vne gracieufe
harmonie tout le long du difner.
La table leuée le Roy s'en alla en fa Chambre , où T Am-
baffadeur le coiiduifit , ôc de là fe retira en la fîenne , iuf^
ques à ce que l'on le vint aduertir,&: quérir pour fe trou-
uer au ferment.
Y. Vers les trois heures le Roy ayant pris le collier de
sSneurf ^^^ Ordtcs mouta en caroffe , accompagné de Meffei-
qiii aflîfte- gueurs le Comte de Soiffons , Duc de Longueuille, du
ccremome'! Marcfchal dc la Forcc, duMarquis de Gordes Capitaine
DE FONTAINEBLEAV. LîVRE IIÎ. ^ jii
des Gardes du corps , èc de Saind Simon premier EI^
cuyer. Les autres carofTes remplis de Seigneurs , &C de
NoblelTe fuiuoient celuy de faMaiefté^où depuis le Cha-
fteauiufques à l'Eglife , eftoienc en haye deux Çompa-
snies des Gardes.
Au deuant defa Maiefté marchoienc les Archers du
grand Preuoft , èc les cent SuifTes du corps , Fifres, &
Tambours battans. Les quatre MafTiersauec leurs maf-
fes. Quatre Hérauts reueftus de leurs coftes d'armes^
tocques , èc leurs caducées en main. Le Sieur le Bre-
ton Roy d'armes de France , ainlî reueftu auec le fceptre
en main j ôc fîx Archers de la Garde EfcofToife , auec
leurs hoquetons, & pcrtuifanes: &; ainfileRoydefcen-
du de carofTe , entra eh l'Eglife , àc fut conduit en fà
place.
Peu de temps après arriuerent les déuxReynes en vn
mefme carofTe, accompagnées de Madame la PrincefTc
deConty, auec les Dames d'honneur,6cd'atour de leurs
Maiellez j lefquelles eftoient fuiuics dans d'autres ca-
roffqs par les DuchefTes Douairières de la Trimouille,
de Vantadour , les DuchefTes de Monbafon , àc d'Aluyn,
laComtefTede TrefiTies, &; autres Dames.
Puis fuiuoient Monfeigneur le Cardinal de Richelieu,
Monfeigneur le Cardinal de la Valette, &: Monfeigneur
le Garde des Seaux de Marillac, àc autres Seigneurs , dC
perfonnes de marque.
AufTi toft l'on commença Vefpres, pendant lefquel-
les Monfeigneur le Duc d'Angoulefme, accompagné de
MefTieurs les Marquis de Beauuais Nangy j de Nellc,
de Valencey, &C d'vne grande fuitte de NobleiTe , allè-
rent trouuer Monfeigneur l'AmbafTadeur en fa Cham-
bre attendant l'heure de partir j ôC au Magnificat Mon-
fleur de Rodes Grand Maiflre des Cérémonies de Fran-
ce , èC Monfieur de Boneliil Introducteur des Ambal^
fadeurs , furent de la part du Roy quérir l'AmbafTadeur j
qui entrant dans l'Eghfe , Vefpres eflans finies , aufïi
tofl la Mufique commença à chanter le Pfeaume ; Do^
5îi# Le Trésor des merveilles
mine Domïnu^ nofter , quàm admïrabile eH nomen tuum ;
auec quelques autres motets , faits à propos de cette
cérémonie.
Le Roy aduifaiit l'AmbafTadcur proche du Chef, ÔC
Théâtre , qui eftoit au mUieu de la croifée de l'Eglife , y
monta le premier , &: le voyant monter auança deux
pas , puis FembrafTa 3 lequel , après auoir fait vne pro-
fonde rcuerence à faMaiefté, &; aux Reynes, prefenta
fa Commiffion , 6i ratification de la Paix , feellée du
grand Seau d'Angleterre.
Au mefme temps Monfeigneur le Cardinal de Riche-
lieu, qui en cette cérémonie reprefentoit le grand Au-
mofliier, prenant les Sain6les Euangiles> couuertes d'vii
riche voile d'or &: d'argent , s'approcha de fa Maiefté 5 &
oftant ce voile, luy donna ces Saindes Euangilesà bai-
fer , fur lefquelles elle mit la main , tandis que Monfîeur
Bouthillier Secrétaire d'Eftat , fit la ledure à haute voix
* VI. du Serment s laquelle acheuée , le Roy dit : le le mre, ^
ichplix^' promets de bon cœur s Ôc aufïi toft en fîgna l'ade , qui
eftoit en parchemin , & y fit appofer fon Seau j puis fa
Maiefté embraffa derechef rAmbafradeur,6cleprit par
la main en témoignage de paix , ÔC d'amitié.
Ce qu'eftant ainfi finy, laMuiique qui quelque temps
auoit difcontinué , commença derechef à chanter vn
motet i en fuitte dequoy tous les Hérauts, qui eftoient
fur lesdegrez, crièrent enfemble à haute voix par trois
fois , VitieleRoji àc les Tambours, &: Trompettes à trois
reprifes terminèrent cette cérémonie: laquelle fi ien'ay
fi exadement décrite en diuerfes petites particularitezj
au moins fuis-ie affeuré , qu elle l'eft en fubftance, èc que
ie n'en ay rien obmis de ce que i'ay creu y eftre effentiel,
ôc necefïaire , àC que i'ay veu.
RECIT,
DE FONTAINEBLEAV.' LiVRE III.
31J
RECIT, D'VN FOVRBE CALABROÏS,
fe difant Prince Géorgien , exécuté à mort
à Fontainebleau.
Chapitre XXVL
/. Le motif qui a inuité
l^jiuthmr a faire ce re^
cip.
IL Feinte de ce Fourbe Ca-
lahrois» qui cauje vnegran
IIL Laquelle efi découuerte. L'An de
IV, Commijfaires qui infoY- cVJî $"t
ment de ce fait, ' ^ ^ ^ •
K. Enqueftes , & informa-
_ tions,
de aUarme, | VL II aduou'èja fourberie.
'A Y fort long temps fait difficulté d'em- i-
ployer icy cette Hiftoire tragique : mais ^ '""'^
qui a in-
confiderant qu elle fert d'exemple &:dm- "'^^ ^'^"-
^ 1 I r ri o theurarai-
Itruction pour apprendre le reipect , oCttcz redt,
l'honneur que l'on doit aux Roys , & aux
Maieftez Souueraines , & le danger qu'il y a de les of-
fenfer le moins du monde , où mefme la penféc en efl
criminelle ; cela m'a obligé de ne la pas oublier, & d'en
feire ce récit : à quoy ie me porteray d'autant plus vo-
lontiers, que ie fuis témoin oculaire de tout ce qui sy
eft pafTé. La beauté de l'Automne merueilleufemenc
agréable en ce Lieu , ayant inuité le Roy d'y pafTer
quelques mois, où faMaiefté fe diuertifToit à laChaffe,
furuint que le onzième d'Odobre mille fîx cens vingt-
neuf, fa Maiefté venant d'entendre laMeffe en fa Cha-
pelle haute , enuiron les huit à neuf heures 5 inconti-
nent après quelques vnsfortans de la Salle du Bal, pour
defcendre à la Cour par l'efcaUer qui eft tout proche ,
ils apperceurent en l'allée du paffage qui va à la Salle
des Gardes du corps , vn homme couché , bleffé , &
plein de fang qui fe plaignoit , ôC faifoit entendre que
c'eftoit d'vn coup de piftolet que l'on luy auoit tire :
Rr
II.
Feinte de
ce Fourbe
314 Lï Trésor des merveilles
aufli toft le briiic court par tout que l'on vient de tuer
vn homme dans le Chafteau j plulîeurs y accourent,
& comme i'eftois en noftre Chapelle l'on notis y vient
aufli toft quérir vn autre Religieux 6c moy pour Tafli-
fter , croyant qu'il alloit rendre Tame , tant il fçauoic
bien feindre paroiflant tout défait , &;.comme à demy
mort. Nous y allons aufTi toft , &; tfouuons que cet
homme en ce piteux eftat eft vn Soldat fuiuant la
Cour, fe difànt Cheuaher Perfan, ou Géorgien, appel-
lé Manuch , ou Manuel Soltan : nous tafchons de le
confoler j il nous répond en Italien , qu'il demandoit
à Dieu pardon de fes fautes 5 &; feignant de reprendre
Calabrois, fes clprits , frappa fa poitrine, auec quelques autres ref-
îné gra"nde fcntimens de Chreftien pénitent. Cependant l'allarme
aliarmc. eftoit pat tout cc Chaftcau fur le bruit de cet aflailinat :
l'on redouble les fentinelles , ÔC vne bonne heure du-
rant l'on ne permet àperfonned^enfortir. Plufieurs fui^
ce bruit affeurent auoir entendu tirer vn coup de pi-
ftolet n'y a gueres vers ce quartier , oii eftoit cet homme
blefte : ce qui eftoit faux , &c fembloit neantmoins con-
firmer cet alTaflinat prétendu.
Le Roy commandes Monfîeur d'Oquincour Grand
Preuoft de France, &: de fon Hoftel , de s'informer ce
que fepeut eftre : il s'y en vient , &trouuant cet hom-
me de la forte , le fait porter en la Salle du Bal , où il l'in-
terroge qui l'a bleffé : il répond tout fanglotant &: fai-
fant le piteux, que c'eftoit vn homme efttanger, duquel
il auoit donné aduis , il y auoit defîa quelques iours , à
Monfeigneur le Marefchal de Schomberg , comme il
eftoit vray ; lequel eftranger j difoit-il, auoit deffein d'at-
tenter àlaperfonne du Roy j que l'ayant voulu arrefter
eftant feul , il n'auoit peu , &c qu'il luy auoit tiré à feu
battant vn coup d'vn petit piftolet , qu'il portôit dans
vn gand. Le Sieur le Grand premier Chirurgien du Roy
fe trouue-là qui fonde les playes de ce blelTé , lefquelles
eftoient deux trous , l'vn au delTus , 6c l'autre fous la ma-
melle droite 5 àc par la fonde reconnoift qu'elles n'e-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE ÎIL 315-
ii:oienc pas profondes , & ne faifoienc qu'effleurer la
peau. Ce qui luy fait douter à Tindanc de quelque four- iir.
berie , &C fans faire bruit en donne aduis en particulier ciUélo»*
audit Sieur Grand Preuoft^ qui commanda aufli coft à "'^rte,
fes Archers de le faire porter en fon Hoilel fous bonne
garde , ÔC à l'mftant vient rendre réponfe à fa Maiefté de
ce qu d auoit veu àc appris j ÔC le Roy ayant difné s'en al-
laàlaChaJOTe, ^
L'on fait enquefte plus amplement dé cette affaire^ l"^'- ^
oViM r -rr-»! /Il 1 Coinmif-
cC ai heure melme commilhon elt donnée de la part de res qui in-
faMaiefté àMemeursdeChampigny,&deRoifl>Con- [^Jf"^^^'"^'
feillers d'Eftat pour en informer : lefquels vont à l'Ho-
fiel de la Preuofté où eftoic le bleifé 5 ils l'iiiterrogentj
&C s'informent deluy, de fon nom j de fa qualité, &c de
fa condition. A quoy il leur répond , qu'il fe nomme
Manuch , ou Manuel Soltan , Prince Géorgien ^ fils du
Duc'deCercan, &c qu'il yaenuiron dix ou douze iours
qu'eftant à la Salle du Bal de ce Chafteau , il auoit enten-
du deux hommes qui parloient enfemble vn méchant
langage Grec j l'vn defquels difoit à l'autre, qu'il eftoic
en ce lieu de Fontainebleau pour quelque affaire d'im-
portance èC de fccret, pour laquelle celuy qui l'auoit en-
uoyé luydonnoitvnepiftolepar iour -, l'autre luy fit en-
tendre qu'il eftoit aufli en ce Lieu pour vue affaire pa-
reillement de confequence j &; que s'il la pouuoit exé-
cuter, il eftoit affeuré d'vne bonne &: grande fortune, Sc
d'vne abondance de tous biens : & adioufta en (uitte ce
que deffuSj comme ayant rencontré l'vnde ceux-cy, &C
le voulant arrefter , il luy auoit porté ce coup de pi-
ftolet.
Il eft à remarquer que dés lors qu'il eut donné cet
aduisà Monfeigneurde Schomberg , il demanda quel-
ques Archers du Grand Preuoft, qui luy furent donnezj
lefquels tous les ioUrs fans rien témoigner de cette af-
faire l'accompagnoient de loing , principalement à U
fortiede la MefTe du Roy, &: quelquefois quand ce Four-
be fe promenait dans le Chafteau, afin que reconnoif"
Rr ij
^l6 LE TRESOR DES MERVEILLES
fant ceux qu'il difoit auoir ainli entendu parler , il kà
leur puft monftrer , ÔC les faire arrefter par ces Archers t
mais comme ils ne le fuiuoienc pas continuellement , ce
Fourbe fe voyant ce iour làfeul en ce Lieu, ôcs'eftant au-
parauant fait ces coups èc ces playes , qui auoierit verfé
quelque fang fur iachemifejCefut alors qu'il commen-
ça àfeindrelebleiré,& àiolier fa fourberie j laquelle fut
reconnue* en cette forte.
MelTieurslesCommifTaires après auoir efté aduertis
qu'il y auoit apparece d'artifice,& de malice en cet hom-
me cy ,{ur ce que les playes n'eftoient pas grades, ny pro-
fondesjfirent fouiller,&:vuider lapaillafTefur laquelle il
eftoit couché, où ils trouuerent vn certain ferrement ,
que l'on appelle vn Tire pièce, dont fe feruent les Cor-
donniers : ils l'mterrogent fi c'eftoit àluyce ferrement,
èc s'il le connoiifoit. Aquoyil répond, qu'il ignore ce
que c'eft , &; qu'il ne l'a iamais veu. L'on va auifi toft à
certains Marchands Quinqualliers fuiuans la Cour, qui
auoient eftallé leursmarchandifesenlaruë. Le premier
v. eft interrogé , s'il n'a point vendu ce ferrement à quel-
^"^^^^" ' qu'vn. Il répond que non j mais qu'vn certam, comme
mationj. citonger , affez noir de vifage , lequel il reconnoiftra
bien Ci Ton luy reprefente , luy en auoit demandé vn pa-
reil,il y auoit peu deiours. Vn autre de ces Marchands eft
en après enquis, lequel fait lamefmeréponfe.Etletroi-
fiémc dit , que c'eft luy qui a vendu ce ferrement à vn
homme, qu'il dépeint telqu'eftoit ce Fourbe. Cela fait,
Manuch eft interrogé , s'il n'a pas efté marchander vn
pareil ferrement à ^cs Quinqualliers , &: fî en effet il
n'a pas achepté celuy làd'vn d'eux : il nie que cela foit .
On luy confronte ces Marchands, &c fait-on ledure de
leur interrogat , &: dépofttion : il dénie le touti ôc puis
VI, fe voyant trop clairement conuaincu , il aduouë enfin
fafourbe-*' l^fditcs dépoUtious , èc qu'il eft véritable que l'on ne luy
^'^\ a point tiré de coup de^piftolet, &C que luy mefme s'eft
fait fes playes , eftant le mefme iour de grand matin
dans le lardin du Roy j ôc ce par le moy^n de ce ferre-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE III. 3?/
ment, duquel il s'eftoit feulement leué lapeauenrond,
afin que ces play es parulTen c comme des coups de balles
d'armes à feu. Au refte,que ce qu'il en auoit fait , 8>C tout
l'aduis qu'il auoit donné à Monfeigneur de Schomberg
de ces deux hommes parlans Grec , eftoit vne inuention
qu'il auoit forgée , afin de paruenir à quelque grande
recompenfe de biens, fe voyant enneceifité.
Sur cela fon procès luy eft fait ôC parfait par Meffieurs
les CommifTaires , qui iugeans de fa malice &Ç de l'im-
portance'de cette affaire, en ce que cela pourroit donner
fuiet de douter vne autrefois des certains &C bons aduis
qui fe pourroient faire à pareille rencontre , ils le con-
damnèrent à eftre rompu vif fur vne roue au milieu du
grand marché de ce Lieu, après auoir fait amande ho-
norable deuant l'Eglife du Bourg, &; de la grande por-
te du Chafteau 5 ce qui fut exécuté le mefme iour. Et
à dire vray , il auoit efté caufe d'vne forte àllarme àC d'vn
grand bruit, qui ne fut pas feulement icy , mais dont la
nouuelle ayant efté iufques à Paris deuant que la fourbe*
rie fut découuerte,on creutque l'on auoit attenté à la
perfonne du Roy, &: peu s'en fallut qu'il ne fut caufe d'v-
ne émDtion publique dans cette grande Ville.
Au refte il aduoUa aux Commiffaires quelque peu
deuant fon exécution , qu'il eftoit Calabrois de nation ,
& non pas Prince Géorgien tel qu'il s'eftoit voulu faire
croire , & mourut auec vn grand reffentiment de fes
fautes.
Rr iij
3i8
lE TRESOR DES MERVEILLES
PROMOTION DE XLIX. CHEVALIERS
de l'Ordre du Sain6t Efprit , auec la cérémonie
faite à Fontainebleau.
Chapitre XXVI L
L'An de /^ L'Ordre âc S CheuaUers du
I E s V S-
Christ SainSt Esprip^dcs^lui cek'
* ^ ^* hres qui furent iamais.
IL Plu/leurs motifs ont por-
té le Roy Henry Troifiéme
à l'mfiitution de cet Ordre.
IIL La Salle de la belle Che-
minée dilpojee en ChapeUe»
IV» Ordre des cérémonies,
V, Continuation des cere^
montes.
VL Fepin drejféen la SaUt
du Bal.
VIL Noms des Cheualiers^
I.
L'Ordre
des Chc-
ualiers du
S. E{prit,
des plus
célèbres
qui furent
iamais.
O M M E entre toUs les Ordres de Cheuale-
rie inftituez par nos Roys, il ne s'en remar-
que pas vn , qui en fes ftatuts & en Ton in-
ftitution foit illuflre au poind que celuy-
cy i aufli eft-ce auec grande raifon qu'il eft
auiourd'huy fî recommandable & fîgnalé , que c'eft va
des plus grands témoignages de la bienueillance de (à
Maiefté , des mérites àc de la noblefle de ceux qu'elle dai-
gne gratifier de cet honneur. le n'employeray point le
temps à monflrer que Henry III. en a efhé l'Inftituteur
en l'an mille cinq cens feptante-huiâ: , en mémoire &
a6tion de grâces de ce que le iour de laPentecofte,que
l'Eglife célèbre la mifllon du SaindiEiprit, ce Prince fut
elleu Roy de Pologne , &: qu'à pareil iour l'an fuiuant
il fucceda à la Couronne de France par lamort de Char-
les IX. fon frère. le ne m'arrefteray noii plus à décri-
re particulièrement l'habit , ^\q.s riches ornemens , des-
quels les Cheualicrs de cet Ordre font parez au iour de
la cérémonie , la fuitte de ce difcoùrs en donnant affez
de connoifTance j ny comme au collier de cet Ordre,
lequel eft d'or , fait à Fleurs de Lys , accompagné de-
DE iFÔNTAlNÈBLEAV. LlV^E IIL 519
flammes , & des chiffres èc lettres capitales du nom du
Roy , entrelaflez de noeuds auec vn cordon bleu,où pend
vne Croix façon de celle de Malte, au milieu de laquelle
left vne colombe j ôc qua ce collier Henry le Grand y a
ordonné &c entremeflé des heaumes &c autres armes,
pour marques èc trophées de {es vidoires : cen'eftpas,
dis-ie^mondefTein défaire icy vne ample defcription de
toutes ces chofes ; veu q .'elles font trop connues à vn
chacun.
Mais ie mecontenteray de dire,que comme Henry TîT""
Troilîéme fut encore pouffé à cette inftitution pour Pi^^eurs
mamtenir la Religion Catholique , oC pour reconnoi- porté le
ftredVne honorable recompenfc les bons 6c fidèles fer- f°l^^^''
uices que plufîeurs Princes éc Seigneurs luy auoient ren- ijnftitu.
dus j auffi noftre illuftre Monarque en la prefente pro- ordr©! *^"
motion de quarante-neuf Cheuahers , qu'il créa le quin-
zième de May ionr de la Pentecofte, mille fix cens tren-
te-trois, fut touché de pareil deflein pour la defenfe de
l'Eglife , ôc pour recompenfer quant bc quant plufieifrs
Seigneurs , qui en diuerfes occasions , foit contre les re-
belles Religionaires , foit nouuellemcnt contre diuer-
fes Fadions au preiudice de fonEflat, l'ont fidellement
&: dignement feruy.
L'O R D R E & les cérémonies en furent telles. La Salle 1 1 1.
de la belle Cheminée fort grande &:fpatieufe eftantde- de k^bciie
ftinée pour cette adion notable , fut ornée en la forte Cheminée
. /- .'■ difpofccen
qui luit. Chapelle.
Elle eftoit magnifiquement tapiffée auec les Armes
des Cheualiers tout au tour 5 à l'vn des bouts de laquel-
le du cofté de l'Eilang , il y auoit vn Autel auec vn grand
dais au deffus , le tout orné des riches paremens de l'Or-
dre. Prés de cet Autel eftoit la chaire du Roy couuer-
te d'vndaisf & pas loing de làdumefme cofté fe voyoit
ie banc de Mefleigneurs les Cardinaux,6i derrière eux,
celuy deftiné pour les Archeuefques de l'Ordre,
Et tout proche paroiffoit vn grand échaffaut , pour
la Reyné , les Princeffes èc Ducheffes , auec vu autre
ai^ Le Trésor des merveilles
pour les Filles d'honneur de fa Maiefté.
Il y en auoit vn troifiéme à gauche prés de l'Autel
pour les AmbafTadeurs.
Et ioignant celuy-cy,vii quatrième pour le Garde des
Seaux, ôcpour les Confeillers & Secrétaires d'Eftat,
auec deux autres de part &: d'autre pour la Mufîque de la
Chapelle èc de la Chambre du Roy , qui compofoient
^eux chœurs*
Cela eftant ainfi bien difpofé , le Samedy quatorziè-
me de May veille de la Pentecofte, enuironles deux heu-
res après midy , le Roy fe rendit au Pauillon des Poèïles,
autrement dit leDepartement delaReyne Mère 5 où fe
trouuerent aufli tous les Commandeurs Cheualiers^re-
ueftus de leurs grands manteaux èc coUiers de l'Ordre,
auec les Chcualiers Nouices reueftus de blanc d'vne toi-
le d'argent, la tocque ôccappe noire toute éclattante de
pierreries.
' f^ L'H E V R E de trois s'approchant pour dire Velpres,
Ordre des J^onfieur d'AcheresPreuoft&Maiftre des cérémonies,
nies. ayant receu commandement de fa Maiefté , fit marcher
félon l'ordre qui fuit.
Premièrement , lîx Trompettes 6c (îx Clairons,auec
les Fifres ôc Tambours, tous reueftus de velous bleu.
Suiuoient les Hautbois de pareille liurée de fa Ma-
iefté.
Quelques pas après les Hérauts d'Armes deux à deux,
& le Roy d'Armes de France feul, tous auec leurs coftes
d' Armes, tocques & caducées.
En après fuiuoient le Sieur de Bourg-neuf Huiffier
de l'Ordre auec fa maffe , le Sieur du Pont Héraut de
l'Ordre , ôcle Sieur d'Acheres Maiftre des ceremoniess
puis Meflieurs de Cheury Secrétaire de l'Ordre , &c
BouthiUier Grand Treforier^ eux deux enfemble.
Monfieur de BuUion tenoit le rang d'après , en qua-
lité de Garde des Seaux de l'Ordre , ÔC eftoit feul 5 qui
tous enfemble reprefentoient vne forme de Croix.
Puis l'on voyoit marcher deux à doux les CheuaUers
Nouices,
VJS
DE FONTAINEBLEAV. LlVRE IIÎ. 311
Nouices , èc de fuitte les Commandeurs &: anciens Che-
ualiers à pareil ordre , Ô^auec leurs grands manteaux.
Et après toute cette iiluftrc Compagnie marchoit le
Roy tout feul, en melme habit & ornement que les an-
ciens Cheualiers, auquel Monfieur le Marquis de Genre
portoit laqueuëdumanteauj&Cainiipallanslelongde la
terraiîe de la Cour de la Fontaine , ôitrauerflmt la Salle
des Gardes du Corps , entrèrent en la Salle de la belle
Cheminée , pru'ent chacun leur rang &: leur place : à fça-
uoir les Cheualiers Nouices tous d'vn mefme codé fur Vn
banc à main gauche ; èc les anciens Cheualiers fur les
hauts lièges à droite &; à gauche au deiTous de l'Efcu de
leurs Armes ; les Cardinaux de Archeuefques en leurs
bancsj&cle Roy fous vn dais en la chaire 5 puis l'on com-
mença Veipres.
Le A/lagmficat: eftantacheué , les GheUaliers Nouices
fe vinrent prefenter IVn après l'autre deuant faMaieftéj
& firent chacun le ferment j en fuitte dequoy le Roy leur
mit le cordon bleu, ôC la Croix de l'Ordrej puis changè-
rent leurs cappes en longs manteaux de l'Ordre àfond de
velous noir,couuerts de flammes en broderie d'or ô£ d'ar-
gent, & fur iceux le mantelet de toile d'or à fondverd,
brodé de colombes d'argent ; ôc le tout doublé de fatin
iaune orangéi
Le lendemain lourde la Pentecofte la cérémonie fut ^i^]
continuée, qui commença par vne Proceflion folennel- Connnua-
le de tous les Cheualiers reueitus de leurs grands man- cercmo.
teaux de l'Ordre èc colliers par delfus, dans la mefme diP
poiition que le iour precedent-
Le Clergé marchoit le premier, où officia & célébra la
MelTe en Pontificat Monfeigneur le Cardinal de Lion
Grand Aumofnierjaflifté de deux Abbez mitrez,de Dia-
cres, Soufdiacres& Acolytes: cette ProceflionfefitdeP
cendantdelaSallede la belle Cheminée par le rampant
de l'efcaher qui eft du cofté de l'Eftang , &: montant par
l'autre rampant qui va à la Salle des Gardes du Corps , &:
delà en la Chapelle ou Salle de ladite belle Cheminée.
Sf
mes.
I2.i Lé Trésor des merveilles
Quand Ton vint à rOiFrande, le Roy fit la fîenilc te-
nant vn cierge blanc en main,auec trente efcus d'or,por-
tez&prefcntez defapartparMonfeigneur le Prince de
Condc, & après tous les Cheualiers firent la leurjchacun
d Vn cierge bc d'vn efcu d'or.
En fiiitte quand l'on fut à la Communion , le Roy s'y
prefenta le premier, & tout feul , témoignant fa pieté ôc
deuotion ordinaire j puis tous les Cheualiers firent le
femblable. Et laMeffe eftant finie,
VI. L'ON entraaufeftinquiefboitdrefTéenlaSalleduBah
ftfrlîa'saU ï^/ ^^^i^^ ci"ois tabks i Tviie &: lapremiere qui eftoit celle
le du Bal, du Roy, tout au bout vers lârCheminée où il eftoit feulj
deux autres vers le milieu de la Salle , IVae à droite, Sc
l'autre à gauche , où eftoient tous M" les Cheualiers ôC
Officiers de l'Ordre rangez tous d'vn feul coftc.
Les Vefpres fe dirent en fuitte enuiron les trois heures ,
pour les CheuaUers trépaffez , la SaHp àc Autel eftans
alors tous changez en deUil,auec vne grande Chapelle
ardente, comme aufll tous M" les Cheualiers en habit
de deliil, & le grand colUer de l'Ordre deifus.
Et toute cette cérémonie s'acheua le lendemain par
vne haute MefTe des Morts,qui fe célébra aumefine lieu
parMonfeigneurl'Archeuefque de Narbonne.
Voicy les noms des Cheualiers Commandeurs j faits
en cette promotion.
VII. I. Monfeigiicur le Cardinal Duc de Richelku.
chrul.''^ n. M. le Cardinal de la Valette.
licrs.
IIL M. l'ArcheuefquedcParis.
I V. M. r Archeuefque de Bourdeaux.
V. M. r Archeuefque de Narbonne.
VI. M. le Duc de Longucuille.
VIL M. le Comte d'Alais.
ÏIX. M. le Comte de Harcour.
IX. M. le Duc de la Tremouille.
X. M. le Duc de Briïfac.
XI. M. le Duc de Caudale.
DE FONTAINEBLEAV. LjVR^IIL 325
XII. M. le Duc de la Valette.
XIII. M. le Duc d'Hailuin.
XIV. M. le Comte de Tonnerre. (
XV. M. le Marefchal d'Eftrées;
XVI. M. de Vaubecour.
XVII. M. de Seneterre.
XIIX. M. le Vicomte de Pompadpun
XIX. M. le Comte de la Mark-bouillon.
XX. M. le Marquis de Nefîe.
XXI. M. le Marquis de Cordes. •
XXII. M. le Comte de Lannoy.
XXI II. M. le Marquis de Varennes.
XXIV. M. le Mareichal de Brezé.
XXV. M. le Comte de Brafîac.
XXVI. M. le Marefchal de Toiras.
XXVII. M. le Comte de Noailles.
XXIIX. M. dePoyanne.
XXIX. M. le Marquis de FolTez.
XXX. M. le Marquis de Bourbonrie,
XXXI. M. lé Vicomte de Polignac.
XXX I I. M. le Vicomte d'Arpaion.
XXXIII. M. le Marquis d'Aluye.
XXXIV. M. le Comte de Sault.
XXXV. M. le Marquis de Frangipani.
XXXVI. M. le Comte d'Orual.
XXXVII. M. le Premier.
XXXIix. M. le Baron de Pont-Chafteau.
XXXIX. M. du Pont de Courlay.
XL. M. le Marquis de la Meiileraye,
XLI* M. le Marquis de Mortemar.
XLII. M. de Villequier.
XLIII. M. le Comte de Tournon.
X L I V. M. de la Mailleraye.
XLV. M. le Comte de Thianges.
XLVI. M. le Marquis d'Ambres.
XLV II. M. le Comte de Parrabere.
XL VIII. M. le Marquis de Montcaurel.
se ij
^324 Le TREsok DES Merv. DE Font. Li?. Ilï.
XLIX. M. le Marquis de Bentiuoglio.
Deux mois ou enuironauparauant cette promotion,
Monlîeur de Bullion,&;Moniieur Boucliillier^ tous deux
Sur-Intendans des Finances , furent tionorezpar faMa-
iefté du cordon bleu , en qualité d'Officiers de l'Ordrej
le premier pourueudela charge de Garde des Seaux de
rOrdre,en la place de Monfîeur le Marquis de Chafteau-
neuf j & l'autre de Treforier du mefme Ordre, auec la
furuiuance pour Monfîeur de Chauigny fon fils. Secré-
taire d'Eftat.
Deuant que donner fin ace Chapitre, ilnc ferapas hors
de propos de remarquer, que le iourdelaFefle-Dieu de
cette mefme année, le Roy eftant encore en ce lieu de
FontainebleaUjily touchales malades écroiiellez,qui fu-
rent comptez au nombre de douze cens foixante ôtCneui^ .
defquels il y auoit deux cens foixante&fîx Efpagnols,
&C les autres de dixierfes nations : Cérémonie qui fe fie
dans la grande Allée Royale du lar din des Pins , lieu or-
dinaire. Tay mémoire d'y en auoir veu vne autrefois
iufques au nombre de quinze cens vingt-trois.
FIN DV III. LIVRE.
T R É's O R
DES MERVEILLES
DE LA MAISON ROYALE
DE FONTAINEBLEAV-
LIVRE Q.VATRIESME,
TR A ITT ANT
DF BOVRC , ET DE LA FOREST DE
Fontatnebleati , auec leurs appartenances & dépendances.
DV BOVRG DE FONT AINEBLEAV.
Chapitre I.
/. V'Vtilité quapporte a
cette Mat/on Royale fin
Bourg, & fa Foreft.
IL Quand ce Bourg a com-
mencé de s'accroijire.
I IL Nombre d'JJoflels baflis
en ce Bourg,
JF^.Ce Bourg beaucoup au-
gmenté fous Henry I f^.&
Louys XI IL
V, T>efcrïption de la grande
Fglifi de ce Bourg.
VL ^ Premier Chapelain efia*
bly en cette Egltfe.
VILPreuopé Royale de ce
Bourg y & les lieux qui en
rejfortijfênt,
VlIl.Acqmfition faite par
Henry le Grand de par-
tie de ce Bourg , & ds
la Seigneurie de Adon"
ceau.
Sf iij
5^^
Le Trésor des merveilles
I.
L'vtilité
qu'apporte
i cette Mai-
Ion Roya-
le , fon
Bourg , ôc
fa Foreft.
II..
Quand ce
Bourg a
commencé
de s'ac-
croiftrc.
N T R E les fingulieres merueil-
les décrites aux Liuresprecedens^
qui rendent recommandable cet-
te Maifon Royale, fon Bourg, ôC
fa Foreft ne contribuent pas peu
pour fon accomplifTement , puif-
que l'vn fert de logement com^
mode à ceux qui fuiuent la Cour,
6c l'autre d'cbat, &; d'agreabk di-
UertifTement àfaMaiefté parmy leplaifir déroute forte
de Chalfes : fans lefquelles ce Palais fembleroit en quel-
que façon n'eftre pas accomply , ôC aucc lefquelles il a
tout ce qui (e peut defîrer , fbit pour la beauté , foit
pour IVrilité du feiour. Parlons premièrement du
Bourg, ÔC après de laForeft.
Il eft certain, que depuis la fondation de cette Mai-
fon, il y a bien eu toufiours aux enuirons quelques loge-
mens particuliers d'Habitans , principalement en cet
endroit, où eft auiourd'huy la Rue balTe j comme aulli
en cette part , où font les lardins àes Pins 6c des Ca-
naux , vers la Fontaine dite de Fontainebleau : ces
lieux làayans efté choifis d'ancienneté, attendu qu'ils
font arroufez de diuerfes fources , qui les rendent
plus fertils que les autres* Mais il eft vray aulli , que
ce Bourg a efté vn affez long temps fort petit , ôC qu'il
ne s'eft accreu en vn fi grand nombre de maifpns , com-
me il eft auiourd'huy , qu'elles compofent vn gros
Bourg, que peu à peu , &c par vne longue fuitte d'an-
nées , fous les Règnes de Saind; Louys ^ de Philippe le
Bel, de Charles IV. de lean, & de Charles VII. ôc par-
ticulièrement fous les Roys François I, Henry II. &
Charles IX. àcaufe du feiour fréquent qu'ils y ont fait.
Ce qui occafionna alors plufteurs Princes, dc Seigneurs
d'y baftir chacun vn bel Hoftel, du nombre defquels fe
voyent encore auiourd'huy ceux de la. Roche Sur-Yon
dit maintenant de Montpenfier , de Soiffons, de Van-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IV. 517
dofme autrefois appelle le grand Nauarre , le petit Nâ- ^ ^ ^ •
uarre, de Bourbon àprefent ditdeLomenie,d'Angou- dHoftds"
Icfme , de Gnife , de Cheureufe autrefois de Conty , de ^^^'^^" «e
Rohan, de Nemours dit autrement le petit Ferare , de
Neuers , de Martigue , où elt baftie la grande Eglife du
Bourg, deSauoye aprefent l'Hoftel de Schomberg,dé
Montmorency , de Danuille, de Rets, de Villcroy , de
Fleury , de Randan maintenant de la Roche-Foucauc.
Outre ceux defquels il a elle parlé cy-deuant ,,à (ça-
uoir de la Chancellerie , du Grand Preuoft de France,
6c d'autres.
Mais fur tout ce Bourg a efté de beaucoup augmen-
té fous Henry le Grand, la Maieftc inuitanc vn chacun
d'y baftir jiufques adonner mefîiie des places à des par-
ticuliers àcedelTein. L'HofteideMontigny, deRofny,
& de Bethune , font de fon temps.
E T fous Louys XIII. auiourd'huy régnant , iî la iv.
efté aufli,non feulement de plulîeurs mailons départi- i^f^^°^^^
culiers , mais encore de quelques Hoftels j à fçauoir de augmenté
celuy de RicheUeu , de BalTompierre , de Trefmes , êC ry"i v.^&
dVn bon nombre d'autres maifons appartenantes à des Louysxur.
Confeillers d'Eftat, Officiers de la Maifon du Roy, ÔC
de la Réy ne , du Confeil , &; de la Chancellerie j fans ou-
blier celles des Genfdarmes de la Garde , des Gai^-
des ElcoiToifes dite l'Hoftel d'EfcoJÛfe , des Gardes du
Corps Françoifes, des Gardes de la Porte , des Trefoncrs
de l'Efpargne , des Parties Cafueiles , 6cc,
Ce Bourg eft aprefent en tel eftat, que l'on y compta
aucc {es appartenances , iufques à huit cens mailons
d'habitans» ^
O R entré Tes édifices celuy de la grande Eglife eft v.
fort conliderable; Elle eft au milieu du Bour^ en lap„on"dc
grande rue, & a efté baftie de noftre temps par Louys '^S""'^
XIII. au commencement de fon Règne. Huit Cha- sSurg.
pelles i quatre de chaque cofté , auec la eroiféc , où il y a
encore vne Chapelle de part àc d'autre , embelhifent
fort ce T&mpie,qiLe faMaiefté a fait cnnciiix de Pein-
e
ece
^i8 Le TRESOR DES merveiLles
turesjtant en fa voûte , qu'en tous {ts parois î& ce par
les foins de Monfeigncur de Noyers : particulièrement
le grand &C principal Autel , orne dVn beau retable , oii
font deux colomnesCorintheSj chacune de vingt pieds
de haut , le tout enrichy d'or j auec vn excellent Ta-
bleau de treize pieds de haut, &: huit de large, lequel eil
du Sieur Varin: en ce Tableau eft reprefenté le Paraly-
tique guarypar le Fils de Dieu auprès de laPifcine Pio-
"batique*
VI. Le Roy a eftably en cette Eglife deux Chapellains^
ch^*^"inn ^°^^ le premier qui a commencé àladelferuir, &: yce-
eftably en lebrcr le feruice diuin, fous l'obeyflance èc la charge du
cette Egh- p^^ p^^,^ Miniftrc & Supérieur de noftre Conuent de la
Sainde Trinité de ceChafteau ,a efté le Père Frère lean
Carron i où après huit années de feruice , &C auoir rendu
au public des témoignages d Vne pieté fignalée,&;dV-
ne vie exemplaire, &; fort religieufe, regretté dVn cha-
cun , il trépaffa le feptiéme iour de luillet l'an mille fix
cens trente vn : duquel voicy l'Epitaphe pofée en cette
Eglife en la Chapelle de nolire Dame du Rofaire,
D. O. M.
-•î:- 1 Dtmorttias 'vmificandi corporis exuuidf , hk pofuk
ïjb F. loannes Carron Preshyter Regij San^ïfimA "Tn-
ii'Mtatié Cûfjuentui F ontis' bellaqua jhic omnium frimtif *
a Pâtre diéfi Conuentîn Minifiro fdeùtus in hocTem-
ploy qtiodjacra Ludouiâ Xlll. Harejts Demitoris , &
lufti peîas in ipfis imperij inittis Deoftruxit , Regali
fiipendio ver annos oàofumma cum 'vigilantta3& iau-
de diuina obiit munia , njitdmqae claufit AtatU anno
quinc^uagifimo qumîo , parU/alîitis M . VI. XXXI.
Augtijit die JcfUma.
Bene precatus Le^ior abi.
Immédiatement après le deceds dudit Frère leaiî
Carron
DE FONTAÏNEBLEAV. LiVRE IV. 51^
Carron , y a eflé mis en fa place , &: qualité de Chape-
lain , Frère Georges Morloc , qui y deffert encore au-
iourd'huy j èc ce fous la mefme charge , & robeylTancè
duR. PereMiniftre, &c Supérieur dudit Conuenc.
L'honneur èc la bienueillance que i'ay receu du feu
Reuerend Père Frère Pierre Pépin Miniftre , & Supé-
rieur de ce Conuenc mon Deuancier, m'oblige pour re-
uerer fa mémoire , qui eft en benedidion , de faire icy
mention de luyjnonfeulementparceque cctteEglifea
efté édifiée, ôi commencée à eftre defferuie fous fa char-
ge & adminiftration 5 mais encore d'autant qu'il eft le
premier, qui fous cette qualité y a efté inhumé : duquel
voicy l'Epitaphe , que i'ay fait mettre fur fa folTe , qui
eft au milieu de la croifée prés de la marche du baluftre, '
èc des degrez du Chœur.
D. OPT. M.
Attendke Mortales, R. T. Fr. Petrus Pefin Tre-
cenfis j RegiJ Fontis Blaudt Conuentus Ordtms Sari"
BipimATnmtatu , &Redempttoms Caftimmm Mi-
nifier fer an. XXV. Montur XXIV. Decembris, An,
M. DC. XXXV. j^îatli'LW, Inuidtïfimo ifemfér"
me Auguflo Régi nofiro Ludouico XI IL à Conpïns,
&EleemoJyms. Homo njere "Vius, ac SagaXy éffa"
f>ra Antecejfores Prouidus. Hoc conditur Tumulo, At-
tendite fortem i & date Preces.
Pofuit Succejforis Pietas,
Ayant parlé des édifices de ce Bourg , il refte à vu.
dire vn mot touchant fa luftice , ôc (ts dépendances. R^Te°dc
C'eft vne Preuofté Royale , qui confifte en vn Preuoft, ce Hourg,
Confeiller, Commiftaire Enquefteur, Ciuil & Criminel, ^u!"n''"!
auec vn Procureur du Roy , à: vn Greffier. Elle s'eftend rortifl^em.
en quelques Villages &: Hameaux qui en refforcifTent,
comme Auon , le Monceau , haut &: bas Changy , ÔC les
Te
33^ ^^ TRESOR DES MERVEILLES
fiafTes Loges , Haut Se Bas Samois , qui eftoic autrefois
vne petite Ville , le Village de Boifleroy , auec fes Ha-
meaux ,Brofles , les Hautes Loges , Sormefe , la Caue, Ô£
la Ruelle.
Henry le Grand confiderant que dans ce Bom-g de
Fontainebleau, le Seigneur du Monceau auoit droit de
Fief &; Seigneurie fur partie de quelques maifons fizes
en la Rue baffe , du cofté où eft de prefent l'Aqueduc,
que le Parc de ce Chafteau eftoit fur ladite Seigneu^
rie de Monceau , èc mcîiTie vne partie du lieu , où eft
maintenant baftie la Cour des Offices jtraittapour ledit
Fief & Seigneurie du Monceau , auec la Dame Gabrielle
d'Allonuilie , veufue de feu Meffire Guy de Roche-
chouar. Seigneur de Chaflillon leRoyjÔC duditMon*
MqmCi- ceau, èc Dame de S. Cyre j où par contrad paffé parde-
tion Elite uant Liebaut Notaire au Chaflelet de Paris, en datte du
fj" Gran/ neufiémc d' Auril mille f Ix cens neuf, fa Maiefté échan-
àcp^nicàe ^^ ^ ^ permuta auec ladite Dame , les terres de Sur/
&deiasVi- Saind Romain ,Montechamp , &; Saind Marcellin , fî-
lioncelu " t^^2 ^^ P^y^ ^^ Forefl, du Domaine de fadite Maieflc;
pour laquelle ftipulerent Meffeigneurs le Chancelier
de Sillery , le Duc de Sully Grand Maiflre de l'Artille-
rie , &: Sur-Intendant des Finances , &C le Sieur le Gras
Trefoner General de France : ôc ainfi le Roy eft demeu-
ré entier, & feul Seigneur h aut6c bas luflicier de Fon-
tainebleau, du Monceau, d'Auon, de dépendances.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE lit.
m
DES PRIVILEGES, ETIMMVNITEZ
données aux Habitans , &; ParroifTe de
Fontainebleau»
Chapitre II.
/ Motifs qui ont inuitéplu-
fieurs de nos %ojs a fauo-
nfer ce Bourg de Primle-
ges,
IL Plu/ieurs Chartes tou-
chant ce Bourg & Parroijfe.
JILLe Roj Loujs XII J. a
particulièrement fauorije
ce Bourgs Ç^fi^ Habttans.
IV, Deux Foires franches
par an , oâtroyées à cç
Bourg.
K. Pnuilege particulier du^
Tant lefetour de la Cour.
V I vpudroit rechercher les motifs , qui i.
peuuent auoir inuité plufîeurs de nos om muué*
Roys à fauorifer ce Bourg , ôç toutes les piufieurs
dépendances de cette ParroifTe, des Priui- à fauonfcr
leges & immunitez defquelles ils ioU-yf- ^^ p"""^!
fent ) trouueroit que la naiflance en ce Lieu de quelques gej.
vns de ces iliuftres Princes , & autres femblables rair
fons, n'ont pas peu contribué pour leur départir ces far
ueurs : mais fans m^arrefter dauantage fur ces confîde-
rations, ie me contenteray de dire , que la fondation dç
cette Maifon Royale en eft IVne des principales : iu-
geans bien raifonnable , que comme ainli foit que les
Monarques font autant de Soleils radieux dans leurs
EftatsjaufTi femble-t'il eftre de iuftice,que les lieux dç
leur feiour plus ordinaire , ou à tout le ^iioins qui ont
l'honneur de leur appartenir , fe reffentent plus partir-
eulierement que les autres des gracieux afpe^s,$c des
douces influences de leur bienueillance.
Enquoy certes Fontainebleau a iufte occaflon de (è
louer , dont ie pourrois icy produire des amples , &: t,resr>
anciens témoignages de fes oâiroys ôC Priuileges , fl Ift
longue diftance de plufieurs fiecles ;, §C les inmrej ^ç/?
Tt ij
3^1 Le Trésor des merveilles
sucrres n'auoient caufé la perte des plus anciens : fi bien
que pour ne tomber derechef dans vne pareille difgrace;
mais bien au contraire conferuer la mémoire de ce qui
nous en refte , i'ay creu eftre à propos d'en faire le re-
cueil, &C le fommaire fuiuant.
~~ii. L A Charte , & les Titres plus anciens qui nous foient
r-^™!"" demeurez fur ce fuiet, font du Roy Charles V. donnez
'^^ n liI CCS '
touchant àNcmours 5 au mois de Septembre l'an mille trois cens
icgesdece foixautc &:fix : par lefquels il appert des,anciens Priuile-
fA-'âfl" ^ §^^ ' ^^^ ^^^^ ^^ ^^ ^^ ' qu'en confirmant les oârroys
I ? 66 donnez pat les Roys fes Predecelfeurs aux Habitans de
Fontainebleau^, &; de la Parroiffe de ce Lieu jil leur auroic
continué les mefmes grâces 6c Priuileges fuiuans 3 fça-
uoir que comme de temps immémorial ils auroient eu
droit, il veut aufli qu'vn chacun d'eux y tenant feu &:
hoftel de quelque faculté qu'il foit , ioiiyffe du mefme
Priuileee »de pouuoir mettre es vallées de laForeft du-
dit lieu cinquante Pourceaux par an,ôc les y tenir tant
qu'il leur plaira j à la charge qu'en cas que la paifTon fufl
0. vendue par le Roy , de payer aux Marchands de ladite
paifTon trois deniers parifis pour chacun Pourceau de
pénage ; ôc fi elle n'eft vendue , les y mettre , & tenir
franchement.
'- Item, qu'ils pourront mettre dans les fins & mettes
Hefdites vallées des Vaches tant qu'ils en peuuent auoir,
6c aulTi en certains lieux de ladite Forell y faire paflurer
leur s Brebis.
"^ D'ailleurs par toutes les vallées de ladite Foreft ont
B£ auront vfage au bois fcc au crochet , au bois voly,
cheuôccafTé par force de vent,foitleboisverd,oufec,
s'il ne tient à terre.
Et outre ce ont 6C auront vfage de foyer , ou faire
foyer herbe pour leur vfer feulement es terres defdites
vallées, depuis la Natiuité deSaind lean Baptifte, iuf-
ques àlaFefte de laDecolation d'iceluy, 6c dudit her-
bage faire leur volonté l'vn vfager à l'autix, &: non au*-
trcmentjce font les mots de ladite Charte.
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IV. 535
Le Roy Charles VL par autres Lettres Patentes en
jFbrme de Charte, données à Paris au mois de Décembre
mille trois cens quatre-vingts neuf, fignées Charles ,&: I3^9-
fur le reply, Par le Roy, Remond, oc feellées en cire verte
fur lacs de foye , a confirmé èc approuué lefdits Priui-
leges.
Le Roy Charles VI IL a pareillement approuué èC
confirmé lefdits Priuileges,par Ces Lettres données à Me-
Ivin au mois de Décembre l'an mille quatre cens qua- 148/.
t^e-vingts cinq.
Le Roy Henry Second par fes Lettres données à Blois
au mois de Décembre mille cinq cens cinquante &: vn, 1551-
fignées Henry , &: fur le reply , Par le Roy, Pied de fer , dC
fellées en verd, a confirmé les Priuileges quedeflus.
Le Roy François Second n'a pas témoigné moins de
bienueillance pour Fontainebleau que lés Predecef-
feurs, ayant confirmé lefdits Priuilegesj comme il appert
par fes Lettres Patentes , données en ce Lieu au mois
d'Aouft mille cinq cens foixante , fignées François , ôc i/^o,
fur le reply , Par le Roy , Briffet , & feellées comme
deifus.
Le Roy Henry III. par [es Lettres Patentes données
à Paris âu mois de luillet mille cinq cens foixante &: i J7J-
quinze , fignées Henry , &c fur le reply. Par le Roy, Ver-
din, & feellées, a confirmé lefdits Priuileges.
-^ Le Roy Henry IV. par Ces Lettres Patentes données
àParisaumoisd'Odobre mille cinq cens quatre-vingts 1 594»
quatorze , fignées Henry , &; fur le reply , Par le Roy,
de Verton, Se feellées , a confirmé ces mefi-nes Priui-
leges.
Le Roy Louys XI II. a encore plus fauorifé ce Lieu
que les Roys fes Predeceffeurs , par fes Lettres données
icy l'an mille fix cens treize, fignées Louys, &: fur 1ère- ^^^h
ply,ParlcRoy, de Verton, àc feellées.
Toutes lefquelles Lettres ont efté enregiftrées au ^^^•
.-r 1 ^ -^ 1 ^ , -r. ,- n ^^ LeRo
Greffe des Grands- Maiftr es , Enquefteurs &; généraux Louys
Roy
Réformateurs des Eaux ôi Forefts de France, en leur^J^^J^j^^,
Te
"J
^^4 Le Trésor peîs merveilles
rcment fa Sicgc de la Table de Marbre du Palais à Paris, notlm-
Bourg & ment les dernières du Roy Louys Treizième auiour-
fes Habi- (J'huy régnant , enregiftrées le dernier Décembre mille
fîx cens treize , par Prouçndier Greffier , &c enregi-
ftrées encore au Greffe de la Maiftrife particulière des
Eaux èc Foxefts du Baillage de Melun , au Siège dudit
Fontainebleau j comme il fe voit fur le reply defdites
LettreSjle treizième lanuier mille fix cens dix-neuf , par
Langlois Greffier.
Sa mefme Maiefté a encore oâ:royé audit Fontaine-
bleau par fes Lettres Patentes données à Paris au mois
\6i6. a Aoull l'an mille fîx cens feize , deux Foires franches,
"~ivT~ durant chacune trois iours : La première, au iour de la
Deux Foi. pef^e Je faind Cofme àc faindl Damien , iour de la Naif-
rcs frân-
ches paran faucc de fa Maicfté , àc l'autre le lendemain de la Fefte
cfiolug.^ desRoys : lefquelles Foires pour bonnes confîderatio'nç
fadite Maiefté par autres Lettres Patentes , donnée^
1615. audit Fontainebleau au mois de Juin l'an mille fix cen?
vingt-trois , a changées ôcremifesj la première, auleiv
demain de la Fefte de la Sainde Trinité j &: la féconde, Iç
iour d'après la Fefte de fain(5lc Catherine yingt-ciii^
quiéme de Nouembre.
De plus par autres Lettres Patentes, fignées Louys,
ôcplus bas , Par le Roy j de Lomenie , feellées en verd , 5C
données à Sain6t Germain en Laye au mois de Df cem*
1635. bre mil fix cens trente-trois , en fuitte d Vn Arreft du
Confeil d'Eftat & Commifiiofî fur iceluy , dqnné à Pa^
fis le vingt-troifiéme luin mille fix cens trente-trois, fi^
gné de Lomenie , ôc fcellé , & enregiftré en la Chambre
des Comptes le vingt-troifiéme de luillet enfuiuant,fa-
dite Maiefté a abonné par chacun an lesHabitansdudit
Fontainebleau,ôC de la Parroiffe de ceLieu,à la fomme de
deux cens liures tournois pour toutes Tailles , Taillon,
Creuès, Leuées ordinaires &:extraordinaires,faites& à
fairej&:ceenconfideration(commeportent les Lettres)
de l'heureufe Nailfance de fa Maiefté audit Fontaine-
bleau , &: du fainâ: Sacrement de Baptefme qu'elle y a
DE FONTAINEBLEAV/ LiVRË IV. ^3f
receu, comme auffi àcaufe delà fterilité du pays , ôc du
degaft fait en ce mefme Lieu par le grand nombre des
belles faunes, èc noires qui font en la Foreft , coliferuées
pourleplailirde fa Maieftéj ôc autres bonnes conlidera-
tions qui l'ont meuè" à faire cet abonnement avi lieu du
Taillon que lefdits Habitans. payoient auparauant : le-
quel abonnement a efté depuis confirmé par autres
Lettres i'atentes données à Saind Germain en Laye au
mois de Décembre mille fîx cens trente-quatre , portant i <$ j 4,
dérogation à tous Ediéis èc Ordonnances faites au con-
traire, enregiftrées à la Cour des Aydes le dixième de
Mars mil iîx cens trente-cinq. Et depuis encore ladite
Maiefté a confirmé cet abonnement par Arreft de fon
Confeil d'Eftat, ligné Bordier,& Commilllon fur iceluy,
feellé du grand Seau de cire iaune , datte du dixième de
Mars mille lix cens trente-huiâ: , portant defenfe aux i ^3 8,
Eleus de Melun de comprendre lefdits Habitans aux
Tailles, ny aucune leuée à faire , plus qu'à ladite fomme
de deux cens liuresj nonobftant la reuocation faite par la
Maiefté de tous les abonnemens , laquelle n'auroit effet
à l'égard defdits Habitans , 6c fans tirer a confequence
pour autres 3 le tout enregiftré au Greffe dudit Melun.
Par Arreft du Confeil d'Eftat tenu à Fontainebleau,
contradidioirement rendu entre le Fermier des Aydes
des huid-6cvingtiéme,6£ les Habitans dudit Lieu, pour
raifon du Vin vendu en gros,ÔC en détail audit Fontaine- ~^y
bleau , iceux Habitans ont efté conferuez aux droids an- Priuikgc
ciens & Priuileges , dontils ont touiiours louy oCiouyl- durant ic
fent, de ne payer aucune chofe pour ledit Vin , vendu ô^[^ c"oun^
débité tant en gros qu'en détail , foit de leur cru ou
achapt, pendant que fa Maiefté , Cour,&: fuitte font leur
feiour audit Fontainebleau j &: iceux déclarez exempts
dudit droid de huidiéme & vingtième pendant ledit
tempsi &: defenfe à Maiftre Pierre de Monceaux lors Fer-
mier defdites Aydes , &: à fes fucceffeurs en ladite Ferme
de troubler , hy empêfcher lefdits Habitans en ladite
exemption ÔcPriuileges, à peine de tous leurs defpens.
336 LE ITRESOR DES MERVEILLES
dommages èc interefts : ledit Arreft en datte du iîxiémc
d'Aouft mille Hx cens vingt-cinq , iignc Bertrand.
En (uitte duquel faMaiefté leur a donné fes Lettres
Patentes en forme de Charte5Confirmatiues dudit Priui-
iege, en datte du huiâ:icme d'Aouft mille fix cens vingt-
€inq,ilgné Louys , ôc plus bas , Par le Roy,Potier, &c feel-
iées du grand Seau: le tout enregiftré où befoin a elle.
DE SAINCT PIERRE D'AVON,
Parroifle de Fontainebleau.
Chapitre IH.
/. oAiion Tarmjfe de ce
Bourg,
IL L'eftenduë de cette Far-
roijfe,
ÎIL Les Cœurs du RoyThi-
lippes leBely&dc la ReJ»
ne fa femme , inhumez^ en
CEglife de cette Parroiffe,
I V, Vne Verrerie Rojak
icj efiablie.
Vis Qv e mon delTein eft en ce quatrième
Liure,detraitterdes dépendances de cette
Maifon Royale j ayant parlé cy-defTus de
fon Bourg , Tordre femble requérir mainte-
nant de dire vn mot touchant TEglife de
cette ParroifTe.
I E L L E eft fituée dans le village appelle Auon , diftant
roï de ce ^*vn quart de lieue ou cnuiron de ce Bourg, laquelle por-
èourg. iQ le nom de faind: Pierre , parce qu'elle eft dçdiée a Dieu
fous le patronage ^Imterceflion de ce Prince des Apo-
ftres : de fçauoir quand l'on a commencé delà baftir , ie
n'en ay pu rien apprendre, n'y en ayant aucun mémoire}
mais bien fe trouuc-t'il qu elle eft vne des plus anciennes
de toute la contrée,ÔC de ce Diocefe , ôc Archeuefché de
Sens.
Il y aplus de cent ans qu'elle eft annexée;,^ vnie à no-
ftre Conuent de ce Chafteau*
L'esten-
!>£ F O N T A ï N E B LE-A V> - L ivi. Ë ' f V. 557
L'EST END VE de cette -Parroifreeft grande 5 '(tacctu- Tï.
tre le Bourg de Fontainebleau &: le villaged' Auon,'elk)a J'^^'f^^^^f ^^
encore les hameaux du Monceau , du hiut & bas Ghan- PanoiiVe.
gy i'^;des BaiTes logêg , le coût montant -auprès de trois
mil-le Gonimuniâ4is. T-> -'^-'j
^ - -C E -qu'il y a de plus remarquable en l'Eglife âpèGtte. 1 1 1.
î*ârî?ofl&,cfl: vne tombe de pierre de-Hxpifed^ de Igà^ ^ara^J "
^jTois de iarge ,poiee dans la Nef à main droite au '^elilis f" g'jPPf^^
des fonds , fur laquelle font grauez deux portrait? i 4V4i la Reyne
d'homme & l'aUtre de femme 3 qui fôiit fort efe:eZj.J^j^'"^'^'^^'
mais qui paroifTent encore vn peu 5 aûtôui- dç ^ëtfeenlEghre
1 n A- r o ' • 1 de cette
tombe le nient ces mots grauez o^ écrits en lettres an-pj^Qj^re.
ciennes èc Gothiques.
ICY G I ST. LE KOEVR NÔSTRE SIILE LE ROY
DE FRANCE ET DE NAVARRE, ET LE KOEVR
MADAME IEHANNE'KENE DE FRANCE
ET DE NAVARRE, QVI TRESPASSA L'.AN
DE GRACE M.ÇCC.IV. LENDEMIN DE LA
SAINCT ELOY D'YVER MOIS DE DECEM-
BRE. PRIEZ POVR LY.
s _
Il appert de cette datte &:infcription, que ces Coeurs
font, î'vn de Philippes Quatrième furnommé le Bel,&:
l'autre de la Reyne fa femme 5 combien que quelques ^-«^'"««i
Autheurs écriuent que celuy de ce Roy eft inhumé en fr^„tia
l'Abbaye &;EgHfedes Rehgieufes de faind Dominique'*^- 7-.
de Poiffy, laquelle il auoit fait édifier en l'honneur de
fonAyeul Saiiï6lLouys.
Que s'il y a lieu de douter quant au Goèur Aé ce
Roy decedé en cette Maifon Royale ( comme nous
auons remarqué amplement çy-delTus , ) il n'y a point
au moins d'apparence, veu cette Tombe èc cet Epita-
phe, de ne pas croire que celuy de cette Reyne lean-
ne ne repofe en cette Êglife j veu que la datte de cet
Epitaphe décrit iviftement l'année qu'elle trefpaffa , &C
que l'on ne remarque point que fon Cœur ayt efté
Vu
53^ Le Trésor des Merveilles ;
mis ailleurs j mais bien foii corps en rEglife des ^or-
deliers de Paris. -» -r-
Plufîeurs ouurages (înguliers qm fe voyent icy du
feu Sieur du Bois , Peintre fort renoiiimé j duquel il a
efté parlé cy-defïus , m'obligent à jae; le pas. <3ubl:ieri,
puifqu'il eft inhumé en cette lEglife , fous vne tombe
à cofté du Chœur à main droite deuant laiCkapelMde
la Vierge: lequel trefpaffa le yingt^feptiémç iour d-e
Décembre mille lix cens quinze. jpjïl un , jbnoie^b
Dans le Choeur en vn pillier à main droite efl cet au-
tre Epitaphe:
D. O. M.
Fraterjoannes des Eaux, Trefhjter Conuentus
Regij Fontis Bellaquenfis , Ordmis fandïfimA
Trmitatis Profejfm Me iacet , qm pofiquam fer
annos viginti qumque "vice Patris J\dmiJ}n diéii
' ConuentHS fiUïcïtudinem huins EcclefiA ftrenue
gefsit^ohitt omnium cum luéiUyAtatis anno fexa^
gefimo quint 0, refaraufalutis anno M. V 1*" XXXI.
die vero menfis lultj v 1 1.
Frecare Leâior, te flmilis exitus
maneP,
-— ^ — P R O C H E de cette EgUfe vers le Septentrion, SC
Vnc Ver- immédiatement au bout du Parc de ce Chafteau , eft
l"k ^c°r" ^^ Maifon Seigneuriale du Monceau j où l'année palTée
biie. mille fîx cens quarante &;vn, a efté eftablie vne Verrerie
Royale, par Lettres Patentes du Roy données au mois
de Mars mille fix cens quarante, &; par Arreft duCon-
feil Priué de fa Maiefté , tenu à Paris le cinquième
iour de luin mille iîx cens quarante &: vn j & ce en fa-
ueur du Sieur Antoine Clerici , Ouurier de fa Maie-
fté en terjre figillée , ôc de fes Affociez j leur donnant
DE FONTAINEBLEAV. LïVRE IV. 339
pouuoir d'y faire des Verres, Miroirs, Glaces, Vautres
ouurages de Verrerie,& les vendre 6c diftribuer par tout
ce Royaume , àc mefmes les tranfporcer hors d'iceluy :
ledit Sieur Clericy a défia 11 bien reiifTi en fon entreprife,
qu il s'y fait des Verres de criftal des plus beaux 6c plus
fins qui fe falTent point par tout ailleurs , ÔC des ouurages
de terre fieillée.
DE LA FOREST DE BIERE,
autrement dite de Fontainebleau.
Chapitre IV.
/. 7)'où, cette Forefl prend VIL Elle abonde en heBes
fon nom. | Faunes & J>Ioire s.
IL Cette Forefi cmtîent FUI. Quantité de Puits en
'vingt-cinq mille arosnts. cette Forejt.
III. Ditierfes Routes ep cet' IX. Tlufieurs Communau
te Forejt.
IV. Plujteurs Plaines,'
tez;y& Seigneurs j ont leur
Chauffage.
V. Elle contient fltifieurspe-lX' Hommages rendus au
tites Adontagnes.
VL Grand nombre de Croix.
Roy dans cette Forefl^ far
aucuns VJagers.
I.
D'où cette
' V T I L I T E'' & l'embelliiTement qu'appor-
te à cette Maifon Royale fa Foreft,m'obli-
ge à luy donner place en ce quatrième
Liure. \
I L appert de temps immémorial qu'elle a
toufiours eu le nom de Bière j nom dont ie n'en ay pu ap- '^°^^^
prendre d'autre origine que celle-cy , à fçauoir , parce pend fon
qu'elle eft fituée en la contrétp qui s'appelle Bière. L'on "°'"'
luy baille aufTi vulgairement jceluy de Foreft de Fontai-
nebleau, en confideration de ce Lieu Royal qu'elle enui-
tonne de toutes parts. ;
Son eftendue eft fort gr ai jade: car elle contient vingt-
Vu ij ^
Il
tteF
rcft con
tient vingt
cin
arpcn
^.40 Le Trésor des merveilles
cinq mille neuf cens foixante &; quinze arpents , tant
Cette Fo- plein que vuide 5 c'eft à dire , tant en bois que roches,lan^
^ itVingt- des &: bruyères j reuenant en bois tout de fuftaye à dix-
q mille |^^i(5t ou dix-neuf mille arpents j dont la garde eft don*
née à huid Officiers , que Ton appelle Sergens à garde^
qui ont chacun leur quartier, fur lequel ils font obligez
d'auoir l'œil, &C foigner qu'il ne s'y faffe aucun delid ,
fur peine d'en répondre en leur propre nom, ou faire le
rapport des delinquans.
Quelques veftiges de vieilles murailles qui fevoyenc
encore es riues,6c extremitez de cette Foreft^vers les vil-
lages d'Achere,Reclofes,& autres endroits 5 & quelques
portes,comnie eft celle que l'on nomme de Cumiers , en-
tre ledit Reclofes, ÔC Bouron , ôcla porte dite Nadon au
grand chemin de Moret 5 font croire àplufîeursquellea
efté autrefois clofe de murailles.
Gomme fbn terroir eft fablonneux &C aride , le bois ne
s y efleue pas qu'à longueur de toups , mais auffi auec
cette particularité remarquable,qu'il eft tres-bon, èc fur
tout fort propre à baftir.
Outre les huid quartiers qui diuifent cette Foreft
pour fa garde , elle a encore diuerfes grandes Routes
qui en donnent l'adrefte de le pafTage , pour la trauerfer
éc aller de part &C d'autre -, comme eft
La grande Route,autrement dite la Route rondcjpar-
ce qu'elle fait le tour de cetteForeft au milieu d'icellei la-
quelle Henry le Grand fit dreffer exprés, pour plus gran-
de commodité de la trauerfer, àc y mettre des Relais
pour y courre le Cerf.
ni. La Route du Puits de Vauccruelle.
RouTes^en La Route de la Croix de Guife.
cette Fo- j^a Routc dc Fontaineblcau à Moret.
La Route de Bouron.
La Route de Reclofes»
La Route d'Vry.
La Route de Fleury.
La Route de Ghailly,
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IV. 541
La Route de Roger , maintenant dite de VidofTani
ainiî nommée àcaule dVn duel qui là fut fait, où ledit
Sieur de Vidoflanfut tué par le Sieur Zamet, l'an mille
fîx cens huit.
La Route de laTranchée*
La Route du Chefne bruflé.
La Route de la Boiffiere.
La Route de Montmerle*
La Route aux Nainsi
La Route de la Croix Dogas.
Et quelques autres petits chemins d'adrefle. -
Il a efté remarqué cy-defTus que cette Forefl n'eft
pas entièrement remplie de bois , mais qu'il y a quel-
-que vuide en landes &C bruieres , &C ces vuidcs font quel-
ques Plaines , comme
La Plaine de Sainâ: Louys. iv.
La Plaine de Mont-Chauuet. ; Pkin«!'"
La Plaine du Chefne au Chien,
La Plaine du Mont enflammé.
La Plaine du Rut.
La Plaine deRofoy,&
La Plaine dite du Fort des Moulins.
Là font encore quelques petites Montagnes y qui
marquent diuers quartiers de cette Foreft : tel eft
Le Mont-Chauuet, d'où l'on a tiré la plufpart de la j^-
grelTerie de laquelle font faits plufieurs beaux ouurages nencpiu-"
de cette Maifon Royale, à caufe que le grez en eft fi beau, fe^Mom:"-
qu'il prend prefque le poly comme le marbre. gncs.
Le petit Mont-Chauuet.
Le Mont Ferreux , ou Pierreux , ainfî appelle parce
que là fe tire de la pierre à baftir.
Le Mont-Morillons ^
Le grand , èc petit Mont-incrle.
Les Monts Girards , ÔC
La Malle Montagne.
Vn grand nombre de Croix qui font en cette Foreft3
font voir non feulement la pieté particulière de quel- croix!'
Vu iij
342, LE ITresor des merveilles
ques vns de nos Roys , mais encore de pluiîeurs Grands
Foreftiers , Maiftres particuliers , &; Capitaines de ladi-
te Foreft, lefquels les y ont fait mettre j elles marquent
encore diuers quartiers , 6c donnent adrefTe à plusieurs
lieux -.telle eft
La Croix Tapreau, autrement appellée la belle Croix^
qui eft pofée dans le vieil ôc ancien chemin de Paris à
Fontainebleau.
La Croix de Guife au chemin , ôc grande Route de
Moret.
La Croix de Vitry en la grande Route de Paris, qui fe-
pare le chemin deFontainebleau&; de Moret.
La Croix de Souuré au chemin d'Vry j toutes lefquel-
les font de pierre & fort belles, & portent les noms d'au-
tant de Princes &c de Seigneurs , qui ont efté Grands Fo-
reftiers, 6c Capitaines de cette Foreft. Il y a encore
La Croix Dogas, ainft dite dVn Grand Foreftier,&:
eft pofée à l'entrée dupauc, qui defcend du grand che-
min de Paris à Fontainebleau.
La Croix de Vauceruelle dans la grande Route de
Paris.
La Croix de Saindt Louys vis à vis de la Chapelle.
La Croix du GrandVeneur,aumilieu. du chemin de
Fontainebleau à Chailly.
La Croix dite Patindieu , en la grande Route de Bou-
ron.
La Croix antée fur le chemin deFleury.
La Croix Lanterne fur le mefme chemin.
La Croix de Chailly à la foffe aux Loups.
La Croix Mercier en la Route deBouron , qui fait
feparation du chemin de Villiers.
La Croix desj^autes Loges, 8c
^ La Croix rouge prés deFranchard.
, 71 J- Apres IVtilité qui fe tire des bois de cette Foreft,
Elkabon- 1 t , t i /-i '
de en be- Ic grand nombrc dcs beftes Faunes, 6cNoires,Cerfs, Bi-
ues,&Noi. ^^^^» Cheureuls, ÔC Sangliers , ne la rendent pas peu
tcsl confidcrable pour le plailir de la Ghaffe ; notamment
D"E FONTAINEBt'EAV. LïVRE -IV. 543,
pour ce qui cil desGerfs , dont l'on faicmëmer leridiii^
brêîîliaut, qu'à peine fe peut-il dire. »:':j::ji"H; ..;ij ^îoij
- '^ Diuèrs Puits qui font encore en eéltè- Fôreft'j 'fôi\i
^-roiré à^lu(réiïrs qu'ils y ont èfté faits polir abbreuuëit
les beftès Fauûè^ "ôi ftoire's tandis qu'elle eftoit clofc,'y
ayant alors hommes exprés poii-r y tirer de Feau dans d^
<gm44ds âuo^es dé pierre j quoyq'ue quelques autrê<;eftl'-
Tnentqite c'eftoit Feulement pour abbreùuer les Chiens
de chafle, à cauie qu'il y a peu de mares-dàns cette Fô*
reft , 6c où l'Efté particulièrement à peine /e troUUe-t'il
d^ l'éâûV Ces Puits eltoient fort gran-ds & larges *■> la
plùlpàrt defqUcls font maintenant comblez'. Cette F O-
reft aboutit auLeuant fur laRiuiere de Seine, &; au Mi-
■dy en partie fur la Riuiere de Loin. Voicy les noms de ces
Puits. '
-Le Puits de V-auceruelleenlao-rande Route de Paris, viii.
Le Puits de Moret , autrement dit de la Lieue. de pSts"n
Le Puits du Cormier entre ie chemin d'Achere , & «cte Fo-
FAtteUer Grand leanj lequel Puits elFoit autrefois ac-''' '
compagne d'vn grand corps de baftiment , couuert de
pierre en terraffe, ^ qui naguercs a efté dénioly.
Le Puits d'Vry.
Le Puits de la Tranchée en la Route de VidofTan.
Le Puits au Gien au Triege dit F Atilia.
Le Puits autrement dit la Folîe aux Loups.
' Le Puits fondu au chemin de Montigny.
Plulieurs Communautez Religieufes , &C quelques
Seigneurs qui ont leurs maifons es enuirons de cette
■Forell:,y ont aulîi droit d'Viage,&: deChauftage.
Tel elF noftre Conuent de ce Chafteau , qui a droit îx.
de quarante cordes de bois , confirmé par plufieurs coramu-"
de nos Roys , &: particulièrement par le Roy reâ:naiit "^ut^z . s^
Louys XIIL en vertu de fes Lettres Patentes entorme yondeut
de Charte , données à Fontainebleau au mois d'Odo- chaufiage.
bre mil fix cens treize , fignées , LO VIS. Et fur le
•reply, Par le Roy, la Reyne Régente prefente, DE Lo-
MENIE. Lequel V fa geêcChriutîageeftoit deliuré alors
344 Le Trésor des merveilles
audit Conuent par marque de pied d'arbres , &c eftimar
tion des Officiers de la Foreft. Mais par autres Letti^e^
Patentes de fa Maiefté , données à Fontainebleau au
mois de Septembre mille fixcens vingt cinq, &:feellée:S
çn cire verte ^ ledit vfage &; Chauffage a efté affigné-à
prendre dorefiiauant fur les ventes par les mains deys
Marchands ventiers, duquel il ioiiyt ainli maintenant.
Les Dames ÔC Religieufes de ViUiers prés laFert.ç, Al-
leps de l'Ordre de Cifteauxyiouyflent ^e cinquante çc^ît:
des àprendre fur les ventes., : 5,:^i:'ï
Les Dames èc ReUgieufes de noftre Dame de la loye
lez NemoUrs du mefme Ordre , trente cordes par pied
6c eflimation.
Les Pères Capucins dudit Melun quinze cordes J
prendre fur les ventes.
Les Pères Recolets de la mefme Ville onze cordes fur
les ventes.
Le Seigneur Comte de Moret cinquante cordes , à
prendre par les mains des Marchands ventiers , commô
auffi tous les autres Vfagers fuiuans.
Le Seigneur deFleury ôcde Saind Martin cinquante
cordes.
Le Seigneur deMontigny fur Loin quarante cordes;
Et le Seigneur de Courance , bc Danemois y trente
cordes.
La corde de tous lefditsVfagers,&; Chauffage, eft de
huit pieds de large , èC quatre pieds de haut , ôc la bûche
^ de trois pieds Ôcdemy de long.
X. Vne chofe eft icy encore à remarquer, que le prc-
Homma- j-Qiej- ïq^j- ^q May tous les ans , le Maiflre particulier de
f" Ro" "^ cette Foreft , ou fon Lieutenant , auec les autres Offi-
Foreft''"'^ ciers d'icelle , s'y affemblent à vne Table de pierre , ap-
aucunsvfa- pelléelaTable duRoy , laquelle eft pofée dans la grande
^"^* Route au chemin de Paris, pour y rcceuoir les droits , SC
Hommages deus au Roy par aucuns Vfagers de ladite
Forefl qui s'y doiuent trouuer, ô^qui y font appeliez par
vndes Officiers : dcfquels Vfagers voicy les noms.
La
DE FONTAINEBLEAV. LIVRE IV. 341
La Dame AbbefTe du Lys, ou quelqu'vn de fa part,
&; là doit pour droit d'iiommage vn iambon , &: deux
bouteilles de vin.
Le Meufnier du Moulin de Poignet fitue au Faux-
bourg de Saind Lienne deMclun (ledit Moulin appar-
tenant au Roy ) eft tenu de prefènter aufli alors vn iam-
bon, & deux bouteilles de vin.
Le Boulenger du Four à ban du Roy , fis en ladite
ville de Melun ParroiiTe de Sainâ: Afpais , doit alors
prefenter vn grand gafteau.
Les habitans du Faux-bourg des Carmes , Scvn Can-
ton appelle le Petit Clos, de laParroiiïs de Sainâ: Am-
broife dudit Melun , doiuent encore audit iour , ÔC au
mefme lieu , pour chacun feu cinq deniers par chacun
an.
Comme aufliles nouueaux mariez, &noùueaux ha-
bitans de Tannée defdits Ueux doiuent venir prefenter
outre les cinq deniers , chacun vn gafteau , fous peine
d Vne amende de foixante fols Parilis , contre les de-
faillans : lefquels droits font alors receus^par le Rece^
ueur du Domaine du Roy en ladite Foreft,
X%
54^
LE TRESOR DES MERVEILLES
DES OFFICIERS DES EAVX ET FGREST,'
ôC des ChaiTcs de Fontainebleau.
Chapitre V.
/. Gardes des Forefis Roya-
les forf anciens.
IL Le Grand Forefi'ter de
cette Fore fi , eflahly par
François L
IIL Maifirife particulière
de cette ForeB,
IV. Som cette Maijirijè il
y a deux Sièges.
V> Officiers des Chaffes.
VL Pnmieges des Officiers
des Eaux & Forefis , c^
des Chaffes.
I.
Gardes de»
Foiefts
Royales
foicanciés.
BfdrAS Ub.
X. CAf. 2.
'nienon cap.
A mémoire des Officiers 6^ Gardes des
Forefis Roy aies, pafTe ii auant dans l'An-
tiquité , que les faindes Lettres en font
meiine mention j il y a plus de deux mil-
le ans y témoin ce qui eft remarqué en Efdras , où il eft
dit que Nehemias voulant reballir les murailles , & les
portes de la cité de lerufalem ruinées par les Babylo-
niens fous Nabuchodonofor , il obtint vne lettre du
Roy Artaxerxez, pour Afaph Garde de la Foreft de ce
Roy. Mon defTein n'eftant pas de m'arrefter icy fur
cette recherche , ny de faire vn ample difcours des
Officiers de Forell} ie me contenteray de dire lîmple-
ment quelque chofe touchant l'antiquité , l'eftabliiTe-
ment , & les droits de ceux de cette Foreft de Fontai-
nebleau , depuis la fondation de cette Maifon Royale.
Anciennement il n'y auoic pour principal Officier ,
quVn Foreftier en cette Foreft , qui auoit l'œil à ce
qu'elle fuft foigneufement conferuée , laquelle pour
lors dépendoit de la Maiftrife des Eaux & Forefts de
Champagne àc de Brie. Ce Foreftier iugeoit 6c con-
noiiToit de tous délits , ÔC faifoit mcliiie l'adindication
des ventes. Charge qui n'eftoit tenue que par des per-
fonncs de qualité.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IV. 347
--'Mais le Roy François Premier par fes Ordonriaii- H.
CCS : IVne donnée à Paris en Feurier mille cinq cens ^^"^""'^
T. horelticr
trente-deux : èc par vne autre donnée en ce lieu de de certc
Fontainebleau en Aouil mille cinq cens trence-quatrej ^^^Ty ptr
créa en cette Foreft vn Grand Foreftier , auec pouuoir François i.
de connoiftre de tous cas ; mefme faire les ventes des
bois , priuatiuement à l'autre Foreftier qui en fut ex-
clus : de voulut alors fa Maiefté , que le Siège de fa lu-
rifdidion fuft eftably, ainfi qu'il eft, à Fontainebleau,
comme le lieu le plus commode pour l'exercice de la
luftice, &c des parties.
Or quant a la fon^lion dudit ancien Foreftier, par
ladite Ordonnance , elle fut reftrainte à la earde du
Marteau du Roy feulement, pour marquer les bois qui
feroient vendus ÔC deliurez en icelle , auec les meflnes
gages c[U il auoit auparauant. Laquelle charge, de Fo-
reftier , ou Garde-Marteau eft hereditairCi ^,,17 ■,:..
E T audit an mille cinq cens trente-quatre , lors de m^ .^
la création des Maiftres particuliers , ôc Lieutenans en Maiftnfe
chacun Bailliage , celle du Bailliage de Melun fut ioin- fe d^cecte
te Ôc annexée à celle de Grand Foreftier i laquelle a efté ^°"^^'-
depuis exercée par vne feule &C mefme perfonne de
haute conditions tels qu'ont efté Meflieurs Dogas, de
Miraumont, de Vitry, du HaUier , de Perfan , &: main-
tenant de Souuré,
Les Ofticiers de cette luftiee des Eaux ôi Foreft y
font, le Grand Foreftier, 6^ Maiftreparticulier, le Lieu-
tenant qui eft de longue robbe, le Procureur du Roy ^
le Petit Foreftier, ou Garde-Marteau , le Receueur, le
ControoUeur , le Greffier, deux Sergens Trauerfters ,
vn Sergent AppretiateUr, vn Sergent Dangereux Col- «
ledeur des amendes, huit Sergens à garde ^ ôc deux
Huiftiers Audianciers, __^_
SOYS cette Maiftrife des Eaux &C Foreft de Fontai- i v.
iiebleau , il y a deux Sièges qui en dépendent , a Iça- MaiftafeU
noir Montreau Faut- Yone pour le droit de Pefche 6c ?^^ '^^"^
de Chafte, auec droit de iurifdidion qui fe tient audit
Xx ij
34^ Le Trésor des Merveilles
lieu deMoncreau, le Vendredy de quinzaine en quin-
zaine, par le Maiftre particulier ou Ion Lieutenant au-
dit Fontainebleau , ou Sous-Lieutenant eftably audit
Montreau, pour la corrediondes abus qui fe commet-
tent pour le faid de la Pefche , ôC entreprife fur les ri-
«ieres de Seine &c d'Yonne. ' -r
L'autre Siège qui répond à ladite Maiftrile delFon-^
tainebleau eft la Grurie du Chaftelet en Brie , où il y a
V-n luge Gruyer , qui connoift àcs délits qui fe com-
mettent j duquel Gruyer les appellations refTortilTenc
pardeuant le Maiftre particulier au Siège dudit Fon-
tainebleau.
— y — O V T R E le Grand Foreftier ou Maiftre particulier de
Officiers cette Foreft , il y a aufli vn Capitaine des ChaiTes poui:
Ces. ^^''^' la conferuation des plaifîrs du Roy 3 & ces deux Char-
ges ont efté ordinairement iointes enfemble, èc tenues
par vue feule àC mefine perfonne,»ô^ de haute qualité,
comme eft à prefent Monfeigneur de Souuré , qui a
aulfi fous luy vn Lieutenant de robbe courte à Fontai-
nebleau ^ & vn autre en Brie, auec dix Gardes pour la
conferuation defdits plaifîrs de fa Maiefté en cette Fo-
reft, 6c vingt autres pour les enuirons &: eftenduë d'i-
celle : tous lefquels Gardes ont pareil pouuoir de faire
rapport , &: failles des bois , que les Sergens à garde.
7i7~ Ces Officiers iouyftent de pluiîeurs droits ôC priui*
Priuiieges leges , outrc leurs gages &; appointemens ordinaires ,
ciers Mes le principal eft leur droit d' Vfage ôc Chauffage , cha-
Fore'ftf & ^^^"^ félon fou ordrc &C condition,
des chaf- Le Grand Foreftier &: Maiftre particulier a vingt'
cinq cordes de bois.
Le Lieutenant , quinze cordes.
Le Procureur du Roy, dix cordes.
Le Garde-Marteau , dix cordes.
Le Greffier, dix cordes.
Les deux Sergens Trauerfîers , èc huit Sergens à gar-
de, chacun fîx cordes.
Quant aux Officiers des Cliaffes 3 ou Gardes des
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IV. 54^
plaifîrs du Roy , ils ont pareillement leur Chauffage j
à fcauoir.
Le Lieutenant de robbe courte, &: premier Garde ,
a dix cordes.
Et les neuf autres anciens Gardes ont chacun trois
cordes , auec cette condition , que le bois de Chauffa-
ge de tous lefdits Officiers , tant des Eaux &; Forefls ,
que des Chalfes , doit eftre exprez , à fçauoir la corde
de huit pieds de long, &; quatre de large , bc les bûches
de quatre pieds de long.
DE QVELQVES PRIEVREZ, ET CHAPELLES
fituées en la Forefl de Fontainebleau.
Chapitre VL
/. La Chafelle de Saind \ iP', Le Prieuré dit Isfoftre
Louys , autrefois dite de
Saind Vincent.
IL Aiotif de la fondation
de la Chape lie de S. Loujs.
IIL Elle eft a la collation
du Roj.
Dame de Franchard.
V. Le l?rieuré de S. Nico-
las des Bajfes- Loges,
VI. L'Hermttage de U
M^agdelem,
O M M E i'ay obferué par tout cy^deuant
l'ordre des temps & chronologique 3 aufïi
efl-ce mon delfein de continuer : ce qui
m'oblige pour cette raifon à commencer
ce Chapitre par le Prieure ou Chapelle dite
de S. Louys , puifqu'elle eft la plus ancienne de toutes
celles donc il s'agit icy de traitter. ^
Les mémoires que i'en ay vcu , nous font foy que le i-
mefme S. Louys en eft le Fondateur , l'ayant dédiée à peiiedes.
Dieu fous l'inuocation de S. Vincent, l'an mille deux^°"y^'f"-
f. o 1 • 1 • • 1 trerois dite
cens loixante &: quatre j & depuis la canonization de ce de s. vm-^
Saind Roy elle a toufîours porté le nom de S. Louys:
laquelle eft fituée dans cette Foreft en la grande route
Xx iij
cent.
3|o Le Trésor des merveilles
de Paris à Fontainebleau, d'où elle n'eft eiloignce que
dVne bonne lieuè'j& pofée fur vne petite colline.
— Y{ — L A tradition nous apprend, que le motif qui inuita
Motif de c-e Religieux Monarque à édifier cette Chapelle , fut
tion°'d/ la quVn iour fe diuertiiTant à la ChafTe dans cette Foreil
Chapelle jf çomba au melme lieu où elleeft baftie , entre les mains
de Saincl -in-/ / i r '
Louys. de quelques voleurs , comme il eftoit écarte de la iui-
tej de craignant , parce qu'ils ne le connoiiToient pas ,
que ces brigans n'attentaffent à fa perfonne, il fonna
promptement de fon cor j ce qui fit accourir aufli toik.
tous fes gens tandis que ces voleurs s'enfuirent : >ôcen
mémoire de ce qu'il auoit échappé ce danger, pour re-
mercier Dieu il fit conftruire cette Chapelle fous le nom
de S. Vincent, parce que ce fut le iour que l'Eglife cé-
lèbre la fefte de ce Bienheureux Martyr, que cet acci-
dentluy arriua: èc fut alors cette Chapelle appellée S.
Vincent deMontoUy,d'auxantquedecelieu l'onl'auoit
ouy , de eftoit-on venu à fon fecours. Elle eft nommée
encore S. Louys en beau lieu , par ce qu'elle eft fituée
fur vne petite eminence , où dVn cofté elle a veuë flif
vne grande plaine , 6c du refte enuironnée de bois de
haute fuftaye.
Dés fa fondation 6ainâ: Louys la dotta de deux
muids deuxfepticrs de bled froment, à prendre fur fon
Domaine de Melun , dont elle iouyt encore à prefent.
III. ^ Elle eft à la collation du Roy, auquel outre vn grand
lacoib^tion "^"^'^^'^ d'autres bienfaits, i'ay cette particuUere obli-
duRoy. gationdeme l'auoir conférée ilyafix àfept ans, vacan-
te par le deceds du R. P. Frère Pierre Pépin, duquel il
aefté parlé cydefTus. Sadite Maieftépar vn furcroift de
fa bonté , bc en mémoire de Sain6t Louys fon Patron ,
èc pour autres bonnes confiderations l'a exemptée de
toutes Décimes ordinaires & extraordinaires, par Ar-
reft de fon Confeil : grâce èc priuilege duquel elle iouyt.
Ily agrandedeuotion en ce lieu, particulièrement le
iour delà fefte de ce Saind Roy , où dés la veille iufques
au lendemain Ton y vient en pèlerinage de dix &C do^i-
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE IV. 351
ze lieues es enuirons ; èc s'y trouue quelquefois plus
de crois ou quatre mille perfonnes.
Le Prieure dit Noftre Dame de Franchàrd eft encore îv. "
vn lieu de deuotion fîtuc en cette Forell;,&:efloignéde de^F^rn"
Fontainebleau «tVne lieue ou enuiron, du codé du Vil- *^^"*^°
lage appelle Erbonne.
Il eit fort ancien , comme il fe void par ce qui re-
fte de fès baftimens tous ruinez , particulièrement là
Chapelle quieftoit fort grande, de laquelle il n'y a plus
que les murailles 5 auec vn petit retranchement qui ferc
maintenant de Chapelle,
rapprends par quelques anciens mémoires , que ce
Prieuré a efté autrefois Conuentuel , dépendant de
l'Abbaye de S. Euuert d'Orléans de l'Ordre des Cha-
noines Réguliers de Sainâ: Auguftin. De fait il y a en-
core vn grand circuit qui a elle enuironné de murail-
les, auec apparence de Dortoir , &; autres baftimens tous
ruinez, que l'on tient eftre arriué durant la guerre des
Anglois en France. Au deuant de ce Prieuré prés de la
portiè' ell vue fontaine baffe qui ne tarit point , 6c donc
Peau découle d'entre vn grand nombre de roches qui
rendent ce lieu fort defert 6c aiFreux. Depuis enuiron
cent ans ce Prieuré a toufîours elle conféré par le Roy. ,
A demy Ueuë de Fontainebleau fur le finage de la v.
ParroilTe d'Auon, & dudit Fontainebleau , efl fîtué le des.Nico-
Prieuréde Sainél Nicolas, au lieu dit lesBaffes-Loees, 1?^'^"^''^"
% I 11 • \ Tt • ^ \ ir Tl n/-'^" Loges.
dans ie grand chemin de Paris a Moret. Il a eite ton-
dé en l'an de grâce mille trois cens dix, par Henry de
Authey Sire de Lois , Chanoine de Roye en Verman-
dois , lequel y ellabUt des Religieux de l'Ordre de la
Charité NoUtc Dame , vulgairement dits Billettes ,
qui y ont demeuré iufques en l'an mille fîx cens tren-
te-quatre y que lefdits Billettes le cédèrent aux Pères
Carmes , qui en prirent poirelTion le quinzième de Fe-
urier audit an. Ce lieu eil bien agréable , Sc d'vn grand
circuit, quoy que la Chapelle foit petite, & qu'il y ayc
peu de baftimens.
Xx iiij
3J^ ^E Trésor des merveilles
"^^^ L'H ermitage, dit de la Magdelene , demande
L'Heimi- encore icy place , parce qu'il eft fîtué dans cette Foreft , à
Ma^eie.^ vne petite lieue de cette Maifon Royale, fur vnepante
'^' qui defcend fur le bord de lariuiere de Seine , & regarde
delàreaule Village de Vulaine. Il a eftébafty Tan mille
fix cens dix-huiâ;, au lieu dit la Fontaine le Roy, par
vn Gentilhomme Breton, lequel y demeura quelque
temps, &fe faifoit appeller le Cheualier de la Magdele-
ne j alloit déchauffé, portant vne grande robbe grife, fur
laquelle eftoit vne Croix rouge. Les eaux depuis ont
miné de forte les baftimens de cet Hermitagej qu'il eft
maintenant en ruine 5 bC eft vn lieu fort agréable &c d'vne
belle veuë. Auparauant fa ruine, i'y ay veu, pendant
plufieurs années, vne grande affemblée de peuple au ioùr
de la Magdelene.
DES VILLAGES ET HAMEAVX
yfagers de la Foreft de Fontainebleau.
Chapitre VIL
J. Noms des Villages &
Hameaux 'vfagers,
IL Prmileges défaits 'vja-
gers,
JI I, Obligez^ en cas d'acci-
dent de feti en la Forefi,
delafecounir.
IV, Ils doiuent au Roy le
droit d'Auenage.
V. Ils font exemfts de la
Taille , O* ne payent que
le Taillon,
Rem 1ER que de donner fin ace dernier
Liure , i'ay creu eftre à propos , après auoir
parlé de la Foreft de cette Maifon Royale,
de faire icy vn Chapitre particulier des Vil-
lages 6^; Hameaux qui ont droit dVfage en
ladite Foreft , defquels voicy les noms :
Noms des H AVT , ôc bas Samois, auec ^cs dépendances.
Villages, & Bois-le- Roy , bc les Hameaux de Brofle , de Sarmefe^
vfageis/ la Caue,ôi la Ruelle.
DE FONTAINEBLEAV. LiVRE I V. ^j^
Taumery , &les Hameaux de By , d'Effondré , Chaiv
toifeau , & les Montsforts.
Veneux, &:Nadon dépendans de la ParroifTe de Mo-
llet.
Montigny fur Loin, &: les Hameaux de Sorcque, 5^
HoufToc.
Bouron ,&le Hameau de Marlotcc.
Grez fur Loin. ^
Vilkrs fur Grez, & BufTeauqui eftdc laParroi^eJ
Reclofes , &:le Hameau de la Vignette.
Vry j & le Hameau deBefonuille.
Acheté, & le Hameau deMeun,
Erbonne.
Saind Martin en Bierre , &: Macherin."
Chailly , &; les Hameaux de Barbifon , èc du Fay^
Villiers aux poires.
Tovs ces Villages 6{; Hameaux vfagers, par oârroys &: jT
priuilegesdonnezpar plufîeursRoys, ont droit démet- j^J-j'^'^^v^
trepaillre en ladite Foreft toute Tannée, horfmis depuis fagcrs. '
la my-Auril, iufques à la my-Iuin, temps de fenaifon,
leurs belles à cornes , dans les fuftayes &: vallées , exce-
ptées les veBtes, iufques à ce que par les Officiers, elles
îbient déclarées en defenfe de le garentir du brou des
fauues , 6c autres animaux.
Ils ont aulfi droit de prendre le bois fec tiré au cro-
chet , fans y pouuoir porter aucun ferrement , fur peine
d'amende.
De plus , ils ont priuilege d'y mettre paiflre leurs
porcs es lieux fufdits. ' — jjj
Et pour reconnoilfance de ces o6lroys&priuileges, obligez en
ils font aufli obligez, en cas d'accident de feu en ladite dent'de'feu
Foreft, au premier fonde cloche ou de commandement, ^niaForeft
dele porter promptement pour leitemdre. rir.
Item, font encore tenus de payer au R oy ,pour hom- iv.
maee 6^ reconnoilfance de ces bienfaits , chacun mena- ^^^ ^°iu';"t
gevnboiUeau d'auoine melure deMeiun, 6£vn double droit d'A-
chaciuii ce qui s'appelle droit d'Auçnage, quieilreceu "^'"S^-
3J4 Le Trésor des merv. de Font. Liv. iv.
aunomduRoyparle Capitaine delà Foreft.
V. Et d'autant que lefdits Villages àc Hameaux font
xempts de d'ordinaire en degaft par le grand nombre des belles
laTaïUc&fauueSj ôc noires de ladite Foreft, ils font exempts dek
qu^kTaii- Taille , ôcne payent à fa Mai&ftc qUe le Taillon,
F I R
Fautes fimenuë s en l"tmbre(?im.
Page ij. lignty lifez, de la fraicheur. ;.. 15. /. ^. tif. leurs piromènades.ï». 55. /. lo:
Excraid du Primlege du %py.
PA R Grâce & Priuilege du Roy il cft permis à Sebaftien Cra-
moify. Marchand Libraire lurécii l' Vniucrfité de Paris, & Im-
primeur ordinaire du Roy, d'imprimer vn liure intitule. Le Tre~
Jôr des memeilles de la Maijon Royale de Fontainebleau , &c. fait &
compofe' par le R. P. P 1 E R R E Dan, Bachelier en Théologie de
ia Faculté de Paris, Confeiller, Aumofnicr &Chapellain ordinai-
re de fa Maiefté, & Miniftre & Supérieur du Conuent de la faindc
Trinité fondé au Chaftcau dudit lieu : & ce pendant le temps ôc
efpace de fix années confecutiues : auec defenfes à tous Libraires
& Imprimeurs, d'imprimer ou faire imprimer ledit liure, fous pré-
texte de déguifement , ou changement qu'ils y pourroicnt faire ,
à peine de confifcation , & de l'amende portée par ledit Priuile-
ge. Donné à Paris le vingtième de lanuiermilfix cens quarante-
deux. Signé, Par le Roy en fonConfeil, Ce béret.
.Afvrobation du Reuerendipme Père General,
NO'vs Frère Lovys, DodeUre's Sainds Décrets, Ge-
neral & Grand Miniftre de tout l'Ordre de la Sainde Tri-
nité, & Rédemption des Captifs, Commiftaire & Vifiteur Apo-
îlolique, spécialement eftably en tout iccluy par noftrc S. Perc le
Pape Vrbain Huitième , Confeiller & Aumofnier de fa Maieftc
Tres-Chreftienne; ayant vcu &: fcrieufement examiné le liure, qui
porte pour titre , Le Trefor des merucilles de la Maifon Royale de Fort-
tainehleau, &c. fait & compofé parnoftre chcrConfrcre le Père F.'
Pierre Dan, Bachelier en Théologie de la Faculté de Paris j
Miniftre & Supérieur de noftre Conuent de la Sainde Trinitéjfon-^
dé au Chafteau dudit lieu,&c. Nous auonslouéenluy,&approu-
iié fà curicufe recherche, qu'il fait paroiftre pour la recommanda-
tion de cette Maifon vrayement Royale : & permis par ces prefentes
de mettre au iour, & faire imprimer ledit liure. Donné en noftre
Conuent des Mathurins de Paris dudit Ordre , fous noftre fcing
manuel.^^luy de noftre Secrétaire , & le contrefcel de noftre genc -
raie Adminiftrationj ce u. lanuier 1641.
LovYs Geueral.
Du mandement de noftre RcucrendiiTimé
Pcrc General, R a l l e Sccrccairc.
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ijtà^murnuiL.
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